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Full text of "Dictionnaire des ordres religieux, ou, Histoire des ordres monastiques, religieux et militaires, et les congrégations séculières de l'un et de l'autre sexe, qui ont été établies jusqu'à présent"

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PUEMIÈPiE 



ENCYCLOPEDIE 

THÉOLOGIQUE, 

ou PREMIÈRE 

SÉRIB DE DICTIONNAIRES SUR TOUTES LES PARTIES DE Là SCIENCE RELIGIEUSE, 

orraANT en fkançais, et par ordhe alphabétiçob, 

LA PLUS CLAIRE, LA PLUS FACILE, LA PLUS COMMODE, LA PLUS VARIÉE 
ET LA PLUS COMPLÈTE DES THÉOLOGIES: 

CES DICTIONNAIRES SONT, POUR LA PREMIÈRE SÉRIE, CEUX : 

D'ÉCRITUnE SAINTE, — DE PHILOLOGIE SACRÉE, — DE LITURGIE, — DE DROIT CANON, — 

DES HÉRÉSIES, DES SCHISMES, DES LIVRES JANSÉNISTES, DES rROPOSITIONS ET DES LIVRES CONDAMNÉS, 

— DES CONCILES, — DES CÉRÉMONIES ET DES RITES, — 

DES CAS DE CONSCIENCE, — DES ORDRES RELIGIEUX (lIOMMES ET FEMMES), — DES DIVERSES RELIGIONS, — 

DE GÉOGRAPHIE SACRÉE ET ECCLÉSIASTIQUE, — DE THÉOLOGIE DOGMATIQUE, CANONIQUE, 

LITURGIQUE ET POLÉMIQUE, — DE THÉOLOGIE MORALE ET MYSTIQUE, 

— DE JURISPRUDENCE CIVILE-ECCLÉSIASTIQUE, 

— DES PASSIONS, DES VERTUS ET DES VICES, — d'hAGIOGRAPHIE, — DES PÈLERINAGES RELIGIEUX, — 

d'astronomie, de physique ET DE MÉTÉOROLOGIE RELIGIEUSES, — 

d'iconographie chrétienne, — DE CHIMIE ET DE MINÉRALOGIE RELIGIEUSES, — DE DIPLOMATIQUE CHRÉTIENNE, - 

DES SCIENCES OCCULTES, — DE GÉOLOGIE ET DE CHRONOLOGIE CHRÉTIENNES: 

Publication sans laquelle on ne saurait parler, lire et écrire ulilement, n'importe dans quelle situation de la vie: 

PUBLIÉE 

PAR M. L'ABBÉ MÏGNE, 

ÉDITEDB DE LA BIBLIO'E'HÈQIJE UNIVEBSSLLE DO CLEBGÉ, 

ou 
DES C0VR9 C-OJSÏtEIBâirr. CIU-QL'E mSAÎirJlE DE LA SCIENCE ECCLÉSIASTIQUE. 

PRIX : 6 FR. LE VOL. POUR LE SOUSCRIPTEUR A LA COLLECTION ENTIÈRE, OU A 50 VOLUMES CHOISIS DANS LES TROIS 

Encyclopédies; 7 fr., 8 fr. et même 9 fr. pour le souscripteurs tel ou tel dictionnaire particulier. 

52 VOLUMES, PRIX: 312 FRATO. 



TOME VIBîGT ET Ul^IEME. 

I I I I 9 ta T ggi 

DICTIONNAIRE DES ORDRES RELIGIEUX. 

TOME DEUXIÈME. 

h- VOL. PRIX : 32 francs. 



S'IMPRIME ET SE VEND CHEZ J.-P. MIGNE, EDITEUR, 

AUX ATELIERS CATHOLIQUES, RUE D'AMROISE, 20, AU PETIT-MONTROUGE, 

AUTREFOIS BARRIÈRE d'eNFER DE PARIS , MAINTENANT DANS PARIS. 

18G3 

"Ooiversit^i* 

BIBLIOTHECA 
Oftaviensis 



AVIS IMPOIITANT. 




rubiicalions, iurciU imprlmi's ou lrr.|. noir ou Irop blanc. Mais , depuis ces lcmpseloii,'ius les mécaniques ont 




sons 
un 



el (l'en conférer une irosièmc avec la seconde, sans avoir préparii en rien le nianuscnl de I aulpur. 

Dans les ■itelicrs Ciillioluiui's la dillVrcnce ist presque incommensurable. Au inoven de corre<-tcurs b'anchis si 
le harnais eî dont le coup d'ui! hpo^'iapliique csi sans pilié pour les f.ailos, on commence par préparer la copie û 



bout à l'autre sans en cxcepIcT iiii seul mot. On lit ensuite en première épreuve avec la copie aiuM pr, parée. On lit 
eu seconde de la même manière, mais en col alionnanl avec la premièie. On fait la mime cliose en tierce, eu coll.i- 
lionnanl a\cc la seconde. On auil île même en (|uarie, en collationnant avec la tierce. Un renouvelle la même opé- 
ration en nuinle, en collaii'miianl auc la quarte, (es coHalionnements ont pour but devoir si aucime des fautes 
sicnalées au bureau par MM. les correcleuis, sur la luarfje des épreuves, na échappé h MM. les corrigeiirs sur le 
marbre et le mêlai. Après ces cinq lectures cnlièr?s contrôlées l'une par l'autre, cL en dihnrs .le la préparait! n 
ri-dessus mentionnée. vient une révision, ci souvent il en vient deux ou trois; puis l'on didie. le clicliat;e opéré, par 
r.inséuuent la pure;6 du lexle se trouvant immobilisée, on fait, avec la copie, une nouvelle lecture d'un bout de l'é'- 
preuvft h l'autre, on se livre U une nouvelle révision , et le tirage n'.i rive qu'après ces innombraliles précaulions. 

.\ussi y a t il îi Houlroui.'e des correcteurs de toutes les nalious et eu (iliis {;rand nombre que dans vinfrl-iinq 
imprimerie; de Paris réunies ! Aussi encore, la correction y coùtc-1-elle autan: que la composition, lundis qu'ai leurs 
elle ne coille que le dixième ! Aus-i entin, bien que l'assertion puisse paraître téméraire, Texactilude obieniie par 
tant de frais et de soins, fait-elle que la plupart des Ivlilions des AUHiers Cnllwli(fues .aissenl bien loin derrière elles 
celles même des célèbres liéiuMictius Mabillcn et Moutlaucon et des célèbres Jésuites Petau et Sirmond. (.lue l'on 
compare, en elfel, n'inq>i:rle i)uelles leuilies de leurs éditions avec celles des nôtres qui leur correspondent, en grec 
comme en latin, on se coiuaincra que l'invraiseiublable est une réalité. 

D ailleurs, ces savants émiiienls, plus préoccupés du sens des Icxles que de la partie typographique et n'élant 
point correcteurs île prc^fcssioii, lisaient, non ce que portaient les épreuves, mais ce qui devait s'y trouver, leur 
haute intelligence suppléant aux faoles de l'édiliiui. De plus les llénéciiclins, comme les Jés'iiles, opéraient presque 
toujours sur des nianuscrits, cause pi'rpétueib' île l.i iiiiilli|ilicité des fautes, pemlanl que les McliCis Calliotiqucs, 
dont le pn pre est surtout de ressusiitir la 'Iraililien, n'opèrent le plus souvent que sur di s imprimés. 

Le 11. P. Ile liucli, .lésuite iloll.nidisle de liruxelles, nous écrivait, il y a quilque Unips, n'avoir pu trouver en 
d:ii-liuit mois d'étuilc, H;/c .scii/c /"!((<; dans noire Pulrologie Inliiie. M. Denzinger, professeur de lliéo'.ogieà ILni- 
versité de Wur/bmirg, et M. lieissuuiin. Vicaire dénéralde la même ville, nous mandaient, .à la date du 10 juillet, 
n'avoir pu égalemcnl surprendre loïc .si'ii/c fiiiitc, soit dans le latin soji dans le grec de noue double l'ulroUifjie. Kiifin, 
le savant |l'. l'itra, Béii'dictin de Solcsiee, cl M. lionetty, directeur i]i's Annules (te phi^OiOiihic cliri'licmie, mis au 
ilêti de nous couviiniirc il'une seule erreur lypojjraphique, ont été lorcés d'avouer que nous n'avions pas trop 
prêsiimê de nolie pirfaite correction. Dans le C erge se irnuvcnt de bons latinistes et de bons lie lénises. el. ce qui 
est plus rare, des houimes 1res positifs et tiès-praliqucs, eh bien ! nous leur piometlons une primo de 2S centimes 
nar ch que fjute qu'ils découvriront dans n'importe lequel ilo i os volumes, siirtoul d ins les grecs. 

M algré ce qui précède, l'Editeur des Cviwscuwplcls. sentant de plus en plus l'iuiportance el même la nécessité 
d une correction parfaite pour qu'uu ouvrage soit veritabl-ment utile et estimable, se livre depuis plus d'un an, el 
est résolu de se livrer jusqu'il latin il une opér.ilion longue, pénible et coûteuse, savoir, la révision entière et 
universelle de ses innomlirables c!ii hés. Ainsi cbaciin de ses volumes, au fur et ."i mesure qu'il les remet sous presse, 
est corrigé mot pour mol d un bout à l'autie. yiiaïaiite hommes y sont ou y seront occupés pend.int 10 ans, et une 
somme qui n.^ saurait ètie moindre d un iIimui million de francs esl consacrée à cet ini|iorlant contrôle. Pe cette 
minière, les Publications des Atiiicrs Ciilltulujuci, qui déj.'i .se distinguaient entre toutes par la supériorité de leur 
correclion, n'auront de rivales, Sous ce rapport, dans aucun temps ni dans aucun p.iys; car quel est l'éditeur qui 
poiirraii et voudrait .se livrer Al'UliS (01 I' ii des travaux si gigantesques el d'un | rix si exorbilant'? Il laut 
«cites èire bien nénétré d'une vocalion divine ;i cet effet, pour ne reculer ni devant la peine ni devant la dépense, 
Mirlnut 1 irsque rr.urope savante proclaine que jamais volumes n'ont été édités avec tant d'exactitude que ceux de 
Il liiblwVièqnc universelle du Clcryé. Le présent volume est du noiubre de ceux révisés, et tous ceux qui le seront 
a l'avenir porterons cette note. ICn conséquence, iiour juger les productions des Ateliers Cutholiques sons le rapfiorl 
de la correclion, il ne laiidia prendre que ceux qui porteront en lèle lavis ici tracé. Nous ne reconnaissons qui celle 
édition cl celles qui suivront sur nos planclies de ruélal ainsi eocigées. On croyait autrefois que la stéréotvpio 
immobilisait les fautes, attendu qu'un cliché de nelal n'est point é. astique; pas du loiil, il iulroduit la perfection, 
car on a trouvé le moyen de le corriger jasqu'à exttintion de fautes. 1. 'Hébreu a été revu par M. Dracii, le Gret 
par des îlrers, le I.atin et le l'rancais par les premiers correcteurs de la eapilale en ces langues. 

Nous avons la consolalion de pouvoir linir tel mis par les réflexions suivanies : Knfin, noire exemple a fini pat 
ébranler les gran les publications en Italie, en Allemagne, en Belgique el en l'rance, par les C.inous grecs de Uome, 
le Ceriiil de Naples, le .S'iifiil Thomas de l'arme, V Ijiaftinpédie relifiieuse de Munich, le recueil des (li'clardlivns ite 
rites de llruxillcs, les tlullnndistes , le Snurez et le sjmiléqe de Paris, .lusqu'ii, on n'avait su réimprimer que Tes 
o ivraiics de courte haleine. L^s in-4°, où s'engloutissent les in-folio, f.iisaienl peur, el on n'osait y loi cher, par 
crainte de se nover dans ces abîmes sans fond et sans rives; mais on a Uni par se risquer ,à nous imiler. liien [ilus, 
•ou» nuire impulsion, d'aulres Kditeiirs se préparent an llniluire universel, aux Déeiswns de loiiles les f.ongrêgations, 
a une ltioipa])hie et ii une //is/oirc générale, etc., etc. Maihenreusement, la [iliipart des éditions déjà faites ou qui su 
fout, soni sans jiitor.lé, parre qu'elles sont sans cxarliliide ; la correction semble en avoir été lailc par des aveugles, 
«o't qu'on n'en ail p«s senti la gravité, soit qu'on ait reculé ilevanl les Irais; mais paliencel nno reproduction 
cnrrcrle surgira bienlùt, n« (ùl-ce qu'il la lumière des écoles qui se sont faites ou qui se feront encore. 



DICÏIONNAIRE 



DKS 



ORDRES RELIGIEUX 



ou 

HISTOIRE 

DES ORDRES MONASTIQIES, RELIGIEUX ET MILITAIRES 

ET DES CONGRÉGATIONS SÉCULIÈRES DE LUN ET DE L'AUTRE SEXE, QUI ONT 

ÉTÉ ÉTABLIES JUSQU'A PRÉSENT; 

CONTENANT : 

LEUR ORIGINE, LEUR FONDiTlON, LEURS PROGRÈS, 

LES ÉVÉNEMENTS LES PLUS CONSIDÉRABLES QUI LEUR SONT ARRIVÉS, 

LA DÉCADENCE DES UNS ET LEUR SUPPRESSION, 

l'agrandissement des autres par le moi en des différentes RÉFORMES QUI T ONT 

ÉTÉ INTRODUITES, 

LES VIES DB LEURS FONDATEURS ET DE LEURS RÉFORMATEURS, 

AVEC DES FIGURES QUI REPRÉSENTENT LES DIFFÉRENTS HABILLEMENTS DE CES 

ORDRES ET DE CES CONGRÉGATIONS, 

RELIGIEUX rÉMTENT DU IIEBS OnoRE DE SAINT FRA^Ç01S, DE LA CCMMII>'ACt£ DE PICMIS. 

MISE PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE 

CORRIGÉE ET AUGMENTÉE d'UNE INTRODl'CTION , li'uvE NOTICE SUR l'aUTEUR, 

d'v\ gkand nomure d'auticles ou rAUTiF.s d'articles, et d'un SUPPLÉMENT OU l'on TROUVE l'histoir!; res 

CutiGRÉGATIlNS OMISE* PAR IIÉLÏIlT, 

ET L'HISTOIRE DES SOCIÉTÉS RELIGIEUSES 

ÉTABLIES DEPUIS QUE CET AUTEUR A PUBLIÉ SON OUVRAGE, 
PAR MAaiE-LÉANDRE BADICHE, 

VICAIRE DE 'ilNTE-MAUGlEBlIE A PARIS, LICE>CIÉ EN TlIKnL'lGIK, M~M;mE DE LA SOCIÉTÉ ASIAnQUE, DE l'|>STITOI HlSIOlllQBE, 
DE l'aCADÉMIi; IMIÉIIIALE ET RO\ALF, d'auk/./.o, LTG. 

Et pas* M. l'abbé TOCKOîr, 

ANCIEN CL'BÉ D'aNTIBES, CHANOINE nONORAlRE DE mtJlS, ETC.; 

PUBLIÉE PAR M. L'ABBÉ MIGNE, 

.DITEOR DB LA BIBLIOTHÈQUE U NI VEnSELLE DU CLERGÉ, 

OU DES COURS COMPLETS SIR CHAOUE DRANCHE DE LA SCIENCE ECCLÉSIASTIQUE. 



TOMK DEUXIEME. 



4 VOL., PRIX : 32 FRANCS. 

S'IMPRIME ET SE VEND CHEZ J.-P. MIGNE, EDITEUR, 

AUX ATELIERS CATHOLIQUES, RUE D'AMBOISE, 20, AU PETIT-MONTROUGE, 

AUTREFOIS CARRIÈRE d'eNFER DE PARIS, MAINTENANT DANS PARIS. 







Paris. — Imprimerie J.-P. Mir.NE. 



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DICTIONNAIRE 



DES 



ORDRES RELIGIEUX 



D 



DALMAÏIE ( Congrégation de). Voyez 

AUGUSTl.NS. 

UALMATIE (Religieux pémtents de la 

CONGRÉGATION De). VoI/CZ SiClLE. 

DAMKS PAUVRES. Voyez Clarisses. 
DANNEBllOCH. Voyez Eléphant. 

DÉCHAUSSÉS (Frères Mineurs de l'É- 
troite Observance en Espagne, dits). 
Des Frères Mineurs de l'Etroite Observance 

en l'.'spagne , appelés \es Décliaussés , et 

dans leur origine les Frères du Gapuce ou 

du Sainl-Evangile. 

Enlie les disciples de Jean de la Piiebla, 
!e bienheureux Jean de Guadaloupe fui un 
des plus zélés, non-seulemenl pour uiaiiite- 
nir l'Etroite Observance qu'il avait établie, 
mais encore pour l'étendre d;ins les autres 
provinces, souhaitant avoir pour cet effet 
quelque élabiissemeiil au royaume de Gre- 
nade, afin do l'introduire cliez les Pères do 
l'Observance de la province de SainlJac- 
ques; et, pour mi. ux réussir dans son des- 
sein, il en obtint la pe^mis^ion de François 
Sainson, général de l'ordre. Il ne se contenta 
pas des austérités que le bienheureux Jean 
de la Puebla avait introduites, il eu ajuuta 
encore de nouvelles, et fil quelque change- 
ment dans l'habit : car, outre qu'il en prit 
un fort étroit et rapiécé , il accommoda le 
caprice à la façon de celui que saint Fran- 
çois avait porté, lui donnant une forme car- 
rée, et le rendant pointu, ce qui fit donner 
aux religieux de sa réforme le nom de Frè- 
res du Capuce ; il quitta les socques ou san- 
dales pour marcher nu-pieds , sans avoir 
rien aux pieds, ce qui les fil aussi appeler 
les Frères Déchaussés ; el comme les pre- 
miers couvents de cette réforme furent éri- 
gés en custodie sons le nom de la Custodie 
du Saint-Evangile, on leur donna encore le 
nom de Frère» du, Saint-Evangile ; mais ils 
quittèrent ceux du Capuce el du Saint-lwan- 
gile lorsque le pape Léon X. eut réuni toutes 
les différentes réformes de l'ordre de Siiinl- 
François sous le nom d'Observance cl de 
Réformés, et conservèrent celui de Dé( haus- 
sés, pour se distinguer des religieux de 1 E- 
troiie Observance d'Italie, qui avaient piis 
celui de Réformés. 

Jean de Guadaloupe, ayant pris un habit 
tel que nous avons marqué, alla à Rome 
pour remontrer au pape Alexandre VI les 
abus qui s'éiaient glissés dans l'ordre et 
dans l'Observance contre la pureté de la rè- 
gle; et, ayant renonié entre les mains de ce 
Dictionnaire des Ordres religieux. II. 



pontife à tous les privilèges el à toutes les 
dispenses (|ui av;neiil donné lieu au relâ- 
chement, il en obtint une bulle le 2'i sep- 
tembre 1400, par lai|iicllï Sa Sainlelé lui 
donnait permission de bâtir un touveiit au 
royaume de Gri nado, cl de piendre avec lui 
six religieux de l'Oliservance , de quclqiin 
province qu'ils fussent , auxquels le pape 
accordait la permission de le suivre , même 
contre la volonté de leurs supérieurs, poMr\ u 
qu'ils la leur eussent demandée, les incitant 
sous l'obéissance du général île l'ordre, el 
les exemptant de la juridiction des Obser- 
vants, qui n'avaient pour lors, comme nous 
avons dit ailleurs, que des >if aires géné- 
raux, le général étant Conventuel. 

Jean de Guadaloupe étant rclonrné en Es- 
pagne présenta son bref à l'arcliuv. do Gre- 
nade cl au prieur de Nolrc-Damo de (juada- 
luupe , que le pape avait nommé pour le 
faire e\écuter. IMusieurs religieux zélés eu 
ayant eu connaissance se joignirent à ce ré- 
formateur, qui leur donna nn habit pareil à 
celui qu'il portail, en envoya qnclquc--uiis 
dans un ermitage prorlie Oropeza, et d'au- 
tres eu un autre eimilage proche Placenza, 
en attendant qu'il pliit à Dieu leur procurer 
quelques pauvres couvents. 

Comme dans le même teujps plusieurs re- 
ligieux quittaient l'oidre sous divers prétex- 
tes , el que qupl(|ucs-uns même prenaient 
des habits d'ermites , avec permission de- 
Rome, lesPèrcs de l'Obscrvanct^ <iui voynient 
avec peine leurs lueilleurs sujets passer dans 
la réforme de Jean de Guadaloupe , voulant 
se servir du prétexte de ces abus pour eu 
empêcher le progrès , oblinreni du même 
Alexandre Vl un bref qui révoquait tous 
ceux qu'il pouvait avoir accordés, de quel- 
que nature qu'ils fussent , pour pcrmelire 
aux religieux de vivre hors de l'ordre. Eu 
vertu de ce bref , les Pères de l'Observance 
intiuiétèrent Jean de Guadaloupe el ses com- 
pagnons pour les obliger de retourner à leur 
obéissance el de rentrer dans les couvents 
de l'Observance ; mais le saint réformateur 
fit un second voyage à Home, cl obtint uif 
aulre bref, du i6 juillet l'i'JO, par leipiel ce 
pontife déclarait que son inleulion n'avait 
point été de comprendre dans celui qu'il 
avait accorde aux Observants, Jean de Gua- 
daloupe ni ses compagnons. Cette lenlalivu 
des Observants contre ces saints religieux. 
bien loin de leur être préjudiciable, 1 ui' lut 
avantageuse : car non -seulement le pape 
confirma son premier bref du 25 scptcm- 



H 



DICTIONNAIRE OES ORDRES UEI-ÎCIEUX. 



12 



hro I'i0('i, niai< il nrronla onrore à Jc.iii tlo 
(iiiiidalxiip ' hi piTiiiissIoii (le recevoir dans 
sa reforme Ions le> relifjieiix qui se présen- 
liraienl a lui pour y eiilrer, defeiiilanl sous 
«le prosses p im s à qui qvjo co fùl de les in- 
quiéter cil aucune l.inci. Oulrc co bref, il 
<'l)iinl aussi , av.inl que de partir de Home, 
du profureur cl du c<tiiiaMssairc , du Père 
l'"ran ois Samson , pcneral , auquel le bref 
du pape le souincltail lui et les siens, un am- 
ple pouvoir de rei cvoir toutes les maisons 
qui lui scraicii! oITertes. Les Pures de l'Oh- 
■•ervancc, ayant ou communication de ces 
brefs et de ces permissions n'inquiélèreiil 
plus les réformés, sur lesquels ils n'avaient 
plus aucune aulorilé ni juridicliou. 

Jean de Tiuadaloiipe jouissant de la paix 
vl de l.i tranquillité, et ne songeant plus qu'à 
se jinicurer un couvent pour y jeter les fun- 
deuicnts de sa réforme, Dieu suscita un gen- 
lillioniiiie de Tiuxillo (jui lui en offrit un 
proche celte ville. Ce zélé refirmaleur en 
prit possession l'an loOO , et le dédia à la 
s linte Vieigc sous Ir noai de Noire-Damc- 
de-l-umiére. Ce fut là qu'il dressa ses pre- 
mières coiislilulions, et où, après avoir ob- 
tenu trois ou quatre autres petits couvents, 
il se forma une custodie, à I iqucllc on donna 
le nom du Siiinl-l'Jvongile, el qui fut depuis 
érigée en province sous le titre de Sainl-Ga- 
br:el. 

De si lieureuv coinmeiiccinents cncoura- 
pircnt le 1ère Jean de (juadaloupe à éten- 
dre sa réforme jusqu'en Portugal, où il alla 
à cet efîel , el y liâiil quelques couvents, 
dont le premier lui fut donné par le duc de 
Itragincc, près de la \illc de Viliusa. L'é- 
glise de ce premier ctalilissemenl, qui fut 
dediec eu l'Iionneur de Notre-Dame-do - 
4'iiiè, donna d.iiis la suite le nom à une 
[irovince de la inéui!' réforme; le second 
couvent qu'il obtint en ce royaume fut pro- 
( lie la ville de (iliaves ; le troisième procbc 
It.ircclos, et un ermitage dans un village 
uiimmé Mérida. 

Li;- l'ères de l'Observance, voyant les pro- 
pr.-s do cette réforme, que le» plus zélés 
d'entre eux emhrassaieni pour y travailler à 
la perfeclioii en observant la règle avec plus 
de rigueur dans sa pureté, voulurent l'em- 
pérlier , cl loi inèrcnl leurs plaintes au T. 
M.irli.il liourlier, Trançais de nation et vi- 
e lire général de l'Ouservancc de la Famille 
Dllraiiiunlainc, qui à leurs solliciia ions as- 
sembla un rbapiire général en (bastille l'an 
l.'iOJ, où il fut ordonne que dans toutes le-i 
provinces d'Kspagne on assignerait certains 
couvents à ceux qui voudraient uliscrvii la 
règle a*ec plus de rigueur el embrasser les 
iiièuies pratiques et les mêmes .lustérilcs 
<iue Ion Krèiesilu Saiul-liN angile, à condi- 
tion qu'ils siéraient toujours sous l'obéiii- 
saiicc des provinciaux de l'Observance, 
'l'i Ile fiil la résolution du clia|iilre général, 
par l.iquellc ou prétendait arréier le progrès 
de 1.1 réforme de Jean A< Ijiiadaloupe, cl eui- 
péclier que les re igicux des provinces de 
i'Ubservance en sortissent pour y embrasser 
celle réforme. .Mais re des'.ein ne réussit 



pas : ce qui lit prendre na\ ObscrvtTnts d'au- 
tres moyens pour la déiruire. Pour cet elïel 
ils curent recours aux rois catlioliques Ter- 
dinand cl Isabelle, qui étaient afTcelioiinés à 
l'Observ.ince, à laqu. Ile ils avaient fait bâ ir 
un coavcnl à 'l'oiède et accordé plusieurs 
privilèges. Ils leur rem mirèrent la division 
que la réforme du Saint-Evangile caus.iit 
dans les différenlcs provini es, cl les priè- 
rent d'interposer leur aulorilé pour faire re- 
venir les réformes sous l'obéissance des Ob- 
servants, qui leur promet'aicnl toute assis- 
tance, leur oITranl des couients de récoUec- 
tion pour y vivre si ausièremcnt qu'ils vou- 
draient. Ces princes, se laissant persuader 
par dos raisons si justes en apparence, en 
écrivirent au pape Alexandre ^"l, qui à leur 
prière accorda un bref, la même année 1502, 
par lequel il révoquait ceux qu'il avait don- 
nés en faveur de Jean de Guadaloupe el de 
sa reforme, el les remellail sous l'oliéissanco 
des Observants. Ce bref leur fut signifie, et 
ils furent chassés par forée des couvents 
qu'ils avaient en Casiille, d'où ils se retirè- 
rent dans ceux de Portugal. 

Jean de Gu.idaloupe, surpris de- ce chan- 
gement, entreprit un troisième voyage à 
Kome, où il représenta au pape l'injustice 
de la persécution qu'on leur avait suscitée, el 
ce pontife donna un nouveau bref par lequel 
il déclarait que celui qu'il avait accordé à la 
sollicitation des rois catholi(|ue$ était seule- 
ment contre ceux ijui étaient sortis de l'or- 
dre pour vivre à leur volonté et avec scan- 
dale, cl non pas contre le P. Jean de Gua- 
daloupe el les autres de la custodie du Sainl- 
livangile, qu'il regardait comme vériiables 
religieux de Saint-François et observateurs 
de sa règle sous l'obéissance du général, el 
confirma les deux premiers brefs qu'il avait 
accordés en leur faveur. Jean de Guadaloupe, 
muni de ce bref, arriva en Portugal, où il 
trouva ses religieux sans couvent, aussi 
bien qu'en Casiille, el disper^és dans des 
montagnes el dans des sulitudes, eu atten- 
dant qu'il plût à Dieu de dissiper cet orage. 
11 publia son bref, mais il lrou>a tant d'up- 
posi'ions de la part dci Observants, que iion- 
seuleinenl il ne put réussir, mais que même 
il fut obligé de se retirer dans une solitude, 
n'ayanl pu avoir une retraite dans leurs 
couvents. 

Après la mort du pape Pie III, qui ne gou- 
verna l'Ivglis;' (|ue viiigl-.sepl jours, et qui 
a\ail succède a Alexamlre \ 1, liilles Del- 
phiuo, qui avait été élu général en 1500, 
ayaiil soilicilé le pajie Jules II de réunir eu- 
svmlde lis Couvent lels et les Obseivants, et 
ce ].outilc ayant f.iil assembler le cliapilie 
généralissime à Home l'an l.'jQt), eoniiini 
nous .ivo.is dit ailleurs, Jean de Ciuadaloupo 
se résolut d'j aller avec le P. Pierre Melgaro 
el q lelques auiics de ses religieux, afia «l'y 
faire lever les oppositions qui s'étaient trou- 
vées dans l'exèculion de son bref; mais, ac- 
cablé (le vieillesse, il mourut en cliemin. Ses 
compagnons étant arrives à Home, le géné- 
ral leur donna pour custode el supérieur à 
la pl.ice de leur iéformatcur,le même rieno 



13 



DEC 



nr:c 



il 



de iMelgaro, qui n'oublia rien pour m.iin- 
lenir \u réforaie , noiiobstanl les Iravrrscs 
que les Observants, appuyés par les puis- 
sances, leur suscitaient, mais sans aucun elTei: 
comme nous le dirons en parlant des 



car, 



Frères Mineurs de l'Observance , le pape, 
voyant que l'union qui avait été projetée 
n'avait pu se faire, et ayant ordonné que les 
«lilïérenles réformes de l'ordre de Saint- 
François, quelque nom qu'elles eussent, 
se incliraient dans un coriain temps sous 
l'obé ssance des Conventuels ou des Obser- 
vants, les Frôns du Capuce ou du Saint- 
Evangile se mirent derechef sous l'obéis- 
sance des Conventuels, dont le général lès 
prit sous sa protection, et leur confirma 
Pierre de Melgaro pour leur custode, au!o- 
risa leur congrégation sous le nom liu Ca- 
puce ou du Saint-Evangile, leur permit de 
vivre selon leur manière, cl de pratiquer à 
la lettre la règle de Saint-François, et con- 
firma toutes les grâces que ses préJcccsseurs 
leiiravaient accordées. Le cardinal prolecteur 
ratifia ce que le général avait fait, el ces ré- 
formés obtinrent un bref du pape, au mois 
de juillet de la même année 1505, qui leur 
permettait de bâtir de nouveaux couvents 
unis en custodie sous l'obéissance du gé- 
néral. 

Ces religieux étant retournés en Espagne, 
et y .lyant trouvé leur couvent de Truxillo 
el de Salva-Léon ruinés, se retirèrent dans 
quelques autres qu'ils avaient en ce royau- 
me; mais ces couvents n'étant pas suflisants 
pour contenir tous ceux qui se joignaient à 
eux pour embrasser la réforme, ils en bâ- 
tirent d'autres qui furent unis à la custodie 
du Saint-Evangile , avec l'agrément du pro- 
vincial de la province de Saint-Jacques, qu'ils 
trouvèrent favorable à leurs desseins. Mais 
ils ne jouirent pas longtemps du fruit de leurs 
travaux, car les Observants, envieux de 
leurs progrès, eurent encore recours aux 
rois d'Espagne et de Portugal, etolitinrent à 
leur sollicitation un bref du pape qi:i ordon- 
nait aux Frères du Capuee ou du Saint- 
Evangile de retourner sous l'obéissance des 
(.•bservants, ou de sortir des royaumes d'Ks- 
pagnc et de Portugal. 

Ces s linls religieux aimèrent mieux aban- 
donner leur couvent que do retourner sous 
l'obéissance des Observants, et se retirèrent 
dans des solitudes et des déserts où ils ne 
vécurent que d'herbes el de racines, jusqu'à 
ce que ce nouvel orage eût été apaisé. A 
cet elïet ils envoyèrent à Rome le P. Ange 
de V.illadolid pour représenti r à Sa Sainteté 
le fâcheux état où ils étaient réduits, et les 
injustes motifs des persécutions qu'on leur 
avait suscitées au sujet de la réforme, qu'ils 
n'avaient embrassée que de son consente- 
ment el de celui d'Alexandre VI, son prédé- 
cesseur. Jules 11, touché de leurs misères, 
révofjua son dernier bref par un aulre du 10 
mars 1508, où, rapportant tous les privilèges 
que lui et son prédécesseur avaient accordés 
au P. Jean de Guadaloupe et au P. Pierre 
de Melgaro , non-seulement il les con- 
firma de nouveau , mais il les aug- 



menta, érigeant leur custodie du Saint-Evan- 
gile en province, leur donnant pouvoir d'é- 
lire un provincial ; et en attendant l'élection, 
il confirma Pierre de Melgaro dans son of- 
fice de custode, révoquant tous les brefs qui 
pouvaient avoir été accordés contraires à ci; 
dernier. 

Le P. Ange de Valladoli J élanl retourné en - 
Espagne, on rendit aussitôt à ces réformés 
tous les couvents qu'ils avaient en ce royau- 
me, fil ils en bâtircni de nouveaux en Por- 
tugal, où ils liment leur premier chapitre, 
dans lequel ils élurent pour provincial le P. 
Pierre de Melgaro ; ce qui aig:it tellement 
l'esprit des Observants d'Espagne, qu'ayant 
formé opposition à l'érection de cette pro- 
vince, ils obtinrent des lettres du roi d'Es- 
pagne en leur faveur adressées au roi de 
Portugal, qu'il priait de protéger les Obser- 
vants. Le roi de Portugal, ayant fait venir les 
uns el les autres en sa présence, et après 
avoir écoulé leurs raisons , les fit conve- 
nr que tous les couvents que les Pères du 
Saint-Evangile avaient en Portugal seraient 
érigés en custodie, sujette seulement au vi- 
caire général de l'Observance de la Famille 
Ullramonlaine ; que ceux de C;islil!e ren- 
draient obéissance an provincial de la pro- 
vince de Saint-Jacques, aussi de l'Obsor» 
vance, et que les réformés quilteraienl leurs 
capuces pointus pour en porter à l'avenir do 
ronds, afin de se conformer eu quelque fa- 
çon aux Pères de lObservance : ce qui fut 
accordé et aussitôt exécuté. Le P. Pierre de 
Melgaro renonça au titre de provincial, et 
demeura custode comme il était auparavant 
de la custodie de la Pitié, el le P.Ange do 
Valladolidalla en Casiille, où il fut cus'.odo 
de la custodie du Saint-Evangile do ce 
royaume. 

Les réformés de Casiille, ayant appris ce 
qui s'était passé eu Portugal, n'approuvè- 
rent point les résolutions que l'on avait pri- 
ses dans la conférence qui s'y était lenua : 
c'est pourquoi, ne pouvant se résoudre à 
quitter le capuce pointu et à se soumettre 
à l'obéissance du provincial do la piovincu 
de Saint-Jacques, ils eurent recours au gé- 
néral Renaud de Catignola, auquel ils s'é- 
taient soumis dans le chapitre généralissime 
de l'an 1506, le priant de leur accorder sa 
protection, et de ne pas permettre qu'ils 
fussent soustraits de son obéissance. Le gé- 
néral les écouta favorablemeni, et remit la 
décision de celle affaire à la congrégalio.i 
générale qui dévalise tenir à Valladolid au 
mois d'avril de l'an 1509, où il fut ordonné 
que les Pères du Capuce auraient terme de 
six semaines, pendant lequel temps ils seraient,' 
tenu s de déclarer de nouveau sous quelle obéis- 
sance ils voulaient vivre, ou sous celle du 
général de l'ordre, ou sous celle du vicaire 
général de l'Observance ; et qu'en cas qu'ils 
choisissent celle du général, il leur sérail 
libre de retourner dans les couvents qu'ils 
avaient auparavant occupés par autorité 
apostolique. 

Il y eut par ce moyen division entre les 
réformés d'Espagne et ceux de Portugal ; 



15 



WCTIONNAIRK DES ORDRES RELIGIEUX. 



16 



car roux-ci reconnurent le viciiiro L'ônèral 
tli« l'Observance pour Inir siipèiiciir, ^ui- 
vanl l'arcoril i\u'\\s a\airni fail on |ircseiiie 
du roi do PorUigal, cl crus d'Espagne re- 
conniirenl le général, comme ils iivaiml 
fail jusqu'alors. Mais on ne s^rda pis les 
conditions qu'on leur avait promises dans la 
congrép.ilion générale; car on ne leur voulut 
pas rendre leurs couvents ; cl loul ce que put 
faire le grné.al de son aulorilé lut de leur 
ionncr iroispauvrescouvcnlsilansl'F.slrama- 
tlnre, où ils ruieni même si inquiétés «luo, 
ilans la crainte <iu'oii ne les en ciiassât, le 
P. Argede Valladolid fiil obligé d'aller à 
Rome pour s'en assurer la possession, il se 
^rou^a pour cet elTcl au chapitre général de 
l'an lolO.d.ins lequel on élut pour général 
Pliili|ipi' Ragnacavallo, auquel il fit si bien 
i-onnaiire la ju.>lico de sa eause et la mau- 
vaise intention de ^es advers. lires, qu'il l'en- 
gagea à leur confirmer les trois couvents 
que S( n prédécesseur leur av;iil donnes; ce 
que fit pareillement son successeur, le P. 
Hernardin de Pralo, l'an lol2, qui y ajoula 
même trois autres couvents, qu'il érigea, 
avec Us tro.s premiers, en cuslodie, sous le 
litre du Sainl-lvvangile ; ce qui fut ratifié et 
approuvé par le pape Léon X, qui avait suc- 
cédé à Jules II. 

Ce pontife ayant convoqué à Uomc un 
cliapilrc généralissime, l'an 1517, comme 
nous avons dit ailleurs, d ordonné que dans 
ce chapitre il n'y aurait que les réformés 
qui ) auraient voix jiour élire un mini-trc 
gênerai de tout l'ordre de .Sainl-François, 
comprenant sous le nom de réformés les 
Observants, Amédéisles , Coletans, Clare- 
nins,du Sainl-livaiigile ou du Capuce, et 
Déchaussés, qui de>aienl à l'avenir quitter 
tous ces noms pour prendre celui de Frères 
Mineurs de la régulière Observance, les 
l'iércs du Cipucc ou du Saint-Hvangile fu- 
rent par ce moyen incorporés dans l'Obs r- 
van( e, pr niit le nom de Reformés, cl quit- 
tèrent celui de Frères du Capuce ou du 
Saini-Fvangile, sans préjudice pourtant à 
leur réforme partieulicre, dans laquelle ils 
continuèrent. Leur cuslodie fut ensuite éri- 
gée en prounce sous le nom de Saint-(îa- 
bricl, aus'-i bien que celle de la Pitié, (jui re- 
liiit toujours son nom. Celle des Anges, dont 
Jean de la l'uebla avait été fondateur, fut 
aussi érigée i n piovince, et ces provinces en 
ont produit (dusieurs autres, tant eu F-spa- 
gne qu'en Portugal, cl dans les Indes, où ils 
uni (iresenlenient dou/c provinces, dont les 
l'P. François des Anges et Martin de Valence 
sont les fondateurs. Ces saints religieux 
étant passés dans ce pays en l.')21, en vertu 
il un bref de Léon X, et ayant mené avec 
eux neuf prêtres et deux frères laïques, 
lou» religieux de la province de Sainl-tla- 
Iriel, non-scuU inenl ils s'y établirent, mais 
encore ils y (irent de si grandes conversions, 
quiis furent obligés de. multiplier leurs cou- 
vents à proportion qu'ils suumeUaienl de 
pays à la loi de I l>angile. Le P. Jean de 
/uiiiarraga fut premier archevêque de Mexi- 
que, cl un grand nombre de religieux ont re- 



çu en ces qunrticrs-lA la couionne du mar- 
tyre. Le P. F'raneois des Anges fut dans la 
suite général de l'ordre de Saint-François, 
cl le pajie Cléineiil VII l'cleva à la dignité de 
cardinal. Les religieux de cette réforme onl 
toujours observé la règle de Saint-François 
dans sa pureté, a l'édification de toute l'Ks- 
pagne, où ils sont connus sous le nom de 
1). 'Chaussés, à cause que dans le commence- 
ment de leur orgine ils ailaieiil nu-pieds, 
sans socques ni sandales. Mais [iréscntemenl 
ils portent des socques ; il n'y a que ceux du 
la provincede la Pitié en Portugal, qui dans :a 
maison sonltoujours nu-pieds, ne porl.intdes 
socques que quand ils sorient. Ilesidiinciledo 
rapporter leurs observances, puisque presque 
toutes les provinces ont des constitutions 
particulières; mais elles conviennent toutes 
dans l'exacte pauvreté dont elles font pro- 
fession et dans le renoncement cl toutes les 
grâr'cs cl privilèges qui pourraient donner 
atteinte à l'Etroite Observance. CrêgoireXV 
I)erniit à ces religieux d'Espagne d'avoir un 
procureurg'înéral encour deUome; mais Ur- 
bainVlll révoqua cette permission. Quanta 
l'Iiabilleinent.ilest d'étoffes rudes et gr ssiè- 
res.etnediffèredeceluideïC 'sarins.que nous 
avons donné à l'article Césakins, qu'en ce 
que le capuce est un peu plus pointu; c'est 
pounjuoi nous n'en donnons point d'es- 
tampe particulière. 

Francise. Conzag., De Orig. Scraph. tic- 
liij. Luc \Vading,.4»nfl/. Minorum. Oominic. 
de tjubernatis, Ori». 5cra/;/(ij. Darezzo Ra- 
rezzi, Cont^nuaiion de la Chronique des frè- 
res Mineurs, .\lariaii. ab Orscell r. Francise. 
Uedivivi, sivv Citron. Oliserv. Slrictioris. 
Juan de santa .Maria, C'/troiiic. de la Provin- 
cia de San Joscpli de lus Descalzos de ta or- 
den de los Menurts. Antonio Panes, Chro- 
nicii delà Provinc. de San Juan liaittisla dé 
ri'li''iosos Menores Descalzos de la Regular. 
Oùscrvanlia. Andr. de Guadaloupe, liislor. 
de In Provinc. de los Angelos. Charles Ra(ii- 
ne, H si. gdncrale de l'origine et propres des 
Frères Hlmeurs, Rccolels, liéform''* ou Dv- 
cltausse's. 

DElXAN (Saint-). Voyez Irlande. 

DENIN. Voyez Nivhi.LE. 

DE.MS EN FRANCE (Ancienne conuriga- 
Tio.N DE Saint-). 

Si l'on a donné le titre de chefs d'ordres cl 
de congrégations aux abbayes doni nous ve- 
nons de parler dans quelques articles, l'on 
ne peut sans injustice refuser le m<MiH' tiire 
à celle de Saint-Denis en France, puisiiue, 
ouirc qu'elle est l<i plus célèbre du royaume, 
et même de l'Europe, elle a non-seulement 
été chef d'une véritable congrégation , (jui a 
été érigée sur la fin du seizième siècle ; mais 
elle a encore eu de tout temps un grand 
nombre de monastères et d'églises de sa dé- 
pendance. Quoiqu'on attribue la fondation 
de cette illustre abbaye au roi Dagoberl l", 
il y avait déjà néanmoins un alihé cl des re- 
ligieux dans celle église do Saint-Denis avant 
que ce prince eût tait jeter les foiidenients 
des nouveaux édifices, cocame il parait par 



17 



DEN 



DEN 



18 



une cliarle datée d(! la quarante-troisième 
année du règne de Clolaire 11, c'est-à-dire 
l'an 627, d'une donation faite par une dame 
nommée Théodetrudc, auquel temps Dodon 
cil était abbé. Cependant, quoique Dagobert 
n'en ait pas été le premier fond.ilcur, nul 
autre que lui n'a mieux mérité ce litre , par 
les grands biens dont il a enrichi cette ab- 
baye. L'on ne peut dire certainement m 
quelle année elle fui fondée pour la première 
fois, ni en quel temps Dagobert entreprit de 
rebâtir avec une mapinificence royale l'église 
de Cl- monastère, où il employa un grand 
nombre de colonnes de mai bre cl d'autres or- 
nements de même mitière. Elle était même, 
selon quelques historiens, tout- pavée de 
marbre, et brillait au dedans de l'éclat de ri- 
clies tapisseries , toute rehaussée d'or , de 
pi-rles et de pierres précieuses. Au milieu 
rie toutes ces richesses , il fil construire sur 
la sépulture de saint Denis, apôlre des Gau- 
les, dont le corps se conserve dans celte 
église avec ceux de ses compagnons Rusti- 
que et Eleulhère, un magnifi(iue tombeau , 
dont il donna la conduite à saint Eloi, 
Comme son dessein était d'établir la psalmo- 
die continuelle dans cette éi^lise, à l'exem- 
ple des abbayes de Saint-Maurice d'Agaune 
cl de Sainl-Martin de Tours, il fit faire des 
bâtiments suffisants pour loger les religieux 
qui devaient vaquer à ce saint exercice, 
auxquels il fit de grands biens; et tant 
qu'il vécut, il ne laissa échapper aucune oc- 
casion de favoriser ce monastère et de le 
combler de nouveaux bienfaits. Enfin , ce 
p incc étant !i;ort l'an 638 , dix ans ou en- 
viron après la fondation de cette abbaye , 
autant qu'on peut le conjecturer, il voulut y 
être enterré : ce (lUi servit d'exemple à nos 
rois, qui ont toujours depuis élu leur sé- 
pulture dans ce lieu, à la réserve de quel- 
ques-uns, qui ont été enterrés en quelques 
aulres lieux. Clovis II, fils de Dagobert , re- 
gardant l'abbaye de Saint-Denis comme l'ou- 
vrage de la piété et de la magnificence de 
son père, ne m::nqua pss de lui donner sa 
pro:ci'tion, cl confirma toutes les dunaliuns 
que ce prince y avait faites. Il lui procura 
aussi rallranchisscinenl de la juridiction de 
l'évéque de Paris , par le privilège d'exemp- 
tion ()u'il demanda à saint Landry , et qu'il 
fit confirmer, l'an 6 3, dans un synode ou as- 
semblée de plusieurs évolues et des grands 
du royaume. Gliarderic en étanlablié en evi, 
lit bâtir sur son propre fonds le monastère de 
Toussainval dans le Chainbli. Il en fit dédier 
l'église sous les noms de saint Denis et de 
saint Marcel , et y mil des religieux de Saint- 
Denis, qui furent comme le premier essaim 
qui sortit de cette maison. Le roi Jhierri 1 "^ 
aiilo' isa ce nouvel établissement, et lui donna 
même avec beaucoup de privilèges la terre 
de Noisi, pour l'entretien des religieux ; mais 
ce monastère n'est plus connu, et le P. doni 
Félibien dans l'Histoire de l'abbaye de Saint- 
Denis, dont nous avons tiré la plus grande 
partie, de ce que nousdirons dans cet article, 
croit que c'est peut-être l'abbaye du Val 
Ijfcs Poutoise, possédée par les Feuillants. 



La psalmodie continuelle qui avait été 
établie dans celte église par le roi Dagobert 
avait été interrompue; mais, l'an 723, 
Thierri II ordonna qu'elle serait rétablie; et, 
pour y engager les religieux, il confirma 
leurs anciens privilèges accordés par les 
évéqu's de Paris et les rois ses prédéces- 
seurs. Une chose digne de remarque qui se 
trouve dans les lettres que ce prince en lit ex- 
pédier, c'est que l'on y lit que saini Denis et 
ses deux compagnons, saint Rustique et 
saint Eleulhère, furent les premiers apôtres 
des Gaules et qu'ils vinrent à Paris par or- 
dre du pape saint Clément, pour y prêcher 
l'Evangile. Déjà les biens de ce monastère 
avaient été usurpés en partie, lorsque Ful- 
rad en fut abbé l'an 750. Un de ses premiers 
soins fut de les recouvrer: ce qu'il fit aisé- 
ment avec le crédit de Pcpin, qui n'était en- 
core que maire du palais, mais qui avait déjà 
la souveraine autorité, et qui, é:anl parvenu 
à la couronne, protégea cette abbaye comme 
auparavant: il honora même l'abbé Fulrad 
de la dignité de maître de sa chapelle. 

En cette qualité, cet abbé fut obligé de 
suivre le roi en Italie lorsqu'il y porta la 
guerre pour remettre le pape Etienne III en 
possession des terres de l'Eglise, dont A!- 
lophe, roi des Lombards, s'était emparé. Ce 
pontife, qui était venu en France implorer 
le secours du roi, avail sacré de nouveau ce 
pr nce et ses deux fils Charles et Carloman 
dans l'abbaye de Saint-Denis, où il avail sé- 
journé quelque temps; et, comme il avait 
besoin du crédit de l'abbé Fulrad auprès de 
ce prince, il lui accorda beauco:ip de privi- 
lèges. Entre aulres, il lui donna permission 
et à ses successeurs de fonder aulant de mo- 
nastères qu'il leur plairait, sous la protec- 
tion du saint-siége. Il accorda de plus à cet 
abbédene pouvoir être fait évêque contre 
son gré et sans la volonté du roi Pépin, d'u- 
ser de certaines chaussures, et de parer son 
cheval d'un ornement particulier qui ne con- 
venait, selon les apparences, qu'aux grands 
seigneurs ou à quelques cérémonies. Celte 
grâce fut accordée par ce pontife au seul 
Fulrad, à la prière du roi. Il ordonna même 
qu'après la mort de cet abbé, ces ornements 
seraient mis avec son corps dans le tom- 
beau. Il lui donna encore le pouvoir d'élire 
un évêque qui fît les fonctions épiscopales 
dans ce monastère et dans les autres qui en 
dépendaient, et beaucoup d'autres grâces, 
qu'on peut liredans l'iiistoiredeeetteabbayc. 

Il y avait de ces sortes d'évêques à Saint- 
Martin de Tours et en d'autres célèbres mo- 
nastères. M. l'abbé Fleury dit, à la vérité 
{ Hist. ecclés. t. IX, liv. xLiv !, que ce u'é- 
taieul point des évêques titulaires, comme 
si ces monastères et ceux de leur dépen- 
dance eussent été des diocèses; mais qu'ils 
étaient de ceux qui avaient été ordonnés 
sans aucun titre, ou qui, après l'avoir quitté, 
se retiraient dans ces monastères et y fai- 
saient les fonctions, comme en des lieux 
exempts de la juridiction des ordinaires. 
Quelquefois c'étaient des chorévêques, qui 
avaient leur siège fixe daus les monastères, 



J9 



DICTIONNAinE PF.S OKnurS RELU;iKUX. 



50 



v)ii l'abbé, qii- otail on iiu'nie Irnips é>êqiio 
de son monasièrc; ol d'aulrcs fois t'ilaii'iil 
lie simples prélrcs. à qui on donnai! le litre 
dYvéqucs parce qu'ils avaient mission pour 
[Tâcher l'Eviinfiilc on rcrlain teniloire. 

l'cpin, ayant voulu rendre la liosi!i(|uc de 
Saint-Denis plus aupusio, avait fait coniincn- 
«er un iiouviau bâlinienl dont la tonslruc- 
lion fut inlorrmnpuo par sa mort, qui ar- 
riva l'an 708; mais Charlemasnc, son fils, 
l'avant f.iil contiiuicr, il fut arliové l'an 775. 
Ce prime vint à Sainl-Dtnis et fit faire la cé- 
roinonic de la déilicacc avec toulc la | onipc 
imaginable. Le inoiiaslc^re se scnlit aussi de 
SCS libcraltts, rar il lui fit don de sos mé- 
tairies de Luzarebes avec l'cplise du lien, 
bàlie sous rinvocali..n de saint Corne et de 
saint Damicn, et d'une autre mclairie située 
à Mo'si, au dioeèse de Meaux. L'année pré- 
cédenlo, il avait confirmé la donation (|U0 
Éon père y avait faite des terres de Favcroles 
et de Nortm, avec une partie de la forél Ivc- 
linc, des rcrfs et dos ( bcvreuils qui y étaient, 
ilont les cuirs devaient servir pour couvrir 
les livres des religieux, et la cbair pour la 
fi'iurriture dos malades : d'où le V. Mabillon 
lire une conséquence, qu'en ce temps-là l'abs- 
tinence de la viande (tait en usage dans 
celte abbaye. 

Un différend que l'abbé Fulrad ont avec 
l'évéquc de Paris au sujet d'un n.onastèro 
Làii au village de Plaisir près de Sainl-Cier- 
i)iain-en-Laje fournit un exemple d'une 
épreuve qui se faisait dans ce lemp«-là ijour 
juger des \ rocès. L'cvéque aPéguait que ce 
ijumastèrc avait été donné à son Kgliso; Ful- 
rad soutenait que c'était un ('on fait à son 
abba3e. Los juges, ne sachant lequel des deux 
avait droit, eurent recours à l'épreuve qu'on 
appel.iit le jugement de Dieu ddnnt la croijr. 
Deux homme*, dont l'un soutenait les ilroits 
de l'Kglisc de Paris, l'autre ceux de l'abbayo 
de Saint-Denis, allèrent dans la chapelle du 
roi, cl, pendant qu'un prêtre récitait des 
prières, ils commencèrent tous deux on 
même temps à étendre les bras en forme de 
croix. Celui do Saint-Denis étant demeuré 
ferme dans cet état, cl l'autre ayant chancelé 
un peu, il n'en f.illut pas <lavantage pour 
faire perdre le procès à l'évêque, qui avoua 
lui-même que Dieu s'était déclaré on f.ivour 
de l'abbaye de Saint-Denis. Sur quoi le roi, 
assisté des comtes ol d> s autres ofin iers de 
justice, prononr.i en fa\curdo l'abbé Fulrad, 
qu'il maintint en possession du monastère 
de Plaisir, par un arrêt du 28 juillet 771. 
.Mais (■< tlo soric d'épreuve fut interdite quel- 
ques années après par Louis le Débonnaire. 

L'iibbé Fulrad, p.ir son testament fiil à 
Ilérlslal, se]! ans a\ant sa mort, donna à 
son abbavo lous les biens qui lui étaient 
oibus on héritage, dont (luelques-uiis étaient 
situés on Alsace ol en Urisgan, avec, ceux 
qu'il avait OUI par préscnis, soit de nos rois, 
»oil de s 8 p.irents ou de quelques-uns de 
ut» ami», et les terres (|u'il avait acquises à 
litre d'échange ouaulrement.il assujettit à 



II) Voy., à la lin JutoI., i,"» | cl 2. 



la mémi' a! baye tous les mon.isières qu'il 
avait fondés ou rebâtis au diocèse de Metz et 
ailleurs, counne ceux de Saione, de Sainl- 
llippolyle ou Sainl-Uisl, de Sainl-Cueu|ilias, 
d'.Vrberting, d'.Ulalogne. sans eompter ceux 
de Lebraha < t de Saint-Alexauilr.', qu'il y 
avait déj^'i soun.i<. Outre ces iiunastèics et 
ceux dont nous avons ci-devant par é, il y 
avait cnrore celui de Saint-Michel, qui osl 
présentement une fameuse abbaye proche 
\'erdun, qui était aussi de sa dépendance. 

Quant au testament de l'abbé Fulrad, il 
faut remarquer que les abbés réguliers n'a- 
vaient pas plus (le pouvoir que les autres 
religieux de donner par testament à leurs 
parents ou à d'autres, et que, s'il se trouve 
plusieurs testaments de celte nature en fa- 
vcurdes monaslèros, c'est qu'ils ne faisaient 
que confirmer les donations qu'ils y avaient 
faites avant que d'y faire profession, ou 
celles qui avaient été faites en leur considé- 
ration depuis qu'i's av.Ticnt rmbrassé l'étal 
religieux, ne pouvant point disposer de leurs 
propres, puisqu'ils n'en avaient point, et ne 
pouvant pas non plus d'ailleurs disposer dos 
biens du monastère, dont ils n'avaient que 
l'économat. Nous donnons ici rhabillement 
des religieux qui étaient à Saint-Denis du 
temps de l'abbé Fulrad (1), que nous avons 
lire sur les figures que le P. Mabillon en 
a données dans le dcuxiènie tome de ses .\n. 
nales lîénédictincs. 

Fulrad étant mort l'an 78V, Mnginaire, l'un 
de ses disei|des, lui succéda. Il obtint, entre 
autres iirivilégcs du jiape Adrien I ". l'an 78(i, 
la confirmation de celui qui avait été accor- 
dé à Fulrad par Liiennc lli, d'avoir un 
évoque à Saint-Denis pour y faire, selon les 
besoins, les fonctions épiscopales, et tl.ins 
les autres monastères qui en dépendaient. 
Il l'ut envoyé en ambassade on Italie, et à son 
retour il obtint d'Offa. roi des Merciens en 
Angiclorro, la confirmation des biens situés 
au port do Landowic, qui avaient été donnés 
par quelques-uns de ses sujets à l'abbaye de 
Saint-Denis, à laquelle ce prince donna aussi 
ce qui lui appartenait au même lieu, en or, 
en argent cl autres revenus, et ratifia on 
môme temps le don ((ue le duc llerlwal ava l 
au>si fait à celte abbaye d'une autre part. 
Ce ne lut pas le seul endroit hors du royaume 
où ce monastère avait des birns. Cbarle- 
magne lui on donn.i aussi dans la \'altelino; 
elle en eut dans la suite en Allemagne, en 
Fspagne et en d'autres provinces. Outre les 
monastères de sa dépendance qu'elle avait en 
France, elle en avait encore dans les pays 
étrangers, comme en Angleterre el en Es- 
pagne. 

Knire les donations qui fuient faites à celle 
abbaye sous le gouvernement de l'abbé Far- 
dulfe, successeur de M.iginaire .on romar(|uo 
que le comte Tlieiidald , qui fut ac< usé de 
crime de lèse-majesté , .iprès s'être jiiglifié 
parla voie du jugement de Dieu devant la 
croix, donna une partie de ses biens à ce mo- 
nastère et plusieurs familles de serfs ou d'os- 



il 



DEN 



DEN 



52 



claves. Ces serfs étaient destinés à la culture 
de la terre, et faisaient l'une di s principales 
richesses de ce temps-là. Dagobcrt 1", dans 
la 10' année de son règne , qui élaii l'an 631 
de Jésus-Christ, ordonna que les r nfants des 
serfs de celte abbaye , soit qu'ils fussent nés 
de légitime mariageou non, appartiendraii-nt 
au monastère, sous peine d'amende ou de 
punition corporelle contreles contrevenants. 
Comme ils étaient en grand nombre, ils vou- 
lurent se révolter et secouer le joug de la 
servitude, sous le gouvernement d'Eudes fie 
Deuil, qui obtint un bref du pape Adrien IV, 
adressé aux évêques de France, pour con- 
traindre parles voies canoniques les serfsde 
cefe abbaye à rendre les services auxquels 
ils étaient obligés; et environ cent ans après, 
Clémenl IV, l'an 12CG, donna pouvoir aux 
abbés de Saint-Di nis de conférer la tonsure 
cléricale aux serfs de celle abbaye, après 
qu'ils auraient été affranchis , du consente- 
ment de la communauté. 

Il y avait au-si dans celle abbaye des pau- 
vres malriculiers, ainsi appelés parce qu'ils 
étaient inscrits dans la matricu'e ou catalo- 
gue de l'église. Ils avaient souvent pirl aux 
largesses des bienfaiteurs. Ils faisaient les 
plus gros ouvrages de la sacristie, comme de 
tendre les tapisseries, garder les portes, em- 
pêcher le tumulte du peuple, tenir l'église 
propre, et veiller à la garde des saintes re- 
liques. La plupart étaient des personnes (|ui, 
eu reeonnaissance de ce qu'ils avaient été 
guéris par l'assistance des saints martyrs, 
consacraient le reste de leurs jours au ser- 
vice de l'abbaye, portant l'hahit monastique 
et la tonsure comme les moines. 

Quoique cette abbaye dût selon les appa- 
rences servir de modèle aux maisons reli- 
gieuses qui étaient de sa juridiction, elle eut 
cependant besoin elle-même d'être réformée 
sur la On du septième siècle. Le relâchement 
s'y était introduit insensibleraenl, ilavailaug- 
mente de jour en jour, on n'y reconnaissait 
plus ni régularité ni discipline : les religieux 
avaient même quille l'habit monastique et 
s'étaient transformés en chanoines pour vi- 
vieavec plus de licence. Hilduin, qui ou 
était abbé en 815, ayant tâché inuiilemenl 
de les faire rentrer dans leur devoir, eut 
recours à lauloiilé de l'empereur Louis le 
Débonnaire, qui l'an 828 y envoya deux 
saints abbés, Benoît d'Anianc et Arnonl de 
Noirmouticrs; mais leurs remontrances ne 
servirent qu'à irriter davantage es préten- 
dus chanoines, qui envoyèrent d.ms un pe- 
tit monastère de leur dépendance ceux de la 
communauléqui n'avaient pas encore qui;ié 
l'habit monaslique. Les évêques asscnililés 
l'an 829 dans le concile de Paris résolurent 
d'employer Icuraulorilé jîour rétablir la dis- 
cipline régulière dans celle abiiaye, mais les 
troubles excités l'année suivante furent un 
obstacle aux ordonnances (lui furent faites 
pour cela dans le concile. Hilduin, songeant 
toujours aux moyens de réussir dans son 
dessein, gagna en 831 Hincmar, l'un de ces 
piélendus chanoines, qui fut le premier à 
s'offrir de prendre l'habit monastique cl à 



suivre les autres prati()nes du cloître ; quoi- 
qu'il ne fût pas du nombre de ceux ')ui les 
avaient abandonnées, ayant toujours poito 
l'habit de chanoine depuis son eulréeen re- 
ligion. Us travaillèrent ensemble si elTirace- 
ment pour la réforme de ce monastère, qu'é- 
tant aidés par les archevêques de Sens et do 
Reims, et appuyés de l'autorité t'ereuipcrcur, 
la discipline monastique fut enfin par leur 
moyen rétablie àSainl-Donis. Hincmar en l'ut 
tiré quelques années après pour être élevé à 
la dignité d'archevêque de Reims. 

Hilduin, pour affermir la règle monastiqus 
qu'il avait rétablie dans ce monastère avec 
tant de peine, voyant qu'une des principales 
causes de sa décadence venait de ce que lis 
abbés ne fournissaient pas aux religieux les 
choses nécessaires à la subsistance, partagea 
les biens de l'abbaye et en assigna une par- 
tie pour l'entretien et la nourriture des reli- 
gieux. Le grand nombre de terres cl de mai- 
sons, qui sont marquées dans l'acte de ce 
partage, font connaître qu'elle était dès lors, 
comme elle est encore aujourd'hui , la plus 
riche du royaume. Chaque terre et chaque 
ferme avait sa destinalion parliculière. Le 
revenu de quelques-unes devait être employé 
pour vêtir les religieux ; celui des autres, ou 
pour assister les malades , ou pour la nour- 
riture de la communauté , ou pour les réjia- 
rations, ou pour lesdépenscs extraordinaires, 
tant de l'église que du monastère. 11 y eu 
avait que l'abbé cédait entièrement aux reli- 
gieux, d'autres sur lesquelles il donnait sim- 
plement à prendre en espèces certaine (juan- 
tilé de blé, de vin, de fruits, de légumes, do 
miel, de volaille, de puissou et autres sem- 
blables choses. 

Le P. Mabillon rapporte dans sa Diploma- 
tique la charle de ce partage , par laiiuelle 
il paraît que l'abbé Hilduin ordonna que l'on 
donnerait tous les ans aux religieux , tant 
pour eux que pour les hôtes qui mangeaient 
au réfectoire, deux mille cent muids de blé 
fi-onicnt, neuf cents muids de seigle pour ses 
domcsliqucs, deux mille cinq cents muids de, 
vin pour les relij;ieux , outre la bière pour 
les serviteurs ; trois cents muids de légumes, 
Ircnle-cinq muids de graisse, trente-cinq ses- 
terces de beurre, delà volaille, du bois et 
autres choses dont il est inutile de faire ici 
le détail. Il y eut un aulre partage qui fui 
fait par l'abbé Louis en 862, et confirmé par 
le roi Cliarles le Chauve. Il paraît par ce 
partage que l'alibé était obligé de fournir 
treize cents muids de seigle pour les servi- 
teurs, et que pour en deun urer quille, aussi 
bien que des trois cents muids de légumes , 
de vingt muids de graisse sur les trente-ciiKi 
qu'il donnait, de deux cents muids de sel, 
outre uu muid que l'on recevait aux salines, 
de cinquante muids de savon et autres den- 
rées, de cent masses de fer pour les taux, de 
centaulres masses de fer pour les fourclies 
et autres choses qui étaient nécessaires pour 
les ouvriers, il avait abandonné aux reli- 
gieux quelques terres et seigneuries , mais 
qu'il était toujours obligé de fournir deii^ 
mil;e c ni muids de blé froment pour faire 



81 



niCTIONNAJIlE DF.S ORPRES RELICIF.UX. 



ii 



liiir p.Tîn, ri qu'il conscnlail que pour lotir 
liuivsdn ils JDiiir.iifnl , romino ils fais.iii'iil 
(li'puis lonplcnips. de rorl.iinps vignes, à con- 
ililion (|iio si ollos rpii(l;iicnt nioitis de deux 
iiiillo cinq cents inuids, r.ibbo sor.iil tenu (io 
suppléer au reste. Mni-; il ne f.iut pas croire 
i;uc le muid de vin fût aussi praïul en ce 
temps 1,1 qu'il l'est nujuurirhui , non plus 
que le muid de blé; car par les statuts qu'Ad- 
iiilard, abbé de Corbie, fit pour son monas- 
tère, l'an 822 (1), il pnraîl que le muid de 
vin n'élail que de seize seliers et chaque sc- 
tier (le six tasses , par conséquent l'hémine 
qui coiitenail demi-selier était de trois tasses. 
A l'éçrard du muid de blé, l'on n'en dev. it 
faire que trente pains. Ces statuts ne mar- 
i|iieiil pdinl combien chaque pain pesait ; 
mais par la leHreque Théodemare, abbé du 
Mont-l'.assin, écrivit à l'empereur Cliarlc- 
inaRiie , lorsqu'il lui envoya l'hémine et le 
poiils du pain, il est constant que chaque 
pain pesait quatre livres et servait h quaire 
relipietix : d'où il s'ensuit que le muid de blé 
ne devait pas peser plus de s x vingts livres, 
■ I qu'.iinsi il élail bien moins qu'un seîier de 
l'aris, (|iii en pèse deux cent quarante. 

(^es pariages l'ont connaître qu'après cette 
réf'irme les religieux de Saint-Denis gar- 
(laiint l'.il siini nce de la chair prescrite par 
la règle de Saint-lfenuîl ; toutefois , avec les 
fldoui issements que le concile d'Aix-la-Cha- 
pelle y avait afipoités , juiisiiu'ils usaient 
d'Iii.ile de graisse dans leurs mets ordinaires 
au diTaiit d'huile d'olive, et qu'ils pouvaient 
m.inger de la volaille à certaines félcs de 
l'année. 

Quelques années avant ce partage, l'abbé 
T.ouis ayant éié pris par les Normands , les 
religieux ddnnèient [lour sa rançon six cent 
<|uatrc-\ ingis livres d'or et trois mille deux 
cent einquai-telivrrs d'argent, qui re\ienncnt 
à [dus de six cent mille livrer de notre mon- 
naie, sans complir plusieurs vassaux et leurs 
enfants qu'on fut aussi obligé de leur livrer. 
Ces barbares s'emparèrent, pour la première 
fois, de cette abbaye l'an 81)5; et, comme il 
n'y avait rien (ini s"t)pi)Osàt à eux, i!s la dé- 
p'iuillrrent entièreiiienl de tous les dons pré- 
cieux (]iie nns rois y avaient faits, ayant été 
pendant Irois semaines maîircs de te mona- 
sière , d'où les religieux, en se retirant, 
avaient emporté benreusemenl avec eux les 
saillies reliques. C.liarlis le Clianve, ayant 
pris, l'an H'il , l'adminislralion de cette ab- 
baye, ajcèsla mort de l'abbé Loui'i, qui était 
Ron cliaiieelier et son parent , (it gloire de 

Îorter le nom et la (lu.ililé d'abhé de Saint- 
>enis, et lit faire aiilotir du monaslèrt! une 
enceinte de buis et de pierres en ni;iniére de 
fortilicalion , pour enipérber <|ue les Nor- 
mands ne vinssent la |iilleriine seconde fois; 
mais les religieux ni' crurent pas ces fortili- 
r.iliuns assez fortes pour leur résister, puis- 
que . dan» le temps que ces inlidéles assié- 
geaient Paris, l'an 8K7,ces religieux se réfu- 
gièrent à Keirns avec les corps de !■ urs saints 
patrons et pliisieuis autres reliques. L'an 



012, le monastèrede Saint-Denis .«se voyait en- 
core à la veille d'étreen proieaux Normand», 
si le roi Charles le Simple n'eût pris le parti de 
s'.iccoromoder avec Itollon, leur duc, qui se 
fit baptisera Hnuen, comme nous avons déjà 
dit ailleurs. Robert, comte de Paris, qui élait 
pour los ablié de Saint-Denis et qui lui roi 
de France dans la suite, le tint sur les fonts 
de Iraplôme et lui donna son nom. Avant It 
comie Hubert, le roi Eudes en avait aussi été 
abbé; lingues le Grand, (ils de Robert, le fut 
après lui ; et enfin Hugues Ca[iel, qui par un 
motif de conscience rendit à ce monastère 
ses abbés réguliers , étant persuadé que la 
cause dn relâchement des religieux ne ve- 
nait que de ce qu'ils n avaient que des laï- 
ques pour abbés. Ce prince, après avoir re- 
mis en règle cette abbaye, jugea nécessaire 
d'\ rétablir le bon ordre. Il en fit parler à 
siinl Mayeul, qu'il croyait plus cajiable que 
personne d'une tel'e entreprise. Ce saint 
avait quit'é la charge d'abbé de Cluny et vi- 
vait fort retiré, ne pensant plus qu'à se pré- 
parer à la mort. Il crut néanmoins devoir 
faire un eiïort pour satisfaire son prince : 
c'est pourquoi il se mit en chemin; miis 
étant tombé malade à Souvigny, il y mourut. 
Ainsi ce fui l'abbé Odilon, qui lui avait suc- 
cédé dans le gouvernement do l'ordre de 
Cluny, qui fut chargé de celle commission , 
qui, quoique difficile, fol exécutée avec tout 
le succès que l'on pouvait attendre de son 
zè>. 

L'ancienne discipline y était encore fort 
r«l,";chée lorsque Suger, en étant abbé, 
entreprit l'an 1123 de réformer les abus qui 
s'y étaient glissés, et aux(]uels il n'avait pas 
peu contribué lui-même : car, n'étant que 
simple religieux de Saint-Denis , il avait 
gagné ies bimnes grâces du roi Louis '\'I et 
s'était abandonné à sa propre fortune, se 
iais-anl introduire bien avant dans les af- 
faires du siècle. Il suivait ce prince partout, 
même à l'armée, et vivait pïuUM en courtisan 
(ju'en religieux. Apiès qu'il eutélé fait abbe. 
il continua de vivre comme auparavant, et 
même avec plus de pompe et do magnificence; 
l'on a mémo cru que saint Bernard l'a voulu 
marquerlorsqu'il se plainidans son Apologie, 
d'un abbé ([ui avaitpour l'ordinaire soixante 
clievaux à sa suite. Ce saint l'en reprit avec 
une liberté dire tienne, et Suger, louché de 
ses remontrances, renonça à sa vanité passée, 
travailla à se corriger lui-même et à réfor- 
mer les abus qui s'étaient glissés dans son 
monastère, (Ommcnçanl par retrancher tout 
ce qui ressentait en sa personne la pompe 
cl les manières du siècle. Il eût bien souhaité 
(juillrr entièrement la cour; mais le roi, qui 
avait besoin de ses conseils, n'y put jamais 
consentir. Obligé de rester malgré lui d.ins 
le miiiislère, il parut à la cour a»ec une 
modestie qui édiliait toute la France. De, 
celle manière il persuada aisément la re- 
forme à ses religieux. La ferveur et l'exar- 
liluile avec laquelle ils s'acquillaienl de 
tous leurs devoirs les mirent bienlôl en 



(I) M.cliil!<iii, Ainiiil. Iiiiiiiticl., tiiiii. II, |Mg. iGG cl 



25 



DEN 



DEN 



2C 



grande réputation; et celte renommée fut 
suivie d'une si grande prospérilé, qu'il srm- 
b'ail que toutes sortes de biens vinssent 
fondre en abondance sur ce monastère : il ne 
fut jamais plus florissant que sons le gou- 
vernement de l'abbé Su;;er, qui en soutint 
tous les inléréis avec une fermeté tout à fait 
noble. Il lui fit restituer le prieuré d'Argcn- 
leuil, qui lui avait appartenu originairement. 
Il rentra dans plusieurs biens qui avaient 
été aliénés. Il rédima de la vexation diffé- 
rentes terres opprimées depuis longtemps ; 
et l'on compte vingt-deux terres et seigneu- 
ries qui furent beaucoup augmentées par les 
soins de cet abbé. Pour conserver les droits 
de son abbaye, et non par ostentation, comme 
quelques-uns l'ont avancé mal à propos, il 
fil faire une (basse aux cerfs dans la forêt 
Iveline, oîi il passa une semaine entière sous 
des tentes, avec Amauri de Montfort, Simon 
de Neauphle, Evrardde Villepreux, plusieurs 
autres seigneurs de ses amis el quantité de 
vassaux. Le gibier fut porté à Saint-Denis : 
on le servit aux ref gieux convalescents et 
aux étrangers, qui mangeaient au logis des 
Hôtes, et le reste fut distribué aux soldats 
de la ville. Il fonda aussi le priiuré d'Essone, 
où il mit une communauté de religieux; et 
celui de Chaumonl en Vexin fut à sa consi- 
dération soumis à l'abbaye de Sainl-Ueiiis. 
Le crédit qu'il avait en France augmenta 
encore davantage lorsque le roi Louis Vil, 
étant prêt de partir pour la croisade l'an 
1147, le nomma pour régent du roy iunie 
pendant son absence. Ce prince avait résolu 
avec le pape Eugène 111 de réformer l'abbaji! 
de Sainte-Geneviève; mais, n'en ayant pas 
eu le temps , l'exécution en fut réservée à 
Suger, qui s'en acquitia de la manière que 
nous le rapporterons en parlant de celte 
abbaye. Le roi étant de retour, cet abbé l'ut 
iliar^é d'une nouvelle commission par le 
(lape : c'était de mettre des moines dans 
l'église de Saint-Corneille de Compiègne , 
desservie alors par des cbanoines d'une vio 
peu réglée : ce qu'il exécuta en y établissant 
une communauté de religieux tirés de Saint- 
Denis. Enfin , après avoir rendu de grands 
services à l'État , qui lui firent donner le 
tiire de Père de la pairie, et avoir gouverné 
son abbaye pendant vingt-neuf ans, il mou- 
rut l'an llol. Il n'est pas le seul abbé de 
Saint- Denis qui ait été régent du royaume. 
L'abbé Matthieu de Vendôme le fut aussi 
lorsque saint Louis alla pour la seconde lois 
en Orient l'an 12G9. Ce piinre étant mort 
dans ce voyage, son lils l'bilippe III , qui 
l'avait accompagné, non-seulement continua 
la régence à l'atibé Matthieu , mais le fit à 
son retour son ministre d'Etat. 

Quoique Suger eût assez de crédit pour 
obtenir du pajie Eugène III d'user d'orne- 
iiicnls poniificaux , cependant, soit par mo- 
destie, ou pour quelque autre raison, il ne 
s'en scrvil pas : ce ne fut que l'abbé 
Cuiliaume II qui l'an 1176 obtint cet hon- 
neur du pape Alexandre 111. Du temps 
d'Eudes II , qui succéda immédiatemenl à 
ëuger, l'abbaye de Saint-Denis acquit plu- 



sieurs églises el prieurés , entre antres le 
prieuré de Fornalos, qui lui fut donné l'an 
115G par le roi dePortugal Alphonse VII, cl 
sous le gouvernement d'Henri V. On lui sou- 
mit enrore le prieuré de Grand-Puits. Le 
P. Félibicn rapporte un pouiilé de ceit(î 
abbaye , tiré d'un ancien cartulaire de l'an 
l'jll , où il y a dix-huit prieurés et environ 
quatre-vingts cures à la nomination de 
l'abbé , sans les canonicats et les petits bé- 
néfices ; et il paraît par ce même pouiilé que 
dès ce lemps-là cette abbaye avait déjà 
perdu plusieurs monastères de sa dépen- 
dance ; comme ceux de Tousseiival , de Plai- 
sir, celui de Saint-Michel, changé depuis en 
abbaye, et plusieurs autres, dont il est fait 
mention dans I Histoire de Saint-Denis, quoi- 
qu'ils ne se trouvent point dans ce pouiilé. 
Ces monastères , qui étaient de sa dépen- 
dance, et dont les prieurs étaient obligés de 
se trouver aux chapitres généraux qui se 
tenaient dans celte abbaye, n'étaient (juu 
trop suffisants pour lui faire donner le nom 
de chef d'ordre el de congrégation ; mai* elle 
a mérité ce titre avec pus de fondement par 
ce que nous allons dire. 

Dès l'an lo80, quelques monastères de né- 
nédiclins, pour satisfaire au décret du concile 
de Trente qui obligeait les monastères im- 
médiatement soumis au saint siège de s'unir 
en congrégation , s'ils n'aimaient mieux se 
résoudre à la visite de l'ordinaire, s'élanl as- 
sociés ensemble sous le lilrede Congrégation 
des Exempts, les religieux de Saint-Denis, 
qui n'avaient point encore obéi sur ce point 
an ciincile de Trente , et se voyaient pressés 
d'enlrer en congrégation, aimèrent mieux, 
sans s'assujettir à une autre congrégation, 
chercher <'ux-;nêmes à en composer une dont 
leur monastère pût être le chef, et faire en 
sorte par ce moyen de ne changer à leurs 
usages (quelque abusifs qu'ils fussent) que 
ce qu'ils voudraient. La chose conclue , la 
coMiinunauté députa plusieurs religieux pour 
aller solliciter divers monastères de s'unir à 
celui de Saint-Denis pour faire un même 
corps de congrégation. Ils en trouvèrent 
jusqu'à neuf, (lui furent ceux de Saint-Pierre 
de Corbie , de Saint-Magloire de Paris , de 
Saint-Père de Chartres, de Bonneval , de 
Couiombs,de Josaphat,deNeauplile-le-Vieux, 
de Saint-Lomer de Hlois, et de Monstieren- 
der. On dressa des statuts , qui , n'étant la 
plupart que des règles ou maximes assez 
généralement reçues dans les cloîtres , s ins 
déroger aux coutumes de chaque monastère, 
furent aisément admis par les procureurs 
de toutes ces abbayes , assemblés à Paris b; 
G mars 1607 au prieuré de Saint-Lazare, au 
faubourg de Saint-Uenis , où se conclut le 
traité d'association. 

On en poursuivit ensuite les lettres païen-, 
tes , et le roi Henri IV les accorda dans le 
même mois. Elles furent enregistrées et ho- 
mologuées au parlement le 5 septembre de 
la môme année, nonobstant l'opiiosition de 
l'abbé de Saint-Corneille de Compiègne, dont 
les religieux domaud.iicnt d'être associés à 
la même congrégation, à laquelle ils fureni 



DICTIONN.MUE DF.S ORDUES HEMCIEUX. 



28 



aussi ngr^-gt'-s. I.n mur Ironvn soulonienl à 
pro()04 il'a»;imer le temps des clinpilrrs 
f;iMiéraux; cl , au lieu que les slaliits n'en 
melaieiil ijuc de six en six ans , elle liéler- 
inina qu'ils se lieiidrai ni tous les quatre 
an*, l.e premier rh.ipiire général avail été 
indiqué à Saint-Denis le 28 juillet ; mais 
quelque inciilenl survenu obligea de le dif- 
férer jusqu'au -il orlobre suivant , cimmie il 
parait par les actes rapitulaires de cette 
année-là. Nicolas Hcsselin, qui était prieur 
de Saint-Denis, fut élu général de la nouvelle 
congrégation. Le pajïC l'aul V la confirma 
Tan l(îl4 sous le litre de Con<jré(j(ilion de 
Saint-Denif, cl donna à tous les monastères 
immédiatement soumis au sainl-siége la li- 
herlc de s'y associer, dans l'espérance de 
rélahlir par ce moyen la discipline mona- 
stique en France. 

L'année précédente le général Nicolas 
He&sclin élanl mort, Denis de Uubenlel fut 
élu en sa place. Il remplit aussi celle de 
grand prieur de celle ablia>e, et mourut en 
lli20. a|irès s'être dén)is (juelque tmips avant 
SI mort du grand prieure entre les mains 
de Firmin l'ingré. tlonime par sa mort la 
congrégation de Saint-Denis se vit sans gé- 
néral, et que dans le même temps Claude 
Louvet, prieur de Corbie, qui en était viciire 
général, vint à mourir, aussi bien que le 
syndic nommé Fran(;i>is WasI, religieux et 
ehanibrier de Sainl-Magloire, Firmin l'ingié 
convoqua l'année suivan:e le cliapitre géné- 
ral dans l'abbaye de Siinl-C.orneille de- Com- 
piègne , où l'on (il de nou\eau\ (ifficiers. 
Mais celle coiigrcg.iiinn ne subsista pas 
longtemps. Le mon.isiérc de Sainl-M.igloiri-, 
qui était un de ses membres, fut dimné aux 
l'ères de l'Oratoire l'an l(i-28. LUo en perdit 
encore d'autres dans la suite, et les IJéné- 
diciins réformes de a congrégation de Sainl- 
Maur entrèrent dans l'abbaye du Saint-Ueiiis, 
chef de cette cnmpagnie, l'an ICJ^J. ll.s eu- 
rent aus-i d.ins la suite celle de Sainl-Cor- 
neille de Coinj ii'gne, de .Monsiiérender, de 
Saint-Père de l^lianres et iiuelques autres. 

Nous avons vu ci-dev aiit <|ui; dans le nom- 
1 re des aWiés régulii'rs, cette abbaye a pu 
compter des régents du loyaiiiiie, des i baii- 
Ct'Ii'TS et des ininislre;, d'I-^lat. LorM|u'elle a 
clé entre les mains des laniues, clic a eu des 
rois mêmes pour abbés; cl, avaiil (lil'elle fùl 
lOMibee en commende, [iliLsieurs de eesalibes 
régulirrs ont clé élevés à la di^-nile (l'evé- 
qiie, d'arclievé'iue et de c.irdaial. Le pre- 
mier abbé romineiidaiaire fui le e.inliiial 
Louis de Itourbon, l'an l.')2S. Le litre d'abbe 
fut supprime, * t la iiiense .ibbatiale unie a la 
iiiaiMin royale de Sa'iil-Louis à S.iint-t^jr 
tan IG'Jl, comme nous a>ons dit en jiatlant 
de cette maison d.ins l'arliclc l>vii. 

Sus abties , qu(ii<|uu réguliers, avaient 
séance au parlement de i'aris, et avaient 
erand nombre d'ollii ii rs religieux el lai()ues. 
Lorsque l'ablié de S.iinl-Denis allait en cam- 
p.igiie , il était ordinairement aceiimpauné 
d'un cbambellan et d'un maréchal, dont les 
ullices éiaicnt ( iigés en (iefs, conime il pa- 
rait par des actes des aunées llb'J et I2.il. 



Ces offices et ces fii fs ont été depuis réunis 
au domaine de l'abbaye, aussi bii n que l'of- 
fiee de boutillier de l'abbé, qui était pareil- 
lement un oKice érigé en fiel et possédé par 
un séculier dumeslique de ce même abbé, 
qui avail toute juridiition spirituelle et tem- 
porelle dans la ville de Saint-Denis ; et plu- 
sieurs de nos rois lui avaient attribué la ton- 
naissance et la punition de tous les criminels 
qui seraient pris dans le château et la vil e 
de Saint-Denis, et dans toute l'étendue de 
leur juridiction, soit qu'ils fussent usuriers, 
faux monnayeurs el même criminels de lèse- 
majesté. A certaines fêtes de l'année on 
chante dans l'église de cette abbaye la messe 
tout entière en langue grecque, el en d'au- 
tris seulement l'Epî re el l'Évangile. File a 
aussi toujours conservé jusqu'à présent la 
communion sous les deux espèces à la 
messe solennelle des dimanches el des prin- 
cipales fêles de l'année, oii les religieux non 
encore prêtres communient de celle sorte, 
non par un privilège spécial, comme plu- 
sieurs se l'imaginent (selon ce que dit le 
I*. Félibien), mais par un usage non inter- 
rompu dans cette église aussi bien que dans 
celle de Cluny. 

A(>rès toutes les iiertes que cette abbayo 
a faites, il est éloniianl qu'elle soit encore 
aujourd'hui la plus riche el la plus lloris- 
saiile du royaume, tant parla beauté de son 
trésor, qui est d'un jirix ineslimabb-, (|iie 
par ses revenus, qui,(iuoique Irès-gr.mds, le 
seraient encore davantage sans les disgrâces 
(|u'elle a éprouvées en dilTérents tuicips , 
dont les principales ont éié celles du pillage 
qu'elle souffrit en 141 1 , pendant la guerre 
civile qui fut causée par les dilTerends qu il 
y eut au commencement du xv siècle enlre 
les ducs d'Orléans et de Uourgogno : ce<iui 
ayant donné occasion aux Anglais de re- 
tourner en France, dont ils avaient été 
chassés, eilc fut encore pillée en 1419 par 
ces peuples fiers et barbai es. Ils s'en ren- 
dirent maîtres de nouveau en 1435, après 
que la ville de Saint-I)en s, iju'ils assié- 
geaient, leur eut é;é rendue par capiti. la- 
lion. Les calvini>tes n'eurent |<as plus de 
rcspccl pour ce inonaslèri' : car, en l(i2 
étant entrés dans la même ville de Saiiil- 
Denis, où ils prolanèreiit plusieurs égli-cs, 
ils endomm.igèreni la pluf<arl de ses bâli- 
iiients, prirent presi|ue tous les ornements 
d'église, dépouillèrent les châsses des siiints 
de l'or, de l'argent et des pierreries d.pni 
elles elaieiit (ouvertes, empoi tèreiit el dis- 
persèrent les livres de sa riche bibliollièiiue, 
qui était remplie de quantité d'anciens ma- 
nuscrits ; et ils n en seraient pas restés là si 
le prince de Coiule, l'un de leurs cliels, qui 
aiiiiait cette alihave parce qu'il y .ivail clé 
eleve, n'eût aircle leur fureur en fais.iiit pu- 
nir u edoii/aine des pi incipaux auteurs i!o 
cet attentat. Mais (c ne fui pas là ladeii-.ièn; 
(le ses di.'-gràccs ; c.ir (sans parler de cello 
(ju'ellc nijut de la ligue en I.'jO i par l'inso. 
leiice des soldats, (|iii , non cuntenis dy 
avoir commis plusieiirs indignités, derobe- 
rei.l jusqu'au plouib de l'église) le duc de 



23 



t)lJ 



DU 



50t 



Nemours, qui manquait d'argent pour défen- 
dre Paris, résolu d'en faire aux dépens du 
trésor de celte abbaye, qui était gardé chez 
les religieux de Sainte-Croix de la Breion- 
nerie, en tira, par un arrêt du conseil d'Eiat 
rendu le 28 mai 1590, un rubis estimé vingt 
mille écus et un crucifix d'or pesant plus do 
dix-neuf marcs, que l'abbé Suger y avait 
mis. 11 n'y eut pas jusqu'au prévôt des mar- 
chands, conjointement avec les échevins de 
P.iris,qui, voulant en enlever toute l'argen- 
terie, firent rompre les serrures, et empor- 
tèrent six lampes d'argent , dont la plus 
grosse, qui venait d'Espagne, pesait plus de 
quatre-vingt-treize marcs , quatre ligures 
d'anges et un bénitier d'argent, le tout pe- 
sant deux cent quinze marcs. Mais présen- 
tement celle fameuse abbaye s'est remise de 
toutes ces pertes aver. lanl d'avantage, qu'il 
serait difficile de les croire, si l'histoire ne 
nous en assurait. * 

Voyez Doublet et le P. Félibien , Histoire 
de l'abbaye de Saint- Denit; Sainte-Marthe, 
Gall. Christ.; Mabillon , Annal. Benedict., 
etc. 

DÉVIDOIR (Chevaliers du). Foyez Crois- 
sant. 

DIJON ET DE LANGRES (Hospita- 
lières de). 
Des Hospitalières de Dijon et de Latigres, 
avec la vie de M. Joly, prêtre, docteur en 
ihéoloqif^ et chanoine de l'éylise de Saint- 
Etienne de DijOfii leur fondnteur. 
M. Joly, instituteur des Hospilalières de 
Dijon et de L;jngies, naquit à Dijon le 22 
septembre de l'an 164-4, et eut pour père 
Jaci)ues Joly, secrétaire du parlement de 
Bourgogne. Le nom de Bénigne lui fut donné 
sur les fonts de baptême, et il eut toute sa 
vie un grand soin d'honorer ce saint martyr 
et apôtre de Dijon, par nmitation de ses 
vertus. Ses parents, qui par un principe de 
piété et de devoir s'étaient appliqués à éle- 
ver tous leurs enfants, dont le nombre était 
assez grand, dans Us pratiques de la vérila- 
b!e dévotion, rimarquèrent dans le jeune 
Bénigne de si heureuses dispositions pour la 
vertu, qu'ils redoublèrent leurs soins pour 
l'y former de bonne heure; mais surtout à 
celle du la charité envers les pauvres, dont 
sa mère lui donnait l'exemple en allant de 
maison en maison chercher les pauvres les 
plus abandonnés, auxquels elle doiiniiit elle- 
même tous les secours dont ils avaient he- 
so n , jusqu'à exposer sa propre vie pour 
conserver la leur, comme il parut assez en 
16o2, que la ville de Dijon fut afiligée d'une 
Gèvre pourpreuse qui emporta plus de qua- 
tre mille personnes. Car cette charitable 
dame s'employa avec tant de charité et de 
zèle pour le service des pauvres qui étaient 
attaqués de cette maladie, et avec si peu de 
ménagement pour sa sauté, qu'elle en lut 
elle-même attaquée et en mourut le 2 octobre 
de la même année. Pour accoutumer de 
bonne heure ses enf.uils à faire l'aumône 
aux pauvres, «lie leur donnait souvint de 
inm Ja faire eux-mêmes ; et jajnais elle n'a- 



vait plus de plaisir que quand, après avoir 
fait leurs petites libéralité*, ils retournaient 
à elle pour avoir de quoi en faire d'autres. 
Le petit Bénigne sur tous les autres se si- 
gnala si bien dans ces pratiques de charité, 
que, dès l'âge de cinq à six ans, ayant un 
jour rencontré dans les rues quelques pau- 
vres qui languissaient de faim, et n'ayant 
rien à leur donner, il les pressa si vivement 
de découdre tous les rubans qui ornaient 
une robe neuve que sa mère lui venait de 
faire faire à la mnde de ce temps-là, que la 
nécessité jointe à ses sullicitalions les ayant 
obligés de le faire, ils curent de quoi ache- 
ter du pain en abondance : ce qui parut à sa 
mère une action si héroïcine de charité, que, 
bien loin de lui en faire des reproches, elle 
augmenta pour lui sa tendresse, louant et 
bénissant Dieu de lui avoir donné un enfant 
qui donnait de si belles espérances. 

Après la mort di* celle dame le jeune Bé- 
nigne fut envoyé à Beaune par son père, 
qui confia son éJucation aux Pères de l'Ora- 
toire, il Ct des progrès dans les lettres, qui 
surprirent ses maîtres, et il avança si bien 
(Jans la piété, qu'on jugea dés lors qu'il se 
consacrerait au service de l'Eglise. On ne 
voyait point en lui ces empressements si or- 
dinaires aux jeunes gens pour le jeu et le 
ilivertissement. 11 avait une grande solidité 
d'esprit, beaucoup de discernemenl, une gran- 
deur d'âme qui n'était pas commune, et son 
inclination était d'obliger ses compagnons 
et leur faire plaisir autant que son atiachc- 
ment à son devoir le lui pouvait permettre. 

Il employa six années à faire ses huma- 
nilés; mais son père étant mort au mois do 
mai de l'année 1659, son frère aîné, qui so 
trouva chargé de la famille, le fit revenir à 
Dijon. Un an après il l'envoya à Rennes, où 
il le mil en pension chez les Pères Jésuites, 
sous lesquels il fit sa rhétorique et com- 
mença sa première année de philosophie; 
mais quelques-uns de ses amis lui ayant 
conseillé d'aller à Paris et d'y recommencer 
sa philosophie pour se mettre eu état de 
prendre les grades, il les crut, et son frère 
y ayant donné les mains, il se rendit à Paris 
au commencement du mois de septembre de 
l'année 1662. Après avoir fait ses cours do 
philosophie et de théologie, il fut reçu ba- 
chelier en 1667, et reçut le bonnet de doc- 
teur en 1672, après avoir été ordonné prêtre 
la même année à l'âge de vingt-sept ans. 

Il avait été pourvu d'un canonicat dès l'âge 
de quatorze ans dans l'église abbatiale de 
Saint-Etienne de Dijon ; mais ses études 
l'ayant empêché légitimement de satisfaire 
aux devoirs d'un chanoine, elles ne furent 
pas plutôt finies, qu'il songea de retourner 
dans sa patrie pour remplir ses obligations. 
A peine fut-il arrivé à Dijon, que Dieu 
éprouva sa patience par une maladie de trois 
mois, pendant laquelle il résolut de se dé- 
faire de son canonicat afin d'avoir la litierlé 
d'aller de village en village pour instruire 
les paysans et passer toute sa vie dans une 
mission continuelle; mais le P. Charles 
Gauterol, provincial des Pères de la Doctrine 



SI DICTIONNAIKE OFS 

Chrélit-nno, qui nv.iil 6lé son direrlcnr pcn- 
il.iiil ((ii'il cl.iil à l'aris cl «niïs l'avi* duquel 
il n'cniroi rciiail rien, prï-vnynnl le fruit ([u'il 
immail f lirc à Dijon sa |ialrie, rrniprrha 
«rcxcctilcr cp ilpsscin, et lui conseilla iln ilc- 
inrurcr ilans i'i-lal où Dieu l'avail mis. 

M. Jol\ sui\il ilonc cet avis, rt, à peine 
rui-il ri't'ouTié ses forces, qu'il se rendit si 
assiilu h toutes les heures de l'office divin 
de l'église de Saint-Klienne, qu'il en préféra 
l'assistance à loules les œuvres de piété 
auxquelles il se sentait pnrié de hii-niêine et 
auxquelli's d'autres personnes voul lient l'en- 
çaiier. M. Fiol, poir lors abbé de relie collé- 
piale.qni ét.iilautrefois un célèbre monastère 
de r.irdr.' de S;iin!-.\ugusliM,(on(;ul lanl d'es- 
time de sa vertu, que, sans avoir égard à son 
ap', qui n'était encore que de vingt-neuf ans, 
il riioi'ora de la qualité de son grand \icairc 
pour liiules 1rs di'|iciidnnfes do l'abbaye, et il 
fit la visite de toute» les églis s qui étaient de 
sa jiiridiclion, avec le succès qu'on en pou- 
vail espérer. 

N'ayanl pu exécuter le dessein qu'il avait 
forme d'aller dans les missions pour instruire 
lis pauvres de la campagne, il trouva les 
iniiyens de se dédonunager d'une si sainte 
ouirefjfise sans sortir de Dijon. Il y avait 
dans celle \ille quaniilé de pauvres inen- 
di mis élrvés dans l'oisiveté et dans une; pi- 
l(iy:ible ignorance, qui ne se Irom aient dans 
les églises que pour interrompre par li'urs 
impiirlunilés la dévotion de c: ux dont iU 
iinploraiiiil la charité. Pour cmpéclior cet 
abus et [irucurrr en même li iiips aux pau- 
vns les se(ours spiriluds et leinpoiels dont 
ils avaient besoin, il fil publier par toutes 
les paroisses de l)ijon que l'on ferait une 
lionne aumône à tous les pauvres de quel- 
(]ui- fige (ju'ils fussent, qui se trouveraient 
les fêles et le s diinanelies aux caleihisnies et 
aux exhortations qu'il ferait dans la chapelle 
de Saint-^ incent, el celle libéralité étant se- 
romlée par celle de plusieurs personnes cha- 
ritables, attira un si gran<l nonilire de pau- 
vres, qu<! la chapelle se lrou\atr()p petite 
dans la suiie. 

('e ne furent pas seulement les pauvres 
qui \inrcnt écouler ses insiructions, il y eut 
aussi un praml nombre de personnes de tout 
sexe et de toutes sortes d'élats qui s'y trou- 
vèrent. I,es I ersoniirs les plus accomniodées 
de la villocrureul qu'elles devaient profiter de 
l'ocrasinn pour faire mieux instruire leurs 
domesliques qu'elles ne l'auraii'nt pu faire 
«liez elles. Il y rui même des ecelesi.isliqiies 



d'un mérite et d'une piélé dislinguce (|Ui, 
animés par son exemple, s'offiiteiii de par- 
tager avec lui le iravail. Plusieurs prelals 
que le» aff.iires de leurs églis(-s oMigèrent 
de passer à Dijon, ayant oui parler iivanln- 
geusemenl <i;i grand fi iiil que pr<iilui>aienl 
ces inilruclions, voulurent lilen eux-mêmes 
en être Ir» lemoiM'., el entre le» autres M. le 
llou\ de la Henliére, archevêque de Nar- 
h"nne, qui j»- laisail un plaisir particulier 
de Tenir en relie chapelle pour y aulmiser 
par sa presenrc i es exhorl.ilions. 
Lo zèle ({ue .M. Joly avait puur le service 



ORDRES RflI-ICIEUX: 52 

de l'Fglisc lui fil aussi entreprendre de 
donner de pareilles insiructions aux clercs 
qu'on élevait dans le séminaire do la Made- 
leine, où il vint faire sa demeure à la prière 
du supérieur; ce qui n'empêchait pas que, 
noniibstanl l'éloignemenl de l'église de Saint- 
Istieune el ses grandes occupations, il n'as- 
sistât à matines et aux autres offices, aux- 
quels il se rendait exactement dans les temps 
même les plus fâcheux, aussi bien qu'aux 
assemblées capilulaires et aux autres obli- 
gations de son bénéfice; mais toutes ces fa- 
ligues jointes aux grandes austérités qu'il 
pratiqu.iit épuisèrent tellement ses forces, 
qu'il tomba dangereusement malade et fut 
obligé d'interrompre ses offices de chari'é 
cl de retourner à sa mai>>on can"niale, 
après i]u'on rut employé l'aulorilé de sou 
directeur pour l'y faire conseniir. A peine 
eut-il recouvré sa sauté, (ju'il recommença 
avec plus de ferveur ses insiructions dans la 
chapelle de Saiiit-Viueeul, où, comme elles 
attiraient un grand iiumbre de pauvres, il 
crut que pour les y engager davantage il 
était à propos d'y établir une confrérie dont 
îi's bons r.'glemenls les pussent soutenir 
dans les senlimcnts de piele qu'il leur inspi- 
rait, el leur faire supporter avec patience 
l'ctat de pauvreté où Dieu les avait mis. 
Slais plusieurs personnes riches el de piélé, 
ayant voulu être de celle confrérie, elle s'est 
trouvée dans la suite composée des plus 
considérables de !a viil •, sans (jue pour cela 
elle ail pi relu le nom de confrérie des pau- 
vres, puisejuc c'csl à eux ([ue loul ce que 
l'on y lail de bon se rapporte. 

Ile sailli homme ne se conienla pas seule- 
ment d'exhorlrr les pceheurs à la pénitence 
et à ch.inger de vie, il voulut encore leur 
nier les occasions du péché; c'est ce qui lui 
fi! en.irepieiulre l'établissement de la com- 
munauté du IJon-Pasleur, qui non-seulemenl 
sert de refuge et d'asile aux filles débauchées 
qui ont dessein de (jiiilter leur vie déréglée, 
mais encore de retraite et de lieu de correc- 
tion à celles que leurs parenis, pour prévenir 
le déshonneur de leur famille, jugent à pro- 
pos d'y renfermer, el à celles qui sont con- 
damnées à y être renfermées pour punllioii 
de leur vie scandaleuse, comme il est porlé 
par les lettres paleiiles que le roi donna l'an 
ll'>87 pour l'élablissemeul de celle conimu- 
naulé. Il établit aussi une soeiéié qu'on 
nomme la Chambre de la Divine Providence, 
eu faveur des pauvres servantes (jui se Irou- 
veiil sans condilinn. Sa charité n'él.ait pas 
moins grande pour les pauvres malades, 
qu'il >isit.iilel cmisolail par ses exhort i- 
lions, par les aumi'ines qu'il leur faisait, el 
les .services i)u'il leur rendait, avec lant du 
douceur cl dassiduilé, ((ue l'évèiuede Laii- 
gres lui conna la direciion spirituelle du 
grand h^ipital de Dijon, ce qui donna lieu à 
réi.'iblissement des Filles llospila ières, dont 
il a élé rinsiilnleur, de la manière suivante, 
il y ,'ivail dans la ville de Dijnn un biNpilal 
fort ancien, sous le nmn du Sainl-Fspril, 
(|ui elail desservi parles religieuses de l'oritro 
du Sdiiil-Iisiirit de Moutpcllicr sous la di- 



55 DU 

reclion d'un commandeur et de quelques 
autres religieux du même ordre. Mais cet 
hôpital ne s'étant pas trouvé sufflsanl pour 
le nombre des pauvres malades ou autres 
qui avaient besoin d'assistance, on y joignit 
dans la suile du temps l'hôpital de Notre- 
Dame de l;t Charité, qui, pir la quantité des 
pauvres qui y ont été reçus, est devenu l'hô- 
piial général. Ces deux hôpitaux furent assiz 
Itinglemps administrés par les religieuses de 
loidre du Saint-Esprit. Mais cette union 
ayant change l'état des choses, et les ma- 
gistrats qui en avaient l'inspcclion s'étant 
aperçus qu'il y avait quelque chose dans 
l'administration qui n'était pas favorable au 
public, s'y opposèrent pendant plusieurs 
années, jusqu'à ce que, voyant toutes leurs 
remontrances et leurs oppositions ne servir 
à rien, ils jugèrent que le moyen le plus 
convenable pciur remédier aux abus était de 
renvoyer les religieuses à l'ancien hôpital 
du Saint-Esprit pour y prendre soin des pau- 
vres qu'on y recevait, et de confier ceux de 
l'hôpiial de Notre-Dame de Charité à des 
filles qui dépendraient, pour le tempon 1, des 
administrateurs, et, pour le spirituel, des 
supérieurs ecclésiastiques qu'il plairait à 
l'évéque de Langres de leur donner. Cette 
résolution prise, on l'exécuta, nonobstant 
les oppositions qu'on y fit, et qui furent le- 
vées trois ans après par un arrêt du conseil 
d'Etal du 22 septembre 168S. L'évéque de 
Langres, informé du bon ordre qu'un gar- 
dait dans cette maison depuis qu'il en avait 
confié l.i Conduite spirituelle à M. Joly , 
donn;i volontiers son consentement à l'éta- 
blissement d'une nouvelle conimunaulé de 
filles séculières pour le service des pauvres, 
auquel elles seraient attachées par «tes vœux 
sous l'obéissance d'une supérieure autant ilc 
temps qu'elles demcureraientdans cet hôpital. 

La nouvelle de cet établissement ne se fut 
pas plutôt répandue , que l'on fut surpris 
de voir a Dijon une troupe de filles pieuses 
qui y \enaieiit des provinces même les plus 
éloignées pour s'y consacrer au service des 
pauvres. Il en vint de Paris, de Champagne et 
de Flandre, qui, s'étant unies à celles de la 
ville, lurent logées dans une maison qui leur 
avait été préparée, en attendant qu'on les fît 
entrer dans l'hôpital de Notre-Dame de la 
Charité, où après quelques muis elles pri- 
rent enfin la place des religieuses du Saint- 
Esprit , et y demeurèrent en habit séculier 
jusqu'à ce que, du consentement de l'évéque 
de Langres, .M. Joly donna l'habit de novice 
à quinze d'entre elles le 6 janvier 1C85. Cet 
iiabillemeni est semblable à celui des filles 
de Sainte-Agnès d'Arras et de la Sainte-Fa- 
mille de Douai, doni quelques-unes vinrent 
à Dijon pour instruire ces nouvelles Hospi- 
talières des observances légulières. Trois 
ans après, c'est-à-dire en 1G88, le roi accor- 
da ses lettres patentes pour l'établissement 
de ces filles en corps de communauté sécu- 
lière, et en 1G89 elles furent enregistrées au 
parlement le 23 mars. 

Quoique M. Joly eût été établi supérieur 
le cet hôpital pour le spirituel par l'autorité 



DU 



51 



de révêqne, son humilité néanmoins l'empê- 
cha d'en accepter et la qualité, et les fonc- 
Ijiins ; il pria un autre ecclésiastique de ses 
amis d'un mérite distingué el d'une grande 
pieté lie vouloir bien s'en charger. M.iis, s'y 
étant trouvé des difficnliés, ou conseilla a 
ces bonnes filles lîe chuisir clles-tnêines nii 
supérieur sous le bon plaisir de l'évéque de 
Langres. Elles suivirent ce consi-il comme lo 
miiyen le plus sûr pour en avoir un qui leur 
fût convenable ; et, s'étant assemblées pour 
cet effet, elles élurent AL July, dont elles 
avaient déjà expérimenté le zèle. Lorsque ce 
saint prêtre en fut averti, il témoigna beau- 
coup de répugnance pour cet emploi; mais 
il se soumit enfin aux ordres de la Provi- 
dence en acceptjint la conduite de ces Hospi- 
talières, dont la fidélité à remplir tous leurs 
devoirs l'encouragea à leur dresser des rè- 
glements, afin qu'il y eût entre elles une 
uniformité d'actions et de pratiques. 

11 passa plusieurs années à cet ouvrage , 
auquel il s'était disposé par le jeûne et la 
prière, afin d'implorer le secours et les lu- 
mières du ciel; el, après avoir consulté les 
personnes les plus éclairées dans ces matiè- 
res, il les fit pratiquer pendant quelques .in- 
nées, afin que, l'expérience lui en ayant f it 
connaître les défauts et les inconvénients, i( 
pût les reloucher, coume il fil elîeclivemcut 
en y retranchant plusieurs choses superllues 
ou difficiles à observer, et y en ajoutant d'au, 
très qui lui semblèrent plus conformes à l'es- 
prit de cel institut et plus proportionnées à la 
faiblesse de ces filles , auxquelles il les fit 
observer jusqu'à la veille de sa dern ère m.i- 
ladie, que, lui paraissant sans défiut, il prit 
la résolution de les faire approuver el les 
présenta pour cel effet à l'évéque de Lan- 
gres, qui les fit examiner par sou conseil et 
par des personnes spirituelles expérimentées 
en ces sortes d'afl'aires, et les iut aussi avec 
beaucoup d'attention. Mais M. Joly n'eut pas 
la consolation de les voir approuvés de son 
vivant, ne l'ayant éié que quelques jours 
après sa mort, qui fut causée par une esi èce 
de maladie contagieuse qui suivit immédia- 
tement la disette des grains dont la Franco 
fut allligée en 1G93 et ItiO'f. Car ce saint hom- 
me s'employa au secours spirituel et tem- 
porel de ceux qui en étaient attaqués avec 
tant d'ardeur el si peu de ménagement pour 
sa santé, qui n'était pas encore bien rétablie 
d'une maladie qu'il avait eue, qu'il ne put 
résister à la malignité de ce mal, dont il re- 
garda les premières attaques comme un aver- 
tissement qu'il devait achever son sacrifice ; 
c'est pourquoi il s'y prépara par une con- 
fession générale, et reçut le saint viati(|ue 
dans des transports d'humilité, de reconnais, 
sance et d'amour, qui tirèrent les larmes des 
yeux de tous les assistants. Enfin, après 
avoir soulTerl pendant dix jours des douleurs 
excessives sans qu'il lui échappât aucuni; 
plainte, sentant approcher le moment auquel 
il devait quitter le monde pour aller jouir de 
la présence de son Créateur el de son souve- 
rain bien, il demanda l'extrôurie-onction , 
répondit lui-même à toutes les prières mai- 



DICTIONNAIRE DES OUDRES RELIGIEUX. 



5S 

oiiécs dans le UilucI pour la reconimaiiJa- 
liui) ilo ràini>. et mourut sur les neuf heures 
du soir le It .so|itcinbro Ui9i, étant âgé de 
cinquante ans. l'eu de iouis avant sa mala- 
ilie, a\ant donné son pro| re lit à des pau- 
?ns, il cul la consolation do mourir sur un 
lit d'emprunt après avoir prodigué sa vie 
pour le soulagement des misérables : aussi 
les pauvres le regardant comme leur père , 
le liire lui en e.-l resté après sa morl. 11 y 
eul conlcstation entre les chanoines de Saint- 
Kiicnne el les filles Hospitalières à qui aurait 
son corp<, sur une clause de son leslameiil ; 
niais il fol adjugé aux Hospitalières eommc 
étant leur fondateur. Il fut enterré dans le 
cimetière de l'iiôpit.il, el son cœur fut donné 
aux chanoines de Sainl-ttienne. 

Uuuze jours après si mort, le 22 seplcm- 
brc, l'évéque de Langres appruuva avec 
éloge les règlements qu'il avait faits pour les 
Hospitalières, auxquels il ajouta quelques 
moilificationsqui étaient plutôt des marques 
de l'exaclitude avec laquelle il les avait l^us 
que des corrections qu'il j eût faites. Ces 
liiles élant demeurées en habit de novices 
l'es, ace de près de douze ans, firent Uuii 
premiers vœux le 23 février IG'.tO, dix-huit 
mois après la mort de M. Joly, qu'elles re- 
connaissent iiour leur seul cl véritable insti- 
tuteur, dont elles imitent encore à prcscnl 
la charile pour les pauvres mal idts, aux- 
quels elles donnent toutes les assistances 
dont ils ont besoin : ce quelles font avec 
lant dédilicalioii, que la bonne odeur de leur 
pieté et de leur charité a donné lieu à réta- 
blissement de leur inslilul dans trois autres 
maisons, dont il y en a une à Langres. (Quoi- 
que l'écriva n de la Vie do M. Joly donne à 
CCS Hospilalières le litre de religieuses, elles 
ne font pas néanmoins de vœux solennels. 
Elles foui cinq an^ de noviiial, après les- 
quels elles loiit seulenicnl trois vœux simples 
de chasteté, d'oliéissancc et de charité envers 
les malades. l£lles sont sous la conduite de 
l'évéque pour le spir.lucl, et des adminislra- 
leurs de leurs liôpilaux pour le Icmiiorcl. 
Les supérieures sont élues tous les six ans. 
L<ur lialiillemcnt , qui e>l i.uir cl tel que 
nous l'avons fait graver (I ), csl, comme nous 
l'avons dcjà dit, seiiiblahle à celui des lilbs 
de Sainle-Agnè> d'Arras, el de la ^ainle- 
Famille de Uouai, dont l'institut est d'élever 
de petites filles irpheliiies el abandonnées , 
jusqu'à ce (jucllcs soient en âge d'être ma- 
riées ou d'entrer en service, liiles font aussi 
(rois vti'ui simples, el ont eu |iour fonda- 
Irice maileinuiselle Jeanne Riscot, née à Ar- 
ras l'an MiOl, cl (|ui mourut le 27 juin IGG'», 
ûgee de (i^l ans. 

Le l'ère ISeaugendrc Bénédictin , Fie <le 
M. July, imprimée ù Paris l'an 1700, cl M>- 
muires ciimyés par cet fillrt llufjiitalicrci , 
ci par tes filles de la Société de Sainte-A(jncs 
d'Arra>. 

DIMIiSSI'S ou MODKSTKS 
((i«M;iiK(iAi'iON des]. 
Vc ta coiujreijUiiun ilcf luttes el Veuves l'p- 
(I) Val/,, i \à lin du v<'|., u* 3 



5G 

pelées Dimesscs ou Moîcsles dans l'Etat 
Yénitien. 

La congrégation des Filles el Veuves ap- 
pelées Dimesses ou Modislts , dans l'Etal 
Vénitien, a eu pour fondatrice Dejanara Val- 
niarana, fille d'Aluise Valmarana el d'Isa- 
belle Nogarole de ^ érone. Elle naquit à Vi- 
cencc l'an loW. litanl en âge d'être mariée, 
elle épousa Agrippa Pristrato . jnri^consulie 
de la même ville, dont elle cul un fils. La 
mort de celui-ci, suivie quelque temps après 
de celle d ■ son mari, qui mourut en 1<J73, la 
déliant de lout ce qui pouvait l'attacher au 
monde, elle jirll l'habil du Tiers-Ordre de 
Saint-François d'Assise et se relira avec 
quatre pauvres femmes dans une maison qui 
lui appartenait, où elles vécurent ensemble 
dans la pratique de toutes les vertus chré- 
tiennes sous la conduite du P. Antoine 
Pagani, religieux de l'ordre de Saint-Fran- 
çois de l'Observance. A son exemple, Angéle 
Valn;arana, sa cousine, se voyant au-si 
veuve, achela une maison joignant celle de 
Dejanara Valmarana, où elle alla demeurer 
avec quelques fcannes dévotes, cl y pratiqua 
lout ce que sa piété lui inspirait de plus par- 
fail, jusqu'à ce que le P. Pagani eut dressé 
par ecril des règlements communs pour ces 
deux maisons, qui furent approuvés par 
l'évéque de Vicence el par le caidinal Au- 
gustin Valierio, evéque de Vérone el visiteur 
ap'is olique dans le diocèse de \'icence l'an 
iùSk. (^)ueliiues autres maisims du même 
inslilul ayant été fondées en d'autres lieux, 
Lejanara Valmarana les gouverna en qua- 
lité 1 e supérieure générale pendant vingt- 
quatre ans, jusqu'à ce que, pleine de mérites 
el de vertus , Dieu la relira de ce inonde 
pour lui faire part de sa gloire, le 3 février 
de l'an l(iO."{, étant âgée de cinquante-trois 
ans. Elle fut enterrée à Vicence dans l'église 
•.'0 Notre-Dame-la-Nouvc, cl mise dans lu 
sépulture commune des Dimesscs. 

I>"on ne roçiil dans Cille coiijjrégalion que 
des filles el des veuves libres de tous enga- 
gements, qui ne soient point obligées à la 
tutelle de leurs enf.inls, ou dont les enfants 
pourraient avoir besoin pour leurs établis- 
sements. Filles sont éproutées pendant Iru.s 
ans avani ()ue d'être reçues, el après leur 
réception, elles oni encore deux autres an- 
nées d'épreuve, pendant lesquelles on peut 
les renvoyer. H ne doit pas y avoir plus do 
huit ou neuf Dimesscs dans une même 
maison, non comprises les servantes, et il 
doit y avoir toujours deux maisuns voisines 
l'une de l'autre, afin (|ue I ou puisse plus 
commoilément avoir des vieilles pour accom- 
pagner les jeunes lorsqu'elles sorleiil. Ions 
le-, ans ces deux musons, ou quatre au 
plus, élisent ensciiilil • une supérieure, âgée 
au mollis (le trente ans, el qui do t en atoir 
pas>é ciii'i da.is la congréga'ion. Fllc> élisent 
aussi di u\ iijulanles ou majeures pour cli.i- 
i|iie iiiai'-on, ({ui doivent avoir demeuré au 
iiioins trois ans dans la congrégalion el i|ii'oil 
ai'pellc aussi consullrices. Il leur est dé- 



3? 



niv 



DIV 



"8 



fendu de laisser ontror les hommes dans leurs 
maisons. Leurs obliiï'tions principales sonl 
d'enseigner le catéchisme aux personnes de 
leur sexe, d'assister aux sermons et aux' 
dévolions particulières des églises, de fré- 
quenter souvent les sacrements, de visiter 
et d'assister corporellement les pauvres 
femmes dans les hôpitaux. Klles ne s'obligent 
par .'lucun vœu envers la congrégation, et 
elles en peuvent sortir quand bon leur sem- 
ble, même pour se marier. Comme elles font 
une profession particulière d'humilité, elles 
ne se donnent point les unes aux autres le 
titre de Signora ou Madame, mais seulement 
celui de Madonna ou Dame. Leur habille- 
ment tel qu'on le peut voir dans la figure 
que nous avons fait graver (1), doit êlre de 
laine noire ou brune, à leur volonté. Celui 
des s. rvanles est plus court, et elles portent 
un voile blanc, au lieu que les Dimesscs, 
lorsqu'elles sortent, ont une grande cape ou 
manie de taffetas noir. Il ; a des maisons de 
cet institut à Vicence, où il a pris nais- 
sance; à Venise, à Padoue, à Udine et en 
d'autres lieux de l'Etat Vénitien. 

Philippe Bonanni, Catuhg. Ord. religios. 
par. Il, pag. 1C6, et Mémoires envoyés de 
Venise en 1711. 

DISCIPLINES (Chevaiiers des ). Voyez 
Dragon renversk. 

DIVI.NE PROVIDENCE ET DE SAINT-BER- 
NAKD (Congrégation de la). 

Des religieuses Bernardines Réformées di-s 
eongrégnlions de la Divine Providence et 
de Saint-Bernard en France et en Savoie, 
avec la vie de la vénérable Mère Loiiise- 
Dlanche-Tliércse de Ballon, leur fondatrice. 

(> n'était pas seulement dans les mo- 
nastères d'hommes de l'ordre de Cîteaux 
que le relâchementet le dérèglement s'étaient 
introduits ; une pareille licence régnait aussi 
dans la plupart des monastères de filles du 
même ordre. Mais, comme Dieu avait suscité 
de saints religieux pour faire revivre le pre- 
mier esprit de CIleaux dans plusieurs mo- 
nastères et(tablir dans d'autres des obser- 
vances moins austères que les premières, 
afin que ceux qui vivaient dans le dérègle- 
ment, attirés par leur douceur et par leur 
facilité, eussent moins de peine à embrasser 
une vie uniforme et réglée, il suscita pareil- 
lement de saintes filles pour remettre dans 
les observances résîuliires celles qui s'en 
étaient écartées, qui embrassèrent toutes les 
austérités de l'ordre. Les autres, effrayées 
de cette grande austérité, se contentèrent 
d'embrasser des observances qui, remplies 
de sagesse et de modération, les mettaient à 
couvertdu dérèglement et du relâchement qui 
s'étaient introduits dans plusieurs mona- 
stères, et leur prescrivaient un genre de vie 
qui les rendait des sujets d'édification à tout 
le monde. Les religieuses Bernardines Ré- 
formées des congrégations de France et de 
Savoie furent du nombre de ces dernières, et 



eurent pour iiislilu'rice la vénérable Mère 
de Ballon. 

Elle était fille de Charles-Emmanuel de 
Ballon, gentilhomme de la chambre du duc 
de Savoie Charles-Emmanuel l", et qui fut 
dans la suite ambassadeur de ce prince en 
France et en Espagne. Elle vint au monde 
l'an 1591 dans le château de Vanchi, séjour 
ordinaire de ses parents, comme le pins 
agréable et le plus commode de leur do- 
maine, étant situé au milieu de la baronie 
de Ballon, à cinq lieues de Genève, et autant 
d'Annecy. Elle reçut le nom de Louise an 
baptême, celui de Blanche lui fut donné à lu 
confirmation, et elle prit elle-même celui «le 
Thérèse, qu'elle ajouta aux deux autres 
quand elle commença sa réforme. 

A l'âge de sept ans ses parents la mirent 
d;ins l'abbaye de Sainte-Catherine de l'ordre 
de CIteaux.dont l'abbesse était leur parente. 
Suivant la pratique de ce monastère, elle y 
reçut l'habit à cet âge, et fut admise au no- 
viciat. Elle fit un si grand progrès dans la 
vertu, et devint en peu de temps si éclairée 
dans les choses spirituelles, que sa mère, se 
prévalant de la liberté que les novices et les 
professes de ce monastère avaient d'en sor- 
tir pour aller voir leurs parents, la faisait 
venir souvent à Vanchi pour l'entendre par- 
ler de sujets de piété, et pour recevoir d'elle 
des avis sur ce qui regardait son propre 
salut. Comme les visites qu'elle rendait à ses 
parents ne venaient ni de légèreté, ni d'oisi- 
veté, que ce n'était ni par ennui de la soli- 
tude, ni par recherche des divertissements 
qu'elle pouvait trouver au dehors qu'elle 
venait à Vanchi, mais seulement par conde- 
scendance et même par obéissance à la vo- 
lonté de son abbesse et de ses parents, il n'y 
avait point de temps plus saintement em- 
ployé que celui qu'elle passait chez eux, 
étant dans le monde comme si elle n'y était 
pas. Ayant atteint l'âge de seize ans, et le 
temps étant arrivé qu'elle devait s'engager 
plus étroitement par la profession religieuse, 
ses parents souhaitèrent que ce fût dans 
leur château même qu'elle fil ce grand sa- 
crifice. Ils n'eurent pas de peine a obtenir 
cette consolation des supérieurs de l'ordre : 
car, comme en ce trmps-là on ne gardait 
point de clôture dans le monastère de Sainle- 
Caiheiine, non plus que dans les autres, is 
ne se rendaient pas difficiles à permettre 
que les novices allassent faire leur profes- 
sion chez leurs parents quand ils le deinan- 
d.iient. Le ^i^ mars 1607 ayant été destiné pour 
le jour de celte cérémonie, dom Nicolas de 
Rhides, abbé régulier de Thamiers et vicaire 
général de celui de Cîteaux, s'y trouva pour 
recevoir les vœux de celte nouvelle épouse 
de Jésus-Christ, qui eut la consolation do 
les prononcer en présence d'une de srs 
sœurs, novice du monastère de Bonlieu, du 
môme ordre , qui s'était aussi rendue au 
château de son père pour le même sujet, 
avec une autre novice du même monastère. 

La sœur Louise de Ballon n'eut pas plutôt 



(1) Voï.,àla fin du vol., n* 4. 



S9 

f.iil sa profession, qu'cUn voulut se rrndrc à 
son nionaslère, comme au séjour où elle 
vcnail 'le s'all;iclier plus élroilomcnt. Ce fui 
en vain que ses pnrcnls la so lirilirent de 
rcsIiT quelque leuips aver eux : insensible à 
leui» lartnes il inexorable à leurs prières, 
plie leur déclara que c'éiail inuliletncuC (ju'ils 
Ijeb.iieiil de l'alteiidrir p ir les unes el de la 
floibir par les autres; qu'elle était résolue 
de s'aller eii'^crmer dans son monastère, 
pour ) jouir de la con\crsalioM de sou divin 
époux et pour satisfaire à son devoir. Quoi- 
que la cldlure n'y fût pas observée, comme 
nous avons dit, c'était néanmoins la coutume 
qui' chaque religieuse l'iibservail la pre- 
ii;ière ;:nnee de sa profession a»ec lanl 
dexarlitudc, qu'elle ne sorMit pas une seule 
fois, non pas même pour ()rcn'lre l'air à la 
campa<;ne autour du monasière, comme fai- 
saient les autres professes quand elles le 
voulaient, outre que la nouvelle professe 
était oi lijiée d'assister au clmur si fidèle- 
ment à toutes les heures canoniales pendant 
cette année, que la maladi.' même ne sufli- 
sait pas pour s'en esruser, car si elle toni- 
lait malade dans cette même année, il fallait 
qu'elle la recommençât après comme si elle 
ueùl rien fait, et on ne la tenait quitte de 
celle obligation qu'après avoir assisté régu- 
lièrement au chœur pendant toute une année 
s.ns interruption. Mais la mère de Kallon 
ujoula encore quel(|ue chose de plU'* ; car 
elle fut pend.ini ce tcrnps-là si recueillie et 
si lelirée dans sa chambre, qu'on ne la 
\oyait qu'au clupur el au réfectoire. 

Ce fui dans une retraite qu'elle fit sous l<i 
conduite de >aiMl François de S.. les, son 
piuche parent, que l)ieu lui inspira les pre- 
miers désirs d'une réiormo, qu'elle eut le 
Lonbcur de voir accomplir quelques années 
après, lotsque ce saint preiai fut prié par 
l'abbé de (liteaux de réformer le monasière 
de Saiute-t^ ttierine, qui était de smi dioi èse. 
Nous avons déjà dii (|u'on ne gardait aucune 
clôture dans ce monastère, ce (|ui fai'<ail (|uc 
l'eiitri'e était au ani permise aux séculiers 
que la sort c en était libre aux religieuses. 
Les visites fréquentes cl le séjour (ju'elles 
allaient faire chez leurs par<-nls et leurs 
aniis les faisai- ni rentrer dans l'espril du 
monde avec tant d'excès, qu'elles re\enaienl 
presque toutes sécolièrcs à leur iiionastérc. 
L'ameublement de leurs chambres était loul 
mondain. t> eiaii une émulation entre elles à 
qui aurait Min app.irtemenl plus riclicment 
paie. Les étolTes les plos fines et les plus 
apparentes elaienl celles qu'elles recher- 
cbaienl pour s'habiller, quel(|ues-uiu-s y 
ajouiaieni des parures et des ajuslemenls 
qui donnaienl lieud' croire qu'elles avaient 
liiinte (le laisser sur elles les moindres mar- 
ques de leur éiat. Les séculiers avaient mén)e 
I' ur demeure dans l'enceinie du monastère ; 
c.ir, outre les servantes que cli.ique religieuse 
avait, il y aviiil aus%i îles valeis qui y de- 
rin uraieiit, tant pour la culture ilcs terres 
que pour la garde des troupeaux qoi appar- 
ti-naicnt a di;;, religieuse-, parliculiCre>, en 
(cirle que cette maisun ress> lublail en qucl- 



niCTtONNAir.E DES OHPUES REI.ICIElîX. 40 

que façon à une ferme p'uîi'il qu'à un mo- 
nastère, ce qui fut un des principaux moiifs 
qui engagèrent celles qui commencèrent la 
réforme dont nous allons pirler. 

Tel était l'état de cette abbaye lorsque s.ii;it 
François de Sales fut prié, l'an l(i08, par 
r.ibbé de Citeaux, dom Niiolas iiourherai, 
d'employer son autorité et ses soins pour la 
réformer. Mais ceux qu'il appoila fur ni 
inutiles, de manière qu'il ava:l per u toulc 
espérance d'y réussir, croyant même qu'il 
serait inutile d'y travailler; mais Uieu, qui 
est admirable dans ses saints, voulant con- 
soler son serviteur el mettre fin à l'accom- 
plissement des désirs de la mère de liallon, 
lui en fit naître l'occasion quelques années 
après; car cinq religieuses de ce inonas ère, 
unies ensemble, ayant formé le dessein de 
commencer une nouvelle réforme dans un 



autre lieu, prévoyant que les aul.es reli- 
gieuses ne voudraient jamais consentir à la 
clôture, en parlèrent à saint Françoi-. de 
Sales, qui, bénissant le l'ère des miséri- 
cordes des grâi es qu'il faisait à ces saintes 
filles, les fortifia dans leurs résolutions. Il lit 
de nouveaux effoits pour obliger les autres 
religieuses de ce monastère a recevoir la 
clôture et embrasser la réforme; mais, 
voyant que c'était inulilement, il couseniit 
que ces cinq religieuses commençassent la 
réforme hors le monastère. Llles en obtin- 
rent les permissions nécessaires de l'abbé de 
Citeaux, à la recommandation du prince 
1 humas lie Savoie et de l'abbe de Th.imiers. 
M. de Leaz, frère de la mère de Dallon, alla 
lui-même ù Cilc.iux pour ee sujet; et lîu- 
inilli, petite ville de Savoie, fui le lieu ori 
elles jetèrent les premiers l'ondeuieuts de leur 
réforme l'an 11122. 

Ces cinq religieuses furent les Mères IJer- 
n.irdede \ ignol. Louise-lilanclie-Thérèse de 
li-TlIon, Lmmanuelle de Monlhoux ,. l'érone 
de Uocliette, el Gasparde de Ballon, propre 
sœur de la .Mère de Ballon, et la troisième de 
ses mêmes sœurs qui avait embrassé l'orilri; 
de Citeaux. Ce fut le 8 septembre, fête de la 
Nativité de Notre-Dame, qu'elles prirent pos- 
session de leur chapelle, el le 21 du même 
mois qu'elles y prirent l'habit de la réforme. 
à la réserve de la .Mère Gasparde de Ballon, 
qui n'était pas encore sortie de l'abbaye de 
Sain e-Calherine par les oppositions des reli- 
gieuses el de ses parents. 

Llles commencèrent dès lors à dire l'office 
au chuui , mais sans le chanter , à cause de 
leur petit nombre. Klles gardaient un clroil 
sileuie, à Icxc 'plion de deux heures p.ir 
jour, l'une après le dner, l'autre après lo 
souper. Llles disaient tout haut leurs coul- 
pes au réfectoire, balayaient la maison, la- 
vaient la vaisselle, faisaient la cuisine, ser- 
vaient tour à tour au relecl.dre, el le plaisir 
qu'elles prenaient d.ins ces bas exerciees 
était si granit, qu'il y av.iit une sainte émula- 
tion entre elles pour être la première à les 
exercer et la dernière a les quitter. 

Llle* lurent visitées peu de temps après p.ir 
saint l'r, niçois de Sales, iiui leur avait permis 
de conserver le saint tacrcmcut daus leur 



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43 



cliapelle. 11 vit leur nouvelle maison el la 
trouva suffisante pour une communauté : 
mais le pressentiment qu'il avait de ce que 
leur p.iuvrelé leur ferait souffrir le porta par 
un esprit de charité à les encourager et à h's 
exhorter à la patience, et à se tenir en garde 
con(re l'ennemi de leur salut, leur représen- 
tant souvent que Dieu, qui par sa provi- 
dence a soin des plus petits animaux . n'a- 
bandonne jamais ses serviteurs qui ont con- 
fiance en lui, leur apportant pour exempi;» 
dom Jean de la Barrière, fondateur des Feuil- 
lants , qui pendant quelques années ne se 
nourrit que de Heurs de grnét et d'hrr'ies 
sauvages, et ne ce servait point la nuit d'au- 
tre lumière que de celle de la lampe (|ui 
brûlait devant le saint sacrement. Jusque-I i 
elles avaient obéi à la Mère de ^ ijjiinj , 
conmie l.i plus ancienne; mais celle Ai ère 
ayant proposé au saint prélat 1 éleclion d'une 
supérieure, tous les suffrages se trouvèrent 
p^)ur la Mère Louise- Blanche-Thérèse d;; 
Kallon, qui, considérant avec ses religieuses 
les ofa igalions singulières qu'elles avaient à 
la divine providence, proposa à saint Fra ;- 
çois di' Sales, qui élait de retour à Annecy, 
d'agréer qu'elles prissent le nom de Filles de 
la Divine Providence. La réponse qu'il fit à 
la lettre qu'elle lui écrivit au nom de i-a pe- 
tite CDinmunauié fut qu'elles devaient encore 
altendre un an, pour voir si elles se ren- 
draient dignes d'un nom si beau el si glo- 
rieux. Elles obirent à ses ordres, et l'an 
étant expiré, elles prirent ce nom, (lui leur 
fut confirmé par M. Jean-François de Sales, 
frère el succes-eur de saint François de Sa- 
les, d lus l'approbation qu'il fil de huis con- 
stilu'iuns; mais le peuple les a toujours 
appelées les religieuses llernardiiies llé- 
Ibrinées. 

La Mère Gasparde de lîalion , après avoir 
surmon é touies les difticultés iiui s op lo- 
saienl à sa smlis de l'.ibhajo de Sainte-Ca- 
therine, tant (ie li part des re igieuses que 
de ^es parents , arriva enfla au mois de no- 
vcni'jre à l'«umilli. Ainsi les cin(i religieuses 
qui avaieiit projeté la réforme se trouvèrent 
pour lors réunies. Quoique leur pauvreté fût 
grande, elle leur taisait néanmoins si peu 
de peine, et el-les cherchaient si peu les 
lu >3ens de s'en délivrer , qu'elles continuè- 
rent d'un commun accord de ne s'en plaiu- 
drejamais à personne. Mais la divine provi- 
dence, dont elles avaient pris le no;», ne les 
abandonna pas : elles se tiouvèrent môme 
en état d(; faire des charités, el elles donnè- 
rent retraite à quatre religieuses de l'abbaje 
des Hayes proche Grenoble, qui dans le des- 
sein d'une même réforme avaient qiiitiéceUe 
abbaye, où l'on ne gardait aucune toinie de 
règle, où la clôture n'élait point en usage, et 
où les religieuses, qui vivaient à la façon des 
séculières, en avaient presque pris l'hab.lle- 
iiient. 

Ces quatre religieuses furent la Mère de 
Paquier, coadjulrice de l'abbaye des Hayes : 
les Mères de Ponçonas et de IJuissorond, et 
la sœur de Monlenard, encore no\ice. Elles 
sollicitaient depuis un au un établissement 

LlLTiON.N.ill'.fi DKS (Jtiai.ES UELIGIEUX. 



dans Grenoble : elles y avaient même loué 
une maison, et, à la sollicitation du vicomte 
de Pa(iuier, père de la Mère de Paquier, et de 
leurs amis, elles avaient obtenu verbalement 
le consentement de l'évéque de Grenoble. 
Mais plusieurs difficultés qui se rencontrè- 
rent dans cet élablissemeui en ayant empê- 
ché l'exécution, el ayant appris pendant te 
temps-là que cinq religieuses de l'abbaye de 
Sainte-Catherine en étaient sorties pour al- 
ler à Kumilli jeter les fondements d'une nou- 
velle réfornic, elles résolurent de se joindre 
à elles. Le vicomle de Paquier alla lui-même 
Irouver saint François de Sales pour lui corn- 
muniquer le dessein des religieuses de l'ab- 
b lye des Hayes, cl ce prélat porta celles do 
Kumilli à les recevoir. 

Ces (jiiatre religieuses de l'abbaye des 
Hayes arrivèrent donc à lUintilii le premier 
janvier 1(523. Elles reconnurent pour supé- 
rici^re la Mère Louise de Ballon, (lui, peu da 
jours après , ayant fait la distribution des 
emplois de sou monasli're, donna la charge 
de maîtresse des novices à la Mère Ponçonas. 
Quelques espciis malintentionnés leur ayant 
persuadé que l'abbé de Cileaux dans le cha- 
pitre général de cet ordre avait résolu de 
supprimer leur réforme, elles en furent fort 
alarmées. îilles redoublèrLMit leurs vœux et 
leurs prières, el reconnurent bien;ôt après 
que ce n'éiait qu'une fausse alarme iju'osi 
leur avait donnée, puisqu'elles reçurent uno 
lettre de cet abbé dans iaquelle, bien loin de 
désappiouver leur entreprise , il les o.lior- 
lait au con'raire fortement à la continuer; 
Ci (]ui les dôlerntiua à tenir le premier cha- 
pitre de leur congrégation pour la réception 
des novices. 11 y en avait déjà cinq qui se 
présentaient; mais ell.s ne ponvaieul leur 
donner l'iiabit sans la pcrmissiiiU de l'abbà 
de Thamiers, qui s'y opposa, sur ce que la 
mai;,on où elles demeuraient ne leur appar- 
tenait pas, el qu'elles n'avaient aucun re- 
venu lixe. .Mais l'abbé de Cheseri , on le do 
la Mère de Siallon, ayant eu recours à l'au- 
torité du prince Thomas de Savoie, l'aliltiî 
de Thamiers ne put résster aux ordies de co 
prince, el couscnlil que l'on donnât l'habi: 
aux novices. Cependant ces religieuses 
ayant aetiCle i.ne maison à Humilli, elLs y 
allèrent demeurer le 2i mai 102's. 

La même année tous les obstacles qui s'é- 
taient trouvés jusqu'alors à l'établissement 
de ces religieu es à Grenoble ayant été levés, 
la Mère de Ballon y alla accoui(iagnée des 
rel gieuses de Dauphiné, qui s'étaient mises 
sous sa conduite et l'avaient reconnue pour 
supérieure à Kumilli. Elles arrivèrenl dans 
C(^tle ville le 22 noveujbre lG2'i'. La Mère du 
Ballon fut encore recoiiiioe supérieure de ce 
nouveau moiiasière, où l'on dressa les con- 
stitutions de celte reforme, qui furent cou- 
formes aux avis qu'eu avaii donnés saint 
François de Sales, qui étaient que, sans eui- 
brasser les grandes au-teriiés de l'ordre de 
Cileaux, ce- (ilies devaient s attacher uni- 
quement à l'essentiel de la règle et des vu'ux, 
s'appliquaut de loules leurs firces à li inoi- 
liiicaliou de l'esprit, au leeneiliement inlè- 

n. 2 



n DICTIO.N.NMUK I)i.S 

rimir et ik l'union avoi Dieu. Cfs conslilu- 
lioiis élnient néanmoins pou confDrmcs aux 
u$a;;cs comniunK do Clleaux. C'ot.iil propre- 
iMcnl un Iraiie ou conduile spiriluclle con- 
venable à louics séries de personnes, et, 
pour les usa:cs parliculiers, ils élnient enliè- 
remont conformes à ceux des religieuses de 
1.1 \ isilalir>n inslituées par le nir-rne saint, à 
la réserve de la couleur de l'habit, ds con- 
sliiutions ptirlaiinl qu'elles se serviraient du 
bréviaire romain, qu'elles diraient matines 
le soir, afin d'avoir la nialinée plus libre 
pour employer une heure entière a l'orai- 
son niciilale; qu'elles se roueberaicnt à dix 
heures, se lèveraient ù c nq. Elles devaient 
;iller sept fois le jour au chœur pour y dire 
l'oflice divin. Ellcsdevaienl l'aire l'aprùs-dinée 
une demi-heure de lerturc spiriluelle, une 
autre demi-heure d'oraison inent.ile, et l'cxa- 
incn de conscience deux fois le jour. L'u- 
sajîe de la viande leur fut permis trois fois 
la semaine ; elles portaient du linge et se 
sert aient de matelas et de tours de lit. Quant 
à l'habillement, elles se conforment pour la 
couleur à l'ordre de Citeaux , et pour la 
forme à celui des religieuses de la ^'isitation, 
excep 6 le bandeau, (|ui est blanc (1). Pour 
ce qui regarde les autres us.iges , ils sont 
aussi conlormes à ceux des religieuses de la 
\°isitalion. La sous -prieure était nommée 
sœur assistante , la maîtresse des novices 
sœur directrice. Les religieuses ne s'appel- 
lent que sœurs, et elle» ne chantent point de 
mcssi-s hautes. Eli. s travaillèrent ensuite 
à se soustraire de la juridiction des Pères de 
l'ordre, qui s'y opposé. ent, mais en vain, 
car ces religieuses ohlinrent un bref du pape 
Urbain \ III, 1 an 1028, qui les exemptait de 
la juridiction des Pères de t]iteau\ , et les 
mettait sous celle Jcs ordinaires des lieux où 
elles s'établiraient. 

La Mère de Hallon ayant séjourné à Gre- 
noble jusqu'au mois de décembre H'flo, re- 
tourn.i en son premier inonastèreiic Kumilli, 
d'où ((uclque teni|is après elle fut obligée de 
sortir pour aller faire un nouvel élaldisse- 
Mient a Matirienne. l'illc en fil encore un 
quatrième a l-aKoche, petite ville de Savoie, 
el un cini|uième à Seyssel. Ivllc repassa en 
(•ranre en 1G3I, pour y f.iire deux ;iutres 
-étaldisseuu'nts, l'un à \ lenne en Dauphliie , 
et l'autre à Lyon, qui lurent suivis peu de 
temps après de ceux de Toulon et de .Marseille. 

Ce fut la même année lli31 que les rons i- 
tuliuns furent imprimées à Pans pour la 
premièic fois, a\ec toutes les ap| robntions 
uéecssaires, à l'exception de celle de Uome, 
que cet religieuses u'obiinrciit que l'an IG.'i^. 
La .Mère de Ponronas étant venue a Paris 
c-n Itj i'* pour y l.iire un nouvel ctablissemenl, 
tit impiimer pour la seconde (ois ces consli- 
lulious, ce ipii Inl l.i source de bcau( oup de 
troubles el de ilivisions dans celle eongrega- 
lioM ; car, soit i|u'il y eut déjà eu i|uel(|ue 
bruit entre la .Mère de llallon cl la Mère de 
Ponronas, soil que cette dernière fil quelque 
l'baiigeioent dans ces cun>liiiiiions, aliii de 



ORDUES UELIGIlilLX. (1 

s ' donner le lilre d'iiistilutricc d'une nou- 
velle rélornie, il est certain qu'à peine relie 
seconde impression fut achevée, que la di- 
vision cornmi>nça à éclater. En elTei.la Mèrct 
de Hallon, voulant souienir sa qualité de 
ref irni.itriLe, fjcbée du changeineiit cjuc la 
Mère de Ponçonas av.iil fait dan.; ces consti- 
tutions, en fil imprimer d'autres à Aix qui 
étaient confornres à celles de la première 
impression, à la réserve de quelques petits 
rhang<'inents qu'elle crut avoir droit de faire, 
(•omme inslitulricc : ee qui fut si --ensible à 
la .Mère Poiiç mas, tant par l'alTrom qu'elle 
eut recevoir en cela (juc par le chagrin 
qu'elle eut de se voir cotitrarier daos se* 
desseins, qti'el'c engagea les religieuses du 
nionaslère de Paris à se révolter confie leur 
Mère et fondatrice, et à la pcrsèculer. Elle 
réussit selon sou désir : car elles commencè- 
rent par solliciter la suppression des consti- 
tutions de la Mère de Hallon, qu'elles accusè- 
rent di' vouloir usur()cr l'autoriié de géné- 
rale et d'en prendre le nom. ( C'est néan- 
moins à quoi cette l'on lalriee ne songea ja- 
m.iis, comme elle 'e proiesle dans s s écrits, 
qui lUl été imprimés à Lyon en l'ICQ. ) Non 
contentes de cela, sachant ((u'ellc et lit dans 
son monastère de Toulon occupte à y établir 
sa réforme , elles envoyèrent un homme 
cx[)rès à l'évèquc de Marseille pour lui don- 
ner avis de prendre bien garde à la Mère de 
Halloii, qui élait allée fonder un couvent 
dans sou diocèse; que c'était un esfjrit léger, 
inquie', ambitieux, (jui voulait toujours ré- 
gner et dominer; qu'elle n'était allée en Pro- 
venci' (jue pour y fiire la générale de sa 
congrégation, et ((u'il y allait île sou honneur 
de ne pas soulTrir que celtiî élran.;ère s'é a- 
blit dans son di icèse, si elle ne voulait pas 
renoncer à ses con-ililution-. .M.is la .'\lere 
de ISallon, soit qu'elle reçût sur cela quelque 
avis de l'évéque, soit que d'autres personnes 
lui en p.nrlassenl, ne voulut jani;iis consoniir 
à cech in.;ement,qui ne pouvait pas manquer 
d'in'ruduire le schisme dans ses inon.istèies. 
Celle l'remifre démarche n'ayant pas eu le 
suciés 'iu'ou en ailendail, on porta la com- 
munauté di' Kumilli, dont elle était eue ire 
supérieure, à la déposer, el à en élire une 
autre en sa place, alin que n'ayant plus 
d'autorité, elle ne pût s'opposer au change- 
meut. Cette entreprise leur ayant réussi , 
elle supporta celle niortiricalion avec sou- 
mission à la volonté de Dieu. .Mais les reli- 
gieuses du nouveau mona-tèrc de iM.irseille 
ie|),irèrent l'outrage (|u'on lui f.iisait en la 
«iioisissaut pour leur supérieure. Son élec- 
t.on ayant éé sue dans la ville, ehacun s'eui- 
press.i de lui en témoigner su joie ; persouno 
ne le fil avec plus de mar(|ues de satisfaction 
et d'estime que le. FillesCongrégèes de Sam- 
tc-l'rsuie, qui formaient une comuiiiniutc 
fori iiooibreiise ; car, non contentes de lui 
en f.iire les cunijd.meuts onl inaires dans d.^ 
pareilles reiirontres, elles lui en doniièreiil 
des maripies plu-, sensibles eu se souinoltaot 
à sa cou luite et ca euibiassaul sa réformi- , 



llj Ky , a la (lu du vul., li' 



-Hf 



qui p.ir ce moyen eul un soconJ :iinn.i Urc 
très-roiisi'lérahle dans celle même vile. 
Mais, pendant que la Mère de IJallon élait 
dans ceiic iioui elle maison pour recevoir 
ces Ursulines à sa congrégalion et les former 
à la vie rel gieuse, elle y eut un sujet d'exer- 
cer sa (lalieiice. Celles qui s'étaiint déi l.irécs 
les adversaires de ses coustilulioiis , étant 
averties (ju'c lie élait sortie de son premier 
monastère, employé eut le crédit de quel- 
(jues prélats auprès des supérieurs de ce mo- 
nastère pour y l'aire recevoir les coustilu- 
lions de la Mèie Puueonas, qui avaient été 
iiiipiimées à Paris, cl obliger les religieuses 
de ce monaslèie de brûler celles de la Mère 
de Ballon. L'autoriié de ces supérieurs rem- 
porta sur la justice e! li reconnaissance: 
ainsi ecs religieuses timides cl ingrat'S, se 
laiss ml persuader, brûlèrent les conslilu- 
lions de leur Mère, qui, l'ayant su, supporta 
cet affront avec tant de vertu et de modéra- 
lion, qu'elle n'en lit pas paraître le moindre 
resseniimenl; au coniraire, après avoir éta- 
bli l'observance régulière dans le second ujo- 
nasière, elle retourna dans le pre.')iier pour 
y acbever le Icmps de sa supériorité. Les 
religieuses quillèrenl quelque temps après 
celle maison poar aller demeiirer il. .us une 
autre plus grande qu'elles aciietèrent, et la 
-Mère de Ballon sortit de Marseille l'an Kid. 
Elle eul encore le déplaisir eu sortant de 
voir que ces religieuses (ju'eUe quiitait, et 
pour ([ui elle avait pris tant de peine, la 
laissèieul partir comme une personne indif- 
Icren e et inconnue, sans aucun lémoignage 
de reconnaissance et sans lui rien présenter 
pour sou voyage. Le supérieur même lui dit 
que s'.l voulait suivre l'avis de quelques- 
unes, il visiicrail ses bardes, parce qu'on 
l'accusait d'emporter trois luilîc cens de la 
maison. Eile alla de iMarseiUe à Cavailion 
pour y voir un nouveau monastère de sa ré- 
forme, qui venait d'y èlie fonde par les reli- 
gieuses du monastère de seyssel. Elle y fut 
il'aliord supérieure; mais elle se démit quel- 
que Icmps après de cet cniiloi et retourni 
en S.ivoie. Six ans après, dans uu voyage 
qu'elle lit eu Pi'ovence, en passant par i-la- 
vailluu, elle fui de nouveau élue pouf supé- 
rieure. Le temps de sa supériorité élanl 
expiré, elle fui eneo e rappelée en Savoie 
par l'evcque lie Genève. Elle y lit encore plu- 
sieurs fondations, el étant au monastère de 
Seyssel, elle y mourut le li décembre IGGS, 
dans sa soi\aule-dis.-scptièiiie année. 

Quant à la iMère de l'onçoiias, après avoir 
établi ce nioiiastère de Paris dont nous avons 
parié ci-dessus, elle retourna à GrenoUle, 
où elle et lit supérieure, el d'où elle sortit 
encore une autre fois sur la fin de l'uimee 
1(J37 p|our aller à Aix, où elle était appelée 
pour faire un autre établissement ; elle de- 
meura toujours dans ce monastère jusqu'à 
sa morl, (jui arriva le 7 lévrier 1657. Les 
mémoires qui m'ont élé commuiiiqués por- 
tent que le» supérieures des autres maisons 
de Bernardines Réformées qui sont en Pro- 
vence lui demandèrent avec Inslance sus rè- 
gleaienls, l'asturanl qu'elles \oiilaieiit vivre 



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avec elle dans une union parfaite el unecii> 
tière confor.iiité de ses saintes pratiques ; 
que les évèques de Marseille et de Grasse 
lui lémoignèrent d'une manière parliculièro 
la vénération dont ils étaient prévenus pour 
elle, cl le désir qu'ils avaient que les monas- 
tères de leurs diocèses eussent communica- 
tion avec elle et vécussent sous les mêmes 
observances. Mais s'il y en eul quelques-uns 
en Provence qui suivirent, ses règlements, il 
y en eut d'iulres aussi qui ne quillèrenl 
point ceu\ de la Mère de Ballon, qu'ils re- 
connurent toujours pour fondatrice de l.i 
réforme. Comme en cflel celle qualité lui 
ap.iarlienl plutôt qu'à la Mère de Ponçonas, 
cl ce n'est même qu'à la suliieitalion des re- 
ligieuses du monastère de Marseille au de- 
là du port que la vie de cette réformatrice 
a élè écrite et donnée au public en 16'Jo. 
Ces mêmes mémoires ajoutent que le moiias- 
lère de Lyon qu'elle avait fondé tians le 
temps du dé oéle qu'elle eul avec la Mère do 
Poiiç mas au sujet des coisliluli tns , recul 
dan, la suile du temps celle» do celle der- 
nière, et oblinlun bref de Bome qui rexem[i- 
lait de la dépendance du monastère de llu- 
luilli et l'unissait à celui de Grenoble : ainsi 
la division qui est survenue entre ces reli- 
gieuses Bernardines Héformées en a formé 
deux congrégations dilTérenle-, dont l'une 
porle le nom de li Divine Providence, (jui 
est celle de Savoie, qui compn nd quelques 
maisons en France qui en dépendent, et l'au- 
tre est som le lilrc de Saint-Beriiaril, qui no 
sorl point de France. 

Mémoires communiqués p'ir les reliijicusa 
Bernardines du Sang -Précieux. Jean Grossi, 
Vie de la àlère de Ballon ; vl celle d" la Mère 
de Ponçonas par un aaire auteur. 

DOCÏBlNxMRES. Voyez Doctriniî Chré- 
tienne. 

Nota. Quoique Hélyol n'ait point em- 
ployé les mots Doct:iiuires, I isilandines. 
Trappistes, elc.,elqu"on ne soit pas tenu par 
coujéquenl à les en plojer, je crois qu'il 
vaut mieiix, vu leur po|ii!lari;é, les indiquer 
à leur rang, sauf a faire le renvoi né- 
cessaiic. B-i)-E. 

DIX VERTUS. Voijez Anxongi4Diîs. 

DOCTIUNE CHRÉTIENNE en Fkanci? 

( PRÈrilES DE LA ). 

Des prêtres de la Doctrine Chrétienne en 
France, avec la vie du vénérable Père César 
de Bus, leur fondateur. 
La congrégation des Prèires de la Doctri- 
ne Chrétienne en France a d'aliord élé éta- 
blie ou qualité do congrégation sécul èic, 
elle devint dans la bui e léLçulière par l'u- 
n.ou qu'elle Gt avec celle des Somasjues, 
donl nous parlerons à cet article ; mais, après 
avoir demeuré dans cet état légulier pendant 
près de quarante ans, elle est retournée 
dans son premier état par autorité du saint- 
siège, comme nous le dirons dans la suile. 
Ainsi l'union qu'elle fil avec les Souiasques 
cl l'état régulier où elle est demeuré.! pen- 
dant un temps considérable nous obligent do 



BUTIONNAIUE DES OmmKS UELIGIEUX. *; 
n nutlr.- nu n...nl.r. .!ts congrépalions n"* *'.';"' *'\ " "'^ '^''^''•' C'IraSnor ais.nicnl à 1-. 
.„., suivi la nglo .!c N,int-.VMR..Mn,. '''ap^Vs Vrois ans de séjour m cC'e ville, il 
I.c l.ionlicurou\ Osar il' Lus. lonuiiour ,.^,^,^^^3 à Cavaillon, où ;i peine ful-il ai- 
de clic consi^-^'alion • na inil a <>'»Y'' . "r"" rive, que son père monriil, il p.u .le L mps 
^iHc episcopale.l.i rouilc \ enai-biu. le ,iw- ,,^^ ^^^^ ,|^. ^^^.^ f^^^^^^, ,|yj ^ .,;, ci,a„oi!u. 
irier d6 .'an lo»V. !?oii père, Jcnn-l.apiiMe ^j^ ^^^^^ Comme cclu.-ci laissa par sa mort 
.•eBus, ctsn nurc Anm- de la Marc, el.m-iu ,, béncfic< s à simple loiisure, Ccs;ir 
leiommandables par leur piele cl par leur j^ ,.„^ ^'en chargea selon la cou unie ou 
..oblesse; surloul J.a.i ha.lisle qui (e.>.ceM- ^^,^^ ^^^^^^ j,.^|-^^^ j^, ^^ len-ps-là, sans 
,lail «lune fin.ille i lastre de L6nu; "a"s '^ '^^.^^^ pu dessein de s'engaiior dans l'eial 
Milan..is, laquelle c.mple au noml.re de ses pp^,ésias,i,,„e, pcnsanl an con r.ire à se. 
.ncfir. s sainte Iran.oise """jarnc cuie ^^_.^^.^.^. ^^^ ^,j^^^ ^^.^ „^^^ ,^ ^j^,, ,,„ 
donl nons aurons sujel de p.irlcr dans la ^^^^ ^ ^^^^.^ ^^ ^,^, ^^^^ ^^^ ^ ^^^^ ,p j^,, relier 
tuile romme fou.! .tr.ce des OblUcs qui poi- i„,e,,sii,,e„,pn, des emplois séculiers el faire 
itnl son non;. Dieu qui deslinaii César dt ,.^^5^^,, ^„ ,„i pi„,.ii„aiion .,n'il avait eue 
Rus à de pran.!es il'<>>fs !« prev^l '^.«•* ^' dans son jeune â-c pour les fonclioas el les 
plus un 'r.- J.-u.esse. Des lors il s appliqua,! ^i,,.,^,^^^.^ eeclés.asliq .es. Il snsc.'a aussi 
à l'oraison. uK-rlifiail sa chair pai .k^ an- ^^^^ personnes peu consideral.les aux yeux 
^tinen<es , ].-uuail des caremc-s f/' le'» t ^^^ i,J,„.,,es, mais Irès-considerées de sa di- 
(ous l.'s vendredi, de I année, e 61, , r.iu ^._^^ „,njcsl.>, pour travailler à sa convcr- 
lors.p. .1 irou<;-.it occasion . e faire 1" '"' sj,,,, . y^,,^ fm\,„e ,,„„„« veuve de la cam- 
aux p,u. res, se irnanl <e son djr» '' ^ ^t l'autre un simple clerc .^c Cavail- 

p.,ur le l'".^'l"'''V^*'^"'' 7)''^" •,.,'' ,,•' ion qui servait de sacristain d.us une église 
^urloul SI jaloux de la PWrtc, q.i il fuj.. l ^^ ^^^^^ ^.„^ .^.^^^^ ,ç, ^^^^^ j.j^,^, j^p,,^^, 

v.>mmo un gr-ind mal U-iit <e qui elail idpd- .^ ramener celle l.r, bis égarée au bercail, 

lie dj duanicr que. que allé. nie-. j-^^ cessaient dolTrir à Di.-u leurs vœux el 

Après ses éludes, il s'entretint encore |,urs prièits p.)ur .juil amollîi la dureté du 

quelque temps dans ces saintes dispositions, cœur de Cos.ir .le l!us. 

Son (i. (upal.on la plus agré-iMc était de Insensible à l.iules leurs rci.onlranc. s, il 

parer Ifs aultls, el, élaul cniré dans la coin- en fai-ail peu de cas el s'en moquait ; mais, 

p;.pnie des l'énilenU-Noirs, il prit le soin de un jour .p/iis lui préseiili'i eut la \ ii' des 

lailiapel'.c où les confrères s'assemblaient, Saints, il ouvrit ce livie par complaisance, 

iili.i lie pouvoir renibcllir el l'orner. Son cl, en ajani lu <)ui'l<iiic < liose, il lui si tou- 

lUMiiur douce, cimplaisanie cl agréable, le d,^ en lisant l.s actions dessiin'.s, où il 

fais.iil aiioer et r.'Specler de lout le momie ; uou\a la condanin.ili m de ses débauilics, 

on liait ravi de lavoir dans la conve.sa- qu'il résolut de changer de vie el de quiUor 

li.iii, où sa modcslie relenail l>s plus licen- cnlièremeul le désordic. Il eut encue lieau- 

li-.'ux, q.:i en sa présence n'osaient i^en < oup à comballre .•.vaut .(ue de rtinporlcr 

f.iire ni (lire qui tût lioi s de propos. A râ.:c la\icloire sur ses passions ; ma s enfin il 

lie div-hiiii an-, s'élaut engagé dans le paiti i,io;opli.i ; il fi! une confession générale el 

des armes à l'exemple de deux de ses frè- s'exerça dans l.s prali.jues d'hu.i.ilité, de 

irs, qui avai.nld.-s emplois considérables, moilfi alion, cl de m sericorde e.ners les 

l'uti dans l'armée du pai.e, l'auire d.iis cille ailliués, v is:tanl souvent le- inalailes de l'Iiô- 

iiu roi, il servit comme v.)lontaire dans les pHaJ^ |, s assislant spiriluellcmcnt el corpo- 

irouj es .lu comte de Tende, lieutenant |ioiir nllemenl, el faisant de grandes aumônes 

le roi en Provence, qui, par ordre de Sa Ma- ^px pauvres. 

joslé, levait q. niques compagnies deciva- Comme ses voyages et ses di\ ei liseuienls 

leric el d'infanlerie pour s'o; poser aux lié- hii avaient fait oublier ce qu'il a.ait appris 

réii.iui s ; el ce fut par une espèce de mira- j^ | ,;;„ dans ses classes, sachant que la 

«le ipie César de Itus, nonobstant la licence science lui était nécessaire pour rendre à 

de la guerre, sut oiiserver la inéme inno- dic^ j^s services .(u'i; atlen.lail de so.i zèle, 

eemc el la même mo'Ieslic qu'il avait g. ir- ^ ^^, ,emit a >x dudes, .1 réussit si bien, 

décs dan^ la maison de ses parents. qu'en peu de leiups il fut capable de l.i pbi- 

1,'edil de pacifi.ation lui ayant fait n dire lo>opi ie. Il y étudia quel |ues mois et y fit 

bas li's armes, il r.'iourna chez lui, où pour di' gr.in.ls progris, a[irès quoi il se donna 

éviter l'oisivelé il s'appli.lua à la P'iés e et à entieremei-.l au serv.ce du pr.cliain. S 11 

la piinliirc; mais, ne trouvant pas es oc- évé.iue, persuadé .le sa verlu et .le sa capa- 

i:upalion> dignes de son c.uir.ige, il en all.i cité, 1.- | ououl d'un c.inonical .le sa rallie- 

rlierclnr de plus nibles .1 IS.ii ile.iux. où son drale. D'abord il gagna --ix pers .unes du 

frère Alexandre «le lins él.iil arrivé pour chapitre, avec lesquelles il .s'.isseiiibait tous 

coii'inander un vai-seaii de l'année uav.ile les dimaii.hes dms la . h.ip.'lle de l'évéquc 

qui se disposait pour le siège de La Uo- pour Naquer .1 plusieurs exercices spiril.iels. 

.helle. I.a nialailie .jui lui survint l'einpé- Après avoir reçu la préirise el dit sa pre- 

<:lia d'exécuter son d.'ssein, el, après ((ue sa inièie in.-sse, il s'appliqua à la prédication, 

s.inté fut it'lalilje, il alla à Paris. Mais ce aux confessions el à tous les autr.-s exerci- 

voya;;c lui fui f.iial : car la lrè<)uent.iliiiii de ces qui peuvent servir à sauver les âmes. 

quciiiuei libertins lui fil p^rdr.- le trésor On ne peut assez admirer l'assi liiil.', la pa- 

qii il a»ai' conservé jusque là avec latil de lienc ', la ferveur c: 1 1 génerosilé avec P.'»- 



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quelles il s'acquillait ilc tous ces miiiislères. 
Uieii n'étail capable de le rebuter; Il passait 
quelquefois les jours entiers et une partie 
lie la nuit dans les liopilaux à consoler les 
malades, snns que ni la pourriture de leurs 
plaies ni la puanteur et l'infection de leurs 
corps reiiipôthasscnt de s'.i;iprocher d'eus 
et de recevoir leurs derniers soujjirs. 

Sa charité, toujours .ictivo pour la gloire 
de Dieu, le porta à travailler à la réfornic 
des religieuses Bénédidines de Cavaillon, 
qui vivaient sans clôture, sans régularité 
et avec beaucoup de licence. Il en fil les 
preniiérf s propositions à la .Mère Catlierine 
de la Croix, que l'on reconnaît pour la ré- 
formatrice de ce monastère. lille avait des- 
sein d'entrer chez les religieuses de Saintc- 
("Jaire d'Avignon, où l'observance régulière 
était mieux gardée; mais il lui per uada de 
prendre l'habit chez les Bénédictines de Ca- 
vaillon, et d'y faire profession selon la ri- 
gueur de la règle de Saint-Benoît. Elle eut 
en peu de temps des compagnes qui suivirent 
son exemple : les anciennes religieuses qui 
s'étaient le plus o|)posées à la clôture, tou- 
chées de l'Esprit divin, embrassèrent aussi 
la réforme, et (elle maison s'est toujours 
maintenue depuis ce temps-là dans une 
grande régularité. 

La lecture qu'il fit du Catéchisme du Con- 
cile de Tr. nie lui fit concevoir le dessein d'é- 
tablir une congrégation de prélres et de 
clerrs dont la funclion fût d'enseigner )a 
doctrine thrélicnne. Ce Caléchisme du Con- 
cile de Tri'nte étant divisé en quatre par- 
ties, qui sont le Symbole, l'Oraison domi- 
nicale, le Décalogue et les SacreuiL-nts, le 
l'ère de Bus réduisit ces (juatre parties à 
trois diiïérentes instruclion-j, qu'il appelait, 
pelile, r)ioyenue et grande dxtrine. Cinij 
ou sis jeunes i cclésiasliques de famille se 
joignirent à lui, et, après les a^oir instruits 
de la manière de faire la pelile doctrine, il 
les envoyait dans les carrefours de la ville 
et à la campagne, pour catéchiser tous ceux 
qu'ils rencontreraient, l'our lui il enseignait 
dans les églises, et en particulier dans lus 
maisons, la moyenne doetrinc, et ensuite la 
grande, afin d'attirer les savants qui se glo- 
rifient dans la science, et ignorent celle du 
salut. Celle façon d'enseigner la doctrine 
chrétienne étant nouvelle, souffrit au com- 
mencement de la conlraJiclion, et ou s'en 
moqua d'abord; mais elle fui à la fin ap- 
prouvée de tout le monde.. 

i>ieu envoya, peu de temps après, au Père 
de Bus des compagnons, afin qu'ils s'employas- 
sent â ce saint exercice. Michel PincUi, cha- 
noine de l'église de Saint- Agricole d'A- 
vignon; Jean-Baptiste Komillon, chanoine 
de l'église collégiale de l'isle; Jacq;ies Iho- 
mas et tJabriel Michel, furent les premiers 
cjui vinrent se joindre au nouveau corps 
que le Père de Bus formait. 11 les assom- 
bli tous à risle dans le comté Veuaissin, 
l'an 159-2, le 29 septembre, fête de l'ar- 
change saint Michel. Le sujet de leur as- 
semblée fut pour délibérer dos moyens (ju'il 
fallait prendre pour établir l'eicrcicc de la 



Doctrine Chrélienne dans le co nié Venais- 
sin. Ils conclurent (]u'il fallait joier Ict 
premiers fondements de cet institut dans 
Avignon, comme dans la ville capitale, et 
demander au pape permission d'établir cet 
exircice de la Doctrine Chrétienne d;ms 
l'église de Sainte-Praxèile, oii il n'y avait 
]ioint encorcdc religieuses. Ils cnvayèrent 
à Uome pour ccl elTet , et le paie Clé- 
ment V'IH, qui gouvernait pour lors i'Eg'ise, 
répondit à leur supplique que le nouvel ar- 
chevêque d'Ay gnon qui venait d'être nommé 
par Si Saintclé et qui était Marie Taurii- 
fius, satisferait à leur demande lorsqu'il 
serait arrivé à Avignon. 

Ce prêtai y étant venu l'an liiOS, envoya 
quérir le P. de Bus, et, apréi avoir con- 
féré avec lui de l'éLiblissement de la Doctrine 
Chrélienne, il lui donna permision de l'en- 
seigner dans l'église de Sainte-Praxède. C'est 
ainsi que fut érigée celle congrégation, qui 
fut confirmée quatre ans après , l'an lo'JT, 
par le même pape Clément Vlil. Le P. de 
Bus entra le 21 si-plembre de la même an- 
née 1593 dans Sainte-Praxèile, et commença 
dès le lendemiin ses inslruclions il y ensei- 
gna premièrement la petite doctrine , et le 
dimanche su vanl la grande. Celte manière 
d'enseigner fut reçue avec apj)laudisscment, 
cl l'exemple de l'archevêque d'Avignon atti- 
rait beaucoup de personnes à ces instruc- 
tions familières. Dans le commencement, 
c lie congrégation ne fut composée que de 
douze personnes, savoir, de quaire prêtres, 
de quaire clercs et de quiitre coadjuleurs ; et 
le P. (le Bus fut élu supérieur de celle 
nouvelle congrégation. Ils qu lièrent peu de 
lemps après la maison de Sainte-Praxèd.! 
pour aller à Sainl-Jean-le-Vieux, et les re- 
ligieuses de S:iint-D()miiii(|ue, qui y demeu- 
raient, laissèrent aux Pères Doctrinaires la 
maison de Saint-Jean, qu'ils ont toujours 
con^eivée depnis. 

Le P. de Bus ayant proposé à ses con- 
frères dans la suite de se lier par un vœu 
siiMjilo d'obéiss:ince, pour attacher en quel- 
que façon ceux qui entreraient dans la con- 
grégation, le Père Komillon ne fui pas de cet 
avis, prétondant que le lien de la charité 
sullisait. Le P. de Bus persistant à vou- 
loir que l'on fît ce vœu d'obéissance, le P. 
Uomillon, avec quelques autres qu'il avait 
atùrés de son côé, quitta le fondateur cl 
fit un corps à part qui depuis fut uni à ce- 
lui de l'Oratoire de France , perdant le nom 
de la Doctrine Chrétienne, qui est demeuré 
par un bref do Paul V à ceux qui sont des- 
cendus du P. César de Bus, et qui ont fiit 
avec lui le vœu d'obéissance; et lui-même 
déclara par un ac:e public que tous les biens 
do ses maisons devaient appartenir à ceux 
qui avaient fait vœu avec lui. Celte sépara- 
tion lui fut sensible; néanmoins il la soulïrit 
avec beaucoup de résigunlion aux ordres de 
la divine providence. 11 fii pour la conduite 
de sa congrégation quelques règ!e:r.ents 
qu'il gardait evactement, étant le premier à 
Ions les exercices. 11 avait beaucoup de dou- 
ceur pour les autres et beaucoup de sévc- 



Pt 



OlCTIONNAini; Dl s OnDISF-ii riLLlCIEUX. 



5? 



rilé pour lui-même, nioi lifi.ml son corps par 
dos ieûnps cl des anslérilùs continuels. 

Dieu, voulant encore éprouver sa patien- 
ce, permit qu'il fût privé de la vue à l'âge de 
quaranlc-ncuf ans. Il souffrit cette afiliclion 
a\rc une (ons'nnre .tdmiralile; il refusa mù- 
mc tous les remèdes que l'on voolul appli- 
quer sur ses yeux , él.int très-contenl de 
l'élat où Dieu l'avait riduil. 11 lui en ren- 
<!ait continu l'emenl des actions de grâces, 
.se réjouissant d'être délivré (à ce qu'il di- 
sait) (l<< deux de ses plus grands ennemis, 
qui l'avaient si souvent engagé dans le pc- 
clié, qui étaient si's deux veux. Ce qui lui 
pouvait faire de la peine «fans cet état , c'é- 
tait d'être privé de la consoialinn de ])ouvoir 
célébrer la sainte messe, ce qu'il lâchait de 
récompenser en communiant tous les jours. 
Cetie affliction ne l'cmiiécliail pas de va - 
quer continuellement aux exercices de la 
DoctrineChrélicnne. 11 n'y eut (jue les grands 
maux qui le rendirent comme un homme de 
douleur, à l'iuiilation de son divin Maître, et 
qui arrivèrent dix-huit mois a^ant si mort, 
qui furent capables d'interrompre ses exer- 
cices, lùilin, après avoir élé éprouvé parles 
suulfrances pendant plusieurs années , il 
mourut le 15 avril de l'an 1607, étant âgé de 
63 ans. On l'enterra dans léi^lise de Saint- 
lean-le-A'ieux en présence d'une infinité de 
monde, qui l'honorait comme un saint. Les 
miracles qui se tirent à son tombeau obligè- 
rent les D.iclrinaiies , quatorze mois après 
sa mon, de le lever de terre, avec la permis- 
sion de l'archevêque d'Avignon , pour le 
transporter dans la sacristie, re qui se fit 
avec l(eauciiU|i de solennité; et son corps fut 
trouvé tout entier et sans aucune corrup- 
li<in. On l'a mis depuis dans une chapelle , 
où il est exposé à la véné aliim des fidèles; 
re qui a sans dculi" obligé M. du Saussny à 
insérer son nom dans le martyrologe des 
s.iints de France. 

Avant que de n cevoir l'extrême-onrlion, 
le V. de llus voulut ôlrc déchargé de la 
supériorité, el fil de fortes instances aux 
l'èrcs pour s'assembler, afin de procéder A 
l'éleciiun d'un nouveau sujiérieur, ce (|u'ils 
ne firent qu'avec peine, el le sort tomba sur 
le P. Sisoine , qui fut élu supérieur en la 
pl.icc du saint fondateur. .Mais il ne se passa 
rien de considérable de son temps dans la 
congrégation. Le I'. Vigier lui ayant suc- 
cède, cl la congrég.ition ayant déj.i trois 
maisons, une à Avignon, une â Toulouse, el 
l'aulr ' à Itrite dan', le Limousin , il obtint 
dis lettres patc-nles du roi le 2!) septembre 
If'ilO, qui en permitlairnl rLlablissemiiU en 

•rance, lesi|ui-ll<'sli'llres furent vérifiées aux 

'arb'iniirs de llm ileaux, de Toulouse, d'Aix 

■l de Greiwihlc. 

Le I'. \ it;ii!r , pnur affermir davantage 
la congrégation cl niga^'or ceux qui y cn- 
Inraicnl par des vieux solennels, conclut le 
dessein de la f.iire ériger en vraie religion : 
'•I le iiiniiiiuniqu.i au\ l'ère» l)oclrinairc>, 

lui, iiprès plusieurs délibérations , reolu- 
reul ileiiilirasser l'éial régulier, el à i et elTel 
|'«>bèrcal dans toutes leurs maisons des pro- 



curations spéciales au P. Vigier, l'au 1614, 
pour demander cet étal au saint-siége, soil 
p;ir union, soit par une nouvelle éreciiun ,' 
ou par telle autre voie qu'il plairait au pape. 

En 1G15, Sa Sainteté ayant fait dire au 
P. Vigier qu'il convint avec quelque con- 
grégation régulière déjà établie, il eut sur 
cela quelquesconfércncesaveclcs PèrcsBar- 
nabites ; on donna une seconde procuration 
à ce Père par abond.ince de pouvoir, faisant 
mention de celle de 161'* el la confirmant de 
nouveau, s'il était besoin de cette confirma- 
lion pour s'unir avec les llarnabiles. Le 
1*. Vigier n'ay;int pu néanmoins s'acror- 
der avec eux, traita l'an 1616 avec les Pères 
Somasques en vertu des procurations de 
1611., qui sul>sistaient toujours. Le pape 
Paul V, par un bref de la même année 1616, 
confirma ce traité , qui avait été apiirouvé 
par la congrégilion des Réguliers, el unit la 
congrégation des Pères de la Doctrine Chré- 
tienneaveceelle desPèresSomasques, réglant 
le noviciat du P. Vigier par dispense à qua- 
tre mois sculemi ni. 

Il était entre autres choses stipulé par ce 
traité que les Pères de France garderaient 
toujours leur iiislilul d'enseigner la doctrine 
chrétienne , el reconnaîtraient [lOur leur 
fondateur le P. César do l!us; qu'ils s'appel- 
leraient en France les Pères de la Doctrine 
Chrétienne de la congrégation des Somas- 
ques; qu'ils vivraient sous l'obéissance du 
supérieur général des Somasiiucs, qui les 
visiterait, ou par lui , ou par d'autres une 
lois tous les trois ans. Le P. Vigier, après ce 
traité, fut reçu au noviciat en la maison do 
Suinl-Blaise des Pères Somasques à Home. 
Le bref d'union fut reçu dans un chapitre 
général de cet ordre qui se tint la mémo an- 
née, el le P. \ igier étant de retour à Avi- 
giio". le 2o juillet, fit sa prof ssion entre les 
mains du P. îîoiicl, S miasque, député à cet 
elTel [lar lo P. Itoscoli, pour lors général dy 
cet o.-dre. Le P. \ igier étant profès, le Iraiié 
qu'il avait fail avec les Siimasques , et qui 
avait été autorisé par le bref de 1610, lui 
ratifié premiérenienl à Avignoii , ensuit- à 
Toulouse et à lîrive , par tous les Pères el 
les Frères de la congrég;ilioii delà Doilrine 
Chrétienne; et, en vertu du bref du pape 
Paul V, après être entrés au novicial , ils 
firent tous profession au bout de l'an entre 
les mains du P. Vigier, i)ui av.iil le litre de 
provincial , ou en celles d'autres supérieurs 
qu'il avait députés. Les Pères de la maison 
de ToiiIounc (ireiil d'abord difficullé de re- 
cevoir la ceinture de novice; mais ils firent 
rannccde protialion comme les autres, après 
laquelle ils (ircnl aussi |>rofessioii solennelle. 
Le roi accorda des lettres patentes en IHIT, 
par lesquelles il conlirinail leur union avec 
l( s Soiiias(|ues, cl les recevait comme reli- 
gieux en France, et ces lettres firent véri- 
fiées en quatre diffèrenls parleinenls. Les 
Doctrinaires firent ensuite plusieurs établis- 
sements, et ils furent reçus à Paris en 16-z5, 
du consentement do Jean-François de Gon- 
dy, pour lors arrlievêque, qui, après avoir 
pris commuiiicaliou du bref cl des lettre» 



53 



DOC 



DOC 



53^ 



pali-nlcs (lu roi, les reçut comme rclipiiux 
Dans son diocèse el leur permil de s'établir 
dans leur maison de Saint-Charles, au fau- 
bourg Saint-Marcel, dans laquelle depuis i's 
reçurent plusieurs novices à la professiin 
relijjii'use. 

Les Doctrinaires ne furent jamais bien 
d'accord avec les Somasques; ceux-ci ayant 
voulu contraindre les Doctrinaires de rece- 
voir leurs nouvelles constitutions , qui 
avaient été approuvées par le sain'.-siégc on 
1026, le chapitre provincial dos Doctrinaires 
qui se tint à Gimont l'an 1()27 refusa de les 
accepter : il résolut qu'on observerait tou- 
jours les anciennes, quoiqu'elles ne fussent 
pas approuvées par le pape, et en're autres 
rèjj;leiiionls qui y furent faits, il fut ordonné 
que l'on ferait un vœu particulier d'ensei- 
gner la doctrine chrélienn". Mais le chapi- 
tre général des Somasques tenu l'an 1G28 
refusa la permissiDn que les Doctrinaires 
avaient demandée du faire imprimer du nou- 
veau les constitutii>i)S anciennes , au nom 
de la province de France , et leur défendit 
de faire aucun vœu d'enseigner la doctrine 
chrétienne. Il n'y eut guère de chapitre en 
France où il ne survînt quelques contesta- 
tions touchant celte union entre les Doctri- 
naires et les Somasques , ce qui fit prendre 
la résolution aux Doctrinaires de s'en sépa- 
rer entièrement ; et le P. Vigier, qui le pre- 
mier avait foricment solliiiié l'union avec 
les Somasques , fut aussi le premier à de- 
mander la séparation. Et il se forma trois 
partis parmi les Doctrinaires : les uns ne 
voulaient point de séparation, les autres la 
deman laient, mais prétendaient toujours vi- 
vre dans l'état régulier, comme clercs, sous 
la règle deSaint-Augustin ; etilyenavaitd'au- 
Irt'squi, prétendant qu'il y avait plusieurs 
causesdenuiliiédansTacteduniou, voulaient 
que la congrégation ne fût point sortie de 
l'état séculier où elle avait d'abord été, et 
que par conséquent les vœux qu'ils avaient 
faits dans la congrégation de la Doctrine 
Chrétienne ne les engageaient à rien. De ce 
nombre était un gentilhomme de Bretagne 
allié aux meilleures maisons de la province , 
qui , étant entré parmi les Doctrinaires en 
163C, et y ayant fait un an de noviciat dans 
la maison de Saint-Charles à Paris, avait en- 
suite fait profession solennelle entre les 
mains du P. Vigier comme député du pro- 
vincial. L'an 1140, ce gentilhomme, dégoûté 
de son état , sortit de la congrégation el se 
m;iria en lC'i3 avec une demoiselle de I5ie- 
tagne. La cause fut portée au parlement de 
Paris en 16U, el il y eut en I6i5 un célèbre 
arrêt rendu entre les parents de ce gentil- 
homme breton , appelant comme d'abus de 
son prétendu mariage ; ce religieux qui s'é- 
tait marié, intimé; les religieux clercs do la 
Doctrine Chrétienne, ordre de Saint-Augus- 
tin (c'est ainsi que porle l'arrêt), défendeurs, 
et entre les mémos religieux de la Doctrine 
Chrétienne demandeurs en requête par eux 
présentée à la tour, pour être reçus parties 
intervenantes auxdites appellations avec les 
parents de ce religieux marié, pour soutenir 



qu'il était leur religieux profès ( l qu'il leur 
devait être rendu : le même religieux défen- 
deur d'autre part, cl encore le même, appe- 
lant comme d'abus du bref portant érection 
de la congrégation de la Doctrine Chrétienne 
en religion, et son union avec les Somas- 
ques, etc.; cl encore entre les Pères clercs 
el frères de la congrégation de la Doctrine 
Chrélienne des maisons do Paris , deman- 
deurs en requête par eux présentée à 'a cour, 
tendante à lin d'être reçus parties interve- 
nantes auxdites appellations et demander 
qu'il leur fût donné acte de ce qu'ils désa- 
vouaient la poursuite laite au nom de toute 
la congrégation par le provincial de cet or- 
dre, de l'enregistrement des lettres patentes 
obtenues au nom de leur ordre, en ce qu'el- 
les portaient confirmation de l'union el dé- 
pendance des Pères Somasques d'Italie; et, 
faisant droit sur le tout, ordonner qu'ils se 
pourvoiraient par-devant N. S. V. le pape 
pour obtenir un bref, pour vivre suivant la 
règle des Clercs de Saint-Auguslin , de la- 
quelle ils faisaient profession , sous un gé- 
néral français, et pour avoir des commis- 
saires en France pour l'exécution dudit bref. 
Et encore Gabriel de Tregouin, Claude Bou- 
cairan , François Vuidot et Laurent Lespe- 
rièrcs, ci-devant religieux de ladite congré- 
gation des Pères et clercs de la Doctrine 
Chrétienne, demandeurs en requête tendante 
à fin d'êlre reçus parties intervenantes el 
opposantes à l'eiitérinement des lettres pa- 
tentes du roi portant établissement de la 
maison de la Doctrine Chrétienne à Paris, et 
à faire exercice de religion en France, en 
vertu du bref de l'union avec les Somas- 
ques, etc. Après plusieurs audiences, la cour 
déclara le mariage de ce gentilhomme bre- 
ton non valablement contracté , ordonna 
qu'il rentrerait dans le monastère des reli- 
gieux de la Doctrine Chrélienne pour y vi- 
vre suivant la règle, et, faisant droit sur les 
conclusions du procureur-général du roi, 
qu'il sérail incessamment procélé à la véri- 
fication des lettres obtenues par les Doctri- 
naires, si faire se devait, el cependant leur 
fil défense d'admettre aucun à profession el 
d'envoyer leurs religieux hors le royaume, 
ni de recevoir en leurs maisons des supé- 
rieurs étrangers sans permiss^ionda roi. 

Peu avant cet arrêl, qui est du 18 mai 
1G'|.5, l'archevêque de Paris, Jean-François' 
de Gondy, avait déjà ordonné dès le 10 du 
même mois que les Doctrinaires se pourvoi- 
raient à Rome dans un an, et li'ur avait fait 
défense d'ailo'.ellre aucun, ni au noviciat 
ni à la profession. Après l'arrêt rendu, le 
roi, par un arrêl du conseil du 22 mai Kî'iG, 
leur donna des commissaires qui furent les 
archeiêques de Toulouse et d'Arli's, le chan- 
celier de l'université de Paris, le curé de 
Saint-Nicolas-du-Ghardonet, le grand péni- 
lencier de Notre-Dame, el le sieur du Val, 
docteur di' Sorbonne, pour aviser aux 
moyens propres et convenables pour termi- 
ner leurs dilïéreads. (>es commissaires, après 
avoir vu les actes capilulaires des maisons 
de Paris, de Toi'Iouse, de Narbonne, do 



'"• nicTioNNAïur: [>f.s ouduks heligiel'X. ur, 

^ illpfr.mrho, de I1rivi\ (11- H ■■■iiirnirr, (le Lrc- le passé Cl pour l'avonir; cl, voyant qu'on 
i"uro, (IcNcr.ir, de Ttnlcl. de riililhir, nK'iiic avait formé oiiposilion h rcnretjisïremeril de 
rciui du cliapitrc provinrial nsscmldc à ces Icllrcs, sur ce que les opposants |iruten-' 
Tiiiiloiise II- (i si>] iPtiilirc Ifi'i'l. par Icsquris daieiil nu contraire que le bref ne lui don- 
l>'s l'iVes Doct' iti.iins ,!v liciil résolu de de- nait le litre de régulière que pour le passé et 
i!i iiidcr cl propiir.T (lar l!)uics les voies lé- non pour l'avenir, ce général, sur sa sini- 
piliuici cl raisonnables leur sépar.ilion d'à- pie supplii|ue, els'élant adressé 5 laDalerie, 
vcc les Soinasqiips ; après avoir aussi vu au lieu d'avoir rerours à la congrégation des 
'.'ordonnance de l'arclicvéque de Paris cl cardinaux qui avait été commise par le Pape 
l'arrël du parlemenl dont nou's avons parlé pour connaître des différends de celte con- 
« i-des'ii's, cl < n avoir fait le rapport au roi, grégalion, obtint une bulle le 27janvier ICIil 
Sa Majesie élanl en son consi il révoqua qui déclarait la congrégation de la Doctrine 
kkiIcs les ledres laieiilcs qu'il avait ci-d.?- Chrétienne rcfruliére tant pour le passé que 
»ant aecoidce- pour roiiion des Doctrinaires pour l'avenir. KUc fui examinée à Paris par 
.nec les Son)as(ines. comme l'aile a^ ce i.'cs ordre di' rarcl;evéi;ue le 17 avril de la nié- 
é rangers sans permission de Sa Majesté ; me année dans une assemblée de docteurs 
leur litdéfiMise de rcconnaîire le général des q:ii J i déclarèrcnl nulle; et le pape, sur l'a- 
Somasques ni recevoir aucun supérieur de vis de la congrégalion des cardinaux qu'il 
sa iiarl, roniniuniqucr ni avoir aucune par- avail commise, déclara par nn nouveau br.( 
licipalion avec eux; cl ordonna qu'ils ve du .3!) août 1652 que celle l)iil'e du 27 jan- 
pourvojraicnt vers le pape pour obtenir la vicr ICol était nulle, comme élanl contraire 
décision de leur appel et îles autres différends à son piécédenl bref de 1i'i'i7 et ayant élé ob- 
conccrnant la \aliilité de l'érection de leur lenue par fr^iude ; dcclaranl que son inteii- 
congrégalion on religi(»n, et des professions tio'i était de réiablir la congrégation de la 
ijui avaient été faites; leur enjoignant de vi- Dnrlrine Chrétienne en son premier état se- 
vré chacun sous lobéissanec des supérieurs entier, conformément à son institution , cl 
de (tiaque maison, selon leurs i.nciennes d'obliger à y demeurer pudant leur vie, 
constitutions : et, s'il arrivait quelques diffi- comme véritables religieux et sous l'obéis- 
( uHés extraordinaires, d'avoir recours aux s ince des ordinaires, ceux qui avaient lail 
évéques dans les diocèses desquels leurs profession peidant l'union .n ce les Sonias- 
maisons sont élablies, pour recevoir d'eux (|ues;et déclara séculiers tous ceux qui y 
par provision les rè[;lcmciits qui leur se- ealrcraienl à l'avenir, cassant et annulant 
raient nécessaires; leur permit l'a semblée en conséquence toutes li'S professions qui 
cl lenue de leur chapitre |irovincial ass'gné avaient été faites dans celle congrégation de- 
a N'ai bonne au mois de septembre, pour y puis l'c\[)édilion du bref du HO juillet IfiW, 
élire un pro\iiicial et des supérieurs qui et l<iules les choses (lui avaient été faites de- 
exerceraient leurs charges par |)rovision , puis contre sa forme cl teneur, 
jusqu'à ce que Sa Saint lé y i ût pourvu, à 11 y eut de nouvelles contestations sur ce 
la charge que l'archevêque de Narbonne et dernier bref. Il y avail des Pérès dans la con- 
l'évéque d'Alel y jjrésidcraient : et Sa Majesté grégalion qui ne pouvaient la voir réduite à 
leur (jélendil de recevoir au noviciat ni à la l'éli'.l séculier pour ravenir. et d'autres qui 
profession, ni même d'envoyer aucun aux 'le pouvaient soulliir iiu'clle lui déclarée ré- 
ordres sacrés pour être promu sous le titre gulièie pour le passé. Ainsi, il fallut encore 
de pauvreté. retourner à Home, dont l'on n'obtint autre 
Les Docirinaires s'élanl donc pour\us à cho<e par un bref de Hi3V que ce qui av.iii 
Uonie, le pape Innocent X, après av ir pris été déclaré par le bref précédent do 1052, que 
lavis d'une coiigiegation tif cardinaux et le papo voulait que l'on cvéculàl. 
de prélats qu'il avait aussi commis pour l,i Kn tli57, les l'ères de la Doetrine Chré- 
«onnaissanee de celle affaire, cassa par nn tienne eurent encore recours à Home, en 
bref du ;tO juillet ll)'i7 le bref d'union des (Onscqiicnee d'un arrêt de renvoi du parle- 
Doctrinaires a\ ec les Somasques, soumit les ment île Paris de Hi5.'J ■ ur renrcgislreincnl 
Docirinaires aux ordinaiiss des lieux OÙ sont des lettres patentes qu'ils avaient obtenues 
^iluees leurs maisons, cl réiab'it la con;;ré- pour le bref de lGi7. Le pape .Mexandre \ll 
galion de la Doctrine Chrélienne en son pre- députa le cardinal lirimaldi , arclicvéquo 
micr et II, Ici qu'il avail élé établi par le d'Aix. pour présider au chapitre général de 
pipe Clément Vlli , leipiel était |iuremenl toute la congrégalion à Avignon, et conlirma 
hcculier; el, pourai commoiler les parties sur le bref de liiV7. Ce chapitre général fut cclé- 
leurs différends, Sa Saintclc valida l'union bré ; toutes les contestations y furent réglées 
pour le |.assé et les professions (|ui avaient el assoupies , et les brels des années l!i'i7 , 
elé fai.es pendant ce lemps-l.i , cl obligea 1052 cl Id.j'* y furent de nouveau reçus dans 
ceux qui les avaient faites ci-devant de per- toute leur lenenr. Ils s'adressèrent encore au 
sevércT loule leur \ie dans la congrég.ilion , pape pour ralTermisscmcnt de leur ctmgrc- 
»ans poiMoir en soriir deux-mé ncs ni élre galion, d Sa Sainteté, fiar «n bref de l'an 
icinoyés (lar les supérieurs. 105!>, conlirmalif de celui de 10V7, pour l'exe 
Le P. Hercule Ilaiidilret , qui prcniil le culion duquel l'archevêque de Paris était 
littede général de l.i eongrégati n. surprit conimiss.ijro apostolique, leur donna permis- 
Ueg lejir.s patentes du roi sur le lirel il'lnno- sion de faire faire après une année de novi- 
cenl X , prCiendanl qu'il duiiiiail le lilr.' cl la ciat les ir(ns vœux simples de cbastelé, de 
quililé de religion a leur congregalion pour pauvreté et d'obéissance, cl un quatrième do 



57 DOC 

perpétuelle stabililc, dispensables seulement 
par le souverain ponlife, ou par le chapitre, 
ou par le diffiniloirc général de la congré- 
gation. 

Voilà comme la congrégation des Pères de 
la Doctrine Chrétienne . de séculière est de- 
Tcnue régulière, et, de régulière, séculière. 
Elle est présentement divisée en trois pro- 
vinces , savoir : d'Avignon , de Paris et de 
Toulouse. La première a sept maisons et dis 
collèges; la province de Paris a quatre mai- 
sons, dont doux à Paris et trois collèges, et 
celle de Toulouse a quatre maisons et treize 
collèges. Ces Pères sont habillés comme les 
prêtres séculiers et ont seulement un petit 
rollet large de deux doigts; ils ont pour 
urmes une croix avec la lance , l'éponge et 
des I'oubIs (1). 

Voyez les PP. deDeauvais etdu Mas, Viedu 
P. César de Bus. (1. de Trégouin, Recueil des 
nidlités survenues dati s V institution prétendue 
régulière de la Doctrine Chrétienne en France. 
Constitut. Clericor. Congreg. Doctrinœ Chri- 
stianœ, Mémoires, Factums , Arrêts et pièces 
concernant cette congrégation. 

La vie du P. César de Bus est peu connue 
en France, et il serait à propos qu'on en 
donnât une nouvelle édition, ou plutôt qu'on 
en publiât une suç un plan nouveau, suivie 
d'un précis historique sur sa congrégation, 
qui a probablement disparu pour toujours 
dans ce pays. On ignore presque générale- 
ment que lors du voyage que fil à Uome le 
P. Jeaume, général, voyage dont nous allons 
parler, on lui fit la proposition ou la pro- 
messe de canoniser ( et même sans frais de 
procès, dit-on) le pieux fondateur de son in- 
stitut. Il y a eu peu de congrégations qui 
aient subi autant de révolutions et éprouvé 
autant de guerres intestines que la société 
de la Doctrine Chrétienne. Aux renseigne- 
ments si riches que la sagacité du P. Hélyot 
a recueillis et consignés ci-dessus, nous en 
joindrons ici quelques autres sur cette con- 
grégation, contre laquelle était répandue et 
ri sle encore une prévention presque géné- 
rale, qui l'ace use de jansénisme. Nous justi- 
fierons ce sou|)Çon; nous ferons voir qu'il 
«lemanile cependant des exceptions plus nom- 
breuses que nous ne l'avions cru nous-mê- 
nie, soit sur le fait du jansénisme, soit sur 
l'adhésion à la constitution civile du clergé, 
à l'époque de la révolution française. Aux 
deux maisons que compte à Paris le P. Hé- 
lyol, il faut en ajouter une troisième, colle 
de liercy, qu'habitait un Doctrinaire fameux, 
dont nous parlerons dans cet article. 

Il y avait en effet trois provinces de Doc- 
trinaires en France , comme le dit Hélyot, 
celles d'Avignon, de Toulouse et de Paris. 
Chaque province élisait tous les trois ans ses 
supérieurs, et le général était élu tous les six 
ans par les trois provinces réunies. Ce su- 
périeur général avait un conseil ou défini- 

(I) Voi/., à la lin du vnl., n" G. 

("2) Une note niannscriie, jointe à rexemplaire 
que nous possédons dil que le P. Vatetle, Oociri- 
nnire, fort vené iluns la langue lutine, est celui i/iii a 
niif en cet iiwme celle première édition des comiitu- 



DOC- 



KS 



loiro composé de six officiers, deux de cha- 
que province, lesquels, avec le général lui- 
même, trois provinciaux, six députés, et le 
supérieur de la maison où l'on s'assemblait, 
composaient le chapitre général, q:ii se te- 
nait ordinairement dans la maison de Saint- 
Charles, faubourg Saint-Marceau, à Paris. 

En 1733, au chapitre général tenu à Paris, 
0!i revit les constitutions, qui, l'année sui- 
vante, furent traduites en latin par le P. Va- 
lette (2) et publiées. Après un chapitre et d"S 
observations préliaiinaircs , elles forment 
deux parties , dont l'une, composée de 33 
chapitres, traite du régime de la congréga- 
tion ; l'autre contient quinze chapitres con- 
sacrés à traiter de la vie spirituelle. Nous 
venons de dire comment la congrégation 
était gouvernée. Ajoutons : Les bénéficiers 
ne piiuvaient jouir de leurs bénéfices quo 
conformément aux dispositions de la con. 
grégation , qui voulait avant tout que les 
bénéfices fussent unis au corps. Deux pa- 
rents au premier ou second degré ne pou- 
vaient, dans les élections, se donner leurs 
vuix. Si trois parents à ce degré s'y trou- 
vaient, le plus jeune ne votait pas du tout. 
Pour être élu général, il fallait avoir au 
moins kO ans d'âge et vingt années de pro- 
fession ; il fallait en outre avoir rempli pen- 
dant six ans un emploi important d.ns la 
congrégation. Les provinciaux et recteurs 
(supérieurs de maison) faisaient serment da 
bien conduire leur adftiinislralion. Le chapi- 
tre provincial se tenait tous les trois ans, au 
mois de septembre ou octobre. 11 y a un 
chapitre fort sagement conçu concernant la 
garde des archives. Pour être admis au no- 
viciat, il fallait avoir fait sa rhétorique, n'a- 
voir pas l'ait vœu d'entrer en religion, n'avoir 
aucun défaut canonique qui empêchât la 
promotion aux ordres. On ne recevait pas 
dans l'institut sans une dispense du provin- 
cial ceux qui avaient plus de kQ ans ou 
moins de lo; ni sans une permission spé- 
ciale du général ceux qui avaient porté, 
même pour peu de temps , l'habit d'un autre 
institut. Avant d'entrer, le prétendant devait 
postuler un ou deux mois. Les frères con- 
vcr3 devaient postuler pendant six mois, et 
ne prenaient l'habit qu'après un an de sé- 
jour dans la maison. On n'en recevait point 
qui ne possédât ou ne fût apte à apprendre 
Un métier utile à la maison, et, autant quo 
possible, qui ne sût lire et écrire. Le convers 
ne pouvait recevoir la tonsure sans une au- 
torisation du chapitre général. On voulut dé- 
sormais, sauf exception en faveur des sujets 
de riche espérance, que chacun fournît un 
titre patrimonial aux ordres. La congiéga- 
lion encourageait ses membres à publier 
leurs compositions , mais après examen du 
deux réviseurs et avec permission du géné- 
ral. L'enseigneaientde ladoctrine chrétienne, 
premier but de la cougrégalion, y était aussi 

lions de sa congrégali n. Cel.i ne peut s'entendre, du 
moins, que des consiiiutions revues en 1735, puisc|uo 
nous voyons cl-dcsSus les conslilulions latines citées 
par le 1'". Hélyot. 



ry llu;TIll^^.\IK^. des im-.orrs uf.mcif.i \. lU) 

J'oicrcice nréfTo cl on le fai«ail ni.'medans m.mchcs et fèics, les matines de Noël et des 

es disses F nlre' 1rs règles i-oiir rins'ruc- iL-riobrcs, auxquelles tous 1rs clercs étaient 

lion il re.iu.alion des é.oliers .lan'^ les col - Imus dassisler en surplis. Les clercs qui né- 

Irces ond.il dis incuer celles (|ui presrri- laient point dans les ordres sacres étaient 

vent" de donner des suiels religieux et nio- exhorics à réciter tous les jours, et surtout 

raux pour inaliéres de thèmes, de former les les dimanches cl fêles, le bréviaire romain ; 

iêuncs cens à la dévotion à la sainte Vierge, les laïques étaient obliges à dire chaque jour 

(te les f lire se confesser lous les mois, etc. ou l'office de la sainte \ lerge, ou le chapelet. 

On idmellal aussi des pensionnaires adultes, Les prêtres de\ aient tous les jours célébrer, 

niai'sdes mesures étaient prescrites p>ur ne et les au'res entendre la messe. La table 

les laisser pas induencer l'esprit ou les per- était de forme oblonguc et tous mangeaient 

sonnes de la romnuinaule. Des mesures non du même côté, comme dans les communautés 

moins sa-'es reuardaienl aussi ceux qui de- régulières. On servait à chacun séparément 

\ aient être employés à la préd cation ou auv sa portion. On ne faisait pas abslinentc de 

missions. La soutane des clercs était cousue viande; r.n permettait dirficilcmcnl de man- 

à la haute ur de deux pieds, et le reste se hou- ger en ville. Le jour anniversaire de la mort 

tcnnail jusqu'en haut. Le manteau était ite de César de Bus se faisait la rénovation des 

même lim"uenr. .\ dater de 1733 l'habit des vteux. Les clercs et les frères drvaient com- 

convi rs devint une lunicelle et un manteau munier lous les dimanches et fêtes, à moins 

de drap noir descendant un peu au-dessous que le confesseur n'en jugeât autrement. Hors 

du genou, mais il pou^ait être p'us court le temps de Pâques et deux semaines avant 

pour les voyages. Comme la plupart des usa- r.\vcnl et le Carcmc,on faisait abstinence de 

ges monastiques ne sont plus connus que viande le mercredi et jeûne le vendredi; on 

par une Iradiliin qui saiTa^blit de plus en jeûnait aussi la \eille de la mort du vénér,> 

plus . nous affecterons d'en consigner iei hle César de lîns, si elle ne tombait pas dans 

quelques-uns de la Doctrine Chrétienne. Les l'oeiave de Tàquos. et trois fois la semaine 

lettres adressées au général portaient pour pendant l'Avent. Les exercices religieux 

suscriplion : A mon très-révérend l'ère [Admo- étaient lous, en un mot, marqués au coin do 

(liim iccroido l'alri meo); :\u\ sniiérieurs l'esprit de prudence cl de sagesse ; l'esprit 

majeurs : A inan léiérend Pire; ù un con- jaiiséiiist ■ n'y par.iît en rien. 

fière prêtre : .tu révérend Père Lcrivant Néanmoins, à l'époque où les constitutions 

à un simple clerc ou â un frère laïque, ils furent de nouveau publiées, le jansénisme 
disaient : Mon cher, o'u Ircs-liouuré confrère, dominait une grande partie de la congréga- 
ou frère, scion l.i personne. On se disait fils lion. Son histoire serait mal connue si nous 
e" Jésus-Christ en Unissant une leliic adres- n'en donnions iei des preuves frappantes par 
sée au supérieur pro;)re, et sculcmcnl seivi- des détails curieux et intéressants. L'esprit 
rciir en écrivant à un nuire. Ainsi les termes de nouveauté dominait surtout ilans les pru- 
de con/'; èr« rn Jésus-Christ ou de scrvilcur vinces de Toulouse et de Paris. Gràc à Dieu, 
terminaient les lettres écrites entre simples la province d'Avignon était moins infectée. 
Doctrinaires, selon qu'elles sadressaicnl aux cl devait sans doute cet état inei |. iir à des 
prêtn-s ou à d'autres, l'.n tête de chaque let- suj^^'ts italiens quelle renfermait dans son 
tic él lient ces mois : limediclus Hens; le gé- sein, el qui faisaient partager leurs bons sen- 
néral seul inellail : l'ax Chrisli. On portait le timenls à leurs confrères, 
bonne t carré à tous les everciccs, etc. La pu- Le chapitre général se tenait o'dinaire-- 
nition des fautes se faisait à peu prèscouime ment dans la maison de Saint-Charles, à Pa- 
ilaiis les nionasièros. Aux liois vœux de ris. Un chapitre devait se tenir en 17'i,'? , el 
auvreté, de chasteté et d'obéissance, les l'autorité, comme tous les h mimes judi- 



l 



loclrinairet ajoutaient le vœu de stabilité, cieux, craignant que le jansénisme n'inlluàl 

lies vœux étaient Siinjdes, el, comme l'a dit trop mallieureuseinent sur les opérations de 

Ilelvot, l'é'at delà congiégnlion était sim- la congrégation s'il se tenait au lieu ordi- 

l'Ieincnt séculier, l^lle prit la mesure de lier n.iire , le fit transférera Ueaucaire. Le I'. 

iiinsi ses membres par des engagements, Jeaumc, général, obtint, d'accord avec le dé- 

pan e que l'ingrate défection de ceux (jui, finiluire, un bref du pape, cl le chapitre qui 

après avoir été nourris par elle, usant de devait se tenir au mois île septembre l"'i3 fnl 

leur litierlé, l<i .piiltaienl, lui faisait souffrir remis au mois do mai 17'iSt, non sans la mé- 

Irop de perles et d'inconvénients... /s.r miil- dialion de la cour de France, qui intervint 

tnrum quos (durarrrnt inçiratn drfrctione mu'- par le crédit de Boyer, ancien évéque de Mi- 

tiim lidrimenli pnticlinlur... (élément \ avait repoix, que réclamèreiil les Doctrinaires bien 

riéel.iré que la dispense de ce viru de slabi- pensants. On fit venir le P, \alenlin, proeu- 

lilé rciilerniait aussi celle des trois auires reur général en cour de Kome, (|ui s'eiiten- 

«(TMix, Les Doctrinaires se levaient à quatre dit avec le nonce, le cardinal de Tenein el 

lieures, faisaient leur lit et leur cliambi e, et lîoyer, pour éloigner du clia|)itre il des eni- 

,i la seconde «loche se rendaient à re>ercice plois les hommes opposés aux décisions du 

lie l'oraison. Il la()uelle lis vaquaiint une de- ll''glise, el pour soustraire l'assemlilee à 

mi- heure. Le soir avant le, soujer , ils ré- riiilluence qu'elle eût subie à Paris. Il y cul 

pétaient le même exercice [lendant le même donc des Icllres de carliet <>\|iediées à ce su- 

••np.ice de temps. Les confrères engagé-, dans jet, La première, du 17j.in\ier 17ii'i-, portail : 

les ordres ►acres récil.iienl l'ofliee rom.iin, n.... Informés que le chapitre général de vo- 

m larti'tulier, si ce n'tot les vêpres des di- ire congrégation doit dtre lenu au mois de 



Cl 



DUC 



DOC 



f52 



mai prochain, nous vous faisons coUe litire 
pour vous dire que noire intention esl qu'il 
ne soil pas assemblé à Paris; cl nous vous 
ppruieKoiis seulement de le tenir dans quel- 
qu'un" des maisons de votre ordre des pro- 
vinces d'Avignon ou de Toulouse. Noire in- 
tention est aussi qu'il ne soit élu ou nommé 
aux charges de supérieurs et autres de voire 
congrégation, que des religieux qui aient 
donné des preuves suffisantes de leur sou- 
mission aux décisions de i'iîglise et aux. bul- 
les apostoliques, et qui justilient de leur si- 
gnature du formulaire ; et nous vous man- 
dons et ordonnons de tenir la miin à l'exé- 
cution de ce que nous jugeons à propos de 
vous prescrire à ce sujei. Si n'y faites faute, 
car tel est notre plaisir. » 

Une seconde lettre fut adressée au P. J eau me, 
général, en ces tormos : « Cher et bien-amé, 
le chapitre général de votre ordre devant se 
tenir, à la fin de ce mois, dans la ville de 
Beaucaire , noire intention est que tous les 
religieux vocaux qui doivent y assister dé- 
clarent avant les élcclions leur soumission 
aux bulles apostoliques et au formulaire, et 
que ceux qui n'auront pas fait ladite soumis- 
sion ne puissent être élus dans aucune charge 
et dignité de l'ordre. Si n'y faites faute , etc. 
Donné à Versailles le deuxième jour du mois 
de mai 17V1. » Le môme jour, lettre à M. l'ar- 
chevêque d'Arles, nommé commissaire royal 
au chapitre, cl conçue en ces termes : « Mon- 
sieur l'archevêque d'Arles, Ayant donné mes 
ordres pour que le cliaiiitre général de la 
Doctrine Chréiienne se tienne dans la ville 
de Bancaire, et étant informé qu'il doil s'y 
ouvrir incessamment, mon intention est que 
vous y assistiez de ma part en qualité de 
commissaire, et que vous déclariez que tous 
ceux qui ne sont pas soumis aux bulles apo- 
stoliques et au formulaire ne pourront élro 
élus dans aucune charge et dignité de l'ordre. 
Mon intention est au surplus que ceux qui 
composeront ledit chapitre général aient à 
se conformer sans aucune difficulté à ce que 
vous leur ordonnerez de ma part. Sur ce je 
prie Dieu qu'il vous ail, Monsieur l'arche-. 
véque d'Arles , en sa sainte garde. A Ver- 
sailles, elc. »M. de Saint-Florentin, ministre, 
écrivait on outre au P. Jeaume: «Mon révé- 
rend Père, Je vous adresse les ordres du roi 
pour la tenue de votre chapitre général. 
Vous ne manquerez pas de vous y confor- 
mer. S. M. a chargé M. l'archevêque d'Arles 
d'y assister en qualité de son commissaire. 
Votre premier soin en arrivant à Beaucaire 
sera de voir ce prélat et de vous concerter 
avec lui, tant pour l'ouverture que sur les 
autres opérations à faire pendant la tenue 
de voire chapitre. Je suis , etc. » 

Il est évident que des mesures de cette 
sorte, prises par l'autorité civile , ne lais- 
saient guère de liberlé aux opérations du 
chapitre, et elles ne peuvent se justifier ici 
que par le concours qui régnait dans ces me- 
sures entre l'autorité civile i,t l'autorité ec- 
clésiastique , dont celle-là ne f.iisait que 
iiiainlenir lis prescriptions. Ce n'est qu'en 
procédant ainsi que le prince peut ae uion- 



(rer l'évé(iue du dehors : il doit si* borner à 
âlre le bras droit et agissant de l'c'v/'que dt 
dedans, de l'autorité des chefs des diocèses 
et surtout du souverain pontife. Ces mesures 
rigoureuses monireni aussi à quel point en 
étnil venue une congrégation contre laquelle 
il fallait les prendre. Nous avons affecté d'en 
parler avec une certaine étendue , et nous 
aurons encore à venir sur des faits analo- 
gues, par exemple en parlant de VOrnioire , 
et nous voulons par là donner une idée de 
l'esprit qui s'était glissé dans un grand nom- 
bre de congrégations religieuses au demi t 
siècle. 

A Beauca re d'antres mesures furent prises 
en outre au chapitre général. Nous dirons , 
par exemple, que le P. LafTont, recteur de 
Moissac , l'un des capitulaires , eut ordre de 
se retirer sans délai en sa maison de Moissar. 
Il en demanda la raison ; le serrélaire de M. 
Boyer la lui donna et disait dans sa réponse: 
« Ceux d'entre vos confrères qui gémis- 
sent de voir que votre congrégation ne se 
distingue presque plus aujourd'hui (jne par 
son opposition aux décisions du chef et liu 
corps des premiers pasteurs, ont pris les me- 
sures les plus efficaces pour empêcher que le 
gouvernement n'en fût confié à des persoi.nes 
portées à entretenir parmi vous un esprit 

d'indépendance et de rébellion U. Héliot, 

secrétaire de M. l'ancien évoque de Mire- 
poix. A Paris, ce 1" juin I7'ii. » Pareil ordre 
donné au P. Delfour, définitcur de la pro- 
vince de Toulouse , secrétaire de la congré- 
gation et du chapitre général , pour qu'il se 
retirât à Gimon ; pareil ordre au P. Préjean, 
député de la province de Paris, pour qu'il se 
retirât à la maison de Noyers, en Bourgogne. 

Dans l'indiction du chapitre , les récalci- 
trants avaient vu , sinon avec surprise , du 
moins avec peine , qu'un vicaire général se 
trouvât compris au nombre des vocaux. C'é- 
tait le député d'une province italienne dont 
nous allons parler. La plupart des maisons 
des provinces de Paris et de Toulouse signè- 
rent des actes d'opposition et de protestation, 
dont elles chargèrent leurs députés au cha- 
pitre général. Ces protestations étaient contre 
l'admission au chapitre du vicaire général de 
Rome en qualité de vocal, et contre l'admis- 
s'on de la bulle Unigenitus. Elles portaient 
trenle-six signatures de la province de Paris, 
1,1 moins nombreuse des trois; cinquante et 
wne de la province de Toulouse , prêtres, 
sous-.liacres et clercs; cinq même de la pro- 
vince d'Avignon. La cour avait f urni la 
somme de mille écus pour les frais du cha- 
pitre, qui s'ouvrit le 30 mai. On lut le brel 
(lu pape qui avait prorogé le chapitre , et à 
l'occasion de celte pièce le P. de la Molhe, 
provincial d'Avignon, présenta une requête 
(qui fut a imise , et ce nous semble avec rai- 
son) tendante à ce qu'il fût statué que le gé- 
néral et son définitoire ne pourraient sollici- 
ter aucun bref sans la p.irticipation des trois 
provinces. Dans le discours de Mgr d'Arles, 
commissaire, on doit remarquer ces paroles : 
« Hélas! mes Pères, \ous le savez encore 
mieux que moi, et je me fliUle que vous en 



07, im.iKiNNAmK ni:s ouiir>Es rvEi-iciEix ci 

pemissfz aulanl que inoi-mi'inc: liol.is! il ne nvcc les Doctrinaires il- Trancc. Colle union 

reste jilus dans votre lonprcgalion que qnci- lut , à ce qu'il para'l , efTiuluéc , et c'cbi en 

qucs étin(el!c< de ce feu primitif, seul capa- conséquence de ce résultat que sera venu an 

ble lie 11 perpé'uer. » chapitre général le foiidi^ de pouvoiis du vi- 

L.s Pères de la province d'Avijfnon , bcr- caire général de la province de Home; ce 

ceau de l'institut, et rons rvanl mieux iiuc (lui lerait compter dans la cony;ré5;a'.ion 

les autiC'^ les sentiments de soumission à quatre provinces au lieu de trois. On les y 

rivalise cl les étincelles de ce feu priinllif. fi- c •inptail en ciïet , cl même o i eùl dû peul- 

rcil tout leur possible pour (jue le résultat être en compter cin(], puisqu'il y avait aussi 

du cliapitre fut <à lavanlajie de leur congre- une province de la Doctrine Chrétienne d'ita- 

gaiion, et ils y réussirent, l'ool se pas-a as- le au royaume deNaples; unis nous nepou- 

sez Iranquilicmcnl , bien qu'on y eùl laissé vous dire si ces mesures furcnl reconnues 

quc'<|ues-uns des opposants pour la canoni- par toute la con;;régalion. Nous allons eu 

cité des élections. Les Pères qui ne voulu- outre en nommer bientôt une autre, 
renl pas sisner et se soumettre furent dé- Les Doctrinaires n'acitirilaienl la voilure 

ilarés inhabiles à posséder les charges. La pour les voyages ((u'aux prèlres seuemenl ; 

procurati 11 du P. l'eilloni. vicaire çénéial de il est vrais tnlilahle (|;ie l'on aura inodilié 

la pro\ince romaine, du 10 m li \'Vy , au P. cel usage dans les derniers temps. Ces Pères 

de la .Mothe, prov iiici<.l d"Avi:;non, pour agir dirigoaicnl aussi , c. mime les Oraloriens et 

en son nom dans le chapitre, celle procura- suit lulles Jésuites, des eongrégalions d'iiom- 

lion, disons-nous, fut [ncscnice cl admise à mes, si propres à maintenir tes habitudes el 

la plur;ililé (les \ui\, après une longue dis- le goût de la piété. 

cussion. A la placi- liu P. Jeaume , dont le Celle contagion du jansénisme qui avait 
temps était csp ré, on élut pour général le fail tant de raviiges dans la socijté de la 
P. Mazenc, supérieur du séminaire de Tar- Doctrine Chrélienne , n'y dominait plus sur 
lies, ()rovince do Toulouse , iiommo lecoin- la lin, et. dans sa visite au collège d • La Flè- 
iiiandable par se- bons senlime.its el son op- clie , le général , ayant culendu un ancien 
position au jansèiiiMiii', el qui jouissait d'une parler d.ins le sens de l'opposition à la bulle, 
pension de VOO li\rcs sur lévèchè de Corn- le reprit fortement de lenir ainsi devant les 
miiige. Le 1'. Miileti fut luiminè assistant de jeunes gens un langage conforme à dos scn- 
ia province d'A>igiion ; le P. Valellc fut conli- limeiits qui n'élaiciit pas ceu\ de la corpo- 
iiué assistant île la province de Toulouse, et ration. Néaumoiiis il y eut jiisiiu'au dernier 
le P. Morean, recteur de la maison de Saint- moment des jansénistes déclarés ; nous eu ci- 
Cbarles. assislani de la province de Paris. leroas un exemple l'raiipiiit. 
Le P. \'aleiilin fut continué dans sa place La destruction des Jésuites avait porté un 
de procureur général en cour de Uome ; le coup funesle aux Dortiinaires coiiiine au\ 
1*. \au\eray, procureur général en France, autres congrégations ense;gnantes, non-seu- 
et le 1'. Itacol s, secrèlaire général. Tous ces leinent sous le rapport ibrclieu, puisiiue 
honiiiH'S étaient aciuellement soumis à la toute i'Eglise s'en r. ssen;it, mais sous le riji- 
liuile, cl plusieurs avaient toujours montré port de l'intérêt d'e\i>lenrc et île force mo- 
de hons seiitimrnts. Dans le chapitre on raie. Us voulurent prendre el prirent eu 
porta plusieurs decrels pour remédier aux cflel plusieurs des collèges abamloniics par 
dangers du temps. Leurs dispositions gêné- la célèbre compagnie, et la disette ile bous 
rail s étaient de s'assurer, avant les chapi- sujets et même de suj.'ls (luelcomiues aurait 
très, les nominations aux emplois, remis- dû leur faire envisager celic nouvelle lâche 
sinn des voix , elc. , des sentiments de sou- avec clTroi. Ils curent l'honneur d'être char- 
mission au foMiiiil lire d'Alexandre Vil el à gés du faueux collège de La Flèche. Nous 
la bulle. Le chapitre fut clos par un discours n'avons rien à dire contre leur administra- 
<|ue prononça rarche\êque d'Arles, .M. Ci- lion dans celte maison, ni sur leur eiiseigne- 
(.aull de liellefoiil. ment. Ils auront lâché sans doute de se tenir 

Aux chapitres généraux qui élurent suc- au niveau de leurs illustres devanciers. Les 

ressiyeiiiint les prédécesseurs du P. ^^l/cnc, supérieurs mirent à la tête du collège le I*. 

c'esl-a-dire le P. (Jriffon, qui fut maintenu Corbin , liouime d'un grand mèiile , qui lut 

pendant douze ans; le P. Chaus-ac , le P. enstiile nommé précepteur du dernier dau- 

llacrarére el le P. Jeaume. tous soumis aux pliin cl niourul à Meudon. Le P. Corbin fut 

décisions de l'Lglisc, il y a\ail eu aussi des remplacé, en qualité de principal à Li Flè- 

oragcs qui , sans être aussi \ii. lents qu'à die, par Noèl-tiabriel-Liice Viliar. qui prêta 

iJeaucairc , étaient bien luin d(r l'ediliaiite le serment à la constitution civile du clergé, 

union qui doit régner dans de telles assem- fui sacré à P.iris, le li mai IT'.II, pour l'esê- 

l-lées. Dans quelque^ maisons la soumission ché de la Majenne, donl le siège laclice était 

a la bulle ne trouvait aucune résistance; en à Laval ; fut conventionnel , déclara Louis 

p'usieurs autres il y eut des interdits nom- \\\ coupable et \ ota sa détention; devint 

II; eux lancés par des êvêques. Des supê- membre ilu corps législilif, renonça à su» 

nciirs (.u professeurs lurent éloignés , des évêrhe , abdiqua se.s fondions el mourut le 

tidlege-, de jeunes gens évacués, etc. -iu août IK2(). C'est , croyons-nous , le >eul 

Deux nns avant le (hapiire de lîeaucairc, évêque de celle sorte qu'ail donne la congre.- 

le P. Jeaume, général . se rendit à Komc gali m de la Doctrine Chrétienne, .|ui se se- 

pour travailler à la béalilicaliou de César de rail volonlieis passée d'une soinblablo dis- 

Uu» cl a runioii des Doctrinaires italiens liucliou. 



cri 



O'JG 



DOC 



fiG 



L'onJonnaiice <ie Louis XV (1708) et la 
crc.ilioii (le la coininissioii pour les réniilicîs 
produisirent, comme oii s.iil, un elTcl alTreuf 
sur toutes les coiigrég.iliiins religieuses; la 
Doctrine Ciiréiienne fui une de celles qui en 
furent le plus largement aiteinies. Comme 
un givind nombre d'instituts , elle réédita et 
refondit ses constitutions. Oelte opération 
fondamentale se fil ;iu chapitre général qui 
eut lieu à Paiis en 1782, et elles furent pu- 
M'ées l'iinnée suivante. N^ius ne répéterons 
point ce que ir us avons dit ci-ilessus en 
l'analyse des règles, qui i estèrent les mêmes 
au fond; mais nous ferons connaître ici les 
principales modifications qu'elles subirent cl 
(jiii peignent bien l'cspiit de l'époijue et de la 
ntaliieureusc congrégation. Les frères con- 
vcrs ne sont plus obligés à la recitation de 
l'o fice de la sainte Vierge ou du cbapclet ; 
il reste un chapitre consacré à traiter de la 
vertu d'obéissance ; ci'ux qui traitaient de la 
chasteté et de la pauvreté ont disparu. On 
ne fait plus de vœux, jias même celui de slu- 
bitito. Dans le chapitre de 1776, tenu à Paris, 
il f.t déi idé qu'on en demanderait l'abolition 
à Pie \ 11, qui l'accorda en elîct par un bref 
du IV mars 1783. Après deux années de no- 
viciat, passées à la maison même du «o- 
vii'iat ou dans une autre de l'instiiut, celui 
qu'on jugeait propre à c re admis prenait, 
chaque année , l'engagement de ne point 
abandonner la charge qu'on lui confiait, 
avant les grandes vacances suivantes , et 
sans en prévenir la congrégation ; et s'il ve- 
nait à sortir avec ces forniaJiiés, il était tou- 
jours regardé conin:e membre de l'institut, 
^qui lui iniliiiuait même une maison connue 
maison d'aliilia ion, sM le désirait, et lui ac- 
cordait certains privilèges , comme le droit 
de voler, de rentrer un jour; mais il fallait 
pour cela que le confrère sorti renouvelât sa 
demande tous les ans. Les bénéfices ne sont 
plus unis nécessairement à la congrég ilion ; 
les membres peuvent en jouir sans cela. Par 
lettres patentes du 28 juin 1778, Louis X\"5 
<lèclarail les menibrcs de la congrégation de 
1,1 Doctr ne Chrétienne propies à recueillir 
les successions, etc., et aux antres bénelices 
des cflels civils. Il paraît (lu'oulre les pro- 
vinces (|ue nous avons ci-i es>us indiquées, 
la con^^régation avait sur la fin créé ceLe 
diie de La l'ièchi', car nous la trouvons dé- 
signée avec les autres dans les nouvelles 
constitutions. 

La Doctrine Chrétienne avait, dans les 
derniers temps, accepté la direction des col- 
lèges de Hourges et de Moulins. Klle possé- 
dait au''Si le collège d'Avallnn, où elle comp- 
tait au noaibrc de se^ membres Koyer-Co,- 
lard , publicisle ou politique fort renommé 
dius ces derniers temps, et qui a été fort nui- 
sible à la monarchie des Bourbons. C'est de 
IVoyer-Collard, qui fut réellement, non ec- 
clésiastique , mais nienibie de la congréga- 
tion des Doctrinaires , qu'est venue celte 
nuance de parti polit. que qu'on appelait des 
/>(Mrr«M(u'res,saas.savoir ni pourquoi ni à quoi; 
car on nommait, sans aucun bon sens, des 
Doctrinaires certains hommes que l'aïuour- 



propre, la modéraiion naturelle, le dépit ou 
l'impuissance , retenaicul dans une sorte de 
réserve constitutionnelle. 

Nous devons citer ici l'exemple fameux de 
l'esprit janséniste maintenu dans la congré- 
gation, que nous avons promis , c'est celui 
du P. Rlinard, l'un des oracles du parti et de 
l'Eglise constitutionnelle. Né à Paris en 172i, 
Louis-Guillaume .Minard, après sa philoso- 
phie, entra au noviciat de la Doctrine Chré- 
tienne, qui comptait alors des jansénistes zé- 
lés, tels (lue le P. Jard, le P. de Saint-Clenis, 
le P. de Convenance , etc., et donna ardem- 
ment lui-même dans leurs opinions. Quoique 
interdit par M. de Juigué, il fut sur les rangs 
de ceux que ses confrères voulaient choisir 
pour leur général en 177S. Il vécut retiré 
dans la maison du Petit-Bercy, au faubourg 
Saint-Antoine, où, toujours interdit, il con- 
tinua de diriger un grand nombre de ses ad- 
hérents. 11 embrassa avec chaleur le parti 
de la constitution civile du clergé et fut le 
premier curé constitutionnel de Bercy, qui 
n'était pas alors paroisse, mais qui l'est de- 
venu depuis. Etant aussi une des colonnes 
de la nouvelle Eglise de Paris , il se trouva 
encore au nombre des candidats entre les- 
quels on devait choisir un successeur à l'évc- 
que Gobel. Minard mourut le 22 avril I7'.)8. 
Il n'a laissé cjue deux volumes, l'un intitulé: 
Avis aux ndèles , 1795; l'autre, Supplé- 
ment, etc. 11 y prêche un jansénisnio pres(iue 
aussi cru que celui du P. (ierberon dans son 
Miroir de la Pieté , et engage à se confesser 
aux préties jansénistes, quoique interdits. 

Tous les Doctrinaires n'avaient pas, comme 
nous l'avions cru , prêté le serment civique, 
et il parait que le jansénisme ne dominait 
plus dans leur corps, où il avait seulement 
laissé les traces et les effets de son action 
corrosive. A côté du P. Minard nous avons à 
n immer le 1'. llioulx.quia vécu dans le 
même temps que lui. Prédicateur célèbre à 
Paris, le P. îvaoulx. Doctrinaire, vivait à la 
maison de Saint-Charles , dans celte ville. 
Les Pères de !a congrégation étaient restés 
dans celle maison et ne la quittèrent qu'au 
mois d'août 1792, quand on (il la recherche 
des prêtres (lui avaient rel'u>é leur adhésiork 
à la constitution civile du clergé ; le P. 
llaoulx était de ce nombre ; il se cacha chez 
deux pcr.'iOiines , et faisait nue course pour 
resercice du saint ministère, quand il fut 
reconnu cl trahi par un habitant de l'ile 
Saint-Louis. Dénoncé, arrêté, incarcéré, puis 
interrogé et absous, il était readu à la li- 
b rté, ()uand son dènoncialeur, irrité de cet 
acquilleinent , imagina d'aller débiter dce 
blasphèmes contre Jésus-Christ et la religion 
en présence du P. Kaoulx, qui allait sortir de 
la salle, mais qui crut roecasion toute natu- 
relle de def^endre la vérité, en parlant el 
prêchant là sans crainte. H fut arrêté de 
nouveau et conduit à Saint-Lazare, où tant 
d'eeclesiasli(ines étaient renfermés, il fut 
condamné à mort; mais Dieu lui réservait 
une épreuve terrible: il reconnut dans la 
charrette qui le conduisait à la mort sou 
propre frère, qn', la veille, avait été cou- 



f.7 

dniniic dans une .iiitrc iliainliri'. I ous ileu\ 
furcnl «'xoiu'é' à la harriôre du rrâiu-, où 
poririMil lanl ti-i \irlimos. l'nis pir les liins 
do la naluro ri de r.imilié pcndaut la vie, i'i 
tnorte (jnuiiitc non sunl divifi. 

Le dcriiierucncral des Doctrinaires, loi', de 
Il.innefous, homme esliinable el i|iii n'avait 
emlirassé ni les erreurs du j insénisme, ni 
celles de la révolution, mourut en ISO.i, dans 
r.t.ildissemenl de I alibé Sicard, à Paris. 

^ous ne connaissons plus aujourd hui 
qu'un membre de la congregaiiin delà Uoc- 
Irine Clirclienne , r'c>l y\. l'abbé Souquelde 
la l'our, cuié de Saint- Tliouias d Aquiii, à 
l'aris, (jui a peut être survécu à tous ses con- 
frère s, cl qui est comme le leslaniMil laissé 
par cette corporation savante, pour nous 
donner une idée ilc ses richesses littéraires. 
On en jugera par ce que nous allons dii e des 
lra\aux de M. l'abbe de la l'our. Ce p:é re 
lab iricux élail entré foi l jeune ilans l.i con- 
grégation delà Doctiiiie Chrétienne. (] ni l'a- 
vait eniplojé a renseignement au collège de 
La l lèche! Il y résidait et était déjà nrélre, 
qu;ind la révolution vint l'arracher à sa so- 
ciété el sa vie paisible. Il n'embrassa puinl 
les erreurs du temps et ne quitta point sis 
habituiles studieuses. Son attrait parliculiiT 
l'a porté vers les poètes latins, et il a publié 
les traduet oii< suivantes : 1° La Christiwte 
de N'ida ; 2" l'Enfantement delà Vicrije, àc 
Siinnazard ; 3" / /;'H/'niH Jc'sus, poémo du l'. 
5eva, jésuite ; '»" Saint IJ ijdctntlie, piéme de 
(îuillaunieleHIanc.évêque nomme de (jr,ls^e, 
mais qui ne prit |)0'.nl |iossessioii. .M. de la 
Tour pub;i,i ce poémc en l'honneur de s.iint 
]|)acinlhe, par adulation pour .M. Quélen, 
arclieTécjue de l'aris, (jui s'a|)pelait Hy.i in- 
Ihi!. li'i latdieii. C'est la première iraduciiou 
de ce poète qui ail été publiée; M. de la 
'l'our la fil éianl encore à La Mèche. C" L'E- 
lablit.iement du cliristianismc nit Japon, poé- 
nie, p tr . 'million Franck, écolier du collège 
de- Jésuites, à Liège, el élève de Fellcr. 7' 
Les Silc(S, de ."^lace. 8" Lu guerre dr Tripoli, 
poème, jiar Cjzdosa, Portugais. Ccl ou\ rage 
est peu ciiiinu en France. M. de II Tour l'cii- 
leiidil vanier cl le chercha aussitôt à la Iti- 
hl.othèqueilu roi, où il ne le trouva | oint, cl 
Il le lit venir de Li>!)iiniie , pour lelraduiie*. 
1)' l'u( les t tins : l'c^I le nom (]ue .M. de la 
Jour donne à un recueil de traduit uns de 
pornics moins volumineux, el ijui sont au 
nombre de six ou sept : 6'ra{ms-/''(i//.icius, 
Acincsien, Castor, Les Tiavnux d'Hercule, 
Anani/nic, Curncliiit Scvcrus : \ii Iraducliun 
de ce dernier a été (aile par .M. l'abbé de 

L grand «icaireà Kourges, que 

M. Ile l.i lour a préparé à sa première com- 
iiiiinion. Nous ne coiin.iiisous pas de traduc- 
teur qui ail plus ni même auiant publié en ce 
i;enr.-, que ,M. l'at^be de la Tour. O, loge- 
iiaire a juurd hui, il se soiiviciil qu'il a jadis 
passé d.!, nuits à ces éludes di. ries, et quo:- 
i|ue plue a la létc d une paroisse el arri\é 
an d. la de l'iige du repos . il ne les quitte 
jamais. iv.int minuit. Ohl qui rendra .1 l'Lglisc 
le* congregaliolis religieuses, lesquelles lour- 
iiisiaivul de tels liommes 1 Au tome second 



ncTioNNAiiiE id.s ouimES rhligielx. 



de son Histoire des Ordres reli(iicux,M. lieii- 
rioii, p.irlanl de la /^rK/ri/icr/i/t'/i'fnnc.diiiini) 
ipielques liioiièri s sur rétabli-sement en It.v 
lio que nous avons mentionné ci-dessus, el 
dit ([u'iis avaient, j inle aux Irois frai ça;- 
ses, one pro\ inee de Home, foriiiéo dans le 
d( rnier siècle de huit mai-ons que la congré- 
gation avail en Iialic, el de >ei t antres qui 
lui furent données par Hiuoil XIII. Ces mai- 
sons étaient des collèges , sciiiinuires on pa- 
roisses. Nous ignorons toujours ce qu'elail 
celle province de Naples. dont n ais avons 
parlé, elsi ces m.iisons elaicni celles de Doc- 
trinair:'S italiens qui s'él.ienl, nous a l-oii 
dil, unies à celles de Fr.mce, el possédaient 
le corps de César de lins. 

La maison de S. linl Charles à P. iris èlail 
située à l'eslrémilé supérieure de l.i rue des 
Fossés-Saint-Victor, et eiail habitée par le. 
général, 18 ou 2d prêtres environ, el un eer- 
lai.i noinb e de novici's , qui payaient 50;) 
livres pour l'année de ])robation. Ci s con- 
ditions et le nombre des Pères avaient sans 
douleèté modifiés vers la lindu dernier siècle. 
On remarque comme une chose singulière 
que dans la chapelle d(> la Doctrine Chré- 
licnne, il y avait tous les ans sermon et sa- 
lu( en l'honneur du bon Larron. En 1705, 
M. .Miron, docteur en théologie, d(! la mai- 
son de Navarre, légua sa bibiiothèque aux 
l'ères de la Doctrine (^hrétieniio. à condition 
(ju'elle serait publique, lille était composée 
do plus de •20,000 volumes, parmi lesquels 
il y avait des éditions rares el le> maiiusi-rits 
du savant abbé Le Heuf, auteur de l'Histoire 
du Diocèse de Paris. I/étahlissen'.ciit de lîei ey 
avait ii'abord été faiià .Vnloni auxviB' siède. 
AL de (îondi, qui avait allire les Doctrinaires 
dans son dio.èse, esimiiiit ces Pères el se 
riîlirail iiuebiuelois ( liez eux; l'auire e(a- 
blissemeiit, à Puis, était à S.iiiit-Juli ii-des- 
.Ménctriers. Le célèbre Flècliier, evèqiie de 
iNîmes , était meîiibrc de la coiigregalion de 
la D.>clrii.e Chrétienne. 

l\nurcll(s ccclesinstfjues, passim. Tablenn 
historique et pillresijue de l'aris. . par J.-l!. 
De Saint-\ictor. 8 vol. iu-S. Etat on table 'U 
de la tille de l'aris ; par... iii-.'^. Constiiuiio- 
nes Conf/reijationis Doctiinœ Christi, 173'j ; 
exdem i'iH.Ï. Histoire des Ordres, p-.ir M. Hen- 
rion, 2 vol. iii-12. — Description de Paris; 
parPiganiol de la Force. — licnsri /ncments 
fournis par M. l'abbé delà Tour ; — notes 
prises passim, etc. It d-k. 

DOCTHINE CHUEriE.NNt;, kn Itu.ie 

(CoNGIliiGaTION DK L\}. 

L'uniiin qu'il y a eu en re les So:nasqiies 
cl les Pères de l.i Docirine (^hrélienue en 
France nous a obligé de parier de ces drr- 
niers avant h s Pères de la Doctrine Clire- 
liennc en Italie, dont l'institution est plus 
ancienne cl i|ue l'on peut mettre au noinliic 
des réguliers, quoiqu'ils ue fassent pas de 
vonix solennels; mais la slabililè à l.iquelle 
ils s'engagenl dans celle congrégation le, y 
lie de telle manière, «juc le p ipc Url:ain \ | 1 
a ordonne que ceux iiul en sortiraient ic- 



r.'j 



poc 



ooc 



70 



relient traités comme apostats etencourraienl 
les mêmes peines que celles qui sont portées 
par sa constitution du 20 seplemhre 1G27 
contre les fugitifs et apostats des ordres ré- 
guliers. Quoique nous les rangions sous la 
règle de Saint-Augustin, ils ne la suivent pas 
néanmoins; mais nous ne parlons d'eux ici 
qu'à cause que nous avons |>arlé dansl'aili- 
cle précédent de la congrégation qui porte 
le même nom en France, et qui a véritable- 
ment suivi la règle de Saint-Augustin pen- 
dant un temps assez considérable. 

Celte congrégation des Pères de la Doctrine 
Chrétienne en Italie commença d'abord par 
une espèce de confrérie, dans laquelle quel- 
ques prêtres et laïques entrèrent sous le pon- 
tificat de Pie IV, et qui s'unirent ensemble 
pour enseigner le catéchisme aux cnfan'.s el 
aux ignorants, noii-seulemenl les jours ou- 
vrables dans les maisons particulières, mais 
encore les fclci et dimanches, aGn que les 
gens de métier qui ne pouvaient quitter leur 
travail les autres jours pussent, les fêtes, 
proliterde leurs instructions. Le premier à 
qui Dieu insjiira une si sainto œuvre fut un 
gentilhomme milanais nommé Marc de Sailis 
Cus mi , qui , ayant abandonné ses biens et 
sa patrie, vint à Rome l'an 15G0 el s'asso- 
cia un nombre de personnes charitabhs 
pour travailler avec lui à ces sortes d'ins- 
iru( lions. 

L'église de Saint-Apollinaire à Rome fut 
le lieu où ils commencèrent d'enseigner pu- 
bliquement la doctrine chrétienne, et un des 
premiers ouvriers qui s'employa à ce saint 
exercice fnl le célèbre César Baroiiius, qiù 
lu! depuis cardinal. Cette confrérie s'augmen- 
lant de jour en jour, le pape Pie V accorda 
l'an 15G7 i!es indulgences à ceux qui y en- 
treraient, el l'année suivarite le cardinal Sa- 
vi'lli nomma pour supérieur de toutes les 
érolos de Kome le I'. Henry Pétra de Plai- 
sance , l'un des premiers compagnons de 
sa. rit Philippe de Néry. Ceux qui s'enga- 
geaient à celte œuvre charitable se divisa. ent 
p.ir bandes pour aller f.iiic les mêmes (onc- 
tions dans les villages qui sont aux environs 
de Kome. (Jui'!ques-uns abandonnèrent en- 
suite leurs propres maisons pour aller de- 
nii'urcr ensc.i^blc dans une maison , vers le 
Poiit-Sixte, sous la conduite du P. Mare Cu- 
sani, qui l'an 1586 fut ordonné prêtre en 
vertu d'un bref du pape Sixte V et à la per- 
suasion du P. Henri PéUa. qui lui commanda 
d'obéir. 

Le p ;pe Pie V, voyant le grand fruit que 
ces personnes charitables faisaient, et vou- 
lant faire oliserver le décret du concile de 
Trente touchant ces soi les d'instructions, or- 
donna par une bulle du octobre 1571 que 
dans tous les diocèses, les curés de chaque 
p;iroisse établiraient de pareilles confréries 
de la Doctrine Chrétienne, et accorda beau- 
coup d'indulperces à ceux qui y entreraient, 
(jregoire XIII augmenta encore ces indul- 
gences el donna aux Pères de la Doctrine 
Chré.ieniie l'église de Sain;e-Agathe à Home, 
au delà du 1 ibre, où la confrérie fut aussi 
Iranslérée. Comme les uns cl les autres n'a- 



vaient qu'un même esp it et ne (enda.eni 
qu'à l'instraclion de la jeunesse el des igno- 
rants, el qu'ils faisaient d'abord leurs assem- 
blées en commun, ils jugèrent à propos d'é- 
lireenlreeux quelques personnes tjuieussenl 
noii-seulemenl l'intendance des écoles, mai? 
encore le soin de maintenir l'union cl la p.iix 
entre eux. C'e-t pourquoi ils en choisirenl 
quatre, auxquels ils donnèrent le nom de 
déliniteurs, dont il y en eut deux qui furent 
choisis entre les Père^, el deux entre les con- 
fières. 

Les écoles se mullipli int aussi bien que le 
nombre des ouvriers, ils demandèrent un 
protecteur au pape Clément VllI, (jiii leur 
donna le cardinal. Alex;in Ire de Médicis, qui 
fut ensuite pape sous le nom de Léon XI ; et 
peu de temps après le P. Marc Cusani, fon- 
dateur du cette soc été, mourut le 17 se|i- 
tembre 1595. Les dériniteurs gouvernèrent la 
congrégation et la confrérie pendant un 
temps assez considérable, el ils faisaient 
leurs assemblées dans l'oratoire de l'église 
Saint-Jérôine-de-la-Charilé; mais les Pèics 
de la Doctrine Chrétienne et les confrères, so 
voyant en grand nombre, élurent chacun un 
chef pour leur corps. Les Pères donnèrent à 
leur chef le titre de prévôt, el les confrères à 
leur chef celui de iirésident, et ils élureiu 
aussi d'autres olûciers auxquel." ils donnè- 
rent différentes qualités, comme de conseil- 
lers, visileuis, etc. C ■ qui se fit l'.ui 1590 du 
consenlemeut du ca dinal Delmonte, p lur 
lors vice-prolecteur en l'absence du carainal 
Médicis, qui était légal en France. 

Le pape, afin d'exciter les uns et les au- 
tres à se comporter avec encore plus de zèle 
dans les fonctions de l'mslitut qu'ils avaient 
embrassé, et voyant que l'église de Sainte- 
Agathe, (,ui avait été accordée aux Pères de 
la Doctrine Chrclienue, était trop [;elite pour 
y faire leurs fonctions et pour assembler 
leurs confrères, leur donna encore celle de 
Sainl-Martin-du-.Monl-de-Piété, au quartier 
de la liegola, oà ils ont toujours tenu depuis 
ce temps-là leurs assemblées généra;cs et 
particulières; et le pape supprima le litre de 
paroisse, que celte église avait, afin (ju'eJle 
fût plus libre. Ce pontife, souhaitant de plus 
que l'.nstruction de la doc'riiie fût partout 
uniforme, donna ordre au Père liellarmin de 
la Compagnie de Jésus, qui fut ensuite cardi- 
nal, de composer un petit catéchisme que l'on 
devait enseigner dans toutes les écoles. 

Léon XI ayant succédé à Clément VII [, 
Antoine Cisoni, qui était pour lors président 
de la confraternité et qui fut ensuite évéque 
d'Oppidi), el le prévôt des Pères de la Doc- 
trine Chrélicane, allèrent trouver ce nou- 
ve;iu pontife pour le prier de leur accorder 
un protecteur, mais il leur déclara qu'il vou- 
lait être lui-même leur prolecteur, ce qui ne 
dura pas longtemps, puisque ce pontife mou- 
rut vingl-sept jours après son élection. Les 
Pères el les confrères se rassemblèrent après 
sa mort pour faire élection d'un iiuire pro- 
Iccleur, el choisirenl le cardinal Uorghé^e, 
alors vicaire de Kome, qui, ayant été lait 
pape quelques jours après sous le nom do 



71 DICTIONNAlRi: DKS OUDRES UKUGIELX. 72 

Paul V, cl ilfsimiil favorisor cetio confrator- prôseiice du généra!, ou, en .-on absenco. du 
nile . i'érigci on archicoiifraleniili; dans vicc-prcvôl, ou au moins do dciis dcCmi- 
l'ég'.i'so doSaiiil-Picrro, voiilanl que les éuli- leurs; touies les soinaincs dans chaque niai- 
ses de SiUiilc-Auallie cl de Sainl-M irlin-du- son il y aune aulre ongrégalion eu prc- 
Mont-dc-l ioto resl.issonl loujours aux l'éres scncc ilu rccleur. 

de la Docttino Chrétenno cl aui confrères, Dans la congrégalion générale, lous les 

cl qu'à ra\cnirlis «ardiiiaux vicaires fus- recteurs des maison; doivent s'y Irouvor 

Boni leurs |iro'ecleurs. Il accorda encore à avec un député de chaque maison, lorsqu'on 

celle archiconlValornie la p^rniissiou de doil faire élection d'un général ; cl, lorsque 

pouvoir agréger lellcs autres confralernilcs l'on n'en doit point faire, la congrégation csl 

dans le monde qu'ils voiidraeiil.el, par grâce seulemeni composée des officiers généraux. 

spéciale, de pouvoir délivrer lous les ans qui élisent les sulialt mes : le recteur de 

di'ux prisonniers pour crines, voulant ce Uome envoie les fêtes l'I dinaiiches les Irèrcs 

plus qu'un paiivie confrère <le c tic arclii- dans les écoles pour enseigner le catéchisme, 

i-onfralcinile lui l lUjours du nombre des qui est la première lin de cet ins;itut. 

douze pauvres auxquels Sa Sainteté lave Ks Toutes choses sont communes dans la con- 

pii'ds le jeudi saint. grégal on, personne n ayant rien en propre, 

I.cs papes Urb. lin Vin, Innocent X cl Cl.-- elles chambres ne doivent point fermer à 

ment X. oui encae ai cordé beaucoup d'in- clef. Lorsque quelqu'un doit élre[)romu aux 

dulgcmes à ces conficres, et Innocent \i, or 1res sacrés, les supérieurs obtiennent un 

an commenccmenl de son pontiiicai, lit pa- bref du pape pour faire recevoir sous le titre 

raltre son zèle pour l'avancemi-nl ilc colin- de la congrégation ceux (|ui en se il jugés 

slilul, le regardant comme Ircs-nécessaire capables. Aliu que la vie commune puisse se 

pour m:iu;enir et étendre la loi calholi(|ue. malnlenir dans celte congrégation, ele pos- 

l'our ce sujet il renouvela les élections de sède des rentes et des fonds pour l'entretien 

douze députes de la même con^regUion et des frères : c'est pourquii ils ne reçoivent 

arcli:conlraterni;é : savoir , six gentils- aucun élablissemcnl (|u'il n'y ail en même 

liomnies et six cccicsiasliques d'une virlu temps des fonds sufllsants pour le pouvoir 

cl d'une piété exemplaires, auxquels il donna entretenir, afin qu'iU ne soient poinl délour- 

pour président M. Ange de la Noce, aichc- nés des lonrli()ns de leur inslilul, qui est 

\éqne de ilo-sane. Il lit réimprimer les con- d'ensciuner 11 doctrine chreli'iine ; ce qui 

sliiulions et les statuts de celle .irchiconfra- pourrait arriver s'ils élai.nl obligés d'aller 

lernilé qui avaient été aulrifois dressés par mendier les choses nécessaires à la vie. Le 

les cardinaux Baronius, Taurugi et lU'llar- Ion Is nécessaire pour conini mic 'r un éla- 

niin, par ordre de Clément \'lll : il voulut blisscmenl doil être au moins suffisant pour 

que la congrégalion se tint tous les huit entretenir sis personnes. Liiniformilé d •- 

jours, et accorda de nouvelles indulgences vaut élre dans toutes leurs maisons, elles 

et de nouveaux privilèges aux confréies. doivent être partout, aussi bien que leurs 

Quoisiiie les l'ères de la Doctrine Chré- églis 'S, de même structure et de mêiuc gran- 

tienne fa^senl une «ongrégalion réparée de ileur, autant que laire se peut. 

(.elle ari h confraiernilé, et iju'ils aient neuf Ils ne disent point l'ofiice en cumn.un, si 

ma sons en différentes provinces, ils sont ce n'est aux fêles principales de l'année et 

loujouis neanuioins unis en>emlile en ce (jui des |)atroiis de leurs é,;lises ; les autres jours, 

r. g.irdc rin>lruclion de la jeunesse et jouis- ceux qui sont jirêtres récitent en jiartiiiilier 

sont des mêmes grâces et des mêmes priijlé- l'oflice du brévia're roni in; ceux qui ne 

ges. Le 1 èi e Jean-liaptisleSéralini d'Or* icte, sont pas dans les orilrcs sacrés cl les Liï(|ues 

elanl gênerai de celle congrégalion, dressa sonl seu!c:uenl exhor es à réciter le pelil 

l'an loO^J des consiliulions pour y ma nlenir t» (îcc de la \ ierge, cl ceux qui ne savent 

l'olservance régulière. Ivllcs furent approu- |)oinl lire doivent dire le chapelet, ils oc.l 

vers par le cardinal vicaire, par ordre du deux heures d'oraison par jour, lune le ma- 

p.ipc (îrêgoire Xlll, et impr mécs à Uom;î lin cl l'autre le soir; ils prennent la disci- 

l'an lljlli. Klles sonl divisées en deux par- pline lous les mercredis e. vendredis de 

lies : la première, qui contient ii chapitres, l'année, el encore lous les lundis de I AvenI 

regar e les ofliriers el supérieur^ de la t;on- el du Carême, cl tous les jours de la semaine 

giegaliun, cl iraile de leurs élections; la sainte; ils jeûnent icndanl l'Avent el lous 

seconde, de 4'» chapitres, Iraiic des obser- les vi ndredis de l'année, l'nefois la semaine 

vanccs el regarde la congrégalion en par- ils reconnaissent leurs laulcs devant le rec- 

liculier. leur, ils font lous les jours une confércn;o 

Les (ilfiriers généraux el supérieurs iini de cas de conscience, el il y a un maiire q i 

gouv.'inent toute la congrégalion souille enseigne la manière d'enseigner le caie- 

prevôl gêner. il, qui en est le (hef;levu«;- cliismc. Ils ne peuvent écrire ni recevoir aii- 

ptevol, trois difinilours, un chancelier, deux cune lettre sans l'avoir montrée auparavant 

visiteurs cl un ci)m(iotiste. Les suliallcnics au supérieur, qui ne leur doil jamais nci- 

sonl : los recteurs des maisons, sacristains, mettre de parler ni d'écrire à aucune iel- 

iiifiiiniors, maîtres des novices, deposila res, gieusc, el ils ne peuvent sortir sans sa per- 

tomniuiinrs , provcdiU'urs el dépensiers, mission cl sans un compagnon qu'il leur 

'lous les an» l'on lient la congrégation gène- doit donner. 

raie; tous les mois il s'en lient aussi une OuanI à l'habillemenl , I, s prêtres et les 

l'atlKuliére dans la maison do llouie, en ilercs porli ni l'hatal ecclésiastique avec un 



-.- DOC 

petit ra')al largo d'un doi;;l autour du col- 
iet (1), et les clorcs ne peuvont porter le 
lionnei tarré que lorsqu'ils sont dans Ifis or- 
dres sacrés, les laïqui^s ont un habit plus 
( (iurt et portent dans la maison une calotte 
au lieu de bonnet e.irré. 

11 leur était ;iu refois permis de sorlir de la 
congrcgaliuu (inam! bon leurscniblail. Aprè-s 
l'annco de m.vic al , le général, à (]ui il ap- 
partient de recevoir avec sesdèfiniteurs ceux 
(jui se présentciil pour entrer dans la con- 
f;régation , demandait à celui qui voulait 
s'engager s'il avait connaissance des cousli- 
tulions, de leur manière de vivre, de leurs 
observances, des fatigues qu'il fallait sup- 
porter, et s'il avait dis forces sufûsanics 
pour cela ; qu'il lui était permis de sortir, 
mais que s'il voulait rester il fallait qu'il ob- 
servât la vie commune et enseignât la doc- 
trine chélicnne avec un ferme propos de 
persévérer toute sa vie dans la congrégation, 
et (ju'après cette résolution il ne lui serait 
plus permis d'en sortir. Si le novice consen- 
tait à rester, le général l'i-verlissail que passé 
cin<i ans il aurait voix active el passive 
dans le chapitre et même plus tôt s'il se com- 
portait bien , s'il vivait régulièrement el s'il 
ilonnait des marques d'une plus grande sta- 
bilité, comme si voloîilaircmcnt il jurait et 
faisait vœu de cette stabilité et de vouloir 
persévérer dans citle congrégation. Voilà de 
quelle manière se faisait leur engagement; 
cependant il y avait des raisons peur les- 
quelles on pouvait les renvoyer après s'être 
engagés à la congrégation , qui sont mar- 
quées dans le chapiire septième des consti- 
tutions. Si ceux qui étaient sortis de la con- 
grégation , soit qu'ils eussent été renvoyés , 
ou qu'ils fussent sortis volontairement , y 
rentraient, ils devaient recommencer l'an- 
née de noviciat ; mais l'an 1C09 il fut ordonné 
dans leur chapitre général qu'après l'année 
de noviciat l'on ferait vœu de demeurer dans 
ia congrégation. Le pape Grégoire XV, par 
un bref de l'an 1021, réserva aux souverains 
pontifes le pouvoir de dispenser de ce vœ'.: , 
el Urbain VllI, comme nous avons dit, or- 
donna que ceux qui sortiraient de la congré- 
gation seraient traités comme apostats el en- 
courraient les mêmes peincsque les apostats 
et les fugitifs des ordres religieux, confor- 
mément au concile de Trente et à la cons'i- 
tution de ce pape du 20 septembre 1027. Le 
pape Clément Vlll , dès l'an 1596, avait 
exemple de la juridiction des curés, tant 
pour les sacrements que pour la sépulture, 
les IVres de cette congrégation, et les avait 
mis sous celle du cardinal vicaire. Us ont 
pourarmes trois montagnes surmontées d'une 
croix , avec la lance, l'éponge et des fouels 
(jiii ijondent de chaque côté do la croix. 

Mémoires envoyés de Home en 1707. Car!. 
I5artlio!. Piazza , Eusetolor/. Rom. I. V, c. 
■il, et t. VI, c. 19. L'on peut consulter aussi 
les Conslilutions de celte congiégalion, celles 
de l'archiconfraternité, le ISullaire romain, 
et ['hilipp. Uonanni, CaUdorj. uni. reli<]., 
part, !ii. 

(1) Voij., à la lin du vol., n° 7. 

L':r.THjN.\Ai!i!i uku 0;sna!:s r.ELiT.KLv. 



IKt.M 



74 



Le P. Hé'jot ne dit point assez clairemcnl 
quelle a été l'origine réelle de la congréga- 
tiondela Doctrine Chrétienne, en Italie, et na 
fait point assez voir quand et comment elle 
a été séparée de l'archiconfraterniié du même 
nom el qui a eu.iu^si les méoics fondateurs. 
Nous avons entendu dire qui' celle sociélé 
s'était réunie , au dernier siècle , à la con- 
gié:;ation des Doctrinaires de Fra;ice et avait 
embrassé ses règles, et que c'était pour 
cela qu'elle s'éiail procuré le corps de César 
de Bus. 

Il est vraisemblable, sinon certain, qu'elle 
formait celte piovinco de Rome qui députa 
un vicaire général , en 1744, au chapitre gé- 
néral de France , tenu par les Doctrinaires à 
Beaucaire , et dont nous avons parié dans 
l'article additionnel précédent , et qu'elle 
était composée des maisons dont les Doctri- 
naires formèrent leur province italienne. U 
paraîtrait en outre qu'elle avait aussi une 
province au royaume de Naples. Voir ce que 
nous avons dil sur cette union aux Doctri- 
naires français. 

Les Doctrinaires italiens avaient autrefois 
dans la ville de Rome les maisons de Sainle- 
Agathe in Transleiere, Sainte-Marie a Toire 
di buon Viaggio, cl Sainte-Marie in Monli- 
celli. Aujourd'hui leur supé. leur général est 
le R. P. Pierre-Sylvestre Glanda , appelé vi- 
caire général. Le R. P. Victor Bevilacqua 
Valklti est leur procureur général. 

B-D-E. 

DOGE, A Venise. Voyez Ciiaisse. 
DOMINICAINES.. 

De l'origine (lu second ordre de SatnC-Domt- 
nique, ou des religieuses Dominicaines , ap- 
pelées en quUiues lieux Prêchercsses. 
Si l'on avait égard au temps del'instilution 
des premières religieuses de l'ordre de Saint- 
Dominique, elles devraient tenir le premier 
rang entre les trois ordres qui portent le 
nom de ce saint , puisqu'il avait déjà fondé 
des religieuses à Prouille quelques années 
avant que d'avoir institué sou ordre i our les 
hommes , mais il est ju-le que les filles don- 
nent la préséance à leur Père saint Domini- 
que, qui , dans le temps qu'il travaillait 
pour la conversion des Albig ois, fut si 
louché de voir que quebjucs genilshommes 
de Guyenne, conliaints par la nécessité et 
n'ayant pas de quoi nourrir et entretenir 
leurs filles , les vendaient ou les donnaient à 
élever aux hérétiques, qui les pervertis- 
saient, qu'il prit la résolution de fonder et de 
bâtir un lieu oîi ces pauvres demoiselles 
pourraient être élevées et entretenues de 
tout ce qui serait nécessaire pour leur sub- 
sistance. Il con)muniqua son dessein à Ber- 
n-rird, archevêque de Narbonne, et à Foul- 
ques, êvêque de Tou ouse , qui non-seule- 
ment l'approuvèrent, mais y voulurent con- 
tribuer par leurs libéralités ; el saint Domi- 
nique , ayanl encore reçu quelques aumônes 
de plus eurs peisonnesde piété , jeta les fon- 
dements du monastère de l'rouille entre Car- 
cassonne et Toulouse, à un cpiart de lieue 



IL 



niCTîON.NAIRE DES ORD'.ŒS RELIGIEUX. 



75 

àè Fanjaux. I! fui bali en ppii do Icinps l'an 
120G, cl rauiK'L" sjnaiil' larchcvéquc de 
Narbonnc donna à ce miiiiaslCre l'église de 
S.iiiit-Marl n de Limoux avec tous les droits 
cl dîmes qui lui apparlenaicut dans ce bourg 
el dans celui de 'l'ax. 

11 j eul d'abord onze denioi elles qui se 
consacrèrcnl à Diea dans relie maison le 
jour de saint Jean 1 livanticlislc, dont il y on 
avait nei.f hérétiques albigeoibcs qui avaient 
é!c converties par les miracles de saint Do- 
inini(iuc, savoir : Aladaicic. Ilaymonde, l'.is- 
s.irine , IJcrciigôre , lUchardc , I3arbcjrane , 
Jordanne , riuiilenicite de l.aupuis, r>.i)'- 
cionde Clarette el Ciantienne , qui rcrurenl 
les premières l'iiabil des mains de saint Do- 
minique , el les deux autres se nommaient 
SIessjne cl Gui! emelle de Fanjatix. Leur 
liabii dans ce temps-là ciuisislail en une robe 
blanche, une chape t.innce et un voile 
noir(l). Ce saint fondateur les obligeai tra- 
vailler à certaines heures du jour pour fuir 
l'oisiveté, principalement à (Her de la laine 
cl du lin p lur faire leurs h ibits cl le linge 
qui leur claii né essaire. 11 leur prescrivit 
aussi quelques règlements pour leur con- 
duite , el leur donna pour supérieure Guille- 
mellc de Fanjaux , quoiqu'elle eût reçu l'ha- 
bit la dernière. Elle gouverna jusqu'en l'an 
1225 celle communauté , qui s'augmenta si 
notablement dans la suite, ()u'il n'y a jamais 
eu moins de cent religieuses dans ce nio- 
iiaslère, où l'on ne recevait autrefois que des 
Ci les nobles. La supérieure est prcsenlc- 
inenl à la nomination du roi; el la iircmière 
qui fut nommée fut Jeanne d'Amboi?c , à la- 
quelle succéda Madeleine do Bourbon, à qui 
diMi\ autres piincesses de la môme famille 
roy lie ont oussi succédé dans la suile. 11 est 
jorti de ce monastère des religieuses pour 
en fonder (li\ ou donzeaulres , tint en France 
qu'en Hsp igne , et il porte pour armes de 
gueules au ihevron d'or, au chef d'azur se- 
mé de fleurs de lisd'or, l'écu surmonté d'une 
croix pommelée, cl environné d'une paltnc 
cl d'un lis. 

Depu's que le monastère de l'rouillc fut 
fondé, jusqu'en l'an 1218, saint Dominique 
ne lit point de nouveaux établissements pour 
lies filles , et pcut-élro qu'il n'aur.iit point 
songé à en faire , si , étant à Uome oceuito à 
I.! iioiiveilec(,)'i!>lruclioii (liicuuvcnl de Sainl- 
biH e , que le pape Honoi lus III lui avait 
donné pour ses religieux , il n'eût pas reçu 
commission de ce |ionlifi' do rassembler en 
un seul monastèie plusieurs religieuses (jui 
éiaienl dispersées à Uonie dans plusieurs pe- 
tites couimunaulés, où elles ne vivaient pas 
avec assez de régul.iri é. Sainl l)omini(iue 
exécuta d'abord les ordics du pape; mais, 
voyant que ses discours é'.aieni inutiles et 
qu'il ne poiivail réussir, s'il n'était seiondé 
de l'aulorilédu sainl-pèrc, puisqu il ne Irou- 
\a:t pas seubnicnl de l'opposilion de la part 
dis rcligKuse.*, uiais encore de leurs parents 
Pi de leurs amis, elquc le peuple criait hau- 
Icincnl contre l'ordre que le souverain j.on- 

<I) ''ny-, il 11 fi.l 'lu Ml!., Il"-- :' g| 9. 



tife avait donné de renfermer Ci s roligieusi » 
dans un même monastère, il le fut trouver 
pour le prier do commeltro des personnes 
d'autorité pour le seconder. En ( ITcl, le pape 
donna cette commission à Irois cardinaux , 
qui furent Ilugolin , évéque d'Ostie, litienno 
de Fosse-Neuve , du litre des Douze-Apô- 
tres, el Nieolas, évéque de Fraseali. 

Les plus opiniâtres étaient les religieuses 
de Sainte-Marie au delà du Tibre , el entre 
autres r.iisons qu'elles donnaient pour n.^ 
point se soumettre aux ordres du pape, elles 
disaient qu'elles ne pouvaient se résoudre à 
abandonner une image miraculeuse de la 
sainte \'ierge qui était dans leur église, el 
que l'on prétend avoir été peinic par saint 
Luc, laquelle élail en grande vénération 
parmi le peu[jle. Mais le pape leva cette dif- 
ficulté en leur permetianl delà Irauspovter 
dans le lieu où l'on voulait les mettre. On vil 
tout d'un ( oup un changement merveilleux 
dans ces religieuses, que l'on attribua aux 
prières de saiiii Dominique, lillesse soumirei.t 
au joug de l'obéissance , embrassèrent la 
clôiure, s'engagèrent à ne plus sortirde leur 
monastère, el de n'y faire entrer personne. 
Dès ce mon)eiit saint Dominique se chargea 
de leur conduite, el leur [ir scri\ il des rè- 
glements pour mainte nir l'observance rcju- 
iière. Le pape , a>anl appris ce que ce saint 
fondateur avait lait, voulut que le couvent 
de Saint- ."^ixle, qu'il avait accorde aux reli- 
gieux , (ût donné aux religieuses; il trans- 
féra les reli;;ieux à Sainte-Sabine, el leur 
donna la u oilié de son propre palais pour 
leur demeure. Le bàlimenl du couvent do 
Saint-Sixte fut achevé l'an 1219, el loules 
les religieuses qui étaient dispersées dans 
lîome y furent renfermées le 21 février do 
celle année. 

Autant que ces religicusi s avaient mal 
éJiJié par leur conduite peu religieuse, au- 
tant devinrent-elles des esenifdes de vertu 
par leur modestie, leur retenue, leurs austé- 
rités , leurs moilifiialions cl leur grande 
piuvreté, à laquelle elles s'engagèrent vo- 
lontairement. Celait une règle parmi elles, 
(|ue, le quatrième jour après qu'uiie fille était 
reçu-j dans ce monastère , elle était obligée 
de r;'i oncer à tous les biens qu'elle possé- 
dait el qu'elle pouvait prélcmlre. La première 
qui reçut l'haliit de l'ordr.' de Sainl-Domini- 
<iue tel ([uc les religieux le portèrent après 
la vision du bienheureux llenaud , fut la 
bienheureuse Cécile Humaine, de la famille 
des Césarini, qui élail supérieure de ce mo- 
nastère, el qui, l'an 1223, en sortit parordn; 
du papo (îrégoire IX pour aller faire un nou- 
vel établissement à Hologne, où elle mourut 
sainlcmcnl, l'an 1280, âgée de 89 ans. Ain si, 
si les leligieuses do Uome n'ont pas été fon- 
dées avant celles do l'rouillc , elles ont e\i 
l'avantage de rece\oir les premières l'habil 
do l'ordre, que celles de Prouille n'ont icçu 
qu'après el es. 

Ce monastère do Saint -Si vie élant mal si- 
tué, et les rclij^ieuscs y étant toujours ma- 



-7 DUM 

Ifides à cause du mauvais air, elles furent 
iransfciées , par ordre du pape Pie V, au 
mont Magnanopoli, qui fait une partie du 
Quirinal, où, l'an IGll, sous le pontificat 
d'Urbain Vlll, elles ont fait faire une magni- 
Dque église et un beau monastère , oîi l'on 
ne reçoit que des filles de la première no- 
blesse de Home, qui apportent avec elles de 
grosses pensions outre leur dot ; et j'en ;ii 
vu, du temps que j'étais à Rome, qni avaient 
plus de deux, mille écus romains de pension, 
c'est-à-dire plus de sept mille livres de notre 
monnaie, et d'autres qui avaient cinq cents 
écus : ainsi il ne faut pas s'étonner si ce 
monastère est un des plus riches de Rome. 

Les religii'uses de cet ordre se sont fort 
multipliées en Italie , où elles ont plus de 
cent trente maisons. Elh s en ont aussi en- 
viron quarante-cinq en France, cinquante 
en Espagne, quinze en Portugal , quarante 
en Allemagne , où les hérétiques en ont dé- 
truit un plus grand nombre. Elles en ont 
aussi en Pologne, en Russie et dans plusieurs 
autres lieux, et mémo dans les Indes. L;i 
plupart de ces monastères sont soumis aux 
supérieurs de l'ordre ; mais il y en a plu- 
sieurs qui dépendent des ordinaires des lieux 
où ils sont situés. Parmi le nombre de ces 
monastères , il y en a aussi du tiers ordre 
de Saint-Dominique. Les religieuses de cet 
ordre, tant du second que du troisième, sont 
habillées de blanc quani à la robe eî au sca- 
pulaire, mais le manteau est noir. Celles du 
tiers ordre ne devraient point porter de 
voile noir, cependant elles en portent en 
plusiurs endroits, comme à Metz, à Toul,cic. 
Les rrligieuses du second ordre, conformé- 
ment à leurs constitutions, ne doivent man- 
ger de la viande que dans les maladies. Outre 
les jeûnes prescrits par l'Eglise, elles doivent 
jeûner tous les vendredis , depuis Pâques 
jusqu'à la fêle de l'Exaltation de la sainte 
croix, et tous les jours, depuis cette fête jus- 
qu'à Pâques. Elles ne doivent avoir que des 
chemises de serge, ne doivent dormir que 
sur des paillasses. Mais il y a plusieurs mo- 
nastères qui se sont relâchés de ces austéri- 
tés. Outre le grand ofûce, elles doivent en- 
core réciter au chœur le petit olGce de la 
Virrgc. 

fuyez Ci.» Michiclc Pio , Prorjen. di S. 
Vomenic; Vincent Mar. Font., Monument. 
Dominic; Jean de Uéchac , Y iz de S. Dum. 
et de ses eomp. 

Outre le monastère de Prouille,don! nous 
avons parlé, il y a encore en France plu- 
sieurs célèbres monastères de cet ordre, où 
Ton ne recevait autrefois que des filles no- 
bles , comme ceux de Poissy, d'Aiv et de 
Monllleury. Le inonaslère de Poissy l'ut fondé 
par Constance, fcnsme du roi Robert. E le y 
mit d'abord dos religieux de Saint-Augus;in; 
mais Philippe le Re', ayant lait refaire l'église, 
augmenta le mona?tèrect y mit des religieu- 
ses de l'ordre de Saint-Dominique. 



DOM 



Ï8 



Charles II, roi de Sicile et de Napics, et 
comte de Provence , fut fondateur de celui 
d'Aix. D'abord il fit bâtir le monastère, sous 
le titre de No(rc-Dame de Nazareth, dans le 
territoire d'Aix, au lieu nommé la Durancc, 
et y donna des fonds suffisants pour l'entre- 
tien de cent religieuses , qui devaient étro 
toutes d'extraction noble. Béatrix , la plus 
jeune de ses filles, y prit l'habii, et depuis 
il l'en lira pour la marier (1). Ce monastère 
a été transféré dans la suite dans la ville 
d'Aix et a pris le nom de Saint-Carthélemy. 
Les religieuses, étant tombées dans le relâ- 
chement, n'abandonnèrent pas seulement 
les observances régulières , mais quittèrent 
encore leur habit religieux pour se confor- 
mer entièrement aux dîmes du monde , à 
l'imitation de tant de collèges de chanoines- 
ses séculières ; it peut-être qu'elles auraient 
pris encore ce litre et renoncé aux vœux 
solennels, à l'excmpl.e des chanoinesses, si 
l'on n'y avait remédié en introduisant la ré- 
forme dans ce monastère sur la fin du der- 
nier siècle. Comme il y en eut jJusicurs qui 
ne voulurent pas s'y soumet're , on sépara 
le monastère en deux, afin que les réformées 
ne pussent point avoir de communication 
avec celles qui voulaient persister dans la 
relâchement , et on appela le quartier de 
celles-ci le Vicariat, à cause que celle à qui 
elles obéissaient n'avait que le titre de vi- 
caire , comme dépendante de la prieure des 
réformées. On leur défend. t de recevoir des 
novices, et on les laissa vivre dans leur an- 
cienne observance , en conservant toujours 
leur habillement séculier, qu'elles ont néan- 
moins un peu changé de temps en temps, se- 
lon que les modes du monde , auxquelles 
elles se conforment , ont changé; et il était 
l'an 1708 tel qu'il est représenté dans la fi- 
gure que nous avons fuit graver d'une de ces 
religieuses non réformées [2], Cet habit est 
blanc entièrement : elles ont une espèce do 
scapulaire qui pourrait passer pour un ta- 
blier, ne se mettant que par devant ; et der- 
rière leur coi.lure , elles mettent un petit 
morceau de gaze i.oire en guise de voile, 
mais qui néanmoins ne couvre que leur bon- 
net et leur coiOure, et descend jusqu'au mi- 
lieu du dos. 

Les religieuses de Montfleury furent fon- 
dées par Humbert II, dauphin de Viennois, 
Tan lii'i2. Ce |)rince, ayant f.iil vœu d'assu- 
rer un fonds à perpétuité pour l'entretien do 
trois cenis rel gieuses, commença, pour sa- 
tisfaire a cette obligation , par la fo::dation 
d'un monastère de religieuses de l'ordre de 
Saint-Dominique auquel il destina son châ- 
teau ei sa terre de Aiontlîeury, éloignes de 
drenoble de deux lieues (3). Le nombre de 
ces religieuses devait être d'abord de (luatre- 
vingts, outre six religieux pour leur admi- 
nistrer les sacrements. Deux ans après, il 
r.iuginenla de quarante, et eu 13'i-8 il le ré- 
duisit à soixante-dix. Ces religieuses ont 



(I) Oes Noulys, Hist. des rois de Sicile et de Nn- (51 Mi'moires pour l'histoire du Dauphin^, p. 17! 
pics, liv. Mil, I," (j. ^^ i-^i 

(•iîj Voij.,'A la lin (lu vol.. Il" 10. 



n 



DICllONNAir.F. DF.S ORDUF.S RF.I.IGIF.UX. 



toujours fait p.iraître une gramic rôçcnlariCé 
de mœurs cl «le conduile . accompagnée d'une 
lionnéU' lih.ilé. niljnl pas oblitîécs aux lois 
éiroilis de la ( loiure, comme dans les autres 
moiiaslùics. On voit 1» s noms des plus con- 
sidérables f,i milles de la province parmi 
ceux des filles dont le inonaslère de Moiil- 
llcury a clé rcmiili depuis ïon instiuilion. 
Clciiicnl VI approuva ci Ue foiidalio:i, cl ac- 
(orda aux religieuses de celle maison tous 
les privilèges donl jouissaient celles de 
Prouille, qui entre antres avaient obtenu de 
Grégoire S. celui d'élire entre e Us leurs 
prieures à perpeluilé, et avant r.c fiontife, 
Alcsandre IN liur a\ail permis de posséder 
les biens qui leur écberraieiit des successions 
de leurs pères et n;ères, el tout ce qui pro- 
viendrait de la libéraliié do leurs parcnls. 
Ces religieuses sont distinguées des autres 
pour Ih ibillcmenl, en ce que riiivcr elles 
porlenl une robe noire ouverte par devant 
sur leur babil blanc; celle robe noire ne 
descend que jusqu'à lui-jainbe, et est dou- 
blée d'hermine, et elles ont sur le front une 
pointe noire comme les neuves en portaient 
auircfois (I). 

L'ordre de Saint-Dominique a, comme tous 
les ancii ns corps religieux, subi sa pan des 
épreuves a:i cnées par le dix-liuilièmc siècle. 
Il avait coiiliiiué de servir et d'édifier !'£- 
g isc; il avait vu aussi en plusieurs contiées 
quelques-uns de ses établissements disj a- 
railre. La pcrsérulion la plus sensible que 
rciureiit les relii^ii'uscs l.'ominiiaiiies lut 
peiil-élre (elle que leur li'. éprou» er le trop 
fanieux llicii , évèque de l'istoie , en 
Toscane. Dans les mémoires de ce prélat, on 
voil que des désordres régi'.aicnl dans les 
couvents de Sainle-Calhcriue cl de Sainte- 
Lucie de l'istoie . el que l;s deux èvèques 
qui lavaient précédé sur le siège de celle 
ville a\ aient essayé, presque sans succès, 
d'y appiirler remède. Ces deux èvèques 
étaient Alamanui el Ippoliii ; tous deux 
avaient demandé à Uomc que les Domini- 
caines dis monastères donl il est ici question 
fusî^enl soustraites à la direction des Domi- 
nicains, el soumises à leur entière juridic- 
tion. lp|)olili re(;ut en jainier 1777 uneld- 
Ir.' ilu pape qui noii-seuleineiil refusait 
formelleuMul tout ce que le prélat lui avait 
demande, ni.is<Miro:e l'accaljl.iit de repro- 
ches et le ré(irimandail aigrement de ce qu'il 
avail osé rappeler à la mémoire une affaire 
que Sa Sainteté croyait entièrement oubliée 
depuis la mort de l'èxèque Alain.inni. dn 
lrou»ail surioul fort mauvais dans celle Ici- 
Ire quippolili eùl conlribué de tetti- m;i- 
nèie à re\é:uti(in du plan du graud-due 
/,éo|)olil, lequel pi in élail de priver lous les 
e.Hnenlsde femmes de la direclion spiri- 
luellc dei lèguliers; "plan, y était-il dit, 
a oppose aux saints canons, et nui^ilib- à 
« I Kglise, à la religion cl à la ré[iula'.ion des 
• orilrcs monastiques. ■> Ippoliii eut seule- 
iiieiil la permission de Iransiércr les dissi- 
d.n!e» (c'est à-dire les opposées à son en- 



51 

(ri prise ), du lonvcnl de ?ainlc-Cat!ieriue 
de l'iitoio à celui de Saint-Clément de Prato, 
alors dirigé par les Dominicains, el où elles 
furent ri<;ues, disent les Mémuires de Ricci, 
comme en triomphe. Sous l'administration 
de l'évéque Ricci, vil instrument el peut-être 
en partie instigateur des mesures odieuses 
pr'ses par le grand-duc Léopold contre la 
liberté de l'Eglise, l'affaire des liominicaincs 
prit une nouvelle activité. S'il fdlail ru 
croire ce prélat, il y aurait eu chez les reli- 
gieuses des monaslères que nous avons 
nommés , cl cela depuis des siècles, des 
sraudiiles affreux, fomentés el amenés par 
les Dominicains, sous le rapport de la foi et 
des mœurs. Des révélations avaient été fai- 
tes par quelques religieuses, et il parait que 
les accusations avaient quelques fondemcnls. 
Mais il faut savoir que nous n'avons pour 
renseignements que les l\li;moires de l'évé- 
que Ricci , puisés dans les arch ves de sa 
famille et publiés en 1820 par le sieur De 
Potier, si connu par son opposition à l'Eglise 
catholique, el aujourd'hui si complélement 
oublié, nonobslant la fraten.ilé qui s'élail 
établie entre lui et le parti Lamennaisien, 
après la révolutioa de 1S30. Un grand pré- 
jugé contre ce qu'il est dit de fort sur les 
Dominicaines el les Dominieains dans ces 
AJémoj'e.< plus ou moins véridiqucs , c'est 
qu'on y viil que les Dominicains , les Jé- 
suites, la cour de Home et le pape, claienl 
opposes aux entreprises di' Ricci, et favori- 
saient les religieuses. Tant de personnes de 
ce poids n'auraient guère soutenu des fem- 
mes coupables au point que prétendent 
monseigneur rèvéquejansénisle et monsieur 
l'éditeur athée et révolutionnaire. Nous 
croyons savoir que le monastère de Dijon, 
en France, avail été supprimé avant la rèto- 
lulion. 

Lors dis innovations amenées par celle 
révolution, si funeste à l'Eglise et surluul à 
l'étal religieux , les Dominicaines , comme 
lous les ordres de femmes , montrèrent un 
grand exemple de fidélité. Nous cileions en- 
tre autres le monasière des Dominicaines de 
Calais. Il y avait alors dans ce monasière une 
religieuse fori rem .rquable, donl M. l'abbé 
Tiron parle dans son Histoire abrégée des or- 
dres religieux. Cette religieuse élail madame 
lîrey, donl le véritable nom élail liès-proba- 
blemenl, Dortpcii UVi^er. Son grand-père était 
mort sur l'échafaud en 17'^(), pour l'honora- 
l.le c .use du piétendaul Edouard Stuatt. 
Cette re igicusc cl les autres Douiinicaincs 
expulsées s'él ienl toutes retirées ù Calais. 
Elles rendirent de grands srrvices aux émi- 
erés par l'in'ieriuédiaire de l'une d'elles, qui 
ei;i t une française noininée Daiicl. Les lel- 
lie> qu'elle rerevail pour les familles mal- 
li ureuses élaie l adressées à la sœur Grey ; 
iii.iis c'était la siL'iir Dancl qui les recevait 
el allait les prendre des mains des commis- 
sionnaires obligeants. Ces lettres élaienl ap- 
pui lees dans une vessie attachée à la paiiio 
bous mar ne du bàti;iicat. Hw jour la ruse 



(1) ('"y., itl.i riiulii v l.,ii' 11. 



81 



r)i)M 



fut découverte, les religieuses coinpromisos 
(-1 accusées. Une rivalité édifiante s'établit 
entre les sœurs Grey et Danel, à qui prou- 
verait le mieux sa culpabilité et l'innocence 
de sa compagne. La l\îère Grey fut poursui- 
vie et condamnée; mais comme elle avait 
atteint l'âge de soixante-quinze ans, au lipu 
de la conduire à l'ccliafaud, on l'euvova à 
lîledeMé. 

Il e>t surprenant qm^ le P. Héljol n'ait pas 
dit un mot du monastère des Doininiiaiues 
de Paris , qui méritait pourtant quelque 
mention, et était situé presque à la porte de 
son propre monastère. Nous alloin réparer 
cette omission, d'autant phu que ce couvent 
es' le seul adjoird'liui à Paris, et le plus re- 
in irqoabie du peiil nombre des couvents 
lie cet ordre i|ii se voient aujourd'liui en 
France. 

Los religieuses d.minicaines avaient au- 
trefois deu\ monastères à Paris, l'un situé 
dans la rue qui porte encore aujiurd'Iiui le 
nom des Filies-Saint-Tliomas, ou plutôt rue 
Nouve-Saint-Augu: lin, en face d' la rue Vi- 
vienne. Celte partie de la rue Neuvc-Saint- 
Augustin prit dtpiis le nom de rue dos 
Filles-Saint-Tiiomas. Ces religieuses de- 
vaient leur établissement à Par s à Anne de 
Caumont, femmi; de François d'Orléans de 
Longueville , comie de Longueville et de 
Saiiil-Paul, et duc de Froi:sae. Celte dame, 
ayant obtenu du cardinal Barberin , légat 
d'Urbain Vlll, par une bulle datée du 5 oc- 
tobre 1623, la permission de fondera Paris 
un monastère de religieuses de l'ordre des 
Frères Prêcheurs réformés, sous l'invocation 
de sainte Catherine de Sienne, fil venir de Tou- 
louse la MèreWarguerile de Jésus, dont la vie 
se trouve dans l'ouvrage intitulé V Année Do- 
minicaine, et six autres religieuses du même 
ordre. Arrivées à l\uis, le 27 novembre 1626, 
elles furent, le2mnrs suivant, avec la permis- 
sion de l'archevêque dj Paris, installées dans 
l'hôtel du Bon-Air, i ue Neuve-Sainle-Genc- 
vièvc,faubourgSl-Marceau,et y restèrent jus- 
qu'en 1632. Alors elles allèrenl se loger rue 
Vieille-du-Temple, a;i Marais; et enfin, le 7 
mars lG't2 (Le Hœuf, Labane, La Caille, Piga- 
niol,diseiitl632), elles s'établirent dans la rue. 
Ncuve-S iinl-AugusIin, où elles sont demeu- 
rées jusqu'il la suppression. Le 7 mars é'ant 
lu jour de la fêle de saint Thomas d'A(iuiti, 
les religieuses dominicaines prirent ce nom 
illustre pour leur maison. Une partie des re- 
ligieuses de la ma son du faubourg Saint- 
Marceau , alors trop nombreuse à Saint- 
Thomas, s'établit au Marais, rue d'Orléans. 
Le mars 1627, la Mère -Marguerite, prieure, 
accoitipagna la petite colonie qu'où taisait 
sortir d i premier établissement, et en lt;36, 
elle les conduisit dans la rue Plâlrière, où 
elles restèrent jusqu'à la fin de la même an- 
née. De là elles allèrent rue Matignon, où 
elles demeurèrent jusqu'en 164-1. Alors elles 
allèrenl s'établir rue Charonne, dans la mai- 
son qu'elles occupent encore par leurs suc- 
cesseurs, et qu'elles durent à la générosité 
de mademoiselle Ituzé d'Effiat, fille du maré- 
chal (le ce nom , (lui donna tout son bien ù 



IU)M Si 

ccl'e maison , et s'y fit religieuse, en 1636, 
dans la maison de Saint-Thomas. 

La première pierre du bâliment fut posée 
le 3 août 1639, et on donna au monastère le 
nom de la Croix, sous lequel il est encore 
connu aujourd'hui. Les religieuses y entrè- 
rent le 16 janvier 164-1. Cette date s'accorde 
avec celle que nous avons donnée pour épo- 
que de l'entrée des religieuses au couvent de 
Saint Thomas , d'après M. de Saint-Victor; 
mais nous croyons devoir ajouter ici que 
les Mémoires qui nous sont fournis par 
les religieuses dominicaines elles-n)êmes 
portent que leurs Mères , en arrivant de 
Toulouse , logèrent d'abord à l'abbaye do 
Jouarre, d'où elli'S passèrent dans leur mo- 
nastère de la rue Vivienne, le 6 mars 1627, 
et y chantèrent les premières vêpres de 
saint Thomas d'Aquin ; que ce fut de cette 
maison que sortit la Mère Marguerite pour 
la seconde fondation , conduisant d'abord la 
nouvelle cdonic rue Vieille-du-Temple , et 
de là rue Plàtrière dans l'hôtel de madame 
de Castille, où mademoiselle d'Effiat fit pro- 
fession. 

Le monastère de la Croix avait une vaste 
clôture, qui lui a été enlevée par la révolu- 
tion et le gouvernement de Louis-Philippe, 
car une partie de son enclos n'a été définiti- 
vement aliénée que depuis la révolution de 
juillet 1830; mais il n'était point entièrement 
bâii, et forme un carré non fermé. L'église 
est prise sur le rez-de-chaussée , du côlé 
nord , et sur la partie du cloître qui y est 
jointe. 

Quand les Frères des Ecoles chrétiennes 
vinrent s'établir à Paris, conduits par M. De 
la Salle, le monastère de la Croix, alors dans 
laisance, subvint à leurs besoins par des se- 
cours généreux et abondants. 

Vers l'année 1731 ou 1732, le roi envoya 
aux religieuses de la Croix une Icllre de ca- 
chet qui leur défendait de recevoir des sujeSs 
cl de faire faire profession aux novices. Cette 
interdiction dura jusqu'au mois de juin 1730; 
Il nous a paru, par la lettre de l'archevêque 
de Paris, qui annonce à la prieure la ces- 
sation lie cette défense, que le j mséuisme ou 
le défaut de régularité avaient pu donner 
Oicasion à celte rigueur. 

En 1782, la communauté obtint de Pie VI 
des indulgences en faveur de la dévotion au 
sacrwé cœur de Jésus, établie dans son église. 
En 1790, il fut signifié à la communauté, par 
l'assemblée nationale, d'envoyer à la mon- 
naie toute l'argenterie, et même les vases 
sacrés dont on pouvait se passer, pour être 
fondus, et pour qu'elles se rendissent ainsi 
utiles à la patrie. La communauté déclara, 
en envoyant l'argenterie, qu'elle n'avait do 
vases sacré-^ que ceux qui étaient nécessai- 
res. La même année, la municipalité de Pa- 
ris fil faire une visite dans le monastère, in- 
terroger toutes les religieuses séparément, 
et demander L'ur volonté sur leur séjour 
personnel dans la maison , et enfin faire l'é' 
lection d'une prieure. Toutes déclarèrent 
qu'elles nommaient et voulaient la prieure 
en charge, révérende Mère Suinlc-'îhé.oja 



83 



D'.CTIONNMRE PE- 



Chardin. Le procùs-vcrbal de la v sHe minu- 
lieuso qu'on fii alors, (Sl loiil .1 la louanj^e 
de la ruiniiiiiiiauié. 

En no-i , la cominunaulé oui ordre d'éva- 
cuer le nioiiaslère pour le 20 aoiil, el défense 
en iii(?me leuips de former corpTiilion, dans 
aucune tnaisun, an nombre de pins de huit. 
La Mère prieure laissa auxjeunes religieuses 
qui avaient leur famille, le > ii(ii\dc s'y rclirer 
ou de re>ler avec qmlques-unes d'elles , el 
de se résoudre à une rigoureuse pauvrclé. 
Plusieurs furent forcées par Irurs parents à 
se retirer chez eux ; une des anciennes fut 
demandée |our faire un>' éduotion particu- 
lière; les autres s'aliandonnèrcnl à la con- 
iluiie de la Mère prieure, à qui elles avaient 
voué obéissance. 

Elles se divisèrent en trois groupes : la 
Mère prieure et sept de ses filles allèrcnl de- 
meurer rue de la Cerisaie; la Mère sous- 
prieure alla, avec sept autres, den. curer rue 
de la Hoquette; la majeure partie des sœurs 
converses se retira dans une maison de la 
rue de Cliaronne, où il y avait un four el un 
j irdin. Là elles cuUivèrent la terre el conli- 
iiuèrenl leur (onimerce do bonbons jusqu'en 
l'année 181'.), époque à la(itielle elles se réu- 
nirent à leurs anciennes îilèrcs. Malf;rc leur 
séparation , les reli},'ieuses restèrent toutes 
sous l'obéissance de la Mère prieure , qui 
condail son auloiiié à une des anciennes 
dans les maisons (ju'elie n'Iiabilail pas , el 
recevant en audi'nce celles qui voulaient 
lui parler. Lors de la séparation, il y avait 
>ingl-cinq religieuses de chœur cl treize con- 
verses; quelques-unes de celles-ci vivaient 
encore quand nous fûmes nommé confes- 
seur extraordinaire de celte conimuu.iulé, 
en 1831. 

La firieure cl celles (lui s'élaicnl réunies 
à elle Crent un petit commerce de Heurs, 
éventails, jarretières et autres petits ouvra- 
[ivs <le celle sorte , (jui leur permetta ent de 
suivre leur règle el de faire même des éco- 
nomies pour les ten)p5 où elles pourraient 
se réunir. 

Dès l'année 1807, elles fu eut reconnues 
par l'empereur Napoléon , qui leur pro- 
■ncllail l'ancien couvent de Saint- Tlionias, 
rue Viviennc. Par la protection de M. Poi la- 
lis, ministre des cultes , qui s'intéressait à 
elles, elles élaienl sur le i)oiiil tl'en prendre 
po>^sessiiin lors(iue la mort dt; ce (irolecleur 
vint relarder leur bonheur. Les choses 
reslérenl en suspens jusi]u'i 11 IHUi. 

Leur mon.islére de la Ooiv n'av.iil point 
été vendu par la nation; un décret de l'I^ni- 
pereur ra\ail concède an\ (illes de la Clia- 
rilé de Saint-Vincenl-dc-Paul. pnur leur ser 
vir de noviciat el de niaison-mère. (irâcc 
à Dieu, celte maison ne |iul lonvenir à ces 
snin'es filles , (|u'on élabl t rue du Hac, au 
lieu où elles sont arluellemenl , et l'injuslc 
spolialion de la maison de la Crois iiu lut 
point consommé»'. Eu IHIil, MM. le comte 
ilo Wilmanzy tt le mari|iils de (ïrnshois, 
pair» de France, oblinrenl de Louis X\ III la 
concession du monastère de la Croix à ses 
?,ncienucs relitjicu.ses. Cette cunccstion fut 



Or.DUES UELIGIEUX. S4 

f/iile par une ordonnance d.itée du 2G septem- 
bre. La sénalorerie mit aussilol 0; posiiion à 
la ciincessiiin des terrains ou marais qui lui 
avaient élé concédés, el il ne resta aux reli- 
gieuses (|ue le jardin, d'un arpent d'élendue, 
qu'elles possclenl actuellement. l'iles ne 
purent entrer en jouissance' qu'à la fin du 
bail <!e M. lUehard Lenoir, (lui avait loué 
les bâtiments. Ce bail ne devait expirer que 
le .'îl décembre 18i4-. 

Dès l'année 181i, lors des espérances si 
belles et malheureusement si trompeuses 
que donna la llestauration, les Dominicaines 
pensèrent à vivre taules ensemble; mais leurs 
bails respectifs ne finissaient qu'en 181C, et 
chaque maison était trop petite pour les con- 
tenir toutes. Un autre obstacle venait de leur 
pamreté, qui ne leur permettait pas d ■ payer 
un aumônier. Le P. .NLmteinard, ancien Mi- 
nime, directeur d'un ur.md nombre d'entre 
elle*, trouva moyen de lever ce;te diinenllé 
de la manière édifiante que nous allons dire: 
madame de Alazard ét.iil une ancienne reli- 
gieuse de Montniarlre qui vivait retirée dans 
le Marais, à Paris, avec une sœur converse 
qui l'avait suivie à la sortie de son abbaye. 
Elle avait un oratoire particulier, où à l'épo- 
que dont nous parlons neuf ecclésiastiques 
ou religieux disaient la messe. Le P. ftlon- 
Icinard en était un, el il se concerta avec 
madame do Alazard, qui entra dans ses vues, 
el l'un des ccclésiasiiijues de sa maison, 
M. l'abbé Leclerc, se dévoua gratuitement à 
l'ceuvre des Dominicaines, dont il fut l'aumô- 
nier dès 1811-, dans la maison de celles qui 
habitaient alors la rue Saint-Denis, les sui- 
vit dans leurs diverses liabitalions cl desser- 
vit la communauté pendant trente ans. Nous 
avons eu le bonheur de nous lier avec ce 
s.'iinl e( clésiastiquc, ancien professeur, qui, 
non content d'être gratuilemenl au service 
de II communauté des Dominicaines, lui a 
même fait jiarl de ses bienfaits. 

Les religieuses prirent d'abord une maison 
à loyer, rue des Arnandiers-Popinc.iurl, y 
cnlrèrent au mois de juillet 1810 el y repri- 
rent l'h.ibit religieux le i août de celle an- 
née; jusqu'alois elles avaient gardé l'habit 
séculier. Elles et lient au nombre de 12 clin- 
ristes el de 'nonverses. Les aulies conveiscs 
de la rue dcCharonne ne s'y réunirent, ainsi 
(jue nous l'avons dit, (ju'en l'année 1819. 

Nous dirons ici que les Dominicaines de la 
Croi\ offrirent aux religieuses <le leur ordre, 
(pii n'avaient pas eu comme elles le bonheur 
de recouvrer leurs maisons, de veuir se 
réunir à elles, (^inq se rendirent à ceJle in- 
vilalion ; l'une était madame de la i'rade, du 
couvent de Saint-Etienne; Ir. deuxième, du 
couvent de Dinan; la Iroisième, madame le 
Normand de \ illei s, de l'ancienne maison do 
Poissy, cl qui exerça depuis la (hargc de 
prieure, pendant onze ans ; lu <)ualrièinu 
était une religieuse de la maison de Uo/ny , 
(lu fccuiid ordre, en IJrie; la cinquième était 
du couvent de Monlpellier. Nous voyons avec 
surprise que celte liste ne contient aucune 
religieuse de l'ancienne maison de Saint- 
Thomas. 



e.j 



DOJÎ 



no\i 



8ii 



De la riu' dos Aninndicrs, lis Domiiiirainrs 
aîlèrciil demeurer rue de MoïKreuil, n° 37, 
au faubour:: S.iinl-Anloiiie, dans un Incal 
plus vaijle. Mesdames de Grosbois et de Wil- 
innnzy lurent très-utiles par leurs dons cha- 
ritables au rétablissement de l'intérieur de 
la maison de la rue Ch ronno ; mais un tiers 
des bâtiments avait été ahattu, par suite de 
vétusté. 

La pauvreté de la maison n'a point encore 
permis d'y rétablir la clôture rigoureuse, 
que les religieuses gardent néanmoins au- 
tant que possible. Nous avons donné ces dé- 
tails sur cette maison des Dftminicaines, 
pirce qu'ils feront voir par analogie ce qui 
fut fait dans les autres mon isièrcs à cette 
époque, et aussi parce qu'ils sont édiOants et 
intéressants pour cet ordre célèbre et pour 
les lecteurs. 

Depuis la mort de M. Lcclerc , les Pères 
de la maison de Piepus l'ont à La Crois les 
foncliiins d'aumônier. Les religieuses ne se 
lèvent pas actuellement à minuit pour ma- 
tines, mais elles font promettre à toutes 
celles qui font profession de ne pas mettre 
d'obs'acle au rétablissement de ce point de 
la règle, quand on pourra le rétablir. Lors- 
qu'elles habitaient la rue de Monlieuil, la 
prieure et M. l'abbé Leclerc, sans tenir (b.i- 
pilre et sans consulter l'autorité, se déter- 
minèrent à faire prendre aux religieuses le 
bréviaire de Paris. Cette mesure singulière 
fut prise pendant le carême. Peu de temps 
après l'archevêque de Paris, M. de Quélen, 
vint voir la maison. La prieure lui dit qu'elle 
avait pris le bréviaire du diocèse. L'arche- 
vc.|ue témoigna sa surprise et son mécon- 
tentement. « Je n'ai qu'une maison de Domi- 
nicaines dans mon diocèse, dit-il, je désire 
qu'elle garde son rite et que son bréviaire n'y 
soit pas supprimé.» La prieure fit reprendre 
lo bréviaire de l'ordre, la veille de s'iint 
Dominique, au mois d'août suivant ; ainsi 
le bréviaire de Paris ne fut récité que pon- 
dant quelques mois. Ceci se passa en 18:24- 
ou 1825. Les religieuses ne rentrèrent dans 
la maison de la Croix qu'au mois d'octobre 
1823. Lorsque nous étions confesseur extra- 
ordinaire de cette maison, alors peu nom- 
breuse, nous fîmes, de la part d'un supérieur 
ccelésiaslique, la triste commission de pro- 
poser la récitation de l'office de la sainte 
Vierge au lieu du bréviaire de l'ordre. Nous 
vîmes avec plaisir et édification la mère 
prieure rejeter avec empressement notre pro- 
position et tenir à son bréviaire, qu'elle avait 
pourtant abandonné, comme nous venons de 
le dire, (juelques années auparavant. Les re- 
ligieuses ont eu la consolation de voir les 
Dominicains rétablis venir plusieurs fois of- 
ficier dans leur nsonastère. Elles ont eu suc- 
cessivement deux religieuses, venues d'un 
monastère de Suisse, pour gouverner la mai- 
son en qualité de prieures. 

Il reste peu de maisons de cet ordre en 
France. La célèbre maison de Prouille est 
tout à fait détruite. Colle de Poissy, non 
moins illustre, sert aujourd'hui de prison 
centrale : ce célèbre inonaslèie avait gardé 



jtisqii',1 la fin une partie de son ancienne 
sijlendeur. Les religieuses y étaient nom- 
breuses ; dix religieux Dominicains la dcs- 
ser\aient; la prieure était perpétuelle; la 
dernière fut madame de Quélen, de la famille 
de l'archevêque de Paris du même nom. 

Les religieuses Dominicaines appellent re- 
ligieuses du second ordre celles qui ne sont 
p;is réformées comme elle*, mais en réalité 
elles sont toutes du second ordre de Saint- 
Domin'que, hors rc'Ies (|iîi, réellement s ii- 
vant la troisième règle, sont du tiers ordre 
et appelées Catberioelles en quelques lieux. 

La maison de Mauriac, diocèse de Saint- 
Flour, a été détruite au mois de mai 1847. 
L'esprit de l'ordre ne régnait pas autant qu'il 
eût fallu dans ce monastère, et peut-être 
pourrions-nous ajouter que l'autorité ecclé- 
siastique n'a pas pris les moyens de l'y ré- 
tablir. D'autres religieuses occupcsil la mai- 
son. 

Uesic donc encore la maison de I^angeac, 
qui est connue par la célébrité que lui donne 
la vénérable mère Agnès, amie de M. Olier, 
et qui est, dit-on, actuellement très-pauvre. 
Cefe ci est, comme celle de Paris, du grand 
oi'dre do Saint-Dominique. Le tiers ordre 
compte les maisons de L'ingres, d'où est 
sortie celle de Bar-le-Duc et de Châlons- 
snr-Saôiic. 

L'ordre de Saint-Domini()ue possède au- 
jourd'hui des monastères de femmes dans la 
plujarl des pays catholiques en Europe; il 
y en a aussi en Aniériciuc et même, croyons- 
niius, en Asie et en quelques pays prote- 
stants. Il y a, dans les Etats soumis à l'em- 
pereur d'Autriche, huit maisons, contenant 
cent cinquante religieuses. La njaison de 
Rome est sous la direction immédiate des 
Dominicains, comme l'étaient autrefois celle 
de Poissy cl autres. Dans la plupart des au- 
tres pays, les Dominicaines sont, comme à 
Paris, sous la juridiction de l'ordinaire. 

Mémoires de Scipiun Ricci, tom. I". — 
Tiihleau historique et pittoresque de Paris, 
])ar M. de Saint-V'ic!or. — Mémoires manu~ 
scrits, fournis p-ir la révérends Mère Saint- 
liernarJ,- Dominicaine de Paris, etc., etc. 

B— D-E. 

DOMINICAINS (Ordre des). 
De l'Ordre des Frères Prêcheurs oti Domiiii- 
Cdins appelés en France Jacobins, avec la 
vie de saint Dominiqui', leur fondateur. 

§ I". Inslitulion de l'ordre, 

Guillaume de PuysLaurcns, dans son His- 
toire des Albigeois, parlant de l'ordre des 
Frères Prêcheurs iondé par saint Domi- 
nique, dit que l'établissement de cet ordre 
est une ];reuvc manifeste t>j ce qu'a dit l'apô- 
tre saint Paul, qu'il fallait qu'il y eût des 
liérésies [1 Cvr.xi, 19). i n efl'et, s'écrie un 
auteur moderne dans une histoire qu'il nous 
a donnée aussi de ces mêmes Albigeois, que 
de saints, que de martyrs, que de docteurs, 
que de lumières de l'ordre de Saint-Domi- 
nique qui li'auraieut peut-être jamais éclairé 
l'Eglise sans les erreurs de ces hérétiques 1 



87 

S.iini Do I. inique iiaquil l'an 1170 a Cilalmi'- 
la ou Cnlriroga, biiiirp du <iiocc>c d'Osnia 
il.ins la >'ieiili'-i:aslil!c. Son père se nominail 
Félix (îuzman de l'ancienne el noble laiiiille 
lies tîuziiian , qui lient encore un ran ^ con- 
ïidérable en l';s|iai:ne; et sa mère, Jeanne 
d Aza, laquelle, élant j^rosse île saint Uonii- 
niijuc, eut un songn injsicrieux où elle s'iina- 
};ina nicltre au m nde un pclil chien qui 
d'un llanibeau allunjé qu'il lenailà sa a;neule 
eclairail tout le mon.ie : présage évident de 
fe qui est arrivé dans la suite, lorsque par 
l'ardeur de son zèle et le feu de sa cliariié 
ii a éclairé un nombre infini d'hérétiques 
qu'.l a lires îles ténèbres de l'erreur pour 
leur faire cunnailrc les lumières de la vé- 
rité. 

On lui donna au baptême le nom de Domi- 
nique, à cause de la dévotion que sa mère 
portait à saint Dominique de Silos, qui lui 
apparut un jour qu'elle priait à son tombeau 
dans un monastère proche de Calaroge, et 
lui prédit ce que Dieu devait faire par le 
iDOjen de son fils. Ce fut ce motif qui porla 
ses parents à chercher de b )nnc heure les 
moyens les plus propres pour lui procurer 
une cducalion qui le rendit di^^ne de devenir 
le minislrc des desseins de Dieu. Do.nini juc 
répondit aux internions cl aux soins de ses 
parents. A peine commcnça-l-il à parler qu'il 
demandait d'aller dans les églises pour y 
prier Dieu, et qu'il se levait secrètement la 
nuit pour dunn r à cette sainte occupation 
le temps qu'il otait à son repos. A l'âge de 
six ans on le mit sous la conduite d'un de 
ses oncles arcliiprèlre de l'église de Gumyel 
d'Vssan, pour y apprendre les lettres lui- 
maiiit s. Le temps qui lui restait de ses éludes 
n'était point employé à des amusements in- 
utiles; l'assislance aux dinns offices, le chanl 
de 1 lîglise, les exercices de dcvoiiori, la dé- 
cor.ition des autels, satisfaisaient sa piélé et 
lui tenaient heu de divertissement. 

Ayant p.issé sept années dans l'élude des 
lettres humaines et dans ces sortes d'occu- 
pations, on le relira de la maison de son on- 
cle pour l'envoyer à l'alencia, ville episco- 
pale du royaume de Léon, où il y avait |)otir 
lors une universilé qui l'ut IransTéréc dans 
la suite, l'an 1217, par le roi l'erdinand III 
dans la ville de Salamanquc. Il y emiiloya 
six ans à l'élude de la philosophie cl de la 
néologie, joignant toujours à l'élude l'orai- 
son el la prière. Il jeûnait dès lors Irès-I'ré- 
quemmcnl, dormail peu, et ne se reposait 
soun lit que sur le plancher de sa chambre. 
11 faisa l paraître un amour tout p.irlii ulier 
j>our la relraile. Il ne sortait que iiour aller 
aux églises cl aux écoles publiques. Il était 
le père des orphelins, le protecteur des veu- 
ves, le refugi! des pauvres, pour le snulage- 
incnt desquels, ilans une cruelli- famine 
qui désola iMule l'Kspagne , il Tendit Ions 
SCS livres et ses meubles; il même dans une 
autre rcnconlie il >e vouliil vendre lui- 
inéme, s'élant oITi-rl pour éir.' la rançaa d'un 
jeune homme (jui avait été pris par les 
Maur.'S. 

Ail charité ne .^c borna jias à soulager son 



DICIION.V.UUE ni-.S OUIMirS RKLIGIiaJX. 



88 



prochain dans les nécessités du corps, il vou- 
hil lui procurer des biens spirituels, cl le 
zèli' qu'il avait pour le salut de ses frères 
lui fit enireprenilrc de rudes pénitences pour 
la conversion de ceux qui étaieni endurcis 
dans leur péché. Toujours prêt à donner sa 
vie pour empêcher que Dieu ne fût offensé, 
il sentait au dedans de lui-même une si forle 
douleur des péchés d'nuirui, qu'il les pleurait 
amèrement, comme s'ils avaient été les siens 
propres. Ce fut ce zèle du salut du prochain 
qui le fit résoudre à travailler à la conver- 
sion des pécheurs par ses discours ; il com- 
mença jiourWors à faire paraître les grands 
talents que Dieu lui avait donnés. Il les em- 
I loya avec lant de succès, que les [ireniiers 
fruits ([u'il en relira furent la convcrsi in 
d'un seigneur nommé Conrard qui avr.il été 
compagnon de ses éludes, et qui, s'élant fiit 
dans la suile religieux de l'ordre de Cileaux, 
fut élevé à la dignité de cirdinal. Ses dis- 
cours épouvantaient les péc/ieurs, conver- 
lîssaienl les hérétiques, servaient de guides 
aux péiiiteuls, et de confolalion auxaliligés. 
De si saints exercices et tant d'exemples de 
vertu augmenlèrenl la réputation do D.)mi- 
nique, qui. n'ayant pas encore vingl-quatro 
ans, était déjà consulté comme le directeur le 
plus expérimenté sur les affaires du salut. 
Dom Dièguc de Azebez, évoque d'Osma, 
voulant reformer les chanoines de sou Egli- 
se, el leur faire embrasser la vie régulière 
sous la règle deSainl-Auguslin, jela les yeux 
sur Dominique pour le faire entrer dans sou 
chapitre, le regardant comme celui qui se- 
rait le plus cajjable de soutenir par sou 
exemple l'établissement de la réforme qu'il 
projct.iil. 11 lui en fil la proposition , el Do- 
nùni(|ue, ne doutant point que Dieu ne lui 
parlai par la bouche de son évêque, quitta 
l'alencia pour venir prendre l'habit de cha- 
noine et faire professinn de la vie religieuse 
dan-, l'Eglise d'Osm.i. Quoiqu'il n'y changeai 
(jue son extérieur, Il ne laissa pas de paraître 
un honmie tout nouveau parla ferveur avec 
laquelle il se porla à la perfection de sou 
éiul ; el, croyant que jusque-là il n'avait en- 
core rien l'ait jiour son salul, il augmenta 
ses jeûues, ses veilles, ses pénilences et se^ 
mortifications. Les chanoines d'Osnia, sur- 
jiris et édifiés de ses vertus, croyaient voir 
leur cathédrale changée en un désrrl sem- 
blable à ceux de la Tliéb.iïde el de ri''gypte, 
tanl élail grande l'Iiumililé, la moriificalion, 
l'abstinence et la retraite de Dominique ; 
aussi faisait-il son élude particulière des 
Conférences de Cassien, uGn d'imiter ces an- 
ciens Pères des déserts. 

Son évéque, qui connaissait son talent, ne 
voulut pas renfermer dans son Eglise le tré- 
sor <iu'il possédait; il lui permit d'aller por- 
ter la parole de Dieu au\ naliuns, el de prê- 
cher la i>énilence aux pécheurs. Aussilùt il 
|),ircnui ut iiliisieurs provinces, travaillant à 
détruire en même temps les vices et les er- 
reurs dont les maliométans et les hérétiques 
les avaienl infeitêes. I.a première conver- 
sion qu'il fil, el la plus eclalanle, fui celle de 
Kcinier, qui, ayant renyucé ù l'hérésie doul 



89 ni)M l)O.M ?0 

il éinil i'aulcur, fut employé bioiilôl après sioiis, afin de prêcher encore mieux par 

par le \)!X\)c innocent 111 contre d'autros hé- leur exemple que par leurs discours, ils de- 

rétiques (]ui avaient autant (!e noms dif- vinrent respectables par leur nouveau genre 

férents qu ils occupaient de différentes pro- de vie, nu lieu qu'on les avait méprisés dans 

vinces, et qui entra depuis dans l'ordre des leurs richesses. L'évêquc d'Osma, qui avait 

Frères Prêcheurs. donné ce consi il, l'avait mis le [ircmier en 

Quelque temps aptes, Dominique fut or- pratique avec Di:minique. 11 avait clé établi 

donné prêtre par l'évèque d'Osm.i, qui le lit chef de la mission, dont le nombre des ou- 

sous-prieur de soncliipi re, qui était la pre- vriers s'était augmonlj par l'arrivée de l'abbé 

niière dignité après la f.ienne, puisque, après de Cîicaux et de douze a! Lés de son ordre ; 

avoir embrassé la régularité qu'il avait pre- mais ces religieux étant retournés dans 

scrite aux autreS; il en était devenu prieur, leurs monastères quelque temps après, aussi 

Ce prélat ayant encore scrupule de retenir bien que l'évêque d'Osma dans son diocèse, 

Dominique, dont la vocation était d'instruire où il mourut dans le temps qu'il se disposait 

et de convenir les peuples, l'envoya derc- à retourner dans le Languedoc, le légat 

chef pour remplir le ministère de prédicateur Haoul ayant aussi quitté cette province, et 

évangélique. 11 parcourut plusieurs provin- Pierre de Gastclnau ayant été assassiné par 

ces, la Galice, la Caslille et l'Aragon, où les émissaires de Raymond , comte de Tou- 

il fil plusieurs conversions, jusqu'en l'an louse, Dominique se trouva seul cbaru'é de 

120i, qu'Alphonse, roi de Caslille, ayant en- tout le poids de la mission. Bien loin de se 

A oyé l'évéquedOsma ambassadeur en France laisser intimider à la vue des fali^'ues , des 

pour y négocier le mariage de son fils Fer- tourments et des périls dont elle était accom- 

dlnand, qui fut son successeur, avec la prin- pagnée, il se sentit animé plus que jamais à 

cesse de Lusignan, fille de Hugues, comte de poursuivre son entreprise. Un renfort de sept 

la Marche, ce prélat prit Dominique en sa ou huit ouvriers qu'il reçut redoubla son 

compagnie. courage, et il les distribua dans les endroits 

Ils passèrent parle Languedoc, où ils fu- qui avaient plus de besoin de secours. Le 

reil léînoins des ravages que faisaient les nombre se multiplia encore dans la suite; 

hérétiques albigeois. Ils ne purent entendre mais, comme il diminuait aussi par inter- 

Je récit qu'on leur (il des erreurs et des abo- valle, parce que la plupart ne se joignaient 

minalions qu'on leur attribuait sans en être à lui que pour un temps, que souy.'nl après 

vivement touchés. L'évèque cependant re- le terme de quelque mission limitée, ils s'en 

tourna en Espagne pour rendre compte au retournaient à leurs premiers emplois, et 

roi Alphonse de sa négociation ; mais ce que plusieurs même ne faisaient point de 

prince, l'ayant renvoyé en France avec un scrupule de l'abandonner dans ses plus 

magnifique équipage pour amener la prin- grands besoins, il songea à i xécuter la réso- 

cesse promise au prince Ferdinand, il prit lulion qu'il avait déjà formée avant la mort 

derechef Dominique avec lui, et, étant arri- du l'évèque d'Osma et celle de Pierre de 

vésau château de Gace, lieu de la résidence Caslclnau, louchant l'inslilution d'un ordre 

du comte de la Marche, ils trouvèrent toute religieux qui eût pour fin la prédication de 

la cour en pleurs pour la mort de cette prin- l'Evangile, la conversion des héréliques, la 

cesse, qui venait d'expirer, et assistèrent défense de la loi et la propagation du chri- 

cux-mômes à ses funérailles. Frappés de cet slianisme. Il assembla peu à peu des per- 

objel qui leur dmnait une si vive idée de la sonnes touchées de l'Esprit de Dieu, qui 

fragilité et de l'inconstance des choses de la étaient animées du même zèle do sa gloire 

terre, ils résolurent do ne plus retourner en et du salul des âmes. Les premiers furent 

leur pays. Us y renvoyèrent leur équipage, Guillaume du Clairet, et Dominique surnom- 

et, ayant pris le chemin de Uome, ils oblin- mé l'Espagnol, à cause qu'il était natif d'Es- 

renl permission du pape Innocent lll de de- pagne. Cette compagnie s'augmenta juscju'au 

meurer dans le Languedoc pour y travailler nombre de seize, dont il y avait huit Fran- 

à la conversion des Albigeois ; mais le saint cals , six Espagnols, un Anglais et nn Por- 

pontife limita le séjour de Diègue dans cette l'ugais. Les Français étaient Guillaume du 

province à deux ans, après lesquels il lui Clairet , dont nous venons de parler, qui 

ordonnait de retourner dans son Eglise. quitta l'ordre dans la suite pour entrer dans 

" Avec ce pouvoir i!s revinrent en France celuide Gîlcaux ; 53ertrand de Cariga, Etienne 

pour liavailler à leur nouvelle mission. Us de Metz, Odier de Bretagne, Riatlhieu de 

y trouvèrent les légats du p:ipe, qui, rebutés Paris, Jean de Navarre, et deu< fièresda 

du peu de profil qu'ils faisaient parmi ces Toulouse, Pierre et Thomas de Sjllj'.n, qui, 

héréliques, étaient sur le point de s'en retour- non-seulemcnl se donnèrent eux-mêmes à 

ner et de secouer la poussière de leurs sou- saint Dominique, mais encore leur maison 

liers, selon le conseil de l'Evangile. M,uis le située à Toulouse proche la porte de Nar- 

sai ni évêqiie d'Osma les arrêta en leur per- bonne, où saint Dominique et ses cofripa- 

suadanl qu'ils feraient plus de fruil si , en gnons firent leur première demeure. Entre 

luittanl leurs grands équipages, et le faste les Espagnols était Dominique l'Espagnol et 

'in'ils avaient cru nécessaire pour relever le trère de notre saint Icndaleur , nommé 

leur dignité, ils embrassaient la vie aposto- Menez de Guzman. 

lique.CcquiréussitelTcctiveoicnt; car, ayant Ayant ainsi léuni celte sainte troupe l'aii 

ijuillé leur train et leur équipage, et mar- 12Io, il résolut, pour assurer les londemcnls 

chanl sans argent, sans valais, sans provi- deson institut, d'en aller diuuinderla tculir- 



91 PICTIONNMUF. DKS ORDIIES lUXIGIKL'X. nS 

inalioii A n.imo, où le pnpp Iminccnl 111 pas do ronliniior son voviipo à Rome, où il 
de».iil faire louviTture du coiiciU- {;oiu'r;il lui (■coiili' du iioiivc.iu potilifft plus UM qu'il 
de Lalr.ui. H so ml à la tomp.i|;iiio de Toul- lU' l'aurail espéré; il obliiil dès le 22 d(crm- 
((ues, o»t'(iu.' de Touioiiso, l'un des approba- lire de la nièiiie année une bulle (lui appron- 
Icurs de î-ou d.ss(in, nui aiiail au coneile. \ail et confirmait son institut sous le titre, 
r. JiMU de Navarre fut son (Oinpa;;rion in d(! l'ordre des Frères Prêcli'iirs. Comme fon- 
ce vojaije, cl il laissa pour gou>cner sa dateur il voulut y être le premier aprépé, ce 
petite communauté lieriraml de Cari;:i. (|ui ne se pouvait faire sans une rénovation 
Comme ce concile venait d'ordonner qu'i.n de ses vcrux qu'il avait faits auticfois entre 
travaillerait pluîot à la réforme des ordres les mains di l'évèciue d'(">sina, et une non- 
déjà établis qu'à leur mulli(diealion, le pape velle profession. Il la réitéra et s'obliïrea de 
ne voulut pas a^ prou\er c lui de saint Uo- nouveau de vivre selon les slituis particu- 
iiiini(|ne , i\\t\ \enait d'être nouvellement liers qu'il avait choisis avec ses frères pour 
institué, »iuoi<]ne l'évé(]ue de 'J'oulouse el être à l'avenir les conslitulions de son ordre, 
plusieurs prélats eussent parlé en sa faveur. l'.e fut entre les mains du pape qu'il 11; celle 
Il fut lui-même rebuté plusieurs fois par ce profession solennelle, el Sa Sainteté l'établit 
pontife; mais une »isiun semblable à celle supérieur et maître général de stn nouvel 
qu'il avait déjà eue lorsque saint François, odre. lui donnant pouvoir de recevoir à 
dés l'an l-O'.t, lui avait diiuandé la confirma- l'habit et à la profession ses eompapinons, 
tion de son ordre, le déierniina à accorder à el d'instituer l'S supérieurs et les ollieiers. 
llominiqucre qu'il demandail. Il le lit venir, Ktanl retourné à Toulouse, il eut la con- 
aj'prouva seulement de vive voix son insti- solalion d'y voir déjà le premier couvent de 
lut, el promit de lui donner celte coiilirma- son ordre achevé jiar la diliiîcncc de ses frè- 
lion par une bulle lorsque, de concert avec res cl plus encore par les libéralités de 
ses compagnons, il aurait choisi une des I évéque de Toulouse et de Simon . comte 
règles déjà approu\ées par l'Fi;lise, cl qu'il de .MontforI, Il y établit aussilôl l'écono- 
aurail \u le» constitutions et les statuts de mie et la di<cipliiie, et reçut avec les solcn- 
!-on institut. nilés prescrites les vœux, de ses religieux, 
Il retourna en Languedoc, où il assembla dont le nombre s'était niiirmenlé pen- 
ses frères dans le monastère des ri'ligieu-es danl son absence, h'habit do-it il se revêtit 
de l'rouille, (ju'il avait établies ; et, s'étant fut celui des chanoines réguliers, td qu'il 
mis tous en prières :iiin que Dieu leur insjii- l'avait porté jusqu'à ce temps-là, el iju'il 
ràt le choix d'une règle, ils furent d'avis d(! l'avait reçu des mains de lévèque d'Ilsma, 
prendre celle de saint .\uguslin, à laiiuellc c'e-t-à-dire, une soutane noire et un roche! 
ils ajoutèient des statuts et des consti lu lions par-dessus, comme il parait parles anciennes 
l'ont l'usage était en pratique dans un an- peialures où ce saint et ses premiers d.sci- 
(icnor re. Oue'ques auteurs veulent (]ue ce pies sont représentés de celle manière (1), 
seit l'ordre des IJiarlreux, mais le 1!. Ihiui- selon ce que dit Michel Pio, hi>torien de cet 
bi'i l, dans un manusci il ijui est encore con- oiiire. H envoya ensuite de ses religieux en 
serve à Toulouse, au rapport du l'ère .lean dilîerents eiulroits pour y travailler au salut 
de Kcchac, historien de l'ordre des Domiui- des âmes par la prédication, qui faisait l'cs- 
cains, dit que saint Doniinique les lira des sei;tiel de son institut. Le Père Matthieu de 
< onstiluliuns de l'ordre de l'remontré. Les Paris el Manez de Cuzman, frère de noire 
principaux articles ordonnaient le silence saint, furent destinés pour Paris. Il en eii- 
perpéiucl , n'y a^ant aucun temps où il fu! voya d'autres en lispagiie, il en laissa à 
permis de parler ensemble sans la permi-- Toulouse, el se réserva pour lui la ville de 
sioii du supérieur; les jeûnes presque con- Home (2). 

tinuids, au moins depuis le 1 '»■ septembre Comme son dessein, après avoir séjourné 

jusciu'à Pâques; l'abstinence de la viande en quelque temps en llalic, était de passer en 

tout temps, excepté d..ns les grandes mal..- .Vfriquc pour y annoncer la parole de Dieu 

dies; l'usaijc de la laine au lieu de linge; aux infidèles, et que pendant son absence il 

une pauvreté rigoureuse et plusieurs autres ne pouvait pas gouverner son ordre, il en 

austérités. (Juelquts-uns ajoulenl, le renoii- donna le soin à .>ialtiiieu de Paris, qui, selon 

fement aux renies et à toutes possessions; les historiens de cet ordre, eut le litre d'abbé 

iiiaiii ce renoncement ne fut ordonné (iui> général, ajant été le seul ijui ait eu celle 

d.ini le premier chapitre uéiiéral, l'an 1220. (lualilé, qu'il ne garda pas longtcniis, car 

Les résidutions ainsi prises sur le genre saint Doininiiiue ne passa poinl en .Miiqne, 

de vie, saint Dnminiiine pirtii pour ret' ur- cl gouverna toujours ^on ordre. Maltliieu 

lier à llome alin d'en obtenir la coiilirmation de Paris n'exerça aucune juriilielion ()ue 

du saint-siège, pendant «(ue dans 'l'uuloiisc dans la province de France, dont il lut 

on jeltcr.iil les fondements de la première provincial. Ce fui lui (jui, avec son comp.i- 

maison de l'ordre. Il ajijiril en chemin la gnon, lit la fonlalion du couvent de Paris 

mort du pape Innocent ill , arri»ée le 17 l'an 121S, un an après leur arrivée en celle 

juillet 1211), à l'érouse, et qu'llonoiius III ville, où ils logèrent d'abord dans une inai- 

liii avait succédé. Ouoiqu'il prévît les difli- son qu'ils louèrent auprès de l'evéché; mais, 

cultes que les alTaires du nouveau pontific.it en ayant obtenu une autre dans la rueSainl- 

dcvaicnt apporter à sesd.sseins, il ne laissa Jacques, on les appela dès lors Jacobins, 

(i) Voy., il l.i lin du vol., ii" 12. {i) Vil. de gl. llmim. illun. dcijl. Ord. de S. Dem. 



93 



DOll 



DOM 



9; 



nom qu'ils onl rcloiui jusqu'à piéscnl par 
toute la France. 

Qi!clqi)c temps après que saint Domini- 
que eut ainsi dispersé ses disciples, il quiila 
Toulouse pour aller en Italie, et elioisil pour 
compagnon le bienheureux Etienne de Meiz. 
11 prit sa roule par Paris, et de là par la Lor- 
raine, pour aller à Venise par les frontières 
d'Allemagne. En passant à Metz il y bâtit 
in couvent de son ordre, dont il donna la 
conduite à ^on comp.ignon le bienheureux 
Etienne, qui fut peupléen peu de temps d'un 
grand nombre de religieux à qui il donna 
lui-même l'habit pendant le séjour qu'il fit 
en celte ville. Il prit sis de ces religieux, 
qu'il mena avec lui en lia ie. II fonda encore 
un autre couvent à Venise, où ayant encore 
laissé quelques-uns de ses compagnons, il 
s'en alla à Kome pour essayer d'y mettre le 
centre de son ordre, qui de là pourrait plus 
facilement s'étendre dans les autres villes 
jusqu'aux extrémités du monde. 

Le pape Honorius 111 lui donna d'abord 
l'église de Saint-Sixte et ses dépendances 
pour en faire un couvent; mais à quelque 
temps de là ayant fait donner cette maison 
aux religieuses deson ordre, comme nous l'a- 
vons dit à ! article Dominicaines, il obtint du 
même pape l'église de Sainte-Sabine avec une 
partie de son propre palais, pour servir de 
demeure à ses religieux, qui se trouvaient 
déjà en grand nombre. Ce fut dans ce mo- 
nastère que l'an 1219 il quitta son habit et 
celui de ses frères, qui avaient été jusque-là 
des chanoines réguliers, pour prendre celui 
que l'on prétend que la sainte V'ierge montra 
au bienheureux Renaud d'Orléans, qui con- 
sistait en une robe blanche, un scapulaire 
de même couleur, auquel était attaché le 
chaperon de la même façon que le portent 
encore aujourd'hui les Chartreux, les reli- 
gieux de Saint-Dominique de Portugal et 
ceux de laCongrégation du Saint-Sacrement 
en France; dont nous parlerons aussi dans 
la suite. Ils prirent aussi la chape et le cha- 
peron noir aboutissant en pointe comme 
celui des Chartreux (1). 

M avait envoyé l'année précédente de nou- 
\ eaux missionnaires à Bologne qui y avaient 
fondé un couvent, l'église de Noire-Dame do 
la Mascarella leur ayant été accordée pour 
ce sujet. Mais cette même année 1219 ils en 
obtinrent un second dans la même ville, qui 
est devenu si rccommandable dans la suite 
des temps, qu'il est l'un des plus beaux et 
des plus fameux d'Italie, tant par la magni- 
ficence de ses bâtiments, de ses cloîtres et 
par le nombre des religieux, qui est ordi- 
nairement de cent cinquante, que pour l'a- 
vantage qu'il a de posséder les sacrées reli- 
ques de ce saint fondateur, qui tint deux 
chapitres généraux dans ce couvent en 1220 
et 1221. Dans le premier on fit plusieurs 
règlements pour maintenir dans l'ordre la 
discipline régulièreet la pauvreté, à laquelle 
ils s'engagèrent en renonçant dans ce chapi- 
tre ù toutes les rentes et possessions. Ce qui 



port) Fniul l)(imi:ii(iue à ce renoncowenî 
furent les effets admirables de la divine pro- 
vidence, dont il avait vu les preuves dans 
le chapitre général de l'ordre des Frères 
Mineurs que saint François avait tenu l'an- 
née précédente à Assise, où se trouvèrent 
plus de cinq mille religieux qui ne manquè- 
rent de rien, quoiqu'ils ne posséd isseni au- 
cun revenu : ce qui toucha si vivement saint 
Dominique, qui s'était trouvé pour lors à 
Assise pour admirer ces hommes aposlo'i- 
ques, qu'il rôsoliit de faire embr:isser la 
même pauvreté à ses religieux, et que, au 
rapport de saint Antonin, il donna en mou- 
rant sa malédiction à ceux qui introdui- 
raient dans son ordre les rentes et les pos- 
sessions. 

J'avoue que la plupart des historiens de 
l'ordre de Sainl-Dominiquf» soutiennent que 
leur fondateur ne se trouva point à co 
chapitre des religieux de l'ordre de Saint- 
François, sur ce qu'ils prétendent que saint 
Dominique était pour lors en Espagne; et à 
cause que ce fait est rapporté par Wadding 
et quelques autres historiens de l'ordre des 
Mineurs, le P. llechac, Dominicain, par une 
fade raillerie , dit que c'est une tradition 
grise; mais, sans examiner si elle est grise 
ou blanche et noire, il est certain qu'aucun 
des écrivains de l'ordre Je Saint-Dnuiiniquo 
ne s'accorde sur le temps que demeura ce 
saint en Espagne , ni dans quelle année il y 
fut et qu'il en revint, le nombre de ceux 
qui la mettent en 1218 étant plus grand que 
de ceux qui prétendent que ce fut l'an 12li). 
Quoi qu'il en soit , c'est une question peu 
importante de savoir si ce fut à l'exemple de 
saint François, ou de son propre mouvement 
que saint Dominique rer.onça à toutes les 
rentes et les posses ions dans le premier 
chapitre général qu'il tint à Hologno l'an 

1220. L'année suivante 1221 il y tint encore 
un second chapitre général , où l'on divisa 
l'ordre, qui avait déjà soixante couvents, en 
huit provinces, qui furent celles d'Espagne, 
de Toulouse, de France, de Lombardie, de 
Rome, de Provence, d'Allemagne e( d'Angle- 
terre, et on élut pour chaque province un 
provincial. Le chapitre étant fini , saint 
Dominique envoya des religieux en Ecosse, 
en Irlande et dans les pays du Nord jus- 
qu'en Norvvége , et s us le pôle, et dans le 
Levant, jusque dans la Palestine. II alla 
ensuite à I\lanloue, à Ferrare, à Venise, 
d'où il retourna à Bologne, où, après avoir 
travaillé si utilement pour le bien de l'Eglise 
et pour rétablissement de son ordre , il 
termina heureusement ses jours dans son 
second cou\cnt, qu'on appelait pour lors 
Saint-Nicolas des Vignes, et rendit son âme 
à son créaleiir le sixième jour d'août l'an 

1221. Le cardinal Hugolin, légat du saint- 
s ége , fit la cérémonie de sa sépulture , ac- 
compagné du patria.'che d'Aquilée ; et ce 
cardinal ayant été depuis p.Tpe sous le nom 
de Giégoire IX le cationisa le 13 juillel 
123i. 



(1) Yoy., à la fin du vol., n" I", 1 1 cl 15. 



95 DICTIONNAIRE DES ORDUES RELIGIEUX. % 

Voij. Ili'rnnndo ilo Cnsliulio, Junn l.oiicz, il.ms lo gouvorncmonl de l'ordre , nyanl cli' 

ri AiilOTi. (le Rcmi'sel. Uisl. ilc San Domingo, élu dans le rliapiire général qui se linl aussi 

t] dtsuordtnde Prrdcn(toris.\-\iAo\.Q..\hcci\s, à i'aris l'an 12.')". 11 rédiiioa par écrit les 

Hitt. de San Domingi ». Ihom. Malucnda , ronstilulious ; il leur donna une meilleure 

AnvaL ord. l'rœd. Li-and. Aiberl. de Y iris f.inne, et les divisa en deux parlies. Dans le 

illiistrib. ord. PrwdAiio. Michel Pio, Vit. de premirr chapitre général qu'il lint, il fit re- 

r//i Ifuomini iHuslri di S. Domenico. et llist. cevoir une ordonnance qui portait qu'il serait 

deHn nobil. proyeii. de S. Domcnicn. .\nlon. permis au\ p^•néraux de se démettre de leur 

Senen*. r/iroHi'c. /•'/'. I'r,rdicaloruw. et Vif. office quand bon leur semblerait , el qu'on 

.S.";. PP. ord. Piad. Viiiccnl. Maria Fontana, serait tenu d'accepter leur di'inission : c'est 

Monum^iiln Diminic nu, Thentnim Domini- pourquoi, profilant de cette ordonnance, il 

cnnitm,tt Cunsiittuion., déclaration, et crdi- renonça au pénéralat dans un autre < hapiire 

nation. Capilidorum Gener.l. ord. Pnrdicat. qu'il lint l'année suivante. On lui donna pour 

Serapli. Kazzi, Vil. de primi sancli et biai successeur Jean de Waldisusen en Wesl- 

del ord. di Predic. el Istoria de (jli lluomini phalic.sous le gouvernement duquel l'ordre 

illun.'ri dcl ord. de Prédicat. Je m de Uechac, lit de nouveaux procurés, ayant fomlé Irenle- 

Yies de saint Dominique el de sis premiers quatre couvents. Il y eiU cinquanlc-qualrc 

compagn. J:\cob Vcrviit, MonumenlaConren- étab'isseniciits sous le çrénéralal du bieii- 

lus Tulosavi ord. Prœdicnl. Jean-llaptist'î heureux llumbeil, cent vinjrl-rini] sous celui 

reullel el Th mas S:)ué|:es , Année Domi- du bienheureux Jean de \'erreil , et (e nom- 

«/fdi'n.. Sllves'r. Maruli.Mar. Ocfan. f/i /«.'f. bre des couvents s'est tellement multiplié 

(//• R ligion. l'ieto Grecenz , Presidio Ho- sous les autres géncr.iux , que l'ordre esl 

«K/HO. l'auolo .Morigia . Ilst. dcU'origin. di présrnlcmenl divisé en quarante-cinq pro- 

luttele Iteligiuni.ci Hi'rmant. Hist. des Ordr. vinces , dont il y en a une sou'i le lilre de 

rclit/ieur, /om. 11. Giry el lîaillel, Vies des Sainlc-Goix des lnde> occidenlales . une 

saints, 4 août. sous celui de Saint-Jaccjucs de .Mexique dans 

l'Amérique, une de Saint-Jean-Iiaptisle du 

lU. Du grand progri's de l'ordre des l'rèrrs p^-rou , une de Sainl-Vinccul de Cliiapa 

Prêcheurs, et des dignités cl offices alla- jans l'Amérique, une de Sainl-Ar.loniM du 

che's à cet ordre. nouveau royaume de Grenade, une de Nak- 

Après la mort de saint Dominique, les sivan dans l'.Vrménie , une de Sa nle-Calhe- 

religieux de son ordre s'asseiiiblèrent à fine, martyre de Quito, dans l'Amérique; 

I'aris l'an l-i-22 dans un chapitre général, une de Saint-Laurent de Chili au royaume 

|our lui donner un successeur, cl élurent le d- Chili, aussi dans l'Amérique; une du 

liienhenreux Jourdain de Saxe, quoiqu'il Saint - Rosaire des Philippines aux Indes 

n'y eût pas plus de deux ans et trois iiiois orientales, une de Saint-Hippolyle, martyr 

(|u"il fùl dans cet ordre; mais son insigne d'Oxaca , dans l'.Vmérique , <'l une des îles 

piélé el son grand mérite, qui l'avaient déjà Canaries; ce qui fait voir combien cet ordre 

éloé à la charge de provincialde Lombar- s'est répandu dans toutes les parties du 

de, le firent encore choisir de tous les frères monde. Oulre ces quarante-cinq pro\inces, 

piinr les gouverner en (lualilc de général. Il il y a encore douze congrégations ou rél'.ir- 

envoya après son élection des religieux en mcsparliculièresgouvernéespar des vicaires 

Allcni.igue , où ils fondèrent de nouveau généraui:, desquelles nous parlerons dans la 

quatre couvents. Il en envoya d'aulres dans suite. 

)a terre sainte , où ils fondèrent en peu de Je crois bien que les religieux de cet ordre 

temps ciii'i ;iulris couvents; et, le nombre ont aussi passé eu l'iilliiopie dès l'an l-2iJ3 el 

s'augnieniant du jour en jour, on érigea qu'ils y ont travaillé à la conversion des 

peuples de ce pays-là, comme quelques au- 



- "-r, — j j ? - — r»- — 

quatre nouvelles provinces dans le chapitre 
général qni fut tenu à l'a:is l'an 1228 : 
savoir, les provinces de (irèce, de Pologne, 



leurs du méaieordrele prétendent, alléguant 
pour cet cITet une huile du pajie Innoccnl IV 

de Danemark, el l'e lerre sainie. Il défendit adressée aux religieux qui étaient en Kil.io- 

Irès-éiroilemeiit à tons les religieux deman- pie et en d'autres l'ays. .Mais ce que dit le 

grr de la viande, ni lien de cuit avec la 1'. Louis dTrreti dans l'Histoire de l'ordre 

viande, même dans les m.iladies, sans pcr- de Saint-Doujinique eu Ltliiopie ()u'il a roni- 

mission de leurs supérieurs; mais celle posée en espagnol cl r.ubliee l'an tOII, 

grande rigueur a clé modelée dans la sullc n'est pas souienable. Il prétend (|ue ces 

dans le chapitre qui se tint au.-si à Paris religieux y onl plusieurs couvents, dont les 

l'an 12.'lfi. Il déclara la résolution qu il avait principaux sont ceux de Plurimanos et d'AI- 

prise de passer en lerre sainte, lîii elTel , il leluya ; que dans le premier il y a toujours 

s'embarqua pour ce voyage; mais, à la \ue neuf mille religieux el p'us de trois mille 

du pori d .Vcre, comme le vaisseau < tail près ouvriers el serviteurs, cl dans celui d'Alle- 

d'y entrer, une grande lempéle s'éleva qui luya sept mille religieux ; (jne le couvent de 

le fil submerger, d le bienheureux lourd, lin Plurim.inos a (lualre lieues de circuit; ((u'il 

avec ses coiiip ignons y péril après avoir coiilient (inatre-vingts dortoirs, que chaqu.-. 

irouverné l'ordre prnd.'int quinze ans. Ce fui dortoir a une grande cour, un cloîire, une 

lui (|ui poursuivit la canonis.ition de s.iint bililiolhôiiue, une sacristie el une égli-(? par- 

Ifoiiiiniq lie, dont il transféra les | rccieuses ticulière, où tous les religieux de c.! dortoir 

rcliqneti dans un tombeau de m.irhre. disi'Ut l'ollicedivin pend'aiit la semaine ; mais 

t; ,inl Raymond de Pe^iuafurl lui succéda que lous les dorloirs .'■ont disposés de telle 



■'' DU M 

sorte, qu'un des bouts répoiul de plain-iiieil 
à la grande église où tous les religieux se 
trouvent le dimanche pour cliaiitor l'office eu 
commun, cl que l'autre bout répond au ré- 
fectoire, qui a deux milles de longueur, c'est- 
à-dire une lieue, où tous les religieux m;in- 
gcnt ensemble tous les jours; que dans re 
réfectoire il y a un serviteur pour trois tables, 
au bout desquelles il y a un passoir qui ré- 
pond cà lacuisioc, qui est aus>i commune 
pour tous les religieux ; et qu'il y a un grand 
et vaste cloître proche la grande église, qui 
sert à faire les processions ; que le sacristain 
de la grande église donne le .signal pour aller 
à l'ollice, cl qu'en même temps les sacristains 
des églises partiiulières de chaiiue dortoir 
sonnent aussi , afin que les religieux se 
rendent dans leurs églises. 

Nous croirions ennuyer le lecteur si nous 
voulions rapporter toulcs les fables que le 
P. d'Urreta débile louchant ce couvent, 
son fondateur saint Thècle-Aymnnol , S. 
Thécle-Avarel, sainte îmate, sainte Claire, 
cl autres saints de son ordre, à ce qu'il pré- 
tend, et louchant les couvents d'Alleluya et 
de Heningali. Nous en avons suflisammcnt 
parlé dans la préface qui est à la tète du 
premier volume de celte Hisioire; de telles 
fables ne méritent pas d'être réfutées, mais 
nous feruns seulement remarquer que ce 
Thèeie-Aymanot que les religi 'ux de l'ord.e 
de Saint-Dominique s'attribuent, et dont ils 
mettent la mort l'an 13Gj, vivait l'an G20, 
c'est-à-dire près de cinq cent cinquante ans 
avant la naissance de leur fondateur. C'est 
ce même Thècle-Aymanot qui fut le restau- 
rateur de la vie monasiique en Ethiopie, 
suivant le ténioignago de M. Ludolplie, Irès- 
V( rsé diins l'hisloire de ce pays; et le cou- 
vent de l'Iuriraanos est sans doute celui de 
Dcbra Libanos,qui fut transiéré à iiagendra, 
comme nous avons dit ailleurs. 

Le P. Séraphim llazzi, qui avant le P. 
Louis d'Urreta avait donné les Vies de ce 
Thècle-Aymanol et de quelques autres saints 
dlilhiopie, avoue que ce qu'il en dit n'est 
que sur le rapport de deux Ethiopiens eu 
Abyssins, qui se disaient de l'ordre de Sji'it- 
Dominique, et qui lurent reçus en celle 
qualité l'an lol3 dans le couvent de cet or- 
dre à Pise, d'où ils allèrent à lîome, où l'un 
d'eux, ayant demeuré près de trois ans, et 
ayant appris la langue italienne, laissa par 
écrit la des ripiion de ce prétendu couvent 
de Plurimanos et de celui de l'Allcluja, avec 
les vies de quelques saints de l'urdre de 
Saint-Dominique qui sont morts en Ethio- 
pie, comme des saints Thècle-Aymanol, 
fondateur de ce beau et spacieux monastère 
de Plurimanos; Thècle-Avarct , Philippe, 
André, Samuel, et des s linles Imate, Claire, 
et(iuelques autres. Aliciiel Pio dit aussi la 
même chose, et le P. Louis d'Urreta recon- 
naît que l'an 1515 il y en eut huit qui furent 
reçus dans le couvent de Valence, cl qui vi- 
iiaieut de Rome. Apparemment que de ce 
nombre était cet Abyssin qui avait laissé à 



DOM 



ns 



Home la description du cotivciil de Plurima- 
nos, et qui avait composé les Vies do ces 
saints d'Êlhiopie, dont il laissa aussi des 
mémoires en Espagne qui ont servi au P. 
Louis d'Urreta à com[ioser son Histoire. 
Ainsi il y a lieu de s'étonner de ce que sur 
la bonne foi de quel [ues Abyssins in(()nnus, 
sans crédit cl sans autoiité, les PP. Hazzi, 
d'Urreia, Pio el les autres historiens de cet 
ordre aient débité de telles fables. 

Mais quoique nous n'accordions pas à 
l'ordre de Saint-Domi lique Thècle-Ayma- 
not, Thècle-Avaret, et les autres saints d'E- 
thiopie dont parlent Ie5 historiens do cet or- 
dre, ce ne Se-ra lui rien diminuer de lagloiie 
qu'il a acquise d'avoir donné un nombre in- 
tini de martyrs, de saints ponlifes, de con- 
fesseurs et de saintes vierges. Outre les 
grands personnnges que leur science, leiii 
mérite tt leur vertu ont élevés aux premiè- 
res dignités de l'Eglise, on y compte trois 
papes, qui sont Innocent V, Benoît iX. cl 
saint Pie V, canonisé l'an 1712 par le pape 
Clément XI; plus de soixante cardinaux, 
plusieurs patriarches, près de cent cinquante 
archevêques, et environ huit cents évêques, 
oulre les maîtres du sacré palais, dont l'of- 
fice a toujours été exercé |)ar un religieux 
de cet ordre, depuis que saint Domiiiii|ue en 
fut revêtu le premier par le pape Ùono- 
rius m l'an 1218. 

Ce qui donna lieu à l'éreclion de cet of- 
fice fut que saint Dominique, ayant obtenu 
du pape Honorius le couvent de Sainle-S.!- 
bine avec une parte du palais de ce pontife 
pour servir de demeure à ses religieux (1), 
comme nous avons dit dans le paragraphe 
précédent, il fut sensiblement touché de ce 
que, I endant que les cardinaux et les minis- 
tres de la cour étaient avec le pape, leurs 
domestiques s'amusaient à jouer cl à perdre 
leurleiMps; c'est pourquoi il conseilla au 
pape de préposer quelqu'un pour leur faire 
des instructions. Le pape approuva ce con- 
seil et chargea saint Dominique de cet em- 
ploi. Ce saint leur expliqua les Epîlres d ; 
saint Paul; et ses instructions eurent un 
succès si heureux, que le pape voulut qi;e 
l'on continuât à l'avenir ces instructions, et 
que cet emploi fût donné à un religieux de 
l'ordre de Saint-Dominiquo, qui prendr.iit 
la qualité de maître du sacré palais, ce qui a 
é!é pratiqué jusqu'à présent; mais le maître 
du sacré palais ne fait plus ces instructions 
aux domestiques des cardinaux, il ne Is 
fait qu'aux domestiques du pape, qu'il est 
obligé d'instruire dans les choses de la foi, 
le carême, l'avenl et les fêtes principales ; 
ou bien il le fait faire par ses compagnons. 

Les papes ont dans la suite accordé beau- 
coup d honneurs et de prééminences aux 
maîtres du sacré palais. Eugène IV, ayant 
pourvu de cet ofiice Jean de Turrecremata, 
(lui fut ensuite cardinal, ordonna par une 
bulle de l'an 143(î que les maîtres du sacré 
palais auraient place dans la chapelle da 
pope immédiatement après le doyen des au- 



(1) Vinceiil Mar. Fonlana, Syil.'.bus 'ilajhi. S. Pulmii. 



iiicTioNNMP.:: uF.s (iriniiF.s iiLLir.n.LX. 



09 

Citeur» do Uulo, que lui seul cxamiiiornil les 
scrm lis que l'on diM.iil faire dans rclto clia- 
|>clle; qiii> personne n'y pourr.iit prêcher, à 
moins qu'il n'i'ùt èlé nommé par le maîlic 
du sarre palais; qu'au cas qu il fût obligé 
de s'aliseulcr de Uonu-, il pourrait avec la 
perniissiou du pape suhslituerqui Ique autre 
à sa ilace, qui jouiiail des mcMiies honneurs, 
elquc personne ne pourrai! èlrc reeu dins 
iloine docleur en tliéologii" sans sa permis- 
sion. r,ali\le III eonfiiiiia l'an li'JO non-seu- 
leincnl h- droil <iue le pipe Eugène avait 
aceordé au niailrc du sacré palais de nom- 
mer eeu\ (]iii devaient pièclicr dans la cha- 
pelle du pape, mais il lui accorda encore ic- 
lui de reprendre puhliqucnient ces prédica- 
teurs, même en présence du pape, s'il y 
avait quehiue chose de répréhcusihle dans 
leurs discours. 

Léon \ oniuniia (juc l'un ne pourrait rien 
iniprinier dans la vilh' de Home ni dans son 
district sans lapprobaiion et la permission 
du cardinal vicaire et du maître du sacré 
[ïal lis, ce qui lut conlirmé l'an 1G20 par le 
pape l'aul V, et l'an 102 j Urbain \ 111 défen- 
dit à tous c us qui auraient composé dans 
riîtal ecclé-iasiiquc queliiues ouvrages sur 
quoique matière que ce pût èlre, de les faire 
inipriuier en pays étranger sans la même 
perinis>ion. Mais iirésenleinenl le maître du 
sacré palais ou ses compagnons donnent 
seuls la prrmission d'imprimer les livres. H 
est juge dans llonii; de tous les imprimeurs, 
libraires et graveurs, pour ce (jui regarde 
l'impression, la vente, l'achat, l'entrée et la 
sortie des livres et des cslam])es. Il est con- 
sullcur-né des congrég.itions du Saint-Of- 
licc cl des Uiies. Il assiste aussi comme pré- 
lat à celle de l'Indix et à celle qui se tiiiit 
chez le cadin il vicaire pour le concours des 
curés do Koiiie. H nomme des compagnons 
qui sont aussi religieux de son ordre, qui 
signent les permissions pour l'impression 
des livres, 1 1 (ont la visite chez les libraires, 
cl il a le litre de réverendissime, que les 
cnidinaux mêmes lui dunnenl. Le pape 
i'ie V Ion. la pour son entrelien un canouicnt 
dans la liasilii|ue de Saiiil-l'ierre, avec le 
litre de théologal, par une bul.c de l'an l'iTO, 
cl il en pourvut l'homas .Meiirique, pour 
lors inaitic du sacré palais;, mais après la 
mort d- Mcnri(|ue, Sixte \ , par une autre 
liulh- de l'an loSli, révoqua ce. le de l'ie \ , 
voulant que celle prébende lût possédée par 
lin eccle.Mas ique; ci p.ir la même bulle il 
donna au maître du sacré palais une pen- 
sion de trois cents éciis romains sur l'ab- 
baje de Sainte-.Maiîe de 'l'errclo de l'ordre 
de Saînt-li.isile, au royaume de Naples, (|ue 
te caidiiial liusticucci possélail en com- 
mcndc ; voulant (|ue cette [leiLsion, dont les 
maîtres du s.icré |ialais ont toujours joui, 
fui exc.'iipte de toutes charges et iinposi- 
li iiis, sous qne'que prétexte que ce lût. Lo 
pape lui entretieiii aussi un carrosse. 

Nous avons d l ci-dctaiit ()ue le pape ICu- 
gènc IV a^ ail ordoiiiié l'an l'iJiqiic le mai- 
l.<' du sacré p.ilais aurait place dans la elia- 
(lellc ii.'ipa:c inimédialeiucnl afrès le doyen 



iOO 



des nudileiirs de Ilole ; mais l'an lG5a Alexan- 
dre N 11 o donn.i qu'il aurait séance, tant 
dans la ch.ipelle du pape (jue dans les céré- 
monies, après les auditeurs de Uotc, el (lu'il 
aurait le pas devant tous les clercs de la 
chambre apostolique, qui sont comme les 
conseillers du conseil des finances du pape; 
et, afin que l'on voie l'anUnite que le maître 
du sacré palais exerce dans Home, nous rap- 
porterons ici l'ordonnance <)ue chaque maî- 
tre du sacré palais publi.? lorscju'ii est nou- 
vellement pourvu de cet office. 

Ordonnnnce du mailrc du sacre piiluis. — 
I. L'expérience ayant fait connaître la gran- 
deur du préjudice et du danger que cau-e 
la Lecture des livres défendus, à la pureté de 
la foi et aux bonnes iiucurs, non sans of- 
fenser la divine majesté, el au détrimenl de 
l'àme ; par ordre exprès el commission de 
notre lrès-sa:iit père le p.i[)c M. le frère N., 
m.iilre du sacré palais, juge ordinaire, etc., 
commande el défend par la présente ordon- 
nance, sous peine de la perte des livris. do 
trois cents écus d'amende et autre peine 
corporelle, à imposer à s i volonté (outre h s 
ceii-uris el peines contenues dans les saints 
canons, l'Index dci livres défendus, la buUe 
7/1 Cicna Domini , el autres consliluiions 
apostolii|ues), que personne n'ait la har- 
diesse de porter dans Home el hors de llnme, 
de retenir, acheter, vendre, donner el prê- 
ter aucun li\rc défendu et suspi'ct, sous 
queltiue lilre que ce soit, sans si permission 
expresse et par éerit. Kl, au cas (jue qucl- 
([u'un porte a un libraire un livre défendu, 
Sa Ué>êrcndissimc l'aterni'é oidonnc que le 
libraire le retiendra en présence d un autre 
libraire son voisin et de deux lénioiiis, cl 
que dans le terme de huit jours il le portera 
à Sa Uévèrendissime l'aternilé ou à ses com- 
pagnons, ce qui s'entend aussi des mêmes 
libraires, en quelque autre manière que ce 
puisse être, sous la mêii:e peine. 

H. De plus, par la présente ordonnance. 
Sa llevéret'.dissimc Patcrni:é révoque toutes 
les permissions qui ont clé ci-dcvanl don- 
nées \>iif les maities du sacré palais, lant de 
vive voix que par écrit, en qu' Ique manière 
que ic soil, déclarant que ceux ijui vou- 
ilraienl s'en servir encourront les mômes 
peines quç ceux qui rcticnnei'.t des livres 
delendus sans permission. 

lil. Que toutes sortes de livres, histoires, 
oraisons, almaiiachs, images, ou ligures el 
quelque autre chose îm|,rimée , si pelile 
quelle puisse êlre, que l'on appirlera à 
llome, seront consignés à la douane ou pré- 
sentés à Sa Uévèrendissime l'aternilé ou à 
ses compagnons pour en avoir la permis- 
sion, el que les dialogues des liires qui 
sorlironl de llome seront fiits avec lidelile, 
en tnellanl le tiire de chaque livre, le nom 
de l'auteur, le lieu et 1'. innée de l'impres- 
s on, el (|ni en a été 1 imprimeur, sous peine 
de confiscation des livres, et de cin<|uanto 
ecus d'amende, plus ou moins, selon la ([ua- 
lilé des livres el du di'lin(|u.inl. 

IN'. (Ju'aiicun ciiailat.iii n'j l la li.irdissc 
de iiorUT cl vende à Home aucune chose 




roilas 

BlBLIOTHECA 

i^iifirti'i* 




101 



noM 



noM 



1{)-2 



avec rccelli's, si aupaiMvanl il n'a inontié 
lesdites recclles à Sa Révéïciidissline Pator- 
nilé ou à ses compagnons, qui les approu- 
veront ou les feront approuver par d'autres, 
sous peine de confiscation de tout ce qu'il 
aura à vendre, et de vingt-cinq écus d'a- 
mende. 

V. Que les courriers et postillons qui se- 
ront charges de livres, si pelils qu'ils soient, 
cl pour (ou(e sorte de personnes de quoique 
état, qualité, condition et prééminence qu'el- 
les puissent cire, .'oit dedans ou hors de 
Home, soient tenus de les montrer iiremiè- 
reuient au maître du sarré palais ou à ses 
cotnpapinons, ou de les laisser à la douane, 
sous peine de cinquante écus d'anundc et (ie 
trois traits de corde (1). 

VI. Qu'aucun douanier de Rome, soit de 
terre, soit de rivière, ne soit assez hardi 
pour délivrer les livres qui sont consignera 
la douane sans ladite pertniss on, (e qui 
doit être aussi observé par les commis des 
portes sous les mêmes peint'S. 

VII. Qu'aucun batelier, marinier, voilu- 
rier, courrier et roulier, ne rende aux 1 brui- 
res et autres personnes les livres dont ils 
auront été chargés, avant que d'avoir dé- 
claré à la douane ce qu'ils portent, sous 
peine de cinquante écus d'amende ; s'il se 
irouve que l'on ait délivré quelque chose 
qui concerne l'orfice du maître du sacré pa- 
lais, et autres cinquante icus d'amende et 
confiscation de la marchandise pour celui 
qui l'aura reçue. 

VIII. Que personne ne puisse venJie par 
la ville, livrets, histoires, oraisons, alma- 
naehs, lettres, iinaj^cs ou figures, ou quel- 
que autre chose imiu-imée, si pelile qu'elle 
soit, même de la niusique, ou les exposer en 
vente sur les bouli(iues ou dans li's places 
publiques, ou dans (juclque autre lieu de la 
ville, s'il n'est libraire de profession, ou s'il 
n'a permission du maître du sacré palais ou 
de ses compagnons. Déclarant que les re- 
lieurs et papetiers sont compris sous le nom 
de libraire, et pour ce sujet ils ne pourront 
vendre aucun livre, soit vieux ou nouveau, 
cl l< s relieurs rel:er aucun livre imprimé, 
s'ils n'en ont permission, et s'ils n'ont fait 
le serment ordinaire et la profession de foi, 
conf irii;émcnt au décret de l'Index des livres 
dél'indus ; cl personne ne pourra ouvrir 
boutique d'imprimeur et de libraire, ou exer- 
cer celle profession, s'il n'est approuvé et 
r;çu, et s'il n'a des patentes signées de Sa 
Révéreudissime Paternité ou de ses compa- 
gnons, sous peine de confiscation des livres 
et de cinquante écus d'amende , plus om 
moins, selon la qualité des livres cl du dé- 
linquant, lis(iuellcs patentes doivent être 
renouvelées à chaque changement de maî- 
tre du sacré palais. 

IX. Que les héritiers et exécuteurs lesla- 
meiilaires des liijraires décédés, ceux qui 
voudront vendre leurs propres livres, et au- 
tre;, ne puissent vendre aucun livre de 
quelque sorte et en tel nombre que ce puisse 



être, les montrer, les estimer, ou en traiter 
avec d'autres pour les vendre, ou en dispo- 
ser en quelque autre manière, s'ils n'en ont 
obtenu auparavant la permission du maître 
du sacré palais ou de ses compagnons, sous 
peine de confiscation des livres et de 203 
crus d'amende. 

X. Que les ju fs, regratiers, et aulres ar- 
tisans ne puissent vendre, emprunter et 
prendre en nantissement aucune espèce do 
livres, tels qu'ils puissent être, sans la per- 
mission du maître du sacré palais ou de ses 
compagnons ; et s'ils en ont à présent, qu'ils 
aient, dans le terme de huit jours, ta en don- 
ner un catalogue fidèle, sous peine de con- 
fiscation desdils livres, de cinquante éius 
d'amende, et autre peine, môme corporelle, 
à la volonté de Sa Révéreudissime Palcrnilé. 
Que s'il arrive que dans l'encan des juifs et 
de la déposilairerie de la chambre, l'on y 
vende des livres, Sa Révéreudissime Pater- 
nité ordonne que ceux qui les vendront, 
après en avoir obtenu la permission, eu 
donneront avis à la communauté des librai- 
res, afin qu'ils puissent se trouver à ladite 
vente, Sa Rivérendissime l'aternilé ordon- 
nant Irès-expressément que hors de l'encan 
l'on ne puisse vendre aucun livie mis eu 
séquestre ou en nantissement, sans une 
nouvelle permission, sous la même peine 
ci-di'ssus imposée. 

XI. Que tous les libraires et vendeurs de 
livres aient, dans le terme de trente jours, à 
donner au maître du sacré palais ou à ses 
compagnons un inventaire fidèle par ordre 
alphabétique de tous les livres, lant vieux 
que nouveaux, qu'ils ont, en y marquant le 
nom de l'auteur, le titre, l'imprimeur, l'an- 
née et le lieu de l'impression, et le nombre 
des volumes de chaque sorte, lequel inven- 
taire soit signé de leur main, et qu'ils en 
reiiennent un doub'e de leur côté; et que 
dans ledit terme chaque libraire ait à se 
présenter en personne pour se faire écrire 
sur le livre que l'on retiendra pour cet elTel 
dans l'office du maître du sacré palais, où 
siront marqués tous les noms des librains 
et vendeurs de livres qui auront la permis- 
sion d'exercer ce'lc profession. Passé ce 
temps, l'on procédera contre ceux qui ne se 
seront pas présentés, comme vendant sans 
permission , et ils encourront les peines 
portées dans l'article Vlll. 

XII. Pareillement, Sa Révérendissime Pa- 
ternité ordonne aux graveurs, imprimeurs 
et marchands d'estampes en taille douce ou 
en bois, de se présenter dans le même tempa 
et de donner un catalogue de toutes les es- 
tampes qu'ils ont dans leurs boutiques, avec 
le nom de l'auteur, de l'imprimeur cl du lieu 
où elles ont été imprimées, et de se faire 
écrire dans le même livre, sous les mêmes 
peines. 

XIII. Qu'aucun médailliste, fondeur, gra- 
veur de cache's, tant en acier qu'en fer, 
bronze ou autre matière, ne soit as-^ez hardi 
de graver, fondre et jeter en moule aucune 



( ) Esiiècc d'estrapade. 



'.(.5 



MCTIONNAiUE I)i:S ORDllES RIILIGIKLX. 



lui 



fleure, soit saciéc ou prof.inc, ai t-c des Icl- 
Iros ou sans lettres s'il n'i'n a la permission 
du mai:ro du sairé palais ou Je ses compa- 
gnons, ce qui se do l entendre aussi de tous 
rcHX qui (oi)l des coins, poinrous cl autres 
iuslrunicnls pour frapper et marquer Icsdiles 
figures ou lettres, sous peine de deux cents 
écus d'amende, de trois traits de corde, île 
suspeusion de l'exercice de sa proT'Ssion. < 1 
autres peines arbitraires, ^clon la faute du 
coupald-î; c-l quo dans le terme d'un mois ils 
se présentent tous devant le mailredu sacré 
palais ou ses compagnons, avec la liste des 
ligures et lettres qui s;inl gravées dans leurs 
coins, afin que l'on mette au lias la permis- 
sion do pouvoir s'en servir dans leur profes- 
sion. 

Xl\'. Que tous les libraires aient à porter 
an maître du sacré palais un exemplaire 
relié ou broché de tous les livres nouvelle- 
ment imprimés ou réimprimés qui \icndronl 
dans Uonie, de manière qu'on les puisse lire 
.'lisément, afin qu'ayant été examinés et ap- 
prouvés pour bons, on les puisse rendre aus- 
sitôt au libraire qui les aura donnés, et qu'il 
puisse retirer les autres de la même sorte 
(|ui resleiout peu lant ce temps- là à 11 
douane, el qui ne pourront élic déli»rés 
qu'avec la permission de Sa Uévérendissitnc 
i'aternité ou de ses compagnon'*, déclarant 
que tous les ordres qui seront donnés par 
son conip.ignDU, en pareil cas, aux garrons 
des libraires en l'absence de leurs maîtres, 
obligiTonl les maitrcs coiiin)c s'ils leur 
avaient été sii;nifiés à eux-mêmes. 

X\'. Que, dans le même terme d'un mois, 
tous les imprimeurs aient à se présenter 
aussi en personne pour se faire inscrire 
dans le même livre des libraires cl graveurs, 
et (lu'aucun ne puisse de nouveau ouvrir 
une im|irimerie, s'il n'a fait auparavjint le 
même si.'rmcnt que les libraires, sous les 
mêmes peines. 

X\'l. Qu'aucun imprimeur public ou par- 
ticulier n'ai la témérité d'imprimer ou réim- 
primer aucun livre, manuscrit, ou quelque 
au rc diose, si p> tili; qu'elle soit, sans la 
permission par écril de Sa Uévérendissime 
i'aternité ou de ses compagnons, ni qu'il soil 
as.-ez hardi de changer, ajouter ou diminuer 
une seule parole, ni de mettre que l'impres- 
sion soil faite en un autre lieu qu'à Home. 
Sa Uévérendissime I'aternité veut que l'iin- 
presslon soil conforme à la copie (jui lui 
aura été donnée signée, cl qu'il ne rende 
point publi(|ue l'impression jusqu'à ce que 
le mailre du sacré palais ou ses compagnons 
ail collalionné ladite impri'ssion sur la copie 
signée do l'ui d'eux, laquelle copie restera 
toujours dans l'ofliie du sacré pilais, el dol 
cire signée de la propre main de 1 .uitcur, 
avec la permission de débiter le livre. El en 
cas que ce qui aura été signé par le miitre 
du sacré palais et qui aura été donné â l'im- 
primeur ne lût pas imprimé , limpriimiir 
<de»ra. a\anl de rendre la copie à l'auteur. 
la ri'domior au m.iitre du sacré (lalais, ;iliii 
d'cITacrr la permission qu'il avait donnée, 
Ce peur 4':c qiiaml on le voudra imprimer 



on n'iijoulc quel;iic diosc, et afin qu'il 
puisse cire es.'iniir.é de nouveau avec une 
nouvel'e approbation, souc peine de confis- 
cation des exemjilaires cl de cinquanle écus 
d'or d'amende. 

X\'I1. Que 10!!S I s imprimeurs, lihraircs, 
graveurs, marchanls de livres ou d'estam- 
pes, douaniers, médaillisles, courriers, pos- 
lillons, gardes el portiers dos portes de la 
ville, afin qu ils ne j uisscnl ignorer ce qoi 
est co:ilenu dans la présenie ord.mnance et 
qu'ils obéissent |,onclucllemenl à ce qui leur 
esl commandé, aient à affii hcr dans leu.s 
bout qiies, imprimeries, douanes el autres 
lieux où ils exercent leurs ofiiccs publique- 
ment, une c ipie de la présente ordoiinaiicc, 
sous peine de cinq écus d'amende pour cha- 
que fois qu'ils seront trouvés sans ladite 
ordonnance; et de plus les libraires sont 
obligés sous la même peine d'avoir VJndcx 
des ivres défendus. 

XVIII. Toutes lesquelles choses sont or- 
données et commandées sous lesdites amen- 
des, applicTbles partie en œuvres pieuses, 
partie aux dénonciateurs, qui ne seront poinl 
nommés. Sa HévérendissiiriC Paternité se 
réservant de diminuer ou d'augmenter les- 
dites piines, el de les éiend e n)diiie jnsi)u'à 
punition corporelle, suspension el privation 
de la profession, et de bannissement, selon 
la qualité du crime et des personne», les- 
iiuelles peines seront encore augmentées à 
l'égard de ceux qui feionl récidive, et l'on 
procéilera contre les tr.insgressi.-urs avec la 
dernière rigueur. 

Voulant que la présente ordonnance, qui 
sera affichée et publiée à Rome aux lieux 
accoutumés, oblige un chacun comme si e le 
lui avait élé signifiée personnellement. Don- 
né au palais apostolique, etc. 

11 y a eu plusieurs Français q'ii ont élé 
pourvus de cri office. Le premier fut Hugm s 
Seguin de ISilloni en Auvergne, qui le fut 
par Martin IV l'an 1281. Le pape Nicolas IV, 
l'an 1288, le fil cardinal, el il fut ensuite ar- 
chevêque de Lyon, (iuillaunic de Bayonno 
succéda à Hugues Séguin dans col office, 
qu'il exerça sous le pontificat de Nicolas IV 
et sous celui de Clément V, qui le fit aussi 
cardinal l'an 1312. Guil'aume 'ïavant de 
Laou l'exerça sous le pontificat du même 
Clément \ ; il lui archevêque de Vienne, en- 
suite archevêque de fou ouse. Uaimonil Re- 
quin de Toulouse fui pourvu de col office 
par le pape Jean XXII; il fut ensuite évêquc 
de Nimes cl patriarche de Jérusalem. Jean 
de Lemoy, confisseur de Philippe IV, roi 
de France, fut aussi pourvu de cet office par 
le même Jean XXII, I an 132Î; mais il mou- 
rut la inêmi" année, et cul pour successeur 
Durand de Saint-l'orlicn, qui fut êvêqiicdu 
l'uy et de .Me.iux. Jean XXII conféra encore 
cet office à Dominique (irenier de l'ouionse, 
qui fut ensuite ê> ê(|ue de P.im ers. Le même 
pape pourvut encore <le col office lierre do 
Pireto, que ilonoit \ll fil d.ins 11 suite cvê- 
qiie de Mirepoix. Uaymoiil Durand l'exerça 
sous le ponliliral du même pape. Jean Mor- 
laud fui uiailrc du sacré palais sous le pou- 



1(5 



mu 



noM 



100 



lificat de C'6monl VI; il fu( ensnito général 
de son ordre, et mourut cardinal l'an 1358. 
Guillaume Sudre, son successeur, exerça 
aussi col office sous le poniitiiat du morne 
Clémcnl VI. Urbain V le fil cardinal l'an 
13G3, cl évéque de Marseille l'an 1369. Ni- 
colas de Saint-Saturnin de Clermont fut le 
dernier Français qui exerça cet office, dont 
il fut pourvu par le pape Grégoire XI l'an 
1370, el il mourut l'an 1382. Oulre ces car- 
dinaux dont nous venons de parler, qui ont 
été maîtres du sacré palais, il y a eu encore 
les cardinaux Annibaldi, Slalius de Datis, 
de Gaseneuve, de Turrecremala, de Badia, 
Galamini, Michel Mazarin, archevêque d'Aix; 
Capisucci el Ferrari, qui ont aussi exercé cet 
office. 

Un office qui est encore exercé par un re- 
ligieux de cel ordre en plusieurs provinces, 
et qui lui donne beaucoup d'autorité, est ce- 
lui d'inquisiteur. Cet emploi élail demeuré 
attaché a l'épiscopat jusqu'à 1 1 (in du dou- 
zième siècle; mais, comme tnut élail en 
trouble dans l'Eglise, où les hérésies se mul- 
tipliaient ; que les hérétiques devenaient trop 
puissants, et que les discours des prédica- 
teurs et des missionnaires qu'on envoyait 
pour les cnnverlir étaient inutiles, le pape 
Innocent 111 établit (selon quelques-uns) un 
nouveau tribunal qui regardait les matières 
de la foi, pour punir sévèrement les héréti- 
ques, el qui fut appelé l'Office de rin(|nisi- 
lion; el comme les hérétiques albigeois fai- 
saient de grands désordres dans le Langue- 
doc , le pape nomma pour inquisiteur saint 
Dominique, qui y travaillait pour lors à la 
conversion de ces hérétiques. Mais les his- 
toriens de son ordre ne sont point d'accord 
louchant l'année que ce trii)unal fut établi; 
plusieurs auteurs prétendent que saint Do- 
minique n'exerça point cet emploi, et que ce 
ne fut que l'an 1:232 que le pape Grégoire IX. 
attribua le tribunal de l'inquisiiion de Tou- 
louse aux religieux de son ordre, qui est le 
premier qui ail été établi. 

Quoi qu'il en soit, l'inquisition passa en 
Pologne, en Italie et en plusieurs autres 
provinces, où les Dominicains exercèrent 
l'olfice d'inquisiteurs. Mais ces offices étant 
passés en d'autres mains dans la plupart de 
ces provinces, ils ne leur sont restés qu'en 
quelques lieux d'Italie , où ils l'exercent 
avec autorité dans trente-deux tribunaux, 
en autant de villes, aussi bien que dans celle 
d'Avignon et de Cologne, mais seulemenl en 
qualiié d'inquisiteurs provinciaux, etcommc 
délégués des cardinaux qui composenl la 
congrégation du Samt-Oflice à Komc, el qui 
sont inquisiteurs généraux. Autrefois le gé- 
néral de l'ordre de Saint-Dominique nom- 
m.iit ces inquisiteurs ; mais présentement 
ils sont institués j)ar le pape ou par la con- 
grégation du Saint-Office. Celle congréga- 
tion, par un privilège accoidé à l'ordre l'c 
S;iint-Domini(|uc, se tient au couvent de la 
Minerve, tous les mercredis, dans l'apparte- 
tnent du général de cet ordre, qui y a sisic 
avec le maître du sacré palais cl le t oiuniis- 
saire du Saint-Office, quiesi aussi religieux 

DiCTio:«NA!r.E d:.s Oudues r:;f.ii::if.ix. 11. 



du même ordre , et qui fait sa demeure or- 
dinaire dans le palais du Saint-Office. Le 
secrétaire de la congrégation de Vlndex des 
livres défendus , composée de plusieurs car- 
dinaux , est toujours aussi de l'ordre de 
Saint-Dominique. 

Il y a encore à présent deux inquisitions 
en France, l'une à Toulouse et l'autre à 
Carcassonne, mais sans autorité. Les Domi- 
nicains ne laissent pas toujours de se faire 
pourvoir par le roi des offices d'inquisiteurs. 
Ils ont même quelques appointements, mais 
ce sont des titres seulement sans aucune 
fonction. L'inquisition de Toulouse est la 
première qui ait été établie, comme nous 
avons dit ci-dessus. I>es inquisiteurs, après 
avoir perdu leur autorité, et que ce tribunal 
fut tombé en décadence, ont néanmoins re- 
tenu assez longtemps le droit qui leuravait 
été donné à leur établissement, qui était de 
se faire apporter tous les ans le scrutin de 
l'élection des capitouls de Toulouse pour 
l'examiner el pour vnir si parmi ceux qui 
avaient été élus il n'y en avait point quel- 
ques-uns suspects d'hérésie ; mais ce droit 
leur fut ôté vers l'.m IC'+C par un arrêt du 
conseil, et fut attribué à l'archevêque de 
Toulouse Charles de Monchal et à ses suc- 
cesseurs. 

Je ne m'arrêterai point à parler de toutes 
les personnes illustres de cet ordre, puisque 
Michel l'io, Léandre Albert cl plusieurs 
historiens du même ordre nous en ont donné 
des volumes entiers. Personne n'ignore que 
saint Thomas d'Aquin, saint Anlonin, samt 
Vincent FerriiT, Albert le Grand, Vincent 
de Beauvais, Louis de Grenade, ont été des 
plus beaux ornements de cel ordre, (jui jus- 
qu'à présent a eu soixante généraux qui 
sont à vie, et que leur grand mérite et leur 
capacité ont élevés à cette dignité. Cependant 
il y en a eu deux qui ont été déposés par 
autorité du sainl-siego, savoir, Munio de Za- 
morra par le pape Nicolas IV, l'an 1292, et 
M;irtial Auribcl, Provençal, par le pape 
Pie II, l'an li62. L'on ne sait point les rai- 
sons que ces souverains pon ifes curent de 
déposer ces généraux, qui étaient d'uno 
éminente vertu. On leur rendit néanmoins 
jus ice dans la suite. Munio de Zamorra, 
après avoir refusé l'évêché de Guudix, fut 
contraint par le pj'.pe Céleslin V d'accepter 
celui de Palencia, el Atari ial de Provence lut 
élu une seconde fuis général dans le chapitre 
qui s.c tint à Novarre l'an l'iGo. 

Le siliisnie qui partagea l'Eglise en 1378, 
après la mort du pajio Grégoire XI, el qui 
dura quarante ans, divisa aussi cel ordre. 
On vit dans le chapitre général tenu à Bo- 
logne en 1380 deux généraux. Les provinces 
qui reconnurent pour pape Urbain VI élu- 
rent le bienheureux llaymond de Capoue 
pour général, et déposèrent Elie deToulouse, 
qui gouvernait actuellement l'ordre, à qui 
les provinces de France, d'Espagne, d'Ara- 
gon, de Provence, de Sicile et de delà la 
Phare, qui reconnaissaient pour pape GI6- 
ment Vil, prêtèrent toujours obéissance. 
Celles (lui élui-ent le bicniituroux Raymond 



107 DICIIONNUUF. [>ES 

de Capouc furent les provinces d'Ilalie, d'.M- 
leuiagne, de Hongrie, dAnglelerre, de Po- 
logne, de (îri^ce. de Dalnialie. de la lerre 
gainle, de Bohômc el de Saxe. Aprè'i la mort 
tic ces pcner.iux, cliaquc parli en c^isail un, 
ce qui dura jusqu'en l'an l'il8, que le pape 
Martin V réunil loul l'ordre sous le P. Léo- 

» nard de Florenee, qui avait élé élu par les 
provinces d'Ilalie el hs auîres du niènic 
parti, ayant donné lévochéde Calane à Jean 

» de Popjiio, qui él.iil reconnu par les Fran- 
çais, par Us autres provinces qui leur 
éta ent unes, cl niénic pur saint N'incent 
Ferner. Ce fut sous le ^énéralal du P. Bar- 
thélémy Texier, qui succéda au P. Léonard, 
que l'ordre commença à posséder des rentes 
cl des biens immeubles, par un privilép;e du 
même Martin V. Les généraux funt présen- 
tement leur séjour ordinaire à Home dans e 
couvent de la .Minerve, qui est double, l'un 
pour les religieux de la province de Rome, 
el l'autre pour les étrangers qui !>e trouvent 
à Kome chargés des aff.iires de leurs provin- 
ces. C'est dans ce lieu qu'est rapparleincnt 
du i;cnéral,qui est fort spacieux. Il y a dans 
ce couvent une riche bihlidthùqne qui a élé 
rendue publique l'.in 1700 par la magnifi- 
cence cl la libéralité du cardinal Casanalle, 
qui pour l'augaienter a donné la sienne, 
composée de cinquante mille volumes sans 
les manuscrits, avec un f.)nds de quatre 
mille CCU9 romains de revenu , voulant 
qu'une partie de ce revi nu s'employât tous 
les ans à l'achat dis livres nouveaux, et 
l'autre partie à l'entretien de deux Pères lii- 
blio;hecaires et d • deux convers pour le .ser- 
vice de la bibliothèque, de deux lecteurs (jui 
doivent euMci^^ner la doctrine de saint Tho- 
mas, et de six théolo;^i.ns de différentes na- 
tions et du même ordre, pour s'ojiposer par 
leurs écrits aux nouveautés des dogmes qui 
pourraient naître au préjudice de l'unilé el 
de la vérité de la loi de l'Eglise calholinuc; 
il a fait encore d'autres fondations qui ren- 
dront sa mémoire inimorlelle. Outre ce cou- 
vent de la Minerve et celui de Sainte-Sabine, 
ils en ont encore un sons le nom de Saint- 
Niiolas de Perfetti, et deux monastères de 
filles; mais il n'y a point de villes où ils en 
aient davantage qu'a Naples, puisqu'on y 
conipti' > ingl-liuit couveiits de cet ordre, sa- 
voir, di\.-liuit d'hommes et dix de filles. 

Nous avons parle dans le § précédent de 
rhabillcmenl de ces religieux. Les frères 
laniues sont distingués des prêtres en ce 
qu'ils portent i.n scapul.iirc et un capuic 
no rs, cl (lue les prêtres ont un scapulairo 
blanc, ne meltant I.' capiiihoii noir pir-des- 
sus la cliape qie lorsqu'ils sortent ou <iirils 
sont en habit de chœur. Les rtîligicux d'Es- 
pagne cl de Portugal avaient toujours porté 
des chap s prises, ju'-quc sous le gêneralal 
du P. .Martial Auribe le, qui, ayant été élu 
l'an liH.'i, les obligea de prendre des chapes 
noires. Les armes de l'ordre sont chape d'ar- 
gent el de sable à un lis tige, cl une palme 
d'or passée en sautoir, lirochanl sur le loul. 
Cl une étoile d'or en chef, l'argent clrirgé 
d'un livic, sur leqacl est un chien posant sa 



onDBES IIF.LIGIEUX. 



<«8 



patte sur un monde, el tenant à sa gueule un 
flambeau allumé; Féru timbré d une cou- 
ronne ducale, ayant pour cimier une tiare, 
une mitre, un chapeau de cardinal, une 
I rosse el une croix patriarcale. Favin pré- 
lendque ci't ordre portail anciennement pour 
armes, gironé d'argent et de sable à une 
croix lleiirdelisêe, partie de l'un en l'autre, 
à la bordure cumponée de huit pièces aussi 
d'argent, el de sable à huit étoiles de l'un 
en l'aulre, el huit besans de même. Cet or- 
dre illustre a présentement pour chef le ré- 
vérend P. Antonin Cloche, Français, qui fut 
élu l'an 1088, du consentement unanime de 
tous les vocaux, pour ses excellentes quali- 
tés, dans le chapitre général qui se tint à 
Home après la mort du K. P. de Monroy. 

Nous avons dit dans le § précédent que 
l'on nomme en France ces religieux Jaco- 
bins à cause que leur première maison à 
Paris est située dans la rue Saint-Jacques. 
-M. Hermant, ruré de .Maltot, dit qu'on les 
appela aussi en Italie Jacobites, parce qu'ils 
imitaient la vie apostolique, et que quelques 
auteurs les appellent les Prédicateurs de 
Saint-Jacques ; mais M. Hermaut ne nomme 
point ces auteurs. Cependant s'il éiail vrai 
qu'ils eussent eu le nom de Jacobites à 
cause qu ils imitaient la vie apostolique, ou 
celui de Prédicateurs de Sainl-Jacques, 
pourquoi leur a'irail-on donné piiilôl le nom 
de Prédicateurs de Saint-Jacques ou de Ja- 
cobites, que celui de quelque autre apôtre? 
Jls peuvent néanmoins a\oir élé appelés à 
Paris Jacobiles; car j'ai des épilres canoni- 
ques écrites à la main l'an 1503 par un pro- 
fesseur en théologie de l'université de Paris, 
qui les appelle ainsi ; mais il y a de l'appa- 
rence qu'il ne le faisait que par dérision, et 
pour se venger d'en avoir é;é niallrai:c dans 
une dispute qu'il avait eue sans doute avec 
eux au sujet de l'iinniai uléc conceplim de 
la sainte \ierge, comme il paraît par ce qui 
est à la lin de ce manuscrit: lùjo Peints lii- 
cliardi annos ogens k'i, in aima Iheologorum 
Fiuulinle l'arisiensi prufessor indignu<, ncc 
non in licclesia Trecensi cnnonictis, has epi- 
s/o,'(.'< manu mea propria de<crip,^i, aujiliunte 
Domino iV. J. C- et iinmaculdi.a ejui Maire 
Maria umni laude diijnissima, nnno salutis 
lo i. l'cria .'l posl Invocavil. Kodein anno 
fralres Jacubit r swpe cxpugnM-crunl me, sed 
liuts Dco el concrptioni Mariœ intemeratœ : 
non potuerttnl milii. l'arcal ri$ Alissimus. 

Voyez les auteurs cités d:ins le § précé- 
dent, el, pour lei provinces jiarticulières de 
cet ordre : Louis de L'rrela, llist de la s i- 
qnida orden de Predicadores en Eliopi'U An- 
lonio de Keniasal, llist. de la l'rovin:ia de 
Siinlo-V incnte df Cliijipn y liitiilcm(da. Au- 
gust. d'Avil.i, IJisl. de la Prorinria de S. 
Jaijn. Dom (ionzalès, Hist. de la Provincin 
del It isario de Filipinas Japon y China. 

Fn parl.int des missions auxquelles, en 
diverses lonlrees, les Dominicains s'em- 
p'oienl avec zèle el avec fruit, le P. Ilélyot 
n'a point mentionné leur opposition aux Jê- 
suite>dans l'alTaire des rits chinois, proscrits 
par le cardinal de Tournuu, envoyé dans les 



m 



ÏTOM 



DOM 



110 



missions d'Orient pour informorde celle im- 
portanle affaire, el condamnés ensuite par 
le sainl-siégp. On sait que les Jésuites, qui 
connaissaient mieux que personne, il est 
vrai, ce qu'il pourrait y avoir de supersti- 
tieux dans ces cérémonies, ne monlrèrent 
pas une obéissance aussi ponctnelle et aussi 
prompte qu'il le fallait, et on les en a géné- 
ralement blâmés. Néanmoins, il faut bien 
rabattre des blâmes qu'on leur a donnés, 
quand on voit les mesures de prudence pro- 
visoire que Home prescrivit aux mission- 
naires qui la consultaient après la suppres- 
sion de la Compagnie de Jésus. Les Douiini- 
cains ont vu aussi quelques-uns des leurs 
donner dans le jansénisme, et le fameux 
P. Lambert, mort dans les commencements 
du dix-neuvième siècle, a poussé son affe- 
ction àcelte erreur jusqu'à un fanatisme ri- 
dicule. Ils ont eu des membres de leur ordre 
qui ont embrassé les erreurs de la constitu- 
tion ciwle du clergé, mais en même temps 
ils ont eu également des religieux qui ont 
donné l'exemple de la soumission à l'Eglise 
et d'une Hik-lité héroïque aux bons princi- 
pes. Cet ordre respectable continue aujour- 
d hui ses bonnes œuvres dans les missions 
lointaines ; nous en donnerons pour exem- 
ple celles de l'Amérique du Nord, auxquelles 
nous nous -bornerons, sans parler de ses 
établissements dans tes missions d'Orient et 
ailleurs actuellement en activité. Le premier 
évéque de New-York a été le P. Hichard- 
Luc Concanen, assistant général do l'ordre 
des Frères Prêcheurs ; et c'est d'une lettre du 
P. E. D. Fcnwii'k, son confière, que nous 
lirons ces détails sur rétablissement des Do- 
minicciins aux Etats-Unis. Le P. Fcnwick 
avait d'abord conduit les catholiques de 
Mataoumen dans l'Etat du Maryland. Il alla 
depuis se fixer dans le Kcntucky dès les 
premières années du dix-neuvième siècle , 
car il était déjà depuis (jnelque temps à Pis- 
catawey en août ISOo. Il était venu d'Angle- 
terre s'établir en ces contrées, adressant, en 
partant, aux catholiques et à la noblesse de 
la Grande-Bretagne une circulaire pour se 
procurer leur iniérét et leurs secours. Né 
dans le Marjland, Fcnwick était allé se 
taire D.iminicain à Bornhem, en Flandre, 
dans le dessein d'établir plus lard un sémi- 
naire de religieux de son ordre dans sa pa- 
trie, et d'y propager la religion parce moyen 
puissant. Les révolutions arrivées en lùs- 
riipe retardèrent longtemps l'ccèculio:! de 
son projet, pour lequel il fut autorisé par 
ses supérieurs de Rome et d'Angleterre ; cl 
iM.Carri)l, évèque de lîallimore (siège qui ne 
lut que plus tard érigé en archevêché), lui 
promit la plus ferme assistance. Sa circu- 
laire lui procura une somme importante, cl 
il arriva au Maryland vers le milieu du mois 
de mai, accompagné du P. Antoine Angier. 
L'évêque de Ballimnre lui conseilla de lixer 
son élalilissemeul dans la province éloignée 
duKenlucky, où les catholiques le désiraient, 
cl il y projetait réreciion d'un collège. 11 ne 
trouva dans le Kcntucky que l'abbé Badin, 
prêtre séculier, qui les reçut à bras ouverts, 



et qui dans les commencements éprouva 
quelques peines causées par le peu de fer- 
meté des Dominicains pour le soutien de la 
morale dans l'exercice du saint ministère. 
Le P. Fenwick s'établit enfin dans le comté 
de Washington , près de Spring-Field, et 
acheta une propriété de 230 rubi d'étendue, 
contenant déjà une maison assez bien bâtie, 
etc., et cela du produit de ses biens pater- 
nels, dont il retira 5000 piastres. Ce trait 
lui mériiail la reconnaissance de ses compa- 
triotes, de toute la religion même et snrtnut 
des Dominicains, dans l'histoire desquels il 
méritait au moins cette mention. Il ét.iit ac- 
compagné, quand il commença enfin cette 
fondation, des PP. M'", Thomas VVilson, An- 
toine Angier, Kaimond Tuile, qui ont donc 
été les premiers missionnaires Dominicains 
de cette contrée, alors exploitée par les hé- 
rétiques, comptant déjà neuf ou dix impri- 
meries à leur service, et qui trenle-cinq ans 
auparavant n'était qu'une forêt inculte, ha- 
bitée seulement par les sauvages, vivant do 
chasse et de pêche. Le P. Fenwick fut de- 
[luis élevé à l'épiscopat. 

L'ordre possédait à Home, au dernier siè- 
cle, les maisons suivantes : 1° Sainte-Marie 
de la Minerve, 2' Sainte-Sabine, 3° Saint- 
Sixte le Vieux, k' Saint-Clément, S" Saint- 
Nicolas du' PerfeCti, (," Notre-Dame du Ro- 
saire au Monte-Mario, 7° Saint-Cyr et Sainte- 
Julitte, 8° la Pénilencerie de Sainte-Marie- 
Maji ure. La maison de la Minerve est en- 
core aujourd'hui le chef-lieu de l'ordre et la 
résidence du généra'. 

L'institut possédait autrefois à Paris trois 
maisons, celle de Saint-Jacques, rue Saint- 
Jaci^ues, d'où leur e>t venu, comme on sait, 
le nom de Jacubins, qui était la première 
maison de l'ordre en France, et le col égede 
cet insliiu!. On y compt.iit, il y a un siècle, 
quatre-vingts religieux. Il n'y avait pas de 
noviciat, il se faisait en province. La l)iblio- 
thèquc de cette maison était de quinze à 
seize mille volumes. C'était beaucoup, mais 
peu néanmoins comjiarativemenl aux biblio- 
thèques des deux autres maisons dont nous 
allons parler, et qui n'avaient pas un si haut 
rang dans la nomenclature des monasl<^res 
de l'ordre ; celle bib'iotlièque contenait plu- 
sieurs manuscrits d'ouvrages de piété, lé- 
gués par saint Louis à ces religieux, qu'il ai- 
miil beaucoup. L'église du couvent, qui 
depuis longtemps menaçait ruine, avait été 
abandonnée par les religieux avant la Révo- 
lution, et l'oliice divin se célébrait dans la 
salle des exercice-, connue sous le nom 
(VEcolcs de Saint-Thomas. On remarquait 
d.ins CCS écoles, situées à côté de l'église et 
bâties an seizième siècle, aux frais du P. 
Jean Binet, une chaire revêtue de marbre, 
dans laquelle était, dit-on, renfermée celle 
qui avait servi à saint Thomas d'Aquin. Ce- 
pendant la vieille église, vaste < t partagée 
en deux dans toule sa longueur, comme 
celle des Dominicains de Toulouse, a sub- 
sis'é encore après la Révolution et a servi de 
magasin. On voit encore les restes de ce 
m jnastèrc dans la rue des Grès. 



lit 



DICTIONNAIHE DES ORDRES RFLICIEUX. 



112 



I.o rouvonl des D:)ininic.iins de In rue 
Sainl-H norc élail situé cnlrc l'église Saint- 
Itoili el la place ^'endoiiic. C'est dans la 
salle de la biblioilièque de celte maison que 
se réunit Cite horde d'élrcs pâles par le gé- 
uie du niil el des pasvinns humiliantes, qui 
prirent ou reçurint du lieu de leurs séances 
cl garderont dans l'hisioire le ni»ni hideux 
do Jacobins. L'ejjlise des religieux, les bâti- 
ments fort simplis el les j.irdins, qui occu- 
paient prcs<iue tout l'espace qui est mire la 
rucSainl-Honoré et la rue Neuve-desPelils- 
Cbamps , ont di>p iru, et l'on a transporté 
sur ce vaste terrain le marché qui s'y voit 
acluellement. Celle n aison, où les éludes 
étairnt cultivées, possédait un cabinet d'his- 
toire naturelle lrès-curieu\ , fornic p.ir les 
soins du l*. I.abnt, connu par ses relations 
d'Afrique el d'Amérique, l'eu de couvents de 
l'ordre avaieni, croyons-nous, une liiblio- 
théquc aussi nombreuse, car on y compl.'iit 
environ lrenle-dcu\ mille volua.cs, le dou- 
ble de celle du célèbre couvent de la rue 
Saint-Jacques. Celle riche bibliolhèquc pos- 
sédait des éditions rarc< et des manuscrits 
précieux. On y conservait soi<!neusement 
une chaise qui avait servi, disa^lon, à saiul 
Thomas d'Aquin. 11 y avait un noviciat dans 
cette maison, et les aspirants payaient deux 
cents livres pour leno\iciat el deux cents 
livres pour rhabillemenl. Elle renfermait il 
y a un siècle soixante \)rélres el cent novi- 
ces. Celte maison faisaii partie de la congré- 
gation Occilaine, dont nous parlerons en 
traitant des réformes dans l'ordre des Frè- 
res Prcclieurs (Voyez Lombardie); mais celte 
congré;;al:on fui éri.'ée en province sous 
l'invocalion de Saint-Louis. 

Outre ces deux monaslèrcs mentionnés par 
Hélyot, les Dominicains en possédaient à 
Paris un troisième, doni il ne parle point, et 
qui élail situé au fauliourg Sainl-liermain. 
Afin d'assurer le succès de la réforme du 
1*. Sébastien .Michaelis, m'irt dans le couvent 
de la rue Sa'nl-Honoré, le P. Nicolas Ho- 
dol(ihi, général de Tordre, résolut d'établir 
en France un noviciat génér :1 pour ceux 
qui voudraient embrasser celle réfar.Tie. Il 
y fut autori-é par un bref d'Urbain VIII , 
donné en 1C29, par des lettres patentes de 
Louis XIII, et trouva en même temps dans 
le cardinal Richelieu un protrdeur puis- 
sant qui, par ses bienfaits, mérita d'être 
considéré comme le fundalenr du nouvel 
élablissemenl. Dès 1G31 , quatre religieux 
tirés de la maison de la lue S.iinl-Ilonoré 
avaient été placés dans cille-ci, siliiéc rue 
Saint-Dominique-Sainl Germain el i|ui n é- 
tait alors qu'un b.'Uimenl très-simple, avec 
un jardin el un clos conîcnaj.t sept arpents 
cl demi. Ils s'y firent construire ;iussili4 une 
peine ctrapelle, qui fut bénite en iG.i2. Le 
nombre des sujets qui se présentaient pour 
obtenir leur ailmisslon dans l'ordre, aug- 
mentant chaque jour, il fallut penser à h.ilir 
lies lieux plus reïtnliers. Ils commencèrent 
par l'église, qui fut élevée sur les dessins de 
l'archiicctc Pierre Ruilet. La première pierr.' 
en fui posée en 16^-2, jiar Ilvicinlhe Serroni, 



archevêque d'Aibi, el par madame Anne 
Monibaziin, duchesse de Luynes. Elle fut 
achevée l'année suivante. Le bâiimenl, dé-, 
coré inlérieurcmcnl d'un ordre de pilastres, 
corinthiens, offre tous les caractères de l'ar- 
chitecture employée à celle époque dans les 
édifices sacrés, et du reste n'a rien de remar- 
quable. Le portail, rebâti quelques années 
avant la révolution par le frère Claude, reli- 
gieux de cette maison, se compose de deux 
ordres élevés l'un sur l'autre, dans la forme 
pyramidale adoptée pour le plus grand 
nombre des églises de Paris et de quelques 
autres villes, ci n)éine dans la boiserie de 
quelques autels. Ces deux ordres, demi l'en- 
semble a quelque apparence, sont d'une pro- 
portion el surtout d'une maigreur qui peut 
( hoquer l'œil le moins exercé. Nous sommes 
entré dans ces détails sur celte église parce 
qu'elle existe encore aujourd'hui el esl celle 
de la paroisse S3int-Ttiomas-d'A(iuin. Le 
couvent, qui esl habité on partie pir des 
particuliers el en partie occupé par le musée 
d'.Vrtillerie, a été le séjour de plusieurs reli- 
gieux célèbres, enlre autres du P. Vincent 
Karon, docteur de l'universiié de Toulouse 
et llu'ologien distingué du dix-septième siè- 
cle ; du frère Jean-André, peintre habile, et 
dont les tableaux taisaient le iirinci[)al orne- 
ment de l'église el du monastère: du frère 
François Romain , ingénieur el architecte 
très-estimé. On lui doit le plan du pont de 
Maëslricht et une partie de sa construction. 
Louis XIV. qui l'avait chargé de la conduiie 
du Pont-Royal, fut si content de ses travaux, 
qu'il lui confia l'inspection des ouvrages des 
ponls el chaussées, cl la réparation des bâ- 
timents dépendants de son domaine. C'est 
ainsi que les monasières renfermaient une 
réunion d'hommes ignorants et inutiles. 

Celle maison des Dominicains du faubourg 
Saint-lîermain était sous la seule d.reclion 
du général de l'ordre, et depuis un temps 
immémorial les supérieurs claient tirés de la 
province de Toulouse. La provinc' occilaine, 
à laquelle elle appartenait d'abord, ayant 
été érigée en province, elle a\ ait un noviciat 
qui n'avait aucun rapport avec celui de la 
rue S.iinl-ilonoré. Ce noviciat était d'un an, 
et on n'y payait point de pension. La biblio- 
thèque (le la maison, composée de plus de 
ving-quatre mille \olumes, était ornée ùe 
deux globes de Coronelli. 

Pour résumer ce que Hélyot a dit de lil- 
luslration de cet ordre célèbre, nous rap- 
pellerons qu'il a eu plusieurs saints cano- 
nisi-s, lies savants illustres, el surtout sa nt 
Ihoma^ d'Aquin, quatre papes (InnocciU V, 
lîenoil XI, saim Pie Vel, depuis la morld'Ué- 
lyol, IJenoil .Mil), un grand nombre de cardi- 
naux, de patriarches , d'ar<hevè(|<jes, d'e- 
véques, de docteurs el d'écrivains célèliris. 
I e P. Jacques Eihard el le P. louron, tous 
deux Français, ont écrit l'histoire des hom- 
mes célèbres de leur ordre. On a vu dans le 
premier article d'Hélyot que l'habit des Do- 
minicains avait été dilTerenl .i l'origine do 
l'ordre. Comme ils metlaienl sur leur habit 
blanc un inauleau cl un capudiuo noirs, ou 



113 



DRA 



DRA 



114 



les appela jadis en Angleterre les Frères 
noirs, tandis qu'on appelait les Carmes 
Frères blancs. 

Les Dominicains ont des maisons en di- 
verses contrées, en Italie, en Angleterre, en 
Irlande, à Gand el autres lieux de la Belgi- 
que. En l'année 183:2, l'empereur de Russie 
a supprimé dans la seule province de Mohi- 
luw cinquante-cinq monastères de Domini- 
cains; vingt-neuf restent encore ou du 
moins restèrent alors. La révolution d'Es- 
pagne a détruit tous les couvents de Domi- 
nicains; il en reste, d;ins les Etals soumis à 
l'empereur d'Autriche, trente-sept contenant 
deux cent deux religieux. Les Dominicains 
ont actuellement pour supérieur ou maître 
généra! le R. P. Ange Ancarani, et pour pro- 
cureur général le P. Joseph Alberti , tous 
deux résidant à Rome. Quelques lentadves 
avaient été faites sans succès aux diocèses 
de Rodez et d'Evreux et peut-être ailleurs, 
pour rétablir en France l'institut de Saint- 
Dominique. M. l'abbé Lacordaire ayant em- 
brassé l'ordre des Frères Prêcheurs, sous le 
nom de F. Dominique, après avoir fait son no- 
viciat à Rome, a été autorisé par le général à 
rétablir cet ordre dans sa patrie. Après plu- 
sieurs projets d'établissement en divers dio- 
cèses, il a pu enfin se Gxer à la maison du 
Cholais, appartenant autrefois aux Char- 
treux et oriffinairenient à une congrégation 
spéciale de Rénéditlins que nous (ferons con- 
naître dans le Supplément. C'est donc à Cho- 
lais, au diocèse de Grenoble, qu'il a établi le 
chef-lieu de celte future el prochaine pro- 
vince de France, el qu'il a donné l'habit aux 
premiers novices, le k août 1845. Comme 
celte province, sans faire une réforme parti- 
culière, sera pourtant une sorte de congré- 
gation spéciale dans l'ordre, nous consacre- 
rons un article exprès à celte palingénésie 
des Dominicains en France. Voy. Domini- 
cains, au Supplément. B-D-E. 

DO.MINIOUE (CoNGBÉGATiONS DIVERSES DE 

i.'oBDRE DE Saint-). Voyez Lombard e, etc. 

DOMINIQUE {Ordre de Saint-). Voyez 
Dominicains. 

DONAT (Saint-) Voyez Césaire (Saint-). 

DORDRECHT. Voyez Augustins. 

DORÉS (Chevaliers). Voyez Constantin 
(Chevaliers de). 

DRAGON RENVERSÉ, des Disciplines, db 
l'Aigle-Blanche, du Tusin , de Notre- 
Seigneur et de sa Passion, de la Fidé- 
lité, ET DE SaIHT-RupEUT, ElN ALLEMAGNE 

(Chevaliers du). 

Presque tous les écrivains conviennent que 
l'empereur Sigismond a institué un ordre 
militaire sous le nom du Dragon renversé 
ou vaincu, mais ils ne s'accordent pas sur le 
temps auquel se Gt celte institution : les uns, 
après Michieli, la mettant l'an l'i^OO, el les 
autres, après Favin, prétendant que ce fut 
l'an 1418. Michieli ajoute que le motif qui 
porta se prince à instituer cet ordre fut afin 



que les chevaliers qui le recevraient pussent 
combattre les hérésies qui infectaient la Bo- 
hême et la Hongrie, el que, pour cet effet, il 
sollicita la convocaiion des conciles de Cons- 
tance et de Râle, où ces hérésies furent con- 
damnées. Sur ce fondement il n'y a point de 
doute que Michieli ne se soit trompé en met- 
tant l'inslitulion de cet ordre en 1400, puis- 
que les conciles de Constance et de Bâie ne 
furent tenus, le premier qu'en 1414, et le se- 
cond l'an 1431, el que Jean Hus ne com- 
mença à semer ses erreurs en Bohême qu'en 
1407. 

L'abbé Giusliniani fait voir que ceux qui 
ont cru que cet ordre n'avait été institué 
qu'en 1418, après la tenue du concile de 
Constance, se sont pareillement trompés, 
prétendant qu'il était établi avant l'an 1397 : 
ce qu'il prouve parle testament de François 
del-Pozzo, de Vérone, de la même année, où 
il est parlé de son lils Victorio del-Pozzo, 
chevalier de l'ordre du Dragon, qui était 
pour lors auprès de l'empereur Venceslas, 
ûùGaleas Visconti, prince de Vérone, l'a- 
vait envoyé pour quelques affaires. Voici ce 
que porte ce testament, dont l'original est 
conservé dans la maison dos seigneurs Poz- 
zo de San-Vitale, et dont il est fait aussi men- 
tion dans la généalogie de celle maison, 
écrite par Jean-Bapliste Merlo et imprimée 
à Vérone. In omnibus, et instituit et esse 
voliiit sp. et egreg. virum D. Viciorium aPu~ 
teomilitem Draconis ejus dileclissimum fi- 
lium, qui modo, prœcepto magn. et potentiss. 
D. Jo. Gulealii, rrperilur apud serenissimwn 
Venceslautn imperalorein nostrum, pro ejus 
negoliis pertractandis. Ce qui fait croire à 
l'abbé Giustiniani que l'empereur Sigismond 
avait fondé cet ordre lorsqu'il épousa, en 
1385, Marie, reine de Hongrie, ou le jour 
qu'il fut couronné roi de Hongrie l'an 1387, 
parce que ce jour-là il fil chevalier Panta- 
léon Barbo, ambassadeur de Venise. Le mê- 
me auteur ajoute que ce prince étant devenu, 
dans la suite, empereur el roi de Bohême, et 
ayant reçu la couronne impériale à Rome, 
l'an 1493, il fit, en passant à Vérone, plu- 
sieurs chevaliers, aussi bien qu'à Mantoue, 
où il alla ensuite; el que les armes de ces 
chevaliers se voient encore dans plusieurs 
églises et sur les portes de plusieurs palais 
de Vérone, avec deux dragons au-dessous 
de ces armes, dont l'un regarde l'écu, leurs 
queues passées sous le corps, tortillées au- 
tour du cou par le bout, el ayant chacun une 
croix sur le dos. Favin a donné la représen- 
tation du collier de cet ordre, composé de 
deux chaînes d'or, sur lesquelles sont des 
croix à double traverse, avec un dragon 
renversé au bout du collier (1). 

Mennénius, sur l'autorité de Jérôme Ro- 
man, historien espagnol, dit que sous les 
empereurs Sigismond et Albert 11 il y a eu en 
Allemagne trois ordres militaires fort célè- 
bres, el qu'un certain Moïse Didace de Va- 
lera, espagnol, reçut de l'empereur Albert 
ces trois ordres, savoir : celui du Dragou, 



(I) Voij.. a la fin du vol., n' 10. 



115 



DICTIONNAIRE Dh;S ORDRES RELIGIEUX. 



lis 



donlnous venons de p;irli r, que ce prinrc 
lui donna comme roi do Hongrie; ctliii du 
Tusin, comme roi do llohémo, ot coiui des 
Disciplines vu de l'Aiizle-Hlanclic, comme 
archiduc d'Aulrithe. M.iis comme l'Aulriclie 
n'a éié crig< e on archiducho q :c par loinpc- 
rearMaximilien 1", l'an 1195, Alberl, qui 
tnourul l'an lV+0, n'aurail pu donner l'ordre 
de l'Aitile-lilanclic à ce Moïse Didace de 
Valera en qualité d'archiduc d'Autriche. 
Aussi les historiens sonl-il^ parla-és au su- 
jet lie 1 institution de cet ordre, que quel- 
ques-uns attribuent à Uladislas V. roi de Po- 
logne, surnommé Lokier, qui, selon eux, 
l'institua au mariage de son û!s Casimir le 
Grand avec une fille du duc do Lilhuanic, on 
1325, ajoutant qu'un nid d'aiglons qui fut 
trouvé par Lechus, premier prime de Polo- 
pne, lorsqu'il f.iisait creuser les fondemonls 
de la ville de Gnisnc, donna occasion à Lla- 
dislas di- prendre pour marque de cet ordre 
une aigle blauche couronnée, pendante à un 
collier composé de chaîuc^d'or (1). Il se pout 
faire qu'il y ait eu aussi on Autriche un ordre 
BOUS ce nom et sous celui dos Disciplines, 
dont le collier, selon quelques écrivains, 
était en forme de baudrier, où étaient atta- 
chées des aigles blanches. Quoi qu'il en soit, 
l'an 1705, Frédéric-.\uguste, roi de Pologne et 
duc de Saxe, renouvela dans ce royaume 
l'ordre de l'.Vigle-Hlanohe, et donna à plu- 
sieurs seigneurs qui avaient suivi son paili 
uneaigle blanche avcccetledevi»e, p'o ^(/c, 
lege et rrge. 

S'il est vrai que rempereur Albert II don- 
na à ce Moïse Uidace de \'alora les trois or- 
dres du Driigon, de l'Aiglo-Blanche et du 
Tusin, ce dernier aurait été institué avant 
l'an 15G2, quoique l'abbé Giustiniani dise 
que dans l'incertitude où on est de son ins- 
titution on doit conjecturer qu'elle ne peut 
avoir élc faite que dans cette année, pui^que 
selon lui les archiducs d'.\utriche en ont été 
les fondateurs, et que ce ne fut que dans ce 
temps-là que l'on donna le titre d'archiducs 
à Ferdinand et à Charles, neveux de l'em- 
pereur Charles V. Mais cet auteur n'a pas 
fait reflexion que ce Ferdinand n'eut que le 
litre d'archiduc d'Inspruck, et son frère n'eut 
que Celui d'areliidiic de Gratz; que leur 
père Ferdinand, frère de l'empereur Charles 
\', avait été archiduc d'.Vuiriche dès l'an 
1520, et que l'.xulrii lie avait été érigée on 
archiduché par l'empereur Mavimilion I ', 
comme nous avons déjà dit. Schooncbecli, 
qui ne parle qu'après l'abbé Ciusliniani et 
qui souvent traduit mal cet auteur, dit que 
l'iirdre du Tusin dé|iCiidait des arehi.lucs 
d'Auiiicho, et que Ferdinand et Charles, qui 
étaient frères, furent les premiers qui reçu- 
rent cet ordre, l'an lolJ2. Ce qui e>l certain, 
c'est qu'on ne sait point quelle a été l'origi- 
ne du cet ordre ni pouniuoi on lui donna le 
iiuLU de Tusin. L'abbc Ciustiniaiii dit encore 
que ces (hctaliers portaient un manteau 
ruugc sur lequel il y avait une croix vertu 
[i], (|u'ils faisaient vu>u de i haslctë cl d'o- 



béissance au s.nint-siégcet à leur sonverain» 
et qu'ils suivaient la règle de Saint-Basile; 
mai^ cet auteur a soumis à la même rèule ri 
à d'autres tant d'ordres de chevalerie qui 
n'en ont ou aucune, que nous n'ajoutons pas 
beaccoup de foi à ce qu'il dit de ces cheva- 
liers, qu'il confund pout-élre avec les che- 
valiers d'un antre ordre qui subsistait en 
Hongrie, et qui étaient habillés de cette 
sorte, desquels Mennénius fait mention sur 
le rapfiort de Jérôme Mégiser, historiogra- 
phe de l'archiduc d'Autriche, et dont Josse 
.\iiiiunus et quelques autres ont donné l'Iia- 
bilii nient sans parler de leur origine, ne 
leur donnant seulement que le nom d-.- che- 
valiers hongrois. Quoi qu'ilen soit, nousdon- 
norons l'habillement de ces chevaliers sous 
le nom du Tiisin. 

Favin, Thédlre a'honneur et de cheralfiie. 
Le P. Anselme, Palais de l'IJonneur. Ber- 
nard Giustiniani, Uist. <li luit, gti ordini 
militari. .Mennénius, lleliciœ equcst. ordin. 
Herman et Schoonebeck, dans leurs Uisloi- 
rcs des Ordres rdigieur. 

A ces anciens ordres d'.\llemagne nous 
joindrons encore trois autres ordres militai- 
res qui ont été établis de nos jours par des 
princes allemands. Le premier est celui do 
Jésus-Christ et de sa Passion, que le prince 
Charles, neveu de l'okcteur de Saxe Jean- 
Georges IV, institua ; dont Us chevaliers 
devaient porter sur leurs manteaux une crois 
de salin blanc ou en broderie d'argent, au 
milieu de laquelle était l'image de Noire- 
Seigneur, et au col un ruban bleu taliisé, 
ayant au bout une grande médaille d'or où 
la mêiue imago était gravée; et étaienl obli- 
gés d'assi^lcr avec dévotion au service qui 
se fait le vendredi et le samedi de la semai- 
ne sainte. Le 7 février fut choisi pour la cé- 
rémonie de l'instilution de cet ordre. L'ar- 
chevêque de SalzljoLir^ célébra pontilica- 
leraent la messe eu l'église des Uécollels do 
la ville de Lolbe, avec la musique de Sun 
Altesse cl l'harmonie des timbales cl trom- 
pelles; après quoi ce prince donna le collier 
de l'ordre à ce piélat, et ensuite au prince 
Adolphe, au prince Frédérie, son frère, à 
celui de Nuremberg et à plusieurs autres 
personnes de la p'us haute qualité. 

Frédéric 111, marquis et électeur de Bran- 
debourg, ayant pr.s le titre de roi de Piusse, 
institua le l't janvier 1701 un ordre militaire 
sous le nom de la l'iilililc, cl donn.i aux 
chevaliers pour manjuc de cet ordre une 
croix d'or émaillée de bleu ayant au milieu 
les chilTres de ce prince F. H., et aux angles 
l'aigle de Prusse éinailléede noir. Celle croix 
est attachée à un ruban do couleur «l'orange 
que les chevaliers portent en f.irnie d'écharpc 
depuis l'épaule gauche juxju'à la hanche 
droite , dessus le just.iuciirps , la couleur 
d'orange a' ant été choisie apiiaremmeiit en 
ii.émi)ire de la mère du roi, princesse d'O- 
range. Ces chevaliers portent encore sur le 
cote gauclie de leurs habil> une croix brodée 
d'argent, en forme d'étoile, au milieu de la- 



it) Vvy., à la liu d ( \ul., ii' 17. 



(î) Voij., il la lirulu vul.,n' IS. 



in 



ECU 



ECU 



IIS 



quelle est une aigle en broderie d'or sur un 
fond d'orange , l'aigle tenant dans l'une de 
ses serres une couronne de laurier, et dans 
l'autre u» foudre avec cetle inscriplion au- 
dessus de sa tête , Suum cuique, en broilerie 
d'argent. Cet ordre ne se donne qu'à ceux de 
la maison royale et aux personnes les plus 
considérables de lEtat, en reconnaissance de 
leur mérite. Ceux qui reçurent cet ordre les 
premiers furent le prince royal, les trois 
margraves frères du roi, le margrave d'Ans- 
pac, les ducs de Curlande et d'Ifolstein , les 
comles de Wartemberg, de Barfons, de Dona 
et Lollum ; les quatre conseillers régenls de 
Prusse, MM. de BerbanI, Branschke, Creulz, 
et Vallenrond ; le grand maîlre de l'artillerie 
et le général major , le commissaire général 
comte d'Onlioff , le chambellan comle de 
Doua et M. Billau , grand maître d'hôlcl de 
la reine. 

Il y a encore eu un ordre militaire institué 
la même année 1701 par l'archevêque de 



Salzbourg Jean-Ernest de Tliun, sous le nom 
de Saint-Uupert, premier é?éque de cetle 
ville. Le prélat , après en avoir obtenu la 
confirmation de l'empereurLéopold l", créa, 
le 13 novembre, fé e de sa'nt Léopold, douze 
chevaliers de cel ordre, qu'il choisit entre la 
plus illustre noblesse de ses Etats : la céré- 
monie se fit dans l'église de la Trinilé , nou- 
vellement conslruiie , et il donna à chacun 
de ces chevaliers une médaille d'or, avec 
l'imagede saint Rupert d'un côté, etde l'autre 
une crois rouge. La cérémonie fut suivie d'un 
magiiifiiiuc festin, auquel les chanoines de la 
cathédrale et plusieurs personnes de qualité 
assistèrent, et deux fontaines de \in coulè- 
rent pen'ant le repas dans la place qui est 
devant le palais. Le lendemain, le comte Er- 
nest de I hun , neveu de l'archevêque , qui 
^a^ait fait commandeui de l'ordre, donna 
aux chevaliers un autre repas magnifique , 
qui fui suivi d'un combat d'ours et de tau- 
reaux. 



E 



ÉCAILLE. Voy. Bande (Ordbe de la). 
ÉCHARPE. Voy. Hache. 
ÉCHELLE ( Religieux hospitaliers de 

Notbe-Dame della Sc:ala ou de l'). 
Des religieux hospilnliers de Notre-Dame 
della Scala ou iU V Echelle, à Sienne, arec 
la vie du bienheureux Soror, leur fonda- 
teur. 

A'oici des hospitaliers à qui Barbosa, Tam- 
burin, Crusenius et quelques autres auteurs 
donnent pour fondateur le bienheureux Au- 
gustin Novelli, qui, après avoir été chance- 
lier de Mainfroi, roi de Sicile, se Ht religieux 
de l'ordre des Ermites de Saint-Augustin, 
dont il fut ensuite général , étant pour lors 
péniicncier el coe.fesseur du pape Boni- 
face Vlll; et ils prétendent que ce fut vers 
l'an 1300 qu'il fonda celle congrégaiion. Ces 
auteurs se sont peut-être fondés sur ce que 
dans la vie de ce saint il est dit qu'il per- 
suada à un homme riche de la villede Sienne, 
nommé Ues'aurus, de donner tout son bien à 
l'hô; ital de cetle ville, et que, comme le bien- 
heureux Augustin avait beaucoup de crédit à 
Rome, il obtint des privilégesel des exemptions 
pour cet hôpital et pour ceux qui le desser- 
vaient, qui prirent le nom de religieux, et 
auxquels il prescrivit une manière de vivre 
et quel devait être l'habillement du recleur. 
Selon l'auteur de cette vie , qui (à ce que 
dil le Père Papebroch) était contemporain de 
ce bienheureux Augustin, il n'aurait pres- 
crit ces règlements pour les religieux de cet 
hôpital de Sienne que vers l'an 1300, puis- 
qu'il ne les fit qu'après avoir renoncé au 
généralat, qu'il exerça pendant deux ans, et 
auquel il avait été élevé le 25 mai 1298, 
comme remarque le même Papebroch dans 
ses annotations sur cette vie. Par conséquent 
ces hospitaliers n'auraient été religieux que 
dans le même temps, puisque l'auteur de la 
vie du bienheureux Augustin dit qu'il leur 



en obtint la permission , ce qu'il a entendu 
par ces paroles : Insuper et omnia bona 
privilégia quœhabet diclum hospilale, el quod 
passent vocari fratres, et deeorumexemptione 
a sancta maire Ecclesia, ipse cum esset tna- 
gnœ repntalionis in curia , acquisivil. Ce- 
pendant il y avait des religieuv dans cel hô- 
pital dès l'an 1292, selon Giugurta Tommasi 
dans son Histoire de Sienne ; et, si le recteur 
et (eux qui desservaient cel hôpital n'eus- 
sent pas été religieux , la république do 
Sienne, à qui le pape Cclestin III avait remis 
le gouvernement de cet hôpital l'an 119i, 
en l'ôtant des mains des chanoines de la 
cathédrale , aurait pu les changer el en 
mettre d'autres en leur place, l'an 1292, 
voyant que par leurs malversations les re- 
venus se dissipaient, et que les pauvres 
étaient privés de secours. Mais comme c'é- 
tait dans ce temps-là de véritables religieux 
qu'elle ne pouvait pas renvoyer, elle em- 
ploya seulement son autorité pour que l'hô- 
pital fût mieux gouverné à l'avenir qu'il 
n'avait été jusqu'alors. Le sénat (dit Tom- 
masi) envoya pour ce sujet six députés à 
Orlando , qui en était recleur, el qui le» 
rebuta d'abord sans les vouloir entendre ; 
mais ils furent dereciief envoyés avec ordre 
exprès à ce recteur de réformer avec eux 
les abus qui étaient dans cette maison , afin 
que les pauvres fussent mieux soulagés à 
l'avenir. Le sénat lui défenditenmême temps 
de soumettre cel hôpital à aucune église ni 
à aucun ecclésiastique, et ût des règlements 
pour le bon gouvernement qu'il prétendit 
qu'on observerait. Ainsi cela détruit ce que 
l'auteur de la vie du bienheureux Augustin 
Novelli a avancé ; et n'y ayant eu que huit 
ans d'intervalle entre les années 1292 et 
1300, il semble que Tommasi aurait dû faire 
mention des règlements qui avaient éléfails 
par le bienheureux' Augustin Novelli , s'il 
est rrai qu'il en ait fait ; mais au contraire il 



«19 



DICTIONNAIRE DES ORDRES RELIGIEUX. 



120 



ne parle aucunement de lui, non plus qu'Or- 
lando MalaNolli, dans l'Hisloire de Sienne, 
iiu'il a failo aussi. Au reste il si' peut faiie 
ijue le bii-nheiireux Novelli leur ait seule- 
ment procure la ri gle de saint Augustin. 

Il se trouve une peinture dans cei hôpital, 
de l'an \'-t\-2, laquelle représente le bienheu- 
reux Augustin Novelli donnant l'habit au 
recteur avec celle inscriplion au b.is. Corne 
S. Agostino Noielo die l'abilo a rellore de lo 
spedale; mais on ne peut pas tirer de là une 
ronséqurnrc (lu'il a clé le fondateur de ces 
hospitaliers, l'cul-étre en avait-il commis- 
sion, ou bien ce recleur était I ien aise de le 
recevoir de sa main par dévotion. D'ailleurs, 
il en était de ces recteurs comme de l'admi- 
nistraleur de l'Iiôpila! du Saint-Esprit en 
Saxe, à Rome, qui est toujours une personne 
distinguée, qui n'est jias tirée du corps de la 
religion, quoiqu'il en soit général; et il 
se pourrai! faire que le bienheureux Augus- 
tin ayant persuadé à ce Rostaurus, dont nous 
avons parlé, de donner tous ses biens, qui 
étaient considérables, à cet hôpital, et cet 
homme ayant ^oulu se consacrer au service 
des pauvres, on l'aurait par reconnaissance 
fait recleur do cet hôpiial, cl qu'il aurait 
voulu recevoir l'habit des hospitaliers des 
mains du bienheureux Augustin Novelli. 

Lombardelli, dans la ne du bienheureux 
Soror, qui est le véritable fondateur de ces 
hospitaliiTS, après avoir dit qu'il reçut l'ha- 
bit des mains de rarchevéque de Sienne, de- 
mande grâce au lecteur, et le prie de ne le 
point faire passer pour un monteur, si par 
hasard il lui tombe entre les mains une vie 
du bienheureux Soror écrite par un auteur 
anonyme, qui dit que ce fut le bii iiheurcux 
Augustin Novelli qui lui donna 1 habit. Il fait 
en même temps remarquer que ces deux 
bienheureux n'étaient point contemporains, 
que le bienheureux Soror mourut l'an 8'J8, 
et que le bienheureux Augustin Novelli vi- 
vait en 1.30G. Il ajoute qu'il est vrai que le 
bienheureux Augustin donna l'habit et le 
vole à une sainte femme, nommée Diéla, qui 
demeurait dans cet hôjital au service dos 
femmes malades. Ainsi, selon cet auteur, ce 
serait peut-être le bienheureux Soror qu'on 
aurait voulu représenter dans ce tableau re- 
cevant l'habit des mains du bienheureux 
.Vugustin Njvclîi, el qui aurait donné occa- 
sion a cet anonyme auteur de la vie du bien- 
heureux Soror de dire qu'il avait reçu l'ha- 
bit des mains du bienlieurcu\ Augustin No- 
velli, ce qui ne peut pas éire.cl il n'y a 
nulle apparence que ce dernier ait institué 
les iiospitiiliers de Sienne, à qui nous don- 
nons a plus juste titre pour fondateur le 
bicnlieurc'ux Soror. 

Il naquit .1 Sienne le 25 mars do l'an 832, 
de parents qui subsistaient plutôt du travail 
de leurs mains ()ue des biens de leur pairi- 
nioine, dont ils claierit médiocrement pour- 
vus. Ils ne laissèrent pas de donner de si 
bonnes instructions à leur fils, et de l'élever 
dans des scntiinenls d'une piéié si solide, 
qu'il [irés leur mort, se vovunt libre de!< soins 
qu'il leur iciiduil, cl des secours qu'il leur 



procurait , il se dévoua entièrement au ser- 
vice de Dieu dans 1rs exercices de la péni- 
tence. Pour cet effet il se presciivil un genre 
de vie qu'il ne changea que par raison de 
conlormilé lorsqu'il eut établi la congréga- 
tion dont nous allons parler. Il portait con- 
tinuellement le cilicc, jeîinait trois fois la 
semaine au p.iin et à l'eau, et les autres 
jours il ne prenait que des v iandes couiiiiu- 
iies cl en très-pe'it.- quantité. Je ne sais ;i 
l'auteur de l'Histoire des Flagellants ne s'é- 
lèvera poini contre moi si je dis que le bien- 
heureux Soror, pendant une heure du jour 
et autant de la nuit, déchirait son corps avec 
des disciplines armées de pointes de fer, 
pui>que c'est aller contre son sentiment, et 
donner un exemple de cet^e sorte de mar- 
tyre dans le neuvième sièc e. Mais comme 
je ne parle qu'après Lombardelli, qui rap- 
porte ce f.iit dans la vie du bienheureux So- 
ror, l'auteur de l'Uistoire des Flagellants 
pourra le lui contester s'il le veut, et je passe 
aux autres morlincaiions de ce bienheureux, 
qui à peine donnait à son corps quelque re- 
pos la nuit, et le peu qu'il lui accordait n'é- 
tait (|ue sur une planche, employant lo 
reste de la nuit à la jirière et à la uiédilation. 
Il se levait à minuit pour aller à quelque 
porte d'église dans laquelle on disait mati- 
nes à cette heure-là. Le jour il assistait à 
tous les oflices, et visitait presque toutes 
les églises de la ville et les autres lieux du 
piété. 

Mais, comme Dieu le destinait à secourir 
les pauvres, il lui inspira d'alord l,i pensée 
de donner un asile aux pauvres pèlerins, 
qui, passant à Sienne j our aller à Rome, et 
n'y ayant puini de retraite assurée, étaient 
obliges de coucher le plus touvent dans les 
rues. Il avait une petite maison jo gnant l'é- 
glise cathédrale, qu'il destina pour cette oeu- 
vre de charité, eu l.i faisant servir d'hospice 
pour ces pauvres pèlerins. Il les invitait à y 
venir loger, il leur lavait les pieds, leur don- 
nait à manger, et raccommodait leurs babil'. 
Ses soins ne se terminaient pas à des assis- 
tances simplcmenl corporelles ; il s'appliquait 
à leur procurer le salul éternel, en leur fa. - 
sant des instructions, les entretenant de cho- 
ses spirituelles, et les consolant dans Icuis 
misères. 

Son exemple, joint à ses exhortations, 
anima tellement les personnes charitables 
de Sienne, qu'il y en eut plusieurs qui vou- 
lurent contribuer à son pieux dessein. Les 
uns l'assistèrent d'argent, d'autres lui en- 
voyèrent des vivres en abondance; de sorte 
que par celte assistance il se vil en étal d'aug- 
menter sa chambre et d'y mettre un plus 
grand nombre de lits. Les étrangers qii 
avaient ressenti les effets de sa chanté en 
passant à Sienne, étant de retour chez eux, 
tirent connaître «c siiint lioinmc, auquel ou 
envoya de différents endroits de grosses som- 
mes, par le mojcii desquelles il se vit eu 
élat d'entreprendre de grands bâtiments ^ 
afin de pouvoir recevoir un plus grand nom- 
bre de pauvres. Pour cet effet il jela les fon- 
demeuls de l'hopiUl de Notre-Dame délia 



m ECU 

Scala ou de l'Echelle, qui fut ainsi nommé à 
cause qu'en creusant la terre pour faire les 
fondements, on y trou.va trois degrés de mar- 
bre que l'on crut être des restes d'un temple 
qui était dédié à Minerve. Son hôpital éiant 
achevé, et élant ainsi beaucoup augmenté, 
sa charilé augmenta aussi en même temps. 
Niin content d'y loger les pèlerins, il y reçut 
encore les malades de la ville et les étran- 
gers ; et voulant que les pauvres prisonniers 
se ressentissent aussi des aumônes qu'on lui 
faisait, il leur envoyait à manger trois fois 
la semaine. Sa charité, qii n'avait point de 
bornes, le porta encore à recevoir les en- 
fants exposés, et, par le moyen des grands 
legs que l'on fit à son hôpital, il se trouva 
en état de faire apprendre des métiers à ces 
enfants, afin qu'ils pussent gagner leur vie: 
et il mariait même les files. Enfin cet hôpi- 
tal est devenu si fameux dans la suite, qu'il 
a présentement plus de deux cent mille li- 
vres de revenu, sans les aumônes, qui sont 
considérables. 

Le bienheureux Soror, voyant son hôpital 
solidement établi, et que plusieurs personnes 
qui s'étaient joiiHes à lui pour servir les 
pauvres voulaient persévérer le reste de leur 
vie dans ce saint exercice de charité, il leur 
prescrivit une forme d'habillement pour les 
distinguer des séculiers, et des lèglements 
tant pour leur manière de vivre que pour 
l'ordre du service des malades, la réception 
des pèlerins et l'élection des officiers. 11 y 
avait des règles qui regardaient le recteur eu 
particulier, et d'autres qui ne regardaient 
que les frères. 11 y en avait aussi pour les 
sœurs; car, comme il y avait daui l'hôpital 
des appartements séparés pour les femmes, 
elles étaient servies par des personnes de 
leur sexe, qui étaient habillées de même que 
les frères. Ces règles furent d'abord approu- 
vées par l'évêque de Sienne, et confirmées 
dans la suite, longtemps après la mort du fon- 
dateur, par le pape Célestin III, l'an 1194-, et 
par plusieurs de ses successeurs. On y fit 
néanmoins des changements en différents 
temps, selon qu'on le jugea à propos pour le 
plus grand bien de l'Iiôpital. Plusieurs hôpi- 
taux d'Italie, voyant le bon ordre qu'on ob- 
servait dans celui de Sirnne, y voulurent 
être soumis et le reconnaître pour leur chef. 
Le recteur de Sienne envoyait des hospita- 
liers dans ces hôpitaux, qu'il retirait quand 
il le jugeait à propos; et il y faisait la visite 
comme général et nommait les recteurs. 11 
avait aussi voix à l'élection de l'évéque, et 
le droit de patronage dans plusieurs églises. 
Les principaux hôpitaux qui dépendaient de 
celui de Sienne étaient ceux de Florence, 
de Saint-Geminien , d'Aquapendi nte , de 
Rieii,deTodi,deSan-Miniato, de Poggibonzi, 
de Saint-Savinit, de Barberino, et de Caslel 
délia Pieve; mais dans la suite ils se sont 
soustraits de l'obéissance du recteur de 
Sienne, et même tous ces hospitaliers, qui 
eurent dans la suite grand besoin de réforme, 
à laquelle ils ne voulurent point entendre. 



ECO 



»22 



ont été entièrement supprimés vers le milieu 
du xvr siècle. Quant au bienheureux Soror, 
voyant que l'hôpital de Sienne augmentait en 
revenus, il ne voulut faire aucune dépense 
sans l'avis de deux gentilshommes de la ville, 
auxquels il fit donner le nom de Sages de 
Notre-Dame delta Scala ; m:n< dans la suite 
le nombre de ces gentilshommes a été aug- 
menté, et on en élit tous les ans huit le pre- 
mier jour de janvier, qui doivent prendre 
connaissance de toutes le recettes et de tou- 
tes les dépenses de cet hôpital. Le bienheu- 
reux Soror y mourut le 15 août de l'an 898. 
L'on fut quatre jours sans le pouvoir mettre 
en terre, à cause de la grande foule du peu- 
ple qui ne le voulait pointquitter. On le leva 
de terre l'an 1192 pour le mettre dans la sa- 
cristie, et son corps fut trouvé tout entier et 
sans corruption. 

L'habillement de ces hospitaliers consis- 
tait en une soutane noire comme celle des 
ecdcsiastiques, sur laquelle ils mettaient une 
chape ou manteau, et par-dessus cette chape 
une espèce decamail,sur lequel il y avait du 
côté gauche une petite échelle à trois éche- 
lons surmontée d'une croix en broderie de 
soie jaune, et pour couvrir leur têie ils 
avaient un béguin de toile noire qu'ils atta- 
chaient avec des cordons sous le menton ; et 
sur ce béguin ils portai«!nt un bonnet rond 
large d'un palme et demi replié de la lar- 
geur de quatre doigts (1), et ils n'ôtaient ja- 
mais le béguin qu'en présence du pape. 
L'habit du recteur n'était pas différent de 
celui des hospitaliers, sinon que dans certai- 
nes fêtes et cérémonies, sa chipe et son bon- 
net étaient de velours, et l'échelle en brode- 
rie d'or; mais je crois que la vanité y avait 
fait ajouter quelque chose de plus que ce que 
le bienheureux Soror avait or.lonné. 

Voyez Bolland. tom. IV Mail. Lombardelli, 
Vit. dell. B. Soror. ïomm isi et Orlando Ma- 
lavolti, Hist. de Sienna. Barbosa, de Jur. 
ecclcsiastico lib. i, cap. 41. Ascag./fambur. 
de Jur. Abhal. tom. 11, disp. 2i. Crusen, Mo- 
vastic. August. Luigi Tortlli, Secoli Agosti- 
vinni loin. V ; et Philip. Bonanni, Calalog. 
Ord. Relig. tom. I, p. 111. 

ECOLES CHRÉTIENNES kt de l'ENFANT 
JÉSUS (Frères et Soeurs des). 

Le défaut d'élucalion et d'instruction des 
enfants de l'un et de l'autre sexe ayant tou- 
jours été la source de plusieurs (léré«lements 
qu'on voit régner au milieu du christianisme. 
Dieu a suscité de temps en temps de saints 
fondateurs et autres personnes pieuses, qui, 
poussés d'un saint zèle pour la gloire de sa 
divine majesté, ont tâché de remédier à ces 
dérèglements en établissant des congrégations 
de l'un et de l'autre sexe, qui, sous différents 
noms et des règles p;irticulières, ont pour fin 
principale l'instruction de la jeunesse. Telle 
est celle des Ecoles Chrétienues et charita- 
bles de l'Enfant Jésus, qui ne diffère des 
précédentes qu'en ce qu'elle renferme sous 



(1) Vo:y., à ialin Juvol., n" 19. 



125 



DICTIONNAIRi; DES ORDRES REUGIELX. 



tu 



un même nom et sous une même règle des 
personnes de l'un et de l'auire sexe, dont 
les uns sont dcsliiu's pour enseigner les gar- 
çons, et les autres pour enseigner les filles. 
I.e P. Nicolas Barré, religieux de l'ordre des 
Minimes, qu'ils reconnaissent pour leur in- 
iiituteur,nai|uitàAmiensvers l'.in lG21,depa- 
renls lionuélesel fort vertueux, qui n'omirent 
rien pour lui donner une bonne éducalion. 
Loriqu'il fut en âge de choisir un étal de vie 
dans lequel il pût ser\ir Uieu comme il sou- 
haitait, il entra dans l'ordre des Minimes, et 
y fil ses vœux l'an 1GV2, âgé de 21 ans. Son 
principal caradèic élail de retirer les plus 
grands pécheurs dos abîmes du désordre , cl 
de porter les âmes déjà gagnées à Dieu et 
avancées dans la piélé à de plus hauts de- 
grés de perfeclion. Ce fut ce zèle qu'il avait 
de gagner des âmes à Dieu qui le porta à 
unir ensemble plusieurs filles vertueuses 
qui s'employassent à l'instruction des per- 
sonnes de leur sexe. Le premier établisse- 
ment s'en fit à Paiislan lG78,et le P. Barré, 
voyant le succès de cet établissement , enga- 
gea aussi des maîtres d'école à faire une 
pareillesoi iélé.riui fut commencée l'an 1681. 

Les uns et les autres vivent en cominu- 
naulé, sans faire de >œiix, sous la conduite 
d'un supérieur ou d'une supérieure, auxquels 
ils sonl obligés d'obéir. Selon l'esprit de leur 
institut, ils doivent travailler sans relâche à 
leur propre sanctilicalion, par lacquisiùon 
de toutes les vertus. Leur eiii])loi princi|ial 
est de tenir les écoles pour des enfants pau- 
vres et indi;;enls, et d'instruire des princi- 
paux mystères de la foi les grandes person- 
nes auxquelles Dieu inspirera d'avoir re- 
cours à eux , cl cela sans aucune distinction 
ni acception de personnes. Il n'est pas néan- 
moins permis aux Frèrcsde recevoir en leurs 
écoles des fil les, de quelque âge qu'elles soient, 
ni aux Sœurs des garçons, si jeunes qu'ils 
puissent être. Les uns et les autres ne peu- 
vent pas non plus aller dans les maisons pour 
enseigner à lire, écrire ou travailler, sous 
ciuelque prétexte que ce soit. Ils doivent être 
toujours dispdscs au premier ordre de chan- 
ger de demeure pour aller faire l'instruction 
aux lieux et aux personnes que les supé- 
rieurs jugeront à propos, imiianl en cela 
lexeinple de Nolrc-Seigneur Jésus-Christ, 
qui elant sur la terre enseignait dans les 
bourgs el villages aussi bien que dans les 
villes, allant pour cet elTel partout où la 
gloire de son l'ère l'aiipelail. 

Ces inslruriions se doivent l'aire graluile- 
incnl, en .soric que l.int les Frères que les 
So'urs ne doivent rien recevoir de ce qui leur 
sera oITerl par les parents des enfants qu'ils 
instruisent, soii ri( lies soit iiauvres; el à plus 
forte raison leur rien deiiiamler, ni directe- 
nienl ni inilireclemenl. Les d manches el fê- 
tes les Frères font des instructions publiques 
et des conférences cliréliennes pour les hom- 
mes el les «arçons âgés qui y veulent venir, 
el les Sœurs en font aussi pour les filles el 
les femmes. Quoiqu'ils ne fassent pninl vœu 
d obéissance ni de pau\relé, ils sont néan- 
moins dans une si grande dépcnlancc de 



leurs supérieurs, qu'ils ne peuvent rieu avoir 
à leur insu ni disposer de rien sans leur vo- 
lonté ni leur permission. S'il y a des écoles 
dans la ville autres (|ue celles qui sonl dans 
la maison, et qui dépendent de l'inslitul, le 
supérieur des Frères doit visiter celles des 
garçons, et la supérieure des Sœurs celles 
des ûlles, lous les quinze jours ; el, s'il y en 
a auprès des villes, ils sonl obligés d'y aller 
au moins une fois lous les trois mois, et y 
demeurer loul le lenips qui sera nécessaire 
pour examiner de quelle manière les maîtres 
et mairesses se comporlenl, el l'édification 
que le peuple en retire. Pour ce qui est des 
écoles les plus éloignées , ils ne sont obli^iés 
d'y aller qu'ime fois l'année. Ces maisons 
des Ecoles charilablcs sont sous la protec- 
tion du saint Enfant Jésus et de la sainte 
Vierge sa mère : c'est pourquoi leurs fêles 
principales sonl celles de la Nalivitô d(i 
Nolre-Seigncur, la Pentecôte et celle de la 
Présculalion de la sainte A'ierge, aux(iucls 
jours les Frères el Sœurs doivent faire une 
proleslalion nouvelle de ser»ir Dieu sincère- 
ment, de se rendre dignes de lui apparienir, 
et de suivre sa conduite en telle manière 
qu'il voudra, el qu'il leur sera signifié par 
leurs supérieurs. Ils doivent réciter en com- 
munions Icsdimanches les lilanicsdes saints, 
les jeudis celles du saint Nom de Jésus, el le 
samedi celles do la Vierge, donl ils doivent 
réciter aussi l'office lous les jours. Tous les 
ans ils font une retraite de dix jours, ils 
prennent chacun à l'alternalive un jour de 
leiraile, depuis le premier diman- lie de l'A- 
veut, jusqu'à Noël, et depuis le dimaudie du 
la Passion jusqu'à Pâques, el en quelques 
autres jours de l'année. Ils ne peuvent faire 
aucune mortification ni austérité de corps, 
sous quelque piélexie que ce soit, sans lo 
consentement exprès du directeur général , 
mais au jour de leur association, il leur esl 
permis de faire quoique dévotion extraordi- 
naire, afin de renouveler l'esprit avec lequel 
ils se sont consacrés ce jour-là aux empli js 
qui regardent uiii(]uciiieiit la gloire de Dieu 
el le service du prochain ; et deux fois la se- 
maine ils reconnaissent leurs fautes en pré- 
sence de toute la communauté assemblée. 
Tels sont les principaux règlements que leur 
a prescrilg le P. Barré , leur insliluleur, 
qui mourut à Paris le 31 mai 1G86, âgé de 
lio ans. 

Il y a déjà en France plusieurs maisons 
lant d'hommes que de filles de ces Ecoles 
chréliennes et cliaritabL s. La principale do 
celles des Frères esl à Paris au faubourg 
Saint (îennain, el ils en ont en plusieurs pro- 
vinces, comme le l'oitoo, l'Auvergne, la Lor- 
raine, la Champagne, la Picardie, la Bour- 
gogne, le Boulonnais il le Berri. Ce qui esl 
lionr.rablc pour les Sœurs, c'i st que madame 
de Mainlcnon en choisit quel(|nes-unes [lour 
avoir soin de l'éducation des jeunes deinoi- 
selles qu'on élève à Saint-Cjr, lorsque le roi 
Louis \1V fit cet élalilissemenl, l'an 1(18(5. 
Les Frères ont pour habillement une sou- 
tane et une houppelande, avec des manclirs 
pondantes, le tout d'cloiïe noire et gross;c- 



!2§ 



ECO 



ECO 



126 



re(l). Los Sœurs sont vêtues plus propre- 
ment, mais moileslement, à peu près comme 
les F. Iles de riliiion Chrélicnne. 

Hermnnt, Jlist. des Ordres religieiiT, lom. 
]V ; et les Statuts et Règlements des Ecoles 
Chrétiennes et tharitahles , imprimés à Paris 
l'an 1G85. 

ÉCOLES PIEUSES ou ÉCOLES PIES (Clkrcs 

RÉGULIERS PAUVBES DE LA MÈHE DE DlEU, 
DITS des). 

De lu congrégation des Clercs Réguliers Pau- 
vres de la Mère de Dieu des Ecoles pieuses, 
avec la vie du vénérable P. Joseph Cusa- 
lunz, leur fondateur. 

Entre les éloges que les souverains pon- 
tifes ont donnés à la congrégation des Clercs 
Réguliers Pauvres de la Mère de Dieu, ils 
l'ont appelée un institut pieux et ncomman- 
dable, un inslilul digne de louanp:es, un 
institut fort utile à la république chiéli^nne. 
et un ouvrage d'une chiriié éprouvée et 
d'une éducation rarf;iite. Et l'ordre de Saint- 
Dominique, pour montrer l'estime qu'il fai- 
sait aussi de cet e congrégation, ordonna, 
par un décret du chapitre général de l'an 
1G86, à tous les provinciaux de l'ordr-, d'avoir 
beaucoup de ri'>pccl et de vénération pour 
les Clercs Réguliers de celle congrégation, et 
d'en procurer autant qu'ils pourraient le 
progrès et l'avanceinent, ce que firent aussi 
les religieux conventuels de l'ordre de Saint- 
François , dans leur chapitre général de 
l'an 1695. 

Joseph Casalanz, fondateur de ces Clercs 
Réguliers des Ecoles pieuses, naquit à Pé- 
ralte de la Sal au royaume d'Aragon, le 11 
septembre 1556, de dam Pierre Cas.ilanz el 
de Marie Gaston, tous deux également no- 
bles , alliés aux premières maisons du 
royaume, et qui joignaient encore à leur 
noblesse beaucoup de piété. 11 recul îiu 
baptême le nom de Joseph, et lit paraître 
dès ses plus faibles années les fruits de la 
bonne éducation ((u'il avait reçue de ses pa- 
rents. Etant (larvenu à un âge plus avancé, 
il fut envoyé aux écoles pour y apprendre 
les lettres humaines, cl ap.ès avoir fini ses 
humanités il fil ses éludes de philosophie el 
de droit dans l'université de Lélida, comme 
la plus proche de Péialte, et qui n'en était 
éloignée que de six lieues. 11 alla ensuite à 
Valence pour y faire son cours de théologie ; 
mais il ne demeura pas lon;;temps dans celle 
université, car une dame de considération 
chez laquelle il allait, ayant conçu pour lui 
un amour déshonnèle,et ayant voulu donner 
atteinte à sa chasteté, il abandonna Valencs 
pour éviter ses poursuites, et alla continuer 
sa lhéolo;^ie dans l'université d'AUala d'Hcn- 
narés, où il reçut le bonnet de docteur. 

Dans le temps qu'il étudiait dans cette 
université, son frère aine mourut, après avoir 
vécu trois ans dans le mariage sans laisser 
d'enfants, ce qui avait porté son père à le 
solliciter de revenir à Péralle, afin de l'enga- 



ger dans le mariage, le regardant comme le 
soutien de sa famille, étant le seul enfant 
mAle qui lui restât. Mais Joseph Casalanz, 
(|ui avait bien d'autres pensées el qui ne 
songeait qu'à se donner à Dieu, appréhen- 
dant que son père ne le violentât à suivre 
ses volontés, auxquelles il avait toujours élé 
soumis, ne revint point à Péralle. Après 
avoir pris ses degrés dans l'université d'Al- 
cala, il alla à Jacca, où il demeura pendant 
deux ans avec l'évêqiie de celle ville, dom 
Gaspard Jean de la Figuera, en qualité de 
son aide d'étude. Comme ce prélat, qui avait 
enseigné dans l'université de Sal.imanque, 
était un des plus savanis de l'Espagne, Ca- 
salanz profila beaucoup de sa conversation ; 
il aurait même souhai'é d' meurer plus long- 
temps avec lui, mais il ne put enfin résister 
aux solliiiiaiions de son père, qui le voulait 
avoir auprès de lui. 

Il revint donc à Péralte; mais il demeura 
toujours constant dans la résolulion qu'il 
avait prise de ne point s'engager dans le 
mariage. Son père lui en faisait tous les 
jours de nouvelles propositions; mais il les 
éludait par les difficultés qu'il faisait naître 
sur les partis qui se présentaient, es];érant 
qu'à la fin il pourrait obtenir le ronsente- 
nient de son père pour prendre l'état ecclé- 
siastique. Pour cet effet il se recommandait 
jour et nuit à la sainte Vierge, qu'il avait 
prise pour son avocate auprès de Dieu, afin 
qu'il lui plût de loucher le cœur de son 
père : il ajouta à ses prières el à ses oraisons 
les jeûnes, les veilles el les austérités, afin do 
pouvoir plus facilement obtenir de Dieu celle 
grâce, qui lui fut enfin accorilée ; car il 
tomba dangereusement malade, el se voyant 
abandonné des médecins, il pria son père de 
lui permettre de recourir aux remèdes di- 
vins, puisque les remèdes humains étaient 
inutiles. Son père, les larmes aux yeux, y 
consentit, el dans le même temps Casalanz 
fit vœu à Dien de se faire prêtre s'il lui ren- 
dait la santé. Comme Dieu le destinait pour 
êlre le fondateur d'une congrégation reli- 
gieuse, il lui accorda la santé qu'il deman- 
dait ; car à peine eut-il fait son vœu, qu'il 
commença à se mieux porter, el, ayant en- 
lièrement recouvré ses forces, il se mil en 
éial d'exécuter ce vœu. 11 recul les quatre 
mineurs el le sous-diaconat au mois de dé- 
cembre 1582. Il prit le diaconat le jour du 
samedi saint de l'année suivante, et au mois 
de décembre de la même année il fut fait 
prèlre. 

Il ne se vil pas plutôt revêtu de la qualité 
de ministre du Seigneur, qu'il redoubia sou 
zèle et sa ferveur pour son service, el, fai- 
sant réllexion que la dignité du sacerdoce 
demandait en lui une plus grande perfecliou, 
il s'étudiait de joindre une vie sainte à la 
sainteté de son minisière, el il célébrait tous 
les jours la sainte messe avec beaucoup de 
dévotion. La réputation de sa verlu s'étant 
bientôt répandue, l'cvêque de Lérida le vou- 
lut avoir auprès do lui ; il le prit pour sou 



(1^ Vei/.,i la lin du vol., n* 20. 



127 



DICTIONNAIHE DES ORDRES RELIGirUX. 



1?8 



confesseur, et le fit son Ihéologien et son 
examinateur synodal. Pou de temps après, ce 
prclitl ayani éié commis par le roi d'Kspii};ne 
pour visiter le monastère de Notre-Dame de 
Monl-Scrrat en vertu d'un bref du pape, 
prit avec lui Casalan;: pour seirèliiire de la 
visite. L'évèquc de Lérida éianl mort dans 
le cours de cette visite, on lui substitua 
l'évèque de Viih, qui pria Casalanz de con- 
tinuer la même fonction de secrétaire; mais 
il s'en excusa et retourna à Pèralte, où il ne 
fil pas grand séjour; car dom André Capri- 
plia , évèque d'L'rgcl, non-seulemi'nt lui 
donna la cure d'Ortoneda, mais il lui donna 
encore la charge d'official dans l'èleiidue de 
Trcmp, qui comprenait environ trois cents 
buur^'s ou villages. Il s'acquitta de cet emploi 
pendant l'espace de huit ans; mais se sen- 
tant inspiré d'aller à Rome, il remit son bé- 
néfice entre les mains de son évèque avec 
l'emploi qu'il lui avait confié, et partit pour 
aller à Rome, oij il arriva au commencement 
(lu. mois de mai lo92. Il y visita avec une 
dévotion extraordinaire les sépulcres des 
saints maityrs. Pendant quinze ans il alla 
tous les jours aux stations des sept églises; 
et lorsque quelques affaires le détournaient 
de cet exercice de dévotion pendant le jour, 
il s'en acquittait pendant la nuit. 

A peine fut-il arrivé à Rome, qu'il entra 
chez le cardinal .Marc-.\ntoine (iolomnc, en 
qualité de son théologien. Ce prélat avait 
une si grande vénération pour sa piété et sa 
vertu, qu'il le donna pour directeur à ses 
neveux, fils du connétable Colomne, qui ne 
sortaient jamais du palais sans avoir baisé 
la main de ce saint homme. Tous les same- 
dis il faisait une exhortation aux domesti- 
ques de ce cardinal. Il avait ses heures ré- 
glées pour tous SCS exercices sjiirituels, il 
portait pres(iue continuellemenl un rude ci- 
lice, et il jeûnait plusieurs jours de la se- 
maine au pain et à l'eau. On pouvait même 
dire que ses jeiiiics étaient continuels, car 
les jours qu'il ne jeûnait pas au pain et à 
l'eau, il ne faisait qu'un repas le matin, et 
il ne prenait rien le soir, ce qu'il a continué 
de faire pendant quarante ans, et ce ne fut 
que sur la lin de ses jours ([u'étanl fort in- 
firme et caduc, les religieux de sa congré- 
gation le prièrent de modérer ses grandes 
austérités. 

Deux ans après son arrivée à Rome, l'an 
loi)'», on iui conféra uncanoiiical dans l'église 
catlié Irale de lî.uji.islio au royaume d'Ara- 
gon, qui était la ville la plus voisine du lieu 
de sa naissance ; mais, charmé des exercices 
de piété qui se pratiquaient à Rome, il ne 
voulut point quitter cette ville, cl il résigna 
son bénéfiie au docteur Pierre Navarre, lise 
fil inscrire dans plusieurs confraternités, 
coniine dans celles di s Douzc-Apùlres, des 
Stigmates de saint François, du Suffrage cl 
de la Sainte-Trinité, observant exactement 
les exercices prescrits par les statuts de ces 
compagnies. 

Il entra aussi parmi les Confrères de la 
Doctrine Chrétienne, et. .onlormcment aux 
coiutitulions de telle compagnie, il allait 



avec beaucoup de charité dans toutes les 
places de la vi le pour enseigner la doctrine 
chrétienne aux gens de la campagne qui s'y 
trouvaient, et il faisait assembler les enfants 
dans les égliacs pour leur faire les mérm's 
instructions. Ce fut dans ce saint exercice 
qu'il connut par ex|iérience la nécessité 
qu'il y avait d'apprendre de bonne heure aux 
jeunes enfants les principes du christia- 
iiisioe. Il pensa dès lors aux moyens de le 
faire avec plus de fruit, et ce qui le Cl ré- 
s ludre à s'y employer enlièremenl fut 
qu'ayant trouvé [lar les rues plusieurs en- 
fants qui ne s'amusaient qu'à jouer ci di- 
saient beaucoup de paroles malhonnêtes, il 
s'arri'ta à les considérer. Il fut \i\cment 
touché de voir le peu d'éducation qu'on leur 
donnait, et pour lors ces paroles du prophète- 
roi lui vinrent tout d'un coup dans la pen- 
sée : C'est à vous que If soin du iinuvre est 
réservé, et vous serez le protecteur de rnrphe~ 
lin. Il y fil réilesion, il crui que Dieu les lui 
avait suggérées afin qu'il prit le soin d'in- 
struire ces enfants, et il chercha dès lors les 
Il oyens de leur donner une boom' éducation, 
afin ()u°étant élevés dès bur^ plus tendres 
années dans la crainte de Dieu et les maximes 
du christianisme, ils ne pussent pas dans la 
suite ignorer les choses ilc leur silul. Il en 
fit la pro|)osition à plusieurs personnes ; 
ni.iis lous les moyens qu'il prit n'ayant jtas 
réussi, et ces personnes ne l'ayant fias voulu 
seconder, il entreprit de !e faire seul. 11 loua 
pour cet elTel, d'Antoine liaudini, curé ilo 
Sainte-Dorothée in Ti anslevere proche la porte 
Sitlimania, queb|ues chambres où il com- 
nieiiça à rassembler tous les enfants de ce 
quartier, et par charité il leur apprenait à lire 
et à écrire, l'arithmétique, et leur fournissait 
aussi gratuitement des livres, de l'encre et 
du papier. Tous les jours il leur enseignait la 
doctrine chrétienne, leur faisait des exhor- 
tations spirituelles, et quoiqu'il demeurât 
encore au palais du connétable Colomne, 
(lui est fort éloitrué de Sainte-Dorothée, il ne 
laissait pas d'jiller deux fois par jour à ses 
écoles, où le nombre des enfants s'augmcn- 
tant, et ne pouvant suffire seul à leur in- 
struction, il s'associa ()uelqnes prêtres qui 
étaient aussi Confrères de la Doctrine (Chré- 
tienne, i]ui l'aidcrenl dans son entreprise. 

L'ordre qu'il avait établi dans ses é. oies 
lui donna une si grande réputation , que 
plusieurs familles de la ville y envoyèrent 
aussi leurs enfants, ce qui fil résoudre (Ca- 
salanz de les Iranslèri'r dans la ville pour la 
plus grande commodité de ceux ()ui y vou- 
draient venir, ce qu'il fit au cominenccnient 
de l'année s liiite 1000, ayant loué pour ci l 
effet une grande maison proche le lieu (|u'imi 
appelait le Paradis. 11 quitta pour lors le pa- 
lais Colomne pour venir demeurer dans cette 
nouvelle maison avec les maîtresqui s'étaient 
joints à lui. Deux ans après ils la quiltèreul 
pour en prendre une autre à louage, proche 
de Saint -André delta V(i//c : là il commença 
à vivre en commun avec ceux qui s'étaient 
joints à lui, et il partagea cette école do 
[liété en p'usicurs cÎjsscs. 



189 ECO 

Il arriva à Casalanz un accident dans celte 
maison : c.ir voulant allacher une clorhe 
dans un lieu assez élevé de la cour, il tomba 
de l'échelle où il élail monté, et se rompit 
uneja nbe. 11 fut en danger de perdre la vie, 
à laquelle il n'ava l aucune attache, et qu'il 
aurait quittée sans beaucoup de peine. H n'y 
avait que l'apptéhi'nsinn que son ouvrage 
ne vînt à manquer s'il mourait, qui lui cau- 
sait de l'inquiétude. Mais Dieu pour le con- 
soler lui envoya de nouveaux ouvriers, dont 
l'un fut le P. Gaspard Dragonelli, qui avait 
déjà tenu des éi^oles pendant quarante ans, 
et qui persévéra dans la congrégaiion jus- 
qu'en l'an 1628, qu'il mourut à l'âge de cent 
vingt ans, dans une grande réputation de 
siiiiteté ; et l'autre fut le P. Gellius Gheilini, 
noble Viceniiii. 

Casalanz ayant recouvré la santé au bout 
de quelques mois. Dieu le voulut consoler 
de nouveau. M. Vestrio, prélat de la cour 
romaine, qui lui avait loué sa maison pour 
servir d'écoles, assistait souvent aux exer- 
cices qui s'y faisaient, et fut si content du 
bon ordre qu'on y observait, qu'il en parla 
au pape Clément VUI, qui fit venir le P. Ca- 
salanz pour être instruit par lui-uiéme de 
quelle manière les maîtres se comportaient 
dans les instructions qu'ils faisaient aux en- 
fants. Ce |)onlife, conicnt des réponses du 
fondateur, l'exhorta à persévérer; et, afin 
de l'animer à poursuivre son entreprise, il 
promit d'iillcr lui-même visiter ces écoles 
pieuses, et ordonna que l'on donnât tous les 
ans deux cciits ccus pour le louage de celte 
maison. 

Celle libéralité du pape, jointe au bon ac- 
cueil qu'il avait fait à nuire saint fondateur, 
donna de la jalousie aux maîtres d'école de 
la ville. Ils décrièrent Casalanz auprès de 
ce ponlife, et ils lui firent entendre que les 
choses n'étaient pas comme on les avait ex- 
posées à Sa Sainteté, ce qui porta le pape à 
nommer les cardinaux Anioniani et Baro- 
nias pour faire la visite des écoles de piété. 
Ces cardinaux n'y ay^int trouvé que des su- 
jets d'édification, le pape de vive voix ap- 
prouva ces écoles et les prit sous sa protec- 
tion. Après la mort de Clément VIII, Pau! V 
leur donna pour protecteur le cardinal de 
Torres, et ce prélat ét;inl mort, il lui substi- 
tua le cardinal Giustiniani. , 

Les écoles pieuses augmentant de jour en 
jour en écoliers, et la maison que (^,asalanz 
avait prise à lou;ige étant trop petite, il 
acheta, l'an 1G12, le palais Torres, qui était 
coniigu à l'église de Sainl-Panlaléon, située 
dans la place qu'on appelait anciennement 
de Malerazzari. Le cardinal Giustiniani con- 
tribua à cet achat, ayant donné deux mille 
écus, cl l'abbé Landriani, noble Milanais, 
non-seulemenl donna une somme plus con- 
sidérable , mais entra dans la suite dans la 
congrégation , et y mourut dans une si 
grande réputation de sainteté, qu'on a mé le 
travaillé au procès de sa canonisation. Enfin 
le palais fut eniièrenieut payé par un legs 
de six mille écus que le cardinal Lancelloiti 
fil aux écoles pieuses. Casalanz oblinl en- 



ECO 



lof) 



core l'église de Saint-Panlaléon, et le papo 
Paul V, considérant combien cet institut 
était utile à l'Eglise, l'approuva par un bref 
du 6 mars 1617, l'éiigeant en congrégation , 
à laquelle il donna le titre de Congrégation 
Pauline, perniettaut à ceux qui y entre- 
raient de faire les vœux simples d'obéis- 
sance , de chasielé et de pauvreté. Le pape 
nomma pour chef ou supérieur de celte con- 
grégation, sous le nom de préfet, Joseph 
tiasalaiiz , pour gouverner tant les malsons 
qui étaient déjà établies que celles qui s'éta- 
bliraient dans la suite, avec pouvoir de 
dresser des constitutions. 

Casalanz consulta ses compagnons, qui 
étaient au nombre de quinze, sur la ma- 
nière de vie qu'ils devaient pratiquer, et 
l'habillement qu'ils devaient prendre; et, 
après être convenus ensemble de la forme 
de l'habillement, le cardinal Giustiniani fit 
faire les habits à ses dépens, et le jour de 
l'Annonciation de la sainte Vierge de la 
même année, le fondateur fut revêtu de cet 
habit par les mains de ce cardinal, dans la 
chapelle de son palais, lui ayant donné cet 
habit au nom du pape, avec le pouvoir de le 
donner à ses compagnons, ce que Casalanz 
fil le même jour lorsqu'il fut retourné aux 
Ecoles pieuses. Il voulut encore renoncer à 
son nom du monde, et il prit celui de la 
Mère de Dieu, ce que firent aussi ses com- 
pagnons, qui changèrent de nom, et cila sa 
pratique encore dans cette congrégation. 
Elle fut mise au nombre des ordres reli^ 
gieux, l'an 1621, par le pape Grégoire XV, 
<iui lui donna le nom de Congrégation dea 
Clercs Réguliers Pauvres de la Mère de Dieu 
des Ecoles pieuses. Par un autre bref do 
l'an 1622, il approuva les conslilulions qui 
avaient élé faites par le fondateur, qu'il dé- 
clara général de celle nouvelle congréga- 
tion, à laquelle il accorda, la même année, 
tous les privilèges dont jouissent les ordres 
mendiants, cl Urbain VIII dispensa ces reli- 
gieux d'aller aux processions publiques, par 
un bref de l'an 1629. 

On ne peut exprimer le progrès que le Père 
Joseph de la Mère de Dieu fil dans toutes 
sortes de vertus, se voyant engagé dans 
l'étal religieux. Tout ce qu'il avait fait jus- 
qu'alors, tant pour l'instruction de la jeu- 
nesse que pour son avancement spirituel , 
lui semblait peu de chose. Il augmenta ses 
mortifications, ses veilles cl ses abstinences. 
Il faisait lous ses exercices avec plus de fer- 
veur que par le passé; cl l'instruction de la 
jeunesse étant la principale fin de son insti- 
tut, il s'y appliqua encore avec plus de zèle 
((u'il n'avait fait. Il ne se contentait pas de 
donner tous ses soins à ce que les maSires 
s'acquittassent de leur devoir, il enseignait 
encore lui-même les enfants, et il continua 
cet exercice jusqu'à la fin de sa vie. Sa cha- 
rité le portait à secourir son prochain dans 
toutes les occasions. Il était encore le plus 
souvent au confessionnal ou dans les hôpi- 
taux, il visitait les prisonniers, il secourait 
les pauvres et les indigents, et souvent il leur 
donnait jusqu'aux choses nécessaires pour 



r.l niCTIONNAlRE DES 

rcnltclicn de ses relijrieux, auxquels il re- 
romin<nml;iit Je se confier en la l'rovidence, 
(]ui en elTel ne leur manqua jamais. Il n'en- 
seiunail rien â ses religieux qu'il ne prati- 
quai lui-niéini'. Il leur recounnamlail sur- 
tout riiumiliié ; il leur eu douuail l'exemple, 
s'emplojanl aux ofiiics les |ilus b.is île In 
maison, quoique pénéral de l'ordre. Il allait 
par la ville, la besace sur les épaules, pour 
recevoir le< aumônes des (idélcs, et ce fui 
celle même litimilié qui lui lit refuser l'ar- 
chcvèclié de Hrindisi, qui lui fut olTerl. 

L'opinion que l'on avait do sa sainlelc fil 
que. de son vivant, on ofîrit à sa coiigréga- 
lion plusieurs eiahiisscmenls qu'il accepta, 
dans l'étal ecclésiastique, dans la républKiuc 
de l'iénes. en Toscane, au royaume de Na- 
ples, en Sicile et ci Sardaigne. Le cardinal 
Krançois de Diclrichzau, évéque d'Oluius, 
lui demanda, l'an IG^Jl, de ses religieux pour 
les établir ;i Milmlshoui;;. pi il leur donna 
aussi un aulrc établissement à L^pniek, d'où 
ils se sont répandus par toute rAllemagnc 
rien Hongrie. Le roi de rologuc, Ladi^- 
las IV, vojanl les grands fruits qu'ils fai- 
saient dans les lieux où ils élairnl établis, 
en 01 venir dans son rojaume l'an IGil, et 
ils y ont lait aussi [dusieurs établissements ; 
ils en ont aussi quelques-uns en E^pugne : 
de sorte que le Père Joseph de la Mère de 
Dieu oui la consolation de voir sa congréj;a- 
lion étendue en plusieurs provinces. Il a\ail 
quatre-vingt-douze ans lorsqu'il fat attaqué, 
à Home, de sa dernière maladie; ce fui le 
deuxième d'août de l'an lO'i-H. Il voulut en- 
core dire la messe ce jour là. après quoi il 
se mit au l;l et vécut encore jusqu'au 2j du 
mémo mois, (ju'il rendil son âme à Dieu. 
M fut cnierre au milieu de l'église de Saint- 
i'anlaléon, où il esl resté jusqu'en l'an 1()8', 
(lu'on le transféra dans la nouvi lie église 
tjue ses religieux ont lait bût r. L'on travaille 
actuellement à sa canonisalion. 

La lin de cet institut, comme nous avons 
déjà dit, csl de procurer aux enfants une 
bonne éducation, principalement aux pau- 
vres, à quoi les religieux a'obligenl par un 
quatiième vœu, en leur cnsL'ignanl (par 
charité) à lire et à écrire, en commençanl 
par r.\, IL C, à jeter, coinider, calculer, cl 
même tenir les livres chez les inarcliands 
et d.ms les bureaux. Us enseignent encore 
non-seulemeiil les liUiitaiiités, la rliéloriiiuc 
cl les langues latine et grecque, mais dans 
les villes ils liennenl au^si des écoles de 
philosophie, de Iheidogie scidaslique el 
morale, de iiiailiémati<|ues , de forlirualions 
n de géométrie. Les classes durent deux 
heurrs ri demie le malin et autant le >oir. 
Cl tous les jour-, pendant le dernier quai l 
d'heure, chaque légenl Csl obligé de donner 
aux rcolurs (|iiel(|iies leçons spirituelles. 
Tous les samedis un religieux leur fait aussi 
un sermon d'une deiiii-li( ure dans l'e^hsc 
ou dans l'or.iloire, ei lorsqu'ils sorlcnl de 
classe ils vont p.ir bande chez leurs parents, 
où ils sont conduiis par un religieux, de 
|ieiir qu'ils nos'amtiseni par 1 s rues à jouer 
cl a perdre le temps. 



or.nnES rf.licikux. is: 

Nous avons dit ci-dessus que ces Ch rcs 
Héguliers avaient été mis au nombre des 
ordres religieux par le pape drégoire XV, 
l'an 1G21, et qu'il leur permit de faire des 
vœax solennels ; mais Alexandre Vil, l'an 
l()oG, les remit dans leur premier étal sécu- 
lier, Toulant qu'à l'avenir ils ne fissent plus 
que des vœux s inpies avec un serment do 
persévérer dans la congrégation , ce qui ne 
dura que jusqu'en l'an lljlj'j, que le pape 
Clémenl 1\ les rétablit dans lear étal régu - 
lier. Il y en eut néanmoins quelques-uns qui 
ne voulurent point s'engager à des vœux 
solennels et qui eurent recours au pajie 
pour en obtenir la dispense des vo'ux sim- 
ples qu'ils avaient faits , el du serment de 
persévérer daus la congrégation; c'esl pour- 
quoi Clémenl X, par un bref du 18 odobre 
lli"0, accorda du lemps à ceux qui n'avaient 
fait que des vœux simples, pour se détermi- 
ner ou à sortir de la congri'galion , ou à y 
demeurer en faisanl les vaux solennels, 
donnant pouvoir au général d'absou Ire du 
serment et de dispenser des vœu\ simples 
ceux qui les auraient fails el qui vou- 
draienl sortir de la congrégation , pourvu 
qu'ils ne fussent que laïques ou dans les 
ordres mineurs ; que s'ils étaicnl dans les 
ordres sacrés, el eussent du bien de palri- 
moinc sufiisammenl pour vivre, ou qucl- 
(jues bénéfices , ils seraient renvoyés sous 
l'obéissance de leur évéque; que si, au 
contraire, ils élaieiil dans les ordres sacrés, 
el s'ils n'avaient p int de bien île palrimoino 
ou de bénéfices, il leur sérail libre de rester 
dans quelque couvent de la congrégation el 
de vivre avec les religieux profès de cet 
ordre , sans pouvoir preiendre aucune voix 
active cl passive, auquel cas ils pourraient 
exercer leurs ordres ; mais que si absolu- 
ment ils voulaient sortir de la congrégalion, 
n'ayant point de bien de patrimoine ni de 
béiiélices, ils seraient renvoyés pour vivre 
sous l'obéissance des cvêques, mais qu'ils 
seraient suspendus de leurs ordres. Le même 
I ontitu approuva derechef leurs conslilu- 
lions. 

Car un bref du 28 avril ICGO, Alexandre 
\\l ordonna qu'ils n'auraient point d'auires 
protecenrs que le cardinal vie. lire de Home; 
que le général de cette congrégatinn serait 
élu tous les six ans , cl qu'il .lurail quatre 
assistants. Il approuva par le même bref la 
coutume iiiiroiiuite d.ins celle congrégaiion 
d'y associer de pamres jeunes i;en<, la nu- 
dité des pieds el la grande pauvreté donlces 
Clercs r.iisaient profession , princip.ilement 
dans les vovages qu'ils faisaient a pied el à 
l'Apostolique; mais Alexandre \'lll, par un 
bref du '■Il février lO'JO , les obligea i!c se 
chausser. S m prédécesseur. Innocent XI, 
les avait exemptés, l'an IGSO , de la juridic- 
tion des ordinaires, el les avait soumis im- 
iiiedialemeiit au s.iinl-siege, en conlirmant 
tous leurs privilèges. 

Leur liahil esl si mbiabic à celui des Ji'sui- 
les, excepte que leur robe s'attache par «le- 
vant ,ivcc trois boutons de cuir, et que leur 
manteau ne descend que jusqu'aux gc- 



» 



155 ECO 

noux (I). Ils sont au nombre des mendiants, 
et font la quête parla ville comme les reli- 
gieux (les autres ordres mendianU. Il y a 
peu de bonnes villes en Italie où ils ne se 
soient établis; il y en a même où ils ont 
plusieurs maisons et c dlégcs, comme à Na- 
plcs, où ils en onl quatre, et à Komc, où ils 
en ont cinq. 

Alexis de la Conception, Vie du Prie Jo- 
seph de Casalanz. Cari. Barlholom. Piazza, 
husevolog. Rom., tract. 3 , cap. 13 et 14. 
Asca^. Tainbur. de Jur. Abiat. tom. il, 
disput. 2V, quœst. 8, n. C. Bull. liom. tom. 
Il'l, IV et V; et Philipp. Bonanni, Catalog. 
Ord. Relig. part. i. 

Depuis que le P. Hélyot a écrit le chapi- 
tre consacré à l'histoire des Ecoles pies, le 
fondateur de cette congrégalion a clé canO' 
nisé, et la fête de saint Joseph Casalanz a 
été lixée au 27 août. 11 y a dans le bréviaire 
romain un olfice en son honneur approuvé 
en 1769. L'institut des licoies pies n'a jamais 
ou d'établissemenls en France, m;iis il a 
été et est encore répandu en plusieurs Etats 
de l'Europe. Sa conslitutiin populaire le 
rendait infiniment utile et a contribué à sa 
propagatinn. La fidéliié due à l'histoire nous 
oblige à dire ici avec une certaine franchise 
que cetîc congrégalion n'a pas , croyons- 
nous, gardé l'esprit primilil' de son ctab'is- 
sement ni celui do son pieux fondateur. Une 
certaine émulation avec les Jésuites a peut- 
être pris un caractère qui ne convient point 
à des religieu'ï, et même celui de la jalou- 
sie, il règne dans celle société un all;i(hc- 
ment ou une sorte de prédilection pour les 
idées nouvelles qui ont mis le trouble dans 
l'Eglise depuis près de deux siècles. Nous ci- 
terons l'exemple du P. Jean-Baptiste Mcli- 
nelli, prêtre des Ecoles pies au dernier siè- 
cle, qui a professé la philosophie dans leur 
collège d'Oneille, puis la Ibéidogie dans re- 
lui de Gènes, sa patrie. En 17G9, il ri-mplaça, 
pour professer la môme seience à Rome, le 
P. Nitlali , qui venait d'être nummé proles- 
seur à Pavie, et se montra favorable aux 
idées jansénistes, il joignit des remarques et 
des notes à l'édition de la Théologie de Lyon, 
faite à Gênes, par Oizat', en 1788. Molinelii 
eut sur ses opinions di s démêlés avec le sa- 
vant et pieux Lamhruschirii , a'ors profes- 
seur au séminaire de Gênes , et depuis ar- 
chevêque de cette ville. 11 était retourné et 
professait de nouveau la théologie à Gênes, 
il se montra favorable à la révolution de son 
pays, cl il faisait partie d'une espèce d'aca- 
démie rcclési.islique formée en ce sens à 
Gênes. Les principaux membres étaient l'é- 
Têque Solari, Pahmeri, Degola et autres pa- 
triotes; ils donna. cnt des ouvrages en fa- 
veur du système démocr.ilique. Molinelii pu- 
blia pour sa part , en langue italienne, le 
Préservatif contre la séduction, et Du droit 
des propriétés des Eglises sur les biens ecclé- 
siastiques. Le sénat de Gênes lavait nommé 
liu de ses trois théologiens, et il rédigea, en 
celte qualité, des mémoires et des lonsulta- 

(l] Voij., 3 la (indu vol., n" 21. 



ECO 



Î54 



lions sur différentes matières. Il mourut à 
Gênes au commencement de 1799. Molinelii 
n'était pas le seul de son corps à être dans 
de tels sentiments, qui pourraient peut-être 
expliquer la popularité dont jouit la con- 
grégation des l'iarisles , car on lui donne 
aussi celle dénomination. Il faut croire que 
la recommandation faite par les Dominicains 
et les Franciscains à leurs religieux en fa-- 
veur de la congrégation des Ecoles pies n'a- 
vait |)Our motif que les services qu'elle rend, 
et nullement , dès ce temps-là , une sorte 
d'antagonisme contre les Jésuites. Cet anta- 
gonisme règne malheureusement depuis lon- 
gues années, et passe des maîtres aux élè- 
ves, qui n'aimeni pas les Jésuites, et qui ont 
quelquefois affecté de répéter cette épigram- 
ine, faite par leurs processeurs : Il tombera, 
ce grand arbre, etc. Les Jésuites répondaient 
par d'autres vers qui disaient qu'il tomberait, 
mais qu'il entraînerait les autres dans sa 
chute, elc. ils avaient raison, et nous ose- 
rions soupçonner que les Pères des Ecoles 
pies n'ont pas vu sans peine ce grand arbre 
relevé. En parlant ainsi d'une société esti- 
mable en elle-même , mais gâtée eu quel- 
ques-uns, peut-être en le grand nombre de 
ses membres, dont on accuse le mauvais es- 
prit, nous ne prétendons point exprimer lo 
désir de sa suppression, ni méconnaître les 
exceptions honorables qu'elle renferme. On 
dit qu'en Allemagne les Piaristes sont éga- 
leiiienl animés de l'esprit janséniste , et 
peut-être est-ce à cet esprit favorable au 
pouvoir séculier que l'institut des Eco- 
les pies doit d'avoir été l'objet des excep- 
tions et même des affections des gouverne- 
menls révolutionnaires. Quand Rome déso- 
lée voyait avec horreur et indignation les 
Français et leurs opérations à Rome, sous 
Pie Vil , le P. Isai'e , supérieur des Ecoles 
pies, était l'objet de l'estime ou de l'affec- 
tion du général MioUis , et mangeait frc- 
qucniment à sa table. Taudis que l'Espagne, 
révolutionnée par les intrigues d'une reine 
coupable, expulsait tous les religieu en gé- 
néral , elle faisait une exception en faveur 
des Ecoles pies, qui môme celte année(1847) 
ont reçu une nouvelle preuve d'attachement 
et de protection du gouvernement de la 
reine Isabelli'. Si cette prélérenee est due à 
l'utilité réelle d'un institut qui s'occupe ac- 
tivement de l'instruction lie la jeunesse , à 
qui elle apprend l'A, B, C, et qu'elle conduit 
jusqu'aux sciences élevées, tant mieux, nous 
en bénissons la Providence. Nous serions 
peiné si cette prédilection était motivée par 
les idées qu'on supposerait dominer chez les 
Piaristes, qui sans doute n'ignorent pas ce- 
pendant que l'Eglise et son gouvernement 
doivent trouver des raisons et des armes 
pour soutenir la justice de leur cause, dans 
le talent et le zèle des religieux. Au dernier 
siècle, les Pères des Ecoles pies possédaient 
à Rome : 1° l'établissement de Saint-Panla- 
léon, qui était leur maison professe; 2" Saint- 
Laurent in Borgu, qui était le noviciat; 3*ie 



ir.j 



DICTIONNAIUE PES 



collège dil Xaznreno ; i le «ollrgc tiil, ca 
l'honneur du foml;itcur,t'(j:n/(/».<i(( , ou Col- 
légc-Ncuf: 5° le collège ecclésiaslique ou in- 
finncric des prélres a Putile-Sislo: 6' l'hos- 
pice ai ostolique de S;iinl-Michoi. Aujour- 
d'hui ils ont encore deux maisons dans celle 
»ille el de nombreux clablis^ements en 
Italie. On nous a dil que les Jésuites n'ont 
nu ôlre admis dans hs lieux où professent 
les Piarisles, si ce n'est dans une seule ville ; 
nous ne pouvons attester ce fait. Le même 
institut a donc rc(,u, comme nous venons de 
le diri', la faveur exceptionnelle de survivre 
en lispagne au renvers-ement de tous les 
couvents de religieux, et il y est seul subsis- 
î tant aujourd'hui, avec le célèbre monastère 
de .Monl-Scrral,à qui on a aussi permis de se 
■relever. Dans le-. Etats autrichiens, ils ont 
actuellement soixante-sept établissements, 
contenant trois-cent quarant'î religieux. Le 
préposé général est aujourd'hui le U. P. 
Jean-Baplisle Itosani, el le procureur géné- 
ral est le U. P. Janvier Fucile. Tous deux 
résident à Uomc. 

Extrait de recherches fuites passim, el de 
renseignements fournis par M. R., ancien 
élève des l'iaristes. B-d-e. 

ÉCOLIERS DE BOLOGNE, de Saint-Piehhe 

DE .MONTE-COiinULO EN IrALIE , ET DE 

Saint-Come-lez-Tolrs en Fhance (Cha- 
noines RÉGULIKRS DES CONGnÉGATIONS DEs). 

Le cardinal Jacques de Vitry, dans son 
Histoire d'Occident, fait menlion d'une co:i- 
grég.ition de chanoines réguliers proche 
Bologne, établie par quelques écoiieis de 
celle ville. Il parle d'eux avec éloge, mais il 
ne marque ni le monastère où celle congré- 
gation a commencé, ni ceux qui en di^'pcn- 
d.iicnt. Penot dil que s'il est permis de devi- 
ner , c'éiait peul-étre d.ins le monastère de 
Saint-Victor, proche Bologne , p irci' qu'il 
parait par plusieurs bulles de -Martin V que 
ce monastère é:ait le chef de |)lusicurs au- 
tres. .Mais ce niunaslère ayant clé ruiné en- 
tièrement, il fut uni à celui de Saint-Jean de 
la même ville, qui fut aussi uni dans la suite 
à la congrégation des chanoines de Saint- 
Sauveur de Lalran l'an l'*1.i. Falconius, (]ui 
élait chanoine régulier de Latran aussi bien 
que Penot, dil, dans ses .Mémoires histori- 
ques de la ville de liol();;nc, pag. 201, que, 
quel'jue recherche qu'il ail pu laiie, il n'a pu 
découvrir ni le lieu où demeuraient ces éco- 
liers , ni le pape qui avait approuve leur 
c'ingrcgalion , m à quelle lin e.lc avait été 
instituée. Mais le P. Papclirocli a cru avoir 
trouvé le nœud de la dillicullé en disant que 
c'étaii ni des Frères Prêcheurs fondés parsaiiit 
Uoininique, dont le cardinal de \'iiry avait 
voulu parler, l'habit des religieux de cet or- 
dre ayant beaucoup de rapport à celui que 
les Premonlres portent encore à présent en 
Allemagne , et qui ne din'èrc qu'en couleur 
de celui des Prêcheurs. 

Si l'on considère néanmoins les paroles du 
cirdin.'il de A itry, on C'ninaiira ()u'il a sans 
iloute distingue ces Ecoliers de Bologne d'a- 
vec les l'réciieurs; car, après avoir dit qu'il 



ORDRES RF.Lir.lF.L'X. 130 

y a une autre congrég.ilioii tic chanoines 
hors la ville de Bologne, etc. : Est ulia regu- 
larium eanonicorum Deo grata el hominiùus 
graliosa congrrgatio extra civitalem Bono- 
niœ, il ajoute plus bas qu'ils unissent en- 
semble l'ordre des Prêcheurs et relui d.s 
Chanoines : Prwdicniorum ordinem Canoni- 
corum ordini conjungentes. Mais ce qui mon- 
tre plus évidemment que ce cardinal n'a 
point entendu parler des Frères Prêcheurs, 
c'est que, parlant de la manière de vivre aus- 
tère de ces chanoines , il dit encore qu'ils 
mangeaient de la viande trois fois la se- 
maine : Tribus in hebdomade diebus , carnes 
si cis apponantur non récusant, in refectorio 
manducantes : cependant les Frères Prê- 
cheurs n'en mangeaient |)oinl. Eiifin, ce qui 
me persuade davantage que cet ordre des 
Ecoliers était difTcrenl de celui des Frères 
Prêcheurs, c'est que saint Uominique n'ob- 
tint une maison à Bologne pour ses reli- 
gieux que l'an 1218, et que selon plusieurs 
auteurs cette congrégation des Ecoliers était 
déjà établie avant l'an \iOQ; mais on ne snil 
point quel élait l'habillement de ces chanoi- 
nes, cl combien de letniis ils ont subsisté. 

Voyez Jacob de Vilr. //('»/. Occid., c. 27. 
Penot, Ilist. Iriparl. lib. ii, cap. bï, n. 1. 
Tamb. de Jur. Abb. disp. 2V, qurst. iï, n. 21. 
Le Pn'ige, Bibliolh. Prumon-l.; et P.ipi broch 
Resp. ad P. Sebast. a S. Paulo t. ïl , art. \0, 
n. 170, el an. 22, n. 32. 

A ces chanoines di- Bclngno nous join- 
drons une autre congrégation de chanoines 
réguliers qui ont été institué'' en Italie el 
qui prirent le nom de .Monte-Corbulo , à 
cause que leur premier monastère était si- 
tué sur la mont;igiie de Coi bulo, éloignée de 
la ville de Sienne de douze milles. Ils eurent 
pour instituteur Pierre, surnommé de Reg- 
gio parce (]u'il avait pris naissance dans 
cette ville. (Juelques-uns néanmoins disenl 
qu'il était de .Milan, qu'il avait passé de l'or- 
dre des Chartreux ilans celui (tes Chanoines 
Réguliers, et qu'il avait mém: pris l'habit 
dans le couveiil de Saint-Sauveur de Bolo- 
gne. Ce Pierre de Reggio était ami de Fran- 
çois Sodcrini , évêqiie de Volterre cl réfé- 
rendaire de l'une el de l'autre signature sous 
le pape Alexandre M. Il obtint par le crédit 
de ce prélat l,i J)ermis^ion de fmder une 
congrégation sous le nom de S.iinl-Pierre 
daiii l'église de Saint. Michel sur le Mont- 
Corbulii, laquelle fut conliriiiéc par Jules II, 
selon Raphaël ilc Volterre , ou par le [lape 
Léon X, comme assure Hcnoit de Saint (îe- 
iiiinien, chanoine de la même congregaiion, 
cité p.ir Penot et le P. B nanni. iNlozzagrii- 
nus ajoute que ce ne fut poini sur le Monl- 
Coibulo que les fiindements lui eut jetés , 
mais au monastère de Sainte-Marie do Bi- 
bona, à quelques milles de Pive, du enté de 
la mer et du diocèse de >'olterre. Il y a bien 
de l'apparence ne.iniiioins que ce fut au 
Monl-Corliulo, pni-que la ciin.;régalion en a 
pris le nom. Leur habillement cnnsistail en 
une luniijue grise, sur laquelle ils niellaient 
un rocliet . et sur le roehet une aiiiiiiisse ou 
capiice. Le P. Bonanui dit que l'an iozï ils 



137 



ECO 



ECU 



153 



I 



changèronl la couleur grise en noire, paur se 
confoiiner à l'habillement des chanoines ré- 
guliers de Sainl-Frigdien de Lucques, ce qui 
ne pcul éire, puisque dès l'an 1507 ceux-ci 
avaient été unis, avec dix monastères qui dé- 
pendaient de leur congrégation, aux chanoi- 
nes réguliers de Latran, qui ont toujours 
été habillés de blanc , et qu'ils convinrent 
fieulenient que dans le monastère de Lucques 
ils retiendraient la chape noire au chœur. Il 
semble que, selon le même auteur, la congré- 
gation de Monte-Gorbulo subsiste encore , 
rnr il dit que ces chanoines vivent dans une 
grande pauvreté et du travail de leurs mains, 
étant beaucoup solitaires. 

Voyes Mozzagrunus Narrai, rerum çiest. 
Can. Regul. Penot, Uist. tripart. Kaphaël 
Voilât, lib. XXI ; et Uonanni, CaCalog. Ord. 
relig. 

Les chanoines réguliers de Saint-Côrae- 
lez-Tours sont du nombre de ceux qui, ayant 
trouvé la règle de Saint-Benoît trop austère, 
ont secoué le joug de cette sainte règle pour 
en suivre une plus douce, qui est celle de 
Saint-Augustin, et ont pris le tilre de Cha- 
noines Kéguliers. Ils ne sont pas au moins 
si blâmables que les clianoines de Saint- 
Martin de Tours, dont ils dépendent, et qui 
ont quille entièrement la règle de Saint-Be- 
noît pour se séculariser. Hervé, qui était 
trésorier de cette dernière église au commen- 
cement du onzième siècle, se relira dans une 
Ile de la Loire proche de Tours, et y bâtit 
une petite église sous le nom de Sainl-Gôme, 
avec un petit monastère, où il mena une vie 
solitaire et retirée. Les chanoines de Tours 
l'ayant obligé de retourner chez eux, il les 
pria de donner celte île, avec le monastère 
qu'il y avait bâti, aux moines de Marmou- 
tiers, ce que ces chanoines accordèrent ; et, 
comme celle île appartenait à Hugues, ccllé- 
rier de Saint-Martin, il y consentit aussi. 
Ainsi cctle île, qui prit le nom de Saint-Cô- 
me, à cause de l'église dédiée à ce saint, qui 
y avait élé bâtie par Hervé, trésorier de 
Saint-Martin, fut donnée aux religieux de 
Marmouliers, à condition qu'il y en aurait 
au moins douze qui y demeureraient cl y fe- 
raient l'office divin. Nous ne savons point en 
quelle année k-s religieux qui y étaient quit- 
tèrent la règle de Saint-Benoît pour prendre 
celle de Saint-Augustin et vivre en chanoi- 
nes réguliers ; mais ils ont toujours dépen- 
du de ceux de Saint-Martin, et n'ont point 
reconnu la juridiction des archevêques de 
Tours ; et ce n'est que depuis l'an 1708 que 
les chanoines de Saiut-Marlin, qui avaient 
uie juridiction presque épiscopale dans une 
partie de la ville de l'ours, l'ayant perdue et 
ayant été soumis à celle de l'archevêque de 
Tours, ce prélat a aussi droit de visite chez 
lus Chanoines de Saint-Côme. C'est dans leur 
«église que l'on prétend que Bérenger, archi- 
diacre d'Angers et écolâlre de Saint-Martin 
de Tours, fut enterré. 11 fut le premier qui 
osa dire que le sacrement de l'autel n'était 
que la Qgure du corps de Nolre-St-igiieur, 
et il attaqua les mariages légitimes et le bap- 
(I) Voi/.,àla (in du vol., n" 22. 
DiCTiONNAina des Ordres religieux. H. 



lême des enfants. Le pape Léon IX, â qni 
l'hérésie de Bérenger avait été déférée, lit 
tenir un concile il Rome l'an 1030, où elle 
fut condimnée pour la première fois ; elle lo 
fut ensuite dans ceux de Brione, de Verceil, 
de Plaisance, de 'l'ours ei de Rome, sou* Ni- 
colas 11. Dans celui de Tours, tenu l'an 1054, 
il avait abjuré ses erreurs, et les légats ihi 
pape l'avaient reçu à la communion de l'E- 
glise. Il Ht aussi ia même chose dans celui 
de Rome, l'an 1039, et le cardinal Humbert 
ayant dressé une formule de foi, il la signa 
et jeta au feu les livres qui contenaient son 
erreur ; mais à peine le concile fut-il termi- 
né, qu'il écrivit contre cette profession de 
foi, et chargea d'injures le cardinal qui l'a- 
vait dressée. Au concile qui se tint encore à 
Rome, l'an 1079, sous le pap^î Grégoire VII, 
Bérenger reconnut encore sa faute et de- 
manda pardon. On lui fit signer une profes- 
sion di! foi ; mais à peine fut-il arrivé en 
France, qu'il publia un autre écrit contre 
cette dernière profession de foi. L'annoe sui- 
vante, 1030, l'on tint un concile à B .rdiaux 
où assistèrent deux légats du saini-sicge. 
Bérenger, amené apparemment par l'arche- 
vêque de Tours, y rendit raison de sa foi, 
soit pour confirmer la profession qu'il avait 
faite à Rome, soit pour rétracter son der- 
nier écrit, el depuis ce concile il n'est p'uï 
parlé de lui jusqu'à sa mort, qui arriva le 5 
janvier 1088. Il mourut ilans la communion 
de l'église, et l'on croit qu'il fut enterré dans 
l'église de Saint Côme-lez -Tours, où il s'é- 
tait retiré, et y avait mené une vie (lénitente. 
Ce prieuré appartenait pour iors aux moines 
de Marinoutiers, selon le témoignage du sa- 
vant Père Mdhillon ; et ainsi il n y a pas 
d'apparence que la retraite de Bérenger dans 
ce prieuré ait donné lieu à quelques cha- 
noines de Saint-Martin de suivre son exem- 
ple, et qu'ils aient par ce moyen formé la 
communauté des Clianoines Réguliers do 
Saint-Gôiiie, l'an 1003, comme a avancé la 
Père dom Etienne Badior dans l'Histoire de. 
l'Abbaye de Marmoutiers et de l'église do 
Saint-Martin de Tours, qu'il donna en 1700. 
Ronsard, le prinee des poêles du seizième 
siècle, qui avait élé prieur commenilalaire 
de Saint-Côme, y est aussi enterré dans un 
magnifique tombeau. Il mourut lo 27 décem- 
bre 1383. Ces chanoines sont habillés com- 
me les ecclésiastiques, el mettent seulement 
sur leurs manches une bande de tuile de la 
largeur de quatre doigts, qu'ils lâchent de 
cacher le plus qu'ils peuvent en retroussant 
leurs manches (1). Au chœur ils portent un 
surplis avec une aumusse sur le bras, et un 
bonnet c.Trré. 

Joan. Mabill. Annal, liened. Toin. IV, pag. 
133 e/ ieciiient. Fïeurj. Histoire ecclés. l'om. 
XII el XIII. 

ECU D'OR OU VEUT (Obdbe de i.'). 
Des Chevaliers des Ordres de I'Ech d'Or ou 
Verl, et de Notre-Dame du Chardon en 
France. 
Louis H, duc de Bourbon, comte de Cler- 



130 DICTiON'NAtr.E 1>ES ORDRES REI.IGIECX. 140 

inonl en Foroz, sripnour de IJaatijni cl do ses successeurs ducs de Boiirlinnnnis on fu?- 
Douilles, pnirot prand eliambrier de France, sent aussi cliels ei souverains, cl que l'on ne 
surnomiiK'' leI{oii,;'i son retour d'Anfçleterre, reçût pour chevaliers que des personnes no- 
où il avait demeuré prisonnier avec le roi birs et sans reproche. Ils portaient tous les 
Jean 1" , assembla les jilus pr;in<ls se.fineurs jours une ceinture de velours bleu doublée 
lie ses terres «mi sa ville de Moulins en IJour- de satin roujre bonlce d'or, avec le mut lîf~ 
bonnals, le iireiiiier jour de janvier de l'an pt'rancc en broJcrie aussi d'or. lîlle ferma t 
13C'.), auquel jour, de temps inimémorial, on à boucles et ardillons de (îu or cbarbillou- 
donne les i-irennes. il leur dit qu'il avait nés et échitiueiés avec l'éniail vert, comme 
dessein de prendre pnur devise une ceinture la lèled'un chardon. Aux i;ran les fêles, cl 
dans laquelle il y .lurait en écrit le joycu\ prinrip.ilement à celle de la (]oiiee|)li.>u de 
mol ^.•.■;)fr(/jir(>, cl qu'il voulait les étreniior la sainte ^'ier;;e, ce prince tenait table oii- 
il un l'rdrc qu'il a\aitfait, et qui s'appelle- verte au\ cboaliers, ((ui étaient couveris 
rail l'A'fK dur, dont la mar(|uo était un écu de soutanes de damas incarnat a»(C les mau- 
d'or dans lequel il y avait une bande de pcr- clies 'arg;es, ceintes de leur ceinUires bleues, 
les, avec ce mot Allen. Les premiers qui re- Leur prand manteau était de bleu ceb-sle 
curent cet ordre furent Henri de Montaçru, doublé de satin rouge, et le grand collier do 
sci;;niur de la 'Jour; (luicbard, dauphin l'ordre de lin or, du poids de di\ marcs, fcr- 
il'Au. cijïiie ; GrilTon de Montajiu, Huiïues niant à boucles cl ardillons d'or par derrière, 
de Cbasti Mus, l'aîné lieCbâie'moranl, le sire II éiail composé di' losanjies entières cl do 
de l^liaslel de Montagne, l'aîné de la l'aliss'*, demies à diiuble orle, ém.iillécs de vert, pcr- 
Guillaume de \"icliy el quelques autres. Le cécs à jour, remplies de lleurs de li> d'or, et 
dnc de liourbon dii à ces nouveaux cheva- du mol Jispcrance écrit en lettres capitales à 
Jiers qu'il desirait que lous ccm\ qui rece- l'antique. Au bout du collier pendait sur l'cs- 
vraicnt cet ordre à l'avenir et ceux qui l'a- loiiiac une ovale, dans laquelle était l'ini.igo 
vaienl reçu, vécus'-eiil comme frères, se de la sainte Alerte cniourée d'un soleil d'nr 
donnassent secours les uns aux autres, fis- et couronnée de douze étoiles avec un crois- 
sent toutes les adioiis d'Iionnenr qui con- saut sous ses pieds, el au bout une létc i!o 
viennent à des chevaliers et gentilshommes, chardon émaillee de vert. Leur bonnet é:ail 
Cl qu'ils s'absiinsscnl de jurer cl de lilasphc- de velours vert rebrassé de panne cramoisie, 
nier le nom de Dieu. Il leur camm:inda sur- sur lequel élail l'écu d'.ir à la ile.ise Mien, 
tout de porter honneur aux dames cl aux dont nous avons pari.'. Cet ordie lui rerhei- 
demuiselles, de ne pas souffrir que l'on par- clié par plusieurs grands seigneurs, el méuie 
lâl d'elles en mauvaise part, et de ne point par des élranj,'ers, qui se faisaient honneur 
mal parler les uns dis autres. 1! les exhorta de porter l'ordre du d-ic de liourlion, qui 
aussi à se garder réciproquement loi cl passait pour le | lus grand cn|iilainc de son 
loynu é, et à se poil r respect, romm- il np- lenips. 

par'.icnl à cheialiers de louanges cl de vertu; AL ILM-man, d.iiis son Ili>toire des Ordres 
el p';ur les exciler ,î remplir leur devoir il militaires, parlant de celui du (Chardon, dit' 
leur dil que le mot A /en, qu'il avait fait mel- que l'abbé (jiusliniani s'est trompé lorsque, 
tre snr l'écu. voulait dire : Allons tous en- voulant corriger (luelques auteurs qui oui 
femhlr nu senicf dr Dieu, ri demeurons unis fait Louis II, duc de liourgogue, insiiluleur 
pour la défense de noire p<iy<, et rhcrchor.s à de cet ordre, vers l'an \W.i, il en altribue 
ocqu('rir de l'Iionnrur pur nosnciions glorieu- rétablissement à i'iiilippe II, duc de Boiirgo- 
ses. il promit de sa |iarl d'e\éruter tout gnc l'an l'i-^O, el que la raison ()ue l'abbé 
cela, cl les chevaliers prêtèrent ensuile ser- (iiustiniani en donne, c'est qu'il n'a point 
ment entre ses mains de le servir li.L leuienf. trouvé de Louis li duc de Hourgogne en ik03. 
Nous donnons l'habillcmenl de ces cheva- Apparemment que M. Herman n'a p.is lu 
liers Ici que nous l'avons trouvé dans la bi- l'Histoire des Ordres inilil ires de cet auteur, 
bliolhèque du Uoi (1). Il y en a qui préleu- et qu'il s'en est rapporté à d'autres qui lui 
detit que ni n'était poiol un ordre (le the- ont fait un fiux rappo;l; car, bien loin ipie 
Valérie qu'il leur donna, mais seulonient une l'abbé liiuslini.ini mette rélalilisscment di" 
devire (ju'il prit pour lui, cl qu'il pcniiil cet ordre en 1430, Il d;t positivement que 
ausài de | renilre aux seigneurs de sa cour ; l'on en doit mellre rinslitntion en l-'iTO, se- 
ct que le véritable ordre de chevalerie de ce Ion l'Histoire des Ordres militaires nnpn- 
prii'.cc fut celui du (Chardon o<i de l'I-spéran- niée à Paris en l()7t, à laiiuclle il faut ajou- 
re, qu'il institua l'an L'ITO, en l'hiinneur de, ter foi, puisciu elle a été co oposée en France, 
Dieu et de ia sainte Vierge immaculée, sous où cet ordre a pris son origine : l'er (/wsln 
le nom d'ordre des chevaliers de Nolre-Da- autoriia Itistuncn, clic p<r issere orl/inain 
nie, dil autrement du ('Iiardon, lorsqu'il nrlla Francia doue (juesl ordine 7'rasseli prii^- 
épousa Anne, (ille de iîéraud, deuxième du cipii, mérita fedc, pare dotcrsi dure i'unuo n 
nom, comte de Clermonl el dauphin d'.Vu- talc insiitutione 1370. l]omnie lauieur de 
vergue; mais il est jdus probable que ce- cette descriplion des ordres militaires en a 
laienldeux onlres dilïéicnls. atlr bue l.i londation à un Charles 11 duc de 
(]el ordr- du Chardon élail composé de Itnui bon. l'abtie (Miisiiniani f.iit voir que ce 
vingt-six chevaliers, y compris le duc de C*i,irles de Hourbon ne peut | as en avoir été 
IJourbon, qui en élail le chef. Il voul'il que le fondateur; cl, bien loin d'en allribuer la 

(1) \'otj., à la fin du vol., n'' 2j. 



in 



ELR 



EI.E 



142 



fondalion à Pliilippe II duc de nouigojrne, 
roinnie prétend M. Herman, il dil qtie c'est 
Louis II, et non pas Charles de Bourbon qui 
en a été l'instiluleur : Ua ta'e essame lien si 
vcile che Lndovico II, non Carlo (luca di Hor- 
ion l'u iinslilulore di questo ordinc. Kt dans 
un aulre endroit, où il corrige aus^i .Micliiili, 
qui avait avancé que Louis du Hourgognc 
él.iit le fondateur de cet ordre, il dit : /•'» Ln- 
dovico duca di Borbone rinslitnlore, el non 
di liorgo(jna, corne serive Michieli.W y a loii^'- 
Icinps que Cri ordre ne sul)si>.le plus, quoi- 
que l'abhé Giustiniaiii ail donné uneclirono- 
logie de ses grands tnaîtres depuis Louis II, 
duc de Bourbon, jusqu'à Louis le Grand, roi 
do France. Si M. Herman avait sculenienl 
jeté les yeux sur celle chronologie, il n'au- 
rait pas accusé l'abbé Giusliniani d'avoir 
fait PbiiippL- II, duc de Bourgogne, inslilu- 
leur de cet ordre, puisqu'il a mis à la Icle 
de SCS grands maîtres ou clu-fs de l'urdr;! 
Louis 11, duc de Bourbon, cii 1370. 

Kavin, Théâtre d'honneur et de chevalerie. 
Josef Michicii, Te.^oro mililar de cavuleria. 
Mcnnénius, De iclœ E'jiici^t. Ord. Bcrnarl 
Giusliniani, Ilist. di lait, gli ord. mililar. Le 
P. Anselme, Le l'alais d'honnaur. Herman et 
Silioonebeck, d mis leurs Uisloireg des ordres 
mililaires. 

l!:i:UYEUS AU feu D'AIIGENT. Voyez 
Feu d'or. 

EGYPTIENS (Mo. NES). Voyez Coptes. 

ÉLÉPHANT (ordre de l'). 

Des chevaliers des ordres de VEléphanl cl de 
Danebroch en Danemark. 

L'ordre de l'Eléphant en Danemark est du 
nombre de ceux dont on ne connaît point 
l'otigiiic. Les uns la font remonter jusqu'au 
temps de Chiisticrn I", d'au'rcs piélendcnt 
qu'on ne la doit mettre que sous le rèijiie de 
Cliristiern IV, et d'auires enfin ne la lixcnt 
que sous celui de Fiédcric II. Mais l'opinion 
la plus commune est que Cbristiern I" a clé 
l'instiluleur de cet ordre, l'an 14^78, selon 
«|uelques-uns, ou l'an 1474, selon d'aufre-. 
M. .\sluuole dit avoir vu une lettre écrite l'an 
1537 par Avoleide, évêque d'Arhusen, chan- 
celier de Jean, roi de Danemark, à Jean Fris, 
aussi chancelier de Chrisliern III, dans la- 
quelle ce prélat marque que Cbristiern I", 
étaut à Rome, demanda au pape Sixte IV la 
permission de pouvoir insliluer cet ordre en 
l'honneur de la passion de Nolre-Srigneur 
Jésua-Christ, et que les rois de Danemark 
en fussent toujours chefs ; el il ajoute que 
ce prince fonda une cliaielle mai^difique 
dans la grande église de Uosth;id, lieu de la 
sépulture des rois de Danemark el éloigné de 
quatre lieues de Copenhague, où tous les 
chevaliers devaient s'assembler. Le même 
auteur, décrivant le collier de cet ordre, dit 
que ce n'était d'abord qu'une chaîne d'or au 
lias de laquelle pendait un éléphant qui av.il 
sur le colé une couronne d'épines dans la- 
(juelle il y avait trois clous ensanglantés eu 



mémoire de la passion de No!re-Seigneur, 
que dans la suite ce collier fut com;osé de 
croix entrelacées d'éléphants, et qu'au bas 
de ce collier il y avait encore un éléphant 
qui tenait sous ses pieds une image de la 
sainte Vierge, en l'honneur de laquelle il y a 
au^si des auteurs qui prétendent que cet 
xriWe fui iastilué. Favin cl le P. Anselme, 
(|ui sont du nombre de ces auteurs, disent 
que les cheval ers de cet ordre portent au 
cou une chaîne d'or au bout de laquelle [)cnd 
sur l'eslomac un éléphant d'or émaiilé de 
blanc, le dos charge d'un château d'argent 
maçonn j de sable ; et cet éléphant est porté 
sur une terrasse de sinopic émailléede Heurs. 
J'ai une ancienne cslampe où le collier de 
cet ordre est ainsi représenté, à l'exception 
que le collier est do trois chaînes d'or. Mais, 
quoique Favin et le P. Anselme décria eut de 
celte manière le collier de l'ordre de l'Elé- 
phant, néanmoins celui qu'ils ont fait gra- 
ver est comj:osé de plusieurs croix entrela- 
cées d'éléphants qui portent chacun sur leur 
dos une tour, cl au bout de ce collier il y a 
une médaille cnlourée de rayons, an milieu 
de laquelle est l'image de la sainle Vierge. 
J'ai encore une ancienne estampe où ce col- 
lier n'est que d'une c'iaîne d'or composée do 
plusieurs os qui paraissent dos vcriébrcs, au 
bas duquel pend un éléphant ayant sur le 
dos une tour, et au-dessus de la tour un I, 
qui pourrait signifier le roi Jean ; de même 
que le C que les chevaliers qui furent fai s 
{;ar Chribliern IV mirent sur le collier, mar- 
quait le nom de ce prince. Celui que I\Ien- 
nénius a fait graver est semblable à celui 
que Favin et le P. Anselme ont donné, avec 
celle dilî'érence que la médaille de la sainio 
Vierge est attachée à trois peliies boules, et 
qu'au bas de cette médaille il y en a encor(î 
une autre représcnlant trois cions de la [)as- 
sion. Enfin la plupart des auteurs (|ui ont 
parlé de cet ordre en ont donné le collier do 
dilTérentcs manières. Celui que les ch,;va- 
licrs portent présentement est (Ornposé de 
plusieurs éléphants entrelacés de louis, clia- 
qui! éléphant ayant sur le dos une housse, 
bleue, et au bas du collier il y a un éléjjliant 
d'or chargé sur le dos de cinij gros diamants , 
en mémoire des cinq plaies de Notie-Sei- 
gncur; cet éléphant esi émailié de blanc et 
a sur le dos un pelit Maure assis. 

Quant à leur habillenieni, ils portcal dans 
les jours de cércmonio un grand manu au do 
velours cramoisi doublé de salin blanc, dont 
la queue traîne de deux aunes, avec un cha- 
peron par derrière attaché au manteau : les 
cordons qui lient le manteau sont d'argent 
et de soie rouge, le haut-de-chausses et In 
pourpoint de satin blanc, et les bas de cou- 
leur de perle. Ils portent sur le côte gauchi! 
du manteau une croix en broderie, entourée 
de rayons ; leur ciiapeau est de velours noir 
avec un boaquet de plumes rouges et blan- 
ches (1). Ce qui distingue le roi, c'est (jiic 
les plumes de son chapeau sont blaiK lies 
avec une aigrette noire, et que son mantea;; 



(!) Vo'j., U la lliidiivol., li" ii. 



Itô 



DICÏiaXSAinF. DES ORrtlîF.S RKI.ir.lF.l'X. 



14i 



e>l douldo (riioimiiic. I/hnliillcmont do ces 
cliov.ilii'is, (jiie l'iilit <" (îi'.isiiniaiii a failpra- 
vcr, a l'ié iltssiné, à ce qu'il dit. sur un por- 
Irjil du roi Chrislicrn \', morl l'an JG'J'J. Ce 
prince j csl ri'prcsoiilé avec une cuirasse, 
ayant un cordon bleu passé en écharpc de- 
puis l'épaule gauche jusqu'à la hanche 
droite, et un éléphant d'or au bout, avec un 
manteau bleu, snné di; couronnes d'or et de 
cœurs en broderie ; le nianteiu est doublé 
de peaux de loups-ccrviers et a sur le côté 
^'auche une croix entourée de rayons. Ainsi 
il y a eu souvent du changeinent dans l'ha- 
billenienl , ;iussi birn que dans le collier. 
Favin , qui a été siii\i par d'autres, s'est 
trompé lorsqu'il dit (jue les rois de Dane- 
mark ne confèrent cet ordre que le jour de 
leur eouronnenienl : car, sans parler des rois 
de Danemark qui ont réi;né depuis l'insli- 
liilion de cet ordre, Cli; isticr:) V, qui, à son 
avénrmeni à li coiironm-, avait fiit des che- 
valierv «le l'Eli phanl, fil encore chevalier de 
cet ordre, l'an \6~r2, I anib.is-adeur d'Angle- 
terre qui résidait aupr.'s de sa personne. 11 
y eut une promotion de plusieurs autres che- 
valiers l'an 1679. Le marquis de Hadc Dour- 
lach. et Chrislicrn. prince d' Osifrise, le fu- 
rent au^si l'an 1C82. L'année suivante, Fré- 
déric Charles de Koyc de la Hochefoucault , 
comte de Uoye, fut l'ait pareillement ( heva- 
lier de 1 Klephanl. Il y eut une autro promo- 
tion le lo jui leî IG'Ji , (t le collier de cet 
ordre fut donne à livrard Louis , prince de 
Wirteinberg; S utlgard Georges, landgrave 
de Hesse-Diirms'adt; Philippe, iamlgravc de 
Hesse Casscl ; Albert, duc de Saxe-Golha ; 
Léopold Evrard, duc de Wirlemberg-.Mont- 
belliard. et à d'autres ; et l'an l(i'.)7 le duc 
Jean Adolphe de Saxe-Weinsenfelz le re(;ut 
aussi. 

lilie A'hmole, dans son Traite de In Jnr- 
rtlicre; Favin, ïluûtre d'honneur el de che- 
valerie ; Bernarl Ciustini:ini , Ili^l. di Ciilli 
gli Ordini tni:itiiri ; .Mennénius , Ilerroan et 
Schoonebccii, dans leurs Ilisloires des Ordres 
iiiilitntres: et le V. Anselme. Le Palais de 
l honneur. 

O itre l'ordre de l'Eléphant en Danemark , 
il y a encore un autre ordre sous le nom de 
Danebroch , <!onl ((uebiues écrivains , ama- 
teurs des fables, font remonter l'origine jus- 
qu'au temps de Dan, fils du pairiarcbe J.icob, 
qui, selon eux, fut le premier roi de Dane- 
mark cl donna son nom à ce royaume. Ils 
disent que ce roi [rrélendu étant sur le point 
de livrer une bataille, l'an du monde 2898, 
vil descendre en l'air une grande croi\ blan- 
che qui fut le signe de la victoire qu'il rem- 
porta : ce qui fut cause qu'il institua un or- 
dre au luel il donna son nom et celui de 
lîroge, qui, en danois, veut dire peinture. 
D'.iuirrs, plus raisonnables, croient que 
Waldimar il en a élé l'insUtuteur vers l'an 
12I'J. M. Harlholin , qui Cît de ce sentiment 
et ((ui a fait une dissertation sur l'origine de 
cet ordre, aj')Ule que ce prince donna aux. 
che*aliers un*' croix lilaïuhe. Il y en a d'au- 
tres (|ui <n alliibui'nl aussi l'instiliition à 
Waldemar, el qui prelendeui que celte croix 



1.1. m. lie était bordée de rouge, et que le mo- 
tif qui porl.i ce roi h instituer cet ordre fut 
qu'étant près de donner combat à ses enne- 
mis, il avait vu une croix pareille qui des- 
cendait du c:el. Ce qui est certain, c'est que, 
s'il est vrai que AValJcmar ait institué cet 
ordre, il n'était plus connu en Danemark 
lorsque Chrisliern V le rétablit l'.in 1672: 
mais il y a plus d'np|iarence qu'il en a c!c 
plulol l'instituteur qrjc le restaurateur, el ce 
fut à l'occasion de la naissance du prince 
royal de Da-iemark Chrislicrn Guillaume , 
son nis, qu'il célébra avec beaucouit de; ma- 
gnificence. Les chevaliers de cet ordre por- 
tèrent alors en échaipe depuis l'épaule gau- 
che jusqu'à la hanche droite un ruban blanc 
bordé ('c vert , auciuel pendait une croix t!o 
diamants , el sur leurs manteaux ces deux 
Il ots en broderie , Pelu'e el Juslit a , dans 
une conronui' de laurier. Ce prinC'' retran- 
cha dans la suite ces paroles, et ayant ré- 
formé l'ordre, il ordonna ^\\\c les chevaliers 
porteraient un manteau de couleur aurore, 
doublé de salin blanc. C" m nteau est à peu 
près de la même manière que celui des che- 
valiers de l'Elcphanl ; mais le h:iul-de- 
chausscs est plus large , semblable à celui 
des Suisses. Us doivent paraître devant le 
roi avec cet habit de cérémonie trois fois 
l'an, le jour de l.i n.iissance de ce prince , 
celui de son couronnement el celui de sou 
mariage. Leur nombre n'c-l que de dix-neuf, 
le roi en est le chef et ne confère cet ordre 
qu'à des officiers d'armée. 

Thim. Hartho!., De equest. Ord. Danehro- 
giii Dissertai, hislor.; et Schoonebeck, His- 
toire des Ordres militaires, loin. IL 

ELISABETH [Religielses de Sainte-). ' 

De l'origine des religieuses du Tiers Ordre de 
Saiitt-François , avec la vie de s-tinle t'ii- 
snbelh de Hongrie , veuve du landi^rtive île 
Thuringe, prentiôre religieuse de cet ordre. 

C'e-t avec raison que les religieuses du 
Tiers Ordre de Saint- François regardent 
sainte Elisabeth de Hongrie comme leur 
mère, puis(iu'elle a été la première Tiertiaire 
qui ait fait des vœux solennels. Elle était fille 
d'André 11, roi l'e Hongrie, et de Gerirude , 
fille du duc de Carinthle. Elle vint au monde 
l'un 1207. Ses vertus commencèrent à écla- 
ter presque dans le berceau, parlirulière- 
ment sa cimpasson envers les pauvres, t|ui, 
dès l'âge de trois jins, lui mérita un miracle 
signale d.- la [luissance de Dieu ; car ayant 
été surprise par le roi, son père, lorsqu'elle 
leur portail quelque chose qu'elle ne voulait 
pas que l'on v il, el lui ayant ilit que c'étaient 
des roses, cela se trouva véritable. Le land- 
grave de I huringe l'ayant demandée en ma- 
riage pour son lils aine, el ayant envoyé 
pour ce sujet une célèbre ambassa<le au roi 
de Hongrie , elle fut conduite en Thuringe 
dès l'âge de quatre ans avec toute la magni- 
ficence possible. 

La cour du landgrave la vit encore plus 
fervenlc et plus vertueuse que ne l'ava l vue 
celle du roi de Hongrie. Sa gouvcrnanle s'i l~ 



115 



ELI 



KiX 



lie 



força de Jiiniinier la longueur <l(!>scs prières 
et (le ses aulres pratiques de dcvoVion ; mais 
ce fut toujours inulilemenl. Son oraison était 
presque continuelle, l'exercice de ses vertus 
ti'avait point d'intervalle, même dans ses ré- 
créations, qu'elle passait dans des divertisse- 
ments saints et pieux. Sa dévotion et sa ten- 
dresse étaient si grandes pour les mystères 
de la passion de Jésus-Christ, qu'elle répan- 
dait une grande abondance de larmes lors- 
qu'elle entendait la messe, qui en est la re- 
présentation. Le roi de Hongrie, allant à la 
conquête de la terre sainte , établit un sei- 
gneur de sa cour, nommé lîranebanl , pour 
gouverner le royaume pendant son absence; 
mais à peine ce prince lut-il parti, que tier- 
irude son épouse fut tuée par ce Br.inebant. 
Les larmes que ce meurtre fit répandre à 
suinte Elisabeth furent les fidèles témoins de 
sa douleur il de sa tcndressepour celle prin- 
cesse; mais s.i constance n'en lut point ébran- 
lée ; elle lâcha même de porter son père et 
SCS frères à n'en poinl tirer vengeance. 

Après la mort (le la reine sa mère, elle com- 
mença à vivre d'une manière d'autant plus 
ugré.ible à Dieu, qn'clleélait désagréable à la 
cour. Sophie, duchesse de Thuringe, et les 
gens de celle cour la méprisaienl ; mais ces 
mépris la consolaieiil , dans l'espérance de 
celle récompense que Dieu pron«el à ceux 
qui souffriront la pcrsécuiion pour la justice. 
Le landgrave la défendait contre la malice 
des envieux ou des censeurs de sa vertu ; 
mais Dieu, qui éprouve ses élus comme l'or 
dans la fournaise, la priva de celle protec- 
tion par la mon de ce prince , qui arriva 
lorsqu'elle n'avait encore que neuf ans. 
Quoique les pratiques de la pénitence ne 
soient pas ordinaires aux personnes de cet 
Âge, celle jeune princesse les embrassait déjà 
a»ec tant d'ardeur, que la haire et la disci- 
pline lui étaient ordinaires, el elle inventait 
tous les jours de nouvelles mortifications. 
La couronne qu'elle portait sur sa léle les 
jours de fêtes el de dimanche, pendant qu'clie 
assistait au saint sacrifice delà messe, selun 
la coutume des princesses de Thuringe, lui 
paraissait si peu convenable au mystère d'hu- 
inililé qui y est représenté , qu'un jour elle 
la quilia; mais celle action, qui auiait dû 
fiiie l'admiration de toute la cour, déplut 
fort à la duchesse Sophie, et procura de 
nouvelles humiliations à notre sainte , qui , 
malgré les oppositions de celle princesse il 
lie ses courlisans, à qui ses vertus donnaient 
de la jalousie, épousa enfin, l'an 1221, à i'âi,'e 
de quatorze ans, Louis V, landgrave de Thu- 
ringe, (|ui en avait vingt el un. Elle eut de 
ce mariage trois enfants, un lils nommé Her- 
man, qui posséda la souverainelé de 'i'hu- 
ringe après la mort du landgrave son père ; 
une princesse qui porta le nom do Sophie, 
et fut mariée au duc de Brabanl ; el une au- 
tre fille qui fut abbcssc d'un célèbre monas- 
tère de Franconie. 

Comme le landgrave son époux avait beau- 
coup de piété , il lui laissait une entière li- 
berté de vaquer à ses exercices de dévotion. 
11 l'cDCOurageail même à la persévérance, el 



approuvait toutes les aumônes qu'elle distri- 
buait aux pauvres. Sitôt que celle princesse, 
qui cherchait toutes les occasions d'avancer 
de plus en plus dans le chemin de la perfec- 
tion, eut nouvelle de l'établissement du troi- 
sième ordre de Saint-François, elle demanda 
d'y être associée, el elle fut la première en 
Allemagne qui le reçut des mnins d'un reli- 
gieux du premier ordre, avec la permission 
du prince son épou\, qui l'eût pareillement 
embrassé, s'il eût eu assez de santé pour en 
pratiquer les règles. Saint François, qui \i- 
v,:it encore pour lors, ayant appris cet'e nou- 
velle, aurait bien souhaite lui faire un pié- 
senl digne de sa qualité, pour lui témoigner 
la joie qu'il en avait ; mais sa grande pau- 
vreté lui en étant les moyens, il lui envoya 
le pauvre manteau qu'il portait , comme le 
gat;e le plus assuré de son amour paternel 
pour une si sainte fille : aussi sainte Elisa- 
bclh le reçut comme un riche présent , et 
avec le respect d'une véritable fille pour un 
père si saint et si ami de Dieu. Le Saint-Es- 
prit, (|ui avait toujours été son guide avant 
son mariage, ne le fut pas moins lorsqu'elle 
fui engagée dans cet état : elle choisit pour 
son confesseur le Père llodingerius , dont se 
voyant privée à l'âge de dix-sept ans , elle 
prit Conrad de .Masburg , à qui elle rendit 
une parfaite obéissance, après en avoir fait 
le vœu entre ses mains en 1223, y joignant 
en même temps celui de chasteté, si elle sur- 
vivait au prime son époux. 

Les pauvres el les m;ilades étaient les 
principaux objets de ses soins el de son af- 
fection, leur ayant fait bâtir un hôpital à 
Maspuig, afin qu'on leur y administrât 
tous leurs besoins , tant spirituels (jue tem- 
porels. Dans un temps de famine elle uourr t 
pendant deux années de suite neuf cents 
pauvres. Ses greniers étant épuisés, elle eut 
soin de l'aire venir du blé de touli'S parts , et 
employa à cette œuvre de charité non-sen- 
Iciuent toute sa dut , (jue son mari lui avait 
accordée , mais encore sa vaisselle d'argent, 
ses perles, sis diamants , et loul ce qu'elle 
avait de plus précieux. 

Le landgrave, ayant enti épris le voyage de 
la terre sainte, laissa cette princesse pour 
régente de ses Etats; mais ayant été saisi 
d'une violente fièvre dans la villu de Troïna 
en Sicile, il ne laissa pas d'aller à Trente, 
où, sa maladie augmentant , il mourut eu 
1227. On annonça à la sainte la mort de st>i! 
mari , dont elle reçut la nouvelle avec une 
parfaite conformité à la volonié de Dieu. En 
même temps on la dépouilla do ses Etals, 
comme indigne de la régence. Etant sortie la 
nu t hors de son palais par la violence de 
ses ennemis, qui l'en chassèrent avec mépris, 
non-seiilemcnl elle ne trouva aucune mai- 
son qui la voulût recevoir, mais encore, pour 
surcroîtdcdisgràce.une malheureuse femme 
qui en avait reçu de grands secours la jeta 
dans la boue au milieu de la rue, et elle fut 
obligée de se retirer dans une pauvre étalile 
avec ses deumiselles , jusqu'à ce qu'ayant 
entendu sonneràminuil la cloche des Frères 
Mineurs pour les matines , elle se fit ouvrir 



117 ItlCTIONNAlRE DFS ORDRFIS URLIGIRUX. liS 

J.1 |)(>r!o (le ri''j;lis(>, fl l'-s prin lîo clianiiT lo trouver; cl sur lo refus r)u'il lui fil de la 

7> /'ci/m m aciioude prâ( os des huniilinlions permission qu'elle lui en iIcmaiuLiit , el'n lui 

où Dieu l'avail réiluile. répoiidil : Je le ferai , je le ferai, ri roua ne 

Tu si pr.iud ehaujiciucnl de fortune, eapa- jionvtz pas m'en empêcher ; el elTectiveuieni , 

hic djilialire loul autre ciiuraire que le sien, élanl euiréc le jour du vendredi saint dans 

ne fU(|u'augmentersaconsianceelsouain(iur l'éirlisc des Frères Mineurs, elle mit les 

pour Dieu , eonirne il parut assez par la pa- mains sur l'autel , el là , en [irésenec des re- 

lience avec laquelle elle snuiïril ce que la ligieux el de son confesseur, elle fit une 

pauvrelé a do plus I uile et de plus huiiiilianl, profession solennelle par laquelle elle rc- 

puisqu'cllc fut reduile à (iomaiider du paiti nonça à loulcs les vanités du monde, A ses 

lie porte en porte pour sa subsistance. 1,'ab- parents , à ses eulanis, à sa propre volonté 

l)e>se de Kizingen , sa lanle , en ayant eu et à tout ce que le Sauveur du monde con- 

avis, la lit venir chez elle, et l'envoya en- scillo d'abandonner pour <''lrc parfait, 

suite à l'evèque de liamlcrf^ , qui éiaii aussi Plusieurs auteurs disent (ju'elle se retira 

son oiule, el qui lui proposa do se remarier, ensuite dans un monastère, où elle s'eui- 

étanl encore dans la (leur de son âne ; mais ploya à filer la laine el à exercer les plus 

elle ne voulut point entendre parler de se- vils ministères : ce qui n'empiîeliail point 

londes noces, ajant choisi Jésus-Christ que, comme oilc ne s'étail pas oblij;ce à la 

pour époux. clôture , elle u'(ûl soin des pauvres de l'hô- 

Conime on portait le corps du prince son pilai qu'elle avait fait bâtir. Il y eut aussi 

mari en Thuringe, il pa'-sa par liamberg. trois ou quaire de ses demoiselles qui l'inii- 

accompagné des sei;ncursqui l'avaient suivi tèrent , el se revêtirent de l'habit du Tiers 

en Sicile. La sainte veuve lc\oulul voir, pour Orilre ; mais la pauvreté de celui de la sainte 

lui donner 1rs dernières marques de sa ten- la faisait distinguer des autres. Enfin ses aus- 

ilresse en l'arrosant de ses larmes. Ces soi- lérilés et ses niortificaiions ayant abrégé ses 

gneurs, ayant appris le mauvais traileu)ent jours , elle mourut à Maspurg le 10 novem- 

»|ue l'on avait fait à celle princesse, la vou- bre 1231, u'élant Cr:corc que dans sa ungt- 

lurent rétablir dans la régence, mais elle dé- quatrième année. 

Clara qu'elle y ri nonçait, et ne prétendait Quelques-uns doutent néanmoinsquecellc 

aucune part au gouvernement. Elle demanda sainte ail été du Tiers Ordre de Saint-Fran- 

soulemenl que Ion conservât les droits de çois cl véritablement religieuse; mais c'est à 

.--es enfants, el qu'on lui donnât son douaire tort, puisque saint lionaventnre assure 

en argent , jifin de le pouvoir distribuer aux qu'elle eu a été, et qu'il l'a api)ris de son 

pauvres. Uoddlphe , qui tenait le premier confesseur ; el que Vincent de Iteauvais et 

r.ing parmi ces seigneurs , la ramena en Thu- saint Anionin, qui oui été suivis par plusieurs 

linge , et la remit en possession de son pa- autres écrivains, disent qu'elle se revêtit 

lais, où elle fui traitée selon sa dignité; d'un habit gris , el qu'elle fit une profession 

mais celle pieuse princesse, appréhendant solennelle : Grisivum hahilum induit , ri ha- 

i]ue les honneurs (ju'un luirendaitcl l'ahon- biius sttsceplioium voli emissivnc solrmnizii- 

dan( c où elle se lrou^ait ne fussent contrai- r('i . Wading . qui dispute à celle sainte la 

reg au va'u de piuvrelc auquel elle s'était qualité île religieuse , dit néanmoins q,ue sa 

engagée, renonça à tous ces honneurs et re- profession fui solennelle : Positis super ul- 

tourna d'elle-même à cet état d'humiliation turemanilius , soicmni ac magnanima profes- 

«jù SCS enneujis l'avaient d'abord réduite sione renuntial pormlibus , etc.; el dans un 

îiprès la mort de son uiari. liodolphe el les autre endroit, en rapportant la bulle de ca- 

aulres seigneurs de la cour, peu accoulu- nonisalion , où le jiapc (^irégoirc IX marque 

mes aux humilialiiins de la croiv de Jésus- (|u'elic se revêtit de l'habit de religion, il 

Christ, i)ui leur semblait plutôt une folie n'a pa« manqué de ju.irqucr à la marge 

qu'une sagesse . ne sachant à quoi attribuer qu'elle avait été religieuse, fuil reliyiosu. 

un si grand mépris de soi-même el si con- Ainsi c'est à lorl qu'il loi dis])uleceltequalilé. 

traire aux maximes du monde, ne la regar- Konlinius, dans son llisioire do Hongrie, dit 

dèrent plusque conmie une folle, eln'eureni qu'après avoirpris I habit de S.iinl-François, 

plus pour elle <|ue du mépris : ce que la elle se retira dans un monastère, où elles'oc- 

saiiite souffrit avec une joie qu'il n'est pas cupait à liler cl aux ollices les plus vils. Nous 

faille d'exprimer, se reconnaissant à ces pourrions rapporter aussi le témoignage 

marques servante de Jésus-Christ, qualité d'un grand nombre d'auteurs, ([ui n'ont point 

i|u'elle préférait à toutes les grandeurs de la fait diflicnlie. de la reconnaître pour leli- 

lerre. giensc du Tiers Ordre do Saint-François; 

l,e pape t'.régoire l\ la prit sous sa pro- nrais ce que nous en avons dit suffira pour 

lection, et la recommanda a Ciuirad do ,Slas- faire connaître que les religieuses de cet or- 

pur^', son confesseur, entre les mains du- die ont eu raison de la reconnaître pour leur 

(|uel elle avait fait , comme nous avons dit , mire el pour leur patronne, yen ayant même 

vœu d'obéissance el de i hastelé dèsl'an 122.'). quoIqucN-unes qui prenneul le lilre de reli- 

t^e sage directeur voulut modérer son /cle gieuses de Sainlc-Elisabelh. Il est vrai qu'elle 

pour la pauvreté , qu'elle voulait pratiquer ne gardait pas la clôture el qu'elle sortait 

dans un si ljaulde!:re do perl'ectiun, que, non souveul de smi monasti-re pour aller servir 

C'Urlcnle do renoncer à loul ce (|u'elle pou- les pauvres a l'h^tpilal ; mais la clêlure n'est 

vail prétendre darrs le monde, elle ne vou- p.rs essentielle à la profession religieuse; et 

Uil vivre que des aumônes qu'elle |iourrail il y a cueoie aujuurd'hur plusieurs cuurinu- 



liO 



EU 



ENF 



S50 



iiaiil6s de religieuses du Tiers Ordre de 
Saint-François qui ne s'y engagrnl pas, et 
qui, à l'exemple de leur Mère sainte Elisa- 
beth, sortent de leurs monastères pour aller 
assister les malades, consoler ks mourants, 
ensevelir les morts , et qui prennent la qua- 
lité de religieuses hospitalières. Il y en a 
d'autres qui exercent l'hospitalité sans sor- 
tir de leur clôture, d'autres qui gardent seu- 
lement la clôture sans exercer l'hospitalité; 
et parmi celles qui ne sont point hospitaliè- 
res, il y en a de réformées qui prennent le 
nom de religieuses du Tiers Ordre de Saint- 
François de 1 Etroile Observance , d'autres 
de religieuses Kécollcclincs. Lis unes suivent 
la règle de Nicolas IV, d'autres celle de 
]-éon X. La plupart sont habillées de gtis. 
Les unes ont des scapulaires , d'autres n'en 
porlciit point. H y en a aussi qui sont habil- 
lées de blanc , d'autres de noir et d'autres de 
lileu. Nous avons parlé et parlerons encore 
(le quelques-unes de ces religieuses plus par- 
liculièreiiienl dans d'autres articles, et nous 
donnons la ligure d'une des anciennes reli- 
gieuses hospitalières de cet orJrc qu'on nom- 
mait de la Celle, qui étaient habillées de gris, 
et portaient des manteaux noirs lorsqu'elles 
sortaient (1). Gomme la règle défend de por- 
ter des habits tout à fait blancs ou tout à fait 
noirs, ces hospilaiières de la Celle des mo- 
nastères di' Saiiit-Oiner, Hesdin , Abbevillc 
et Montrcuil , eurent du scrupule de porter 
des manteaux noirs, quoiqu'elles en eussent 
eu permission du pape Sixle IV. Elles s'a- 
dressèrent, l'an 14-89, au pape Innocent VIII, 
qui leva leur scrupule et roiifirrai la permis- 
sion que son piédéccsseur leurava:t donnée 
de porter ces manteaux noirs qui les cou- 
vraient depuis la tète jusqu'aux pieds , et ne 
portaient point de scapulaire, non plus que 
certaines hospitalières dont nous avons lait 
aussi graver l'habillement , et qu'on appe- 
lait les Sœurs de la Faille, à cause des grands 
manteaux ((u'elles portaient aussi, au haut 
desquels il y avait un rond de chaperon qui 
couvrait leur visage pour n'être point vues 
ilu peuple (2) ; elles allaient servir les u)a- 
ladcs dans leurs maisons , et avaient soin des 
peslileiés; leur habillement était gris. 

Vincent. Bellovaccnsis, lib. ssx Spcculi, 
Jlist. c. 136. S. Anton., ui part. Ilist., titiil. 
19. f. 2; Wading, Annal. Minorum, t. I, 
ann. 1228, n. 84. S. Bonavent. Serm. de S. 
lîlisab. Conrad de Masporg, EpisI, ad Pa- 
pam. Gregor. IX de Vita S. Elhalielh. Joan. 
Mar. Vernon , Annal. Tei t. Ord. S. Fran- 
6-i«(;i. Franc. Bordon, Chrvnolog. FF.etSo- 
ror. Tert. Ord. S. Francisci. 

Nous ne partageons point le sentiment 
d'Hclyot sur la profession de sainte Elisabeth 
de Hongrie, qu'il dit avoir été solennelle , si 
le mol solennelle doit être pris à la rigueur. 
Néanmoins nous ne décidons pas absolument 
que sa profession ne fut point solennelle, 
puisqu'elle la faisait dans le Tiers Ordre , 
qui est un ordre véritablement approuvé 
comme ordre religieux; mais quelle commu- 



nauté habi(ai(-olle, quelles constitutions y 
suivait-on ? Ce seraient des points à éclaircir , 
puisque Wading est allé jusqu'à contester 
l'état religieux de la sainte, qu'il reionnalt 
pourtant à la fin par l'expression rcliginsa. 
Quoique les religieuses Tierliaircs de Paris 
soient connues aujourd'hui sous (e seul nom 
de Religieuses de Sainte-Elisabeth , elles no 
sont point néanmoins à placer au rang do 
celles qui sont mentionnées dans ce chapitre. 
Elles appartiennent à celles qu'on appelle 
de l'Etroite Observance ; nous renvoyons les 
additions que nous fournirons à leur his- 
toire au chapitre où leur élablissemcnl est 
raconté parHélyot; c'est là leur place nalu- 
relle , c'est-à-dire à l'article de l'ordre de l.'i 
Pénitence , ou Tiers Ordre régulier de Saint- 
François d'Assise. Nous parlerons en même 
temps de deux autres maisons que les Fran- 
ciscainsdu Tiers Ordre avaient aussi à Paris, 
et sur lesquelles Hélyot a gardé un silence 
d'au:ant plus surprenant, que ces deux mo- 
nastères étaient du même ordre que lui. 

Au dernier siècle les Franciscains du Tiers 
Orrfre.ainsi qu'on les appelait à Rome, avaient, 
dans celte dernière ville, les quatre établis- 
sements suivants, tous quatre gardant la clô- 
ture et dirigés par des prêtres séculiers : 
Saint-Bernardin de Sienne , Sainle-Cluire, la 
l'urification , Sainte-Apolline. Aujourd'hui 
les Franciscaines du Tiers Ordre, à Borne, 
sont encore sous la direction des prêtres sé- 
culiers; nous ignorons si elles y ont plus 
d'une maison , mais lous les monabtères dont 
nous parlons ici sont plutôt à mentionner 
dans le chapitre consacré aux religieuses du 
Tiers Ordrevivant eu clôture. Dans les Etals 
autrichiens ou compte aujourd'hui dix mo- 
nastères de religieuses de Sainte Elisabeth, 
diies Elisabéthines, renfermant, en totalité, 
319 religieuses. B-d-e. 

ENFANCE DE NOTRE-SEIGNEUB (Filles 

DE l'). 

De la congrégation des Filles de l'Enfance de 
Notre-Seigneur Jésus-Christ. 

Dans le temps que les Filles de l'Enfant 
Jésus à Rome commençaient à former leur 
congrégation, comme nous le dirons à l'ar- 
licle Enfant Jésis, l'on en établit en France 
une autre que l'on nomma de l'Enfance de 
Notre-Seigneur Jésus Christ , qui eut pour 
fondatrice madame de Mondonville Jeanne 
Julliard, veuve de Claude de Turle, seigneur 
de Mondonville , conseiller au parlement de 
Toulouse. Celte pieuse dame avait déjà éta- 
bli, conjointement avec M. l'abbé de Ciron, 
chanoine de la cathédrale et chancelier de 
l'univcrsilé de Toulouse, quelques maîtres- 
ses pour l'éducation et l'instruction des nou- 
velles catholiques et des pauvres filles de la 
paroisse de Saint-Etienne de la même ville; 
mais, voulant changer cet établissement en 
une congrégation de vierges chrétiennes qui, 
sans porter l'habit de religieuses, pratiquas- 
sent les vertus de religion et se donnassent 



(i) Voy., à la fin du vul., Il" 2a. 



(i) Voy., à la fin du vol., n" 26. 



i:>i 



DlCTIONNAlKi; DES OUDllES RKLICIELX. 



lo2 



tout à Dieu el au s> rvicc du prochain, cllo 
«0 n-iira en ItioT dans la maison qu'elle avait 
aclielée pour l'inslruclion des nouvelles ca- 
tholiques. Elle y assembla, par les avis de 
Al. de Ciron, un si grand nombre de Pilles, que 
cette maison n'étant pas suffisante pour les 
•loger toutes , elle en acheta une autre 
«l'an ICtil, où, sitôt qu'elle fut logée avec 
• J^loule.* celles qui s'étaient mises sous sa con- 
■duile, elle demanda pour sa congrégation 
naissante des règlements el des constitutions 
à l'arche» L-(|uc «Je Toulouse, Pierre de Marca, 
«]ui , ne pouvant refuser une demande si 
lainte et si juste , commit, par une urdon- 
naiicc du 2.'i mai 16G1, M. de Ciron pour tra- 
vailler à CCS mêmes constitutions. Elles ne 
furent pas plutôt Tinies , que madame de 
Mondoiiville el quatre de ses fille» présentè- 
rent une requête à ce même prélat au mois 
de janvier de l'année suivan'e, pour le prier 
«le les approuver et d'ériger liur congréga- 
tion sous le litre de \' l'.nfance de Nolre-Sei- 
f/neur Jésus-Christ, et le vœu simple de sta- 
hilité auquel elles voulaient seiigagrr. Le 
grand vicaire de l'archevêque répondit à la 
icquêlc, «t érigea les suppliantes et celles 
qui se joindraient à elles en société et con- 
grégation, sous le titre cl de la manière 
qu'elles souliailaicnl, pour vaquer à l'édu- 
cation chrétienne des jeunes tilles, à l'in- 
sirnction de celles qui étaient nouvellemenl 
converties à la foi catholique, au secours el 
à l'assistance des pauvres malades honteux 
cl autres, avec le vœu simple de staijililé, 
sous la conduite de leur fondatrice cl insli- 
lulricc. Il approuva les conslilu;ions (]ui 
avaient été dressées par M. de Ciron , à 
condition néanmuins qu'aucune lille nu 
pourrait êlre reçue à fjire le vccu do stabi- 
lité dans la congrégation avant qu'il y eùi 
un acte public de la donation que la l'on ia- 
irice avait promis de faire p' ur l'entretien 
de huit filles : ce qu'elle oxécuîa la même 
iinnée, et fit la première ce vœu de staliililc 
le i mars. Elle envoya ensuite à RoiPiC les 
tnêines constitutions, pour en avoir la con- 
firmation du sainl-siége, que le papo Alexan- 
dre \ Il accorda par un bref du G novem- 
bre 1GG2. Le roi donna aussi ses lettres 
patentes pour cet élaMissement le 21 octo- 
bre 1CG3, et elles furent enregi-trées au par- 
lement de Toulouse le 17 novembre suivant. 
Tels furent les commencements de la con- 
grégation des Filles de l'Enfance, qui ne 
sub-isièrcnl pas longtemps, comme nous le 
verrons dans la suite. 

Les constitutions qui furent dressées par 
M. de (jron contenaient cinquante -trois 
chapitres. Le premier tr;iilait de la fin de 
l'institut, qui était d'honorer tous les états 
de l'Enfance de Nulrc-Seigucur Jésus-Christ, 
mais particulièrement celui dans lequel il 
commença d'in><lruire les honmics el de se 
réparer de ses pan nls jiour s'appliquer plus 
parliculièreaienl aux aflaircs de son l'ère : ce 
ijuc les filles qui embrassaient cet institut 
Jevaiinl imiter, en jjroturantau dedans cl au 
dehors de leurs maisi us riiislruction et le 
ttiours spirituel el temporel du prochain, 



autant que la modestie de leur étr-t le pou- 
vait permetire. Li- second chapitre déternii- 
nail les emplois des filles de cette congréga- 
tion , dont le principal était d'élever les 
jeunes filles dès leur enfance dans la con- 
naissance des obligations de leur baptême, 
dans l'estime et la prali(|ue des promesses 
qu'elles y ont faites à Dieu, dans la haine du 
inoude cl de ses pompes, auxquelles elles ont 
renoncé, et daa> l'amour de Jésus-Christ el 
des maximes de son l'.vangile. Le troisième 
traitait de la manière que les filles de l'En- 
fance devaient s'appliquer à celte éducation, 
en prenant des pensionnaires dans leurs 
maisons el en tenant des écoles publiques. 
Le quatrième cl le cinquièmi* regarilaienl le 
gouverneinenl des pensionnaires cl des éco- 
i.'S. Le sixième enseignait la manière avec 
laquelle ces (illcs devaient se comporter dans 
la visite des malades et la di^l^il)ulion des 
bouillons. Le septième, ce qu'elles devaient 
faire à l'égard des nouvelles catholiques. Le 
huitième el le neuvième, le soin qu'elles de- 
vaient avoir des hôpitaux el des pauvres en 
temps de peste. Le dixièiije parlait des re- 
traites qu'elles devaient f.iirc pendant huit 
jours tous les ans. Les onzième, douzième, 
treizième cl quatorzième regardaient la ré- 
ception des filles. Il devait y on avoir de 
trois sortes : les premières étaient des demoi- 
selles de noblesse d'épée ou de robe, qui 
pouvaient seules avoir voix délibéralivc dans 
toutes les choses qui di-mandaient les suf- 
frages de la communauté, comme aussi voix 
active et passive dans le-i élections aux char- 
ges de supérieure, intenilantc el économe de 
la maison. Dans le second rang étaient les 
filles d'une condition infeiieure, qui pou- 
vaient avoir part à tous les emplois do la 
congrégation aussi bien que les premières, 
comme de maîtresses des écoh-s, du gouver- 
nement des pensionnaires, de la visite des 
pauvres, distribution des bouillous, el au- 
tres choses semblables : elles étaient seule- 
ment exclues des charges de supérieure, in- 
lendanle e'. économe. Enfin dans le troisième 
rang élaienl les suivantes, femmes de cham- 
bre l't servantes du gios emploi, qui de- 
vaient toujours demeurer dans la condition 
que la naissance leur avait donnée, sans 
(]u'ellc$ pussent en éire tirées pour quelque 
cause que ce fût. Avant que ces filles fissent 
le v«ru de stabilité, elles devaient être éprou- 
vées pendant 'eux ans, lesquels expirés, la 
fondatrice avait droit de les recevoir elle 
seule, cl après sa morl ce droit appartenait 
à la communauté. Celles qui étaient admises 
devaient faire vœu de stabilité en celti.' ma- 
nière : Je pri.meis sincèrement el librement, et 
je vuue à t'Itunncur de la sainte et sacrée £n- 
f'ince de \otre-Seigneur Jésus-Christ st<tbi- 
tilé perpétuelle dans la congré(jation des 
l-'illes de i Enfance, pour y vivre le reste de 
vies jours conforméinciii à SCS statuts et rè- 
glements, fans cl6:ure et sans aucune liaison 
de vœu soirniiel, et sans aucune ajl'cctatiun 
d'habit sinr/ulier. Dieu me jnssc lu ijrùce d'if 
être fidèU. L'épreuve de deux années ^y 
nommait l'essai, cl \<i profession la liaisoi). 



153 



ENF 



ENF 



154 



afin de n'avoir rion de commun avec les au- 
l'es congrégations régulières et séculières, 
(y est pour cette raison aue le dix-neuvième 
cliapiire ordonnait (jue les maisons de cette 
congrégation de l'Enfance seraient à la ma- 
nière des maisons des bons bour;;eois, et 
qu'on ne bâtirait point surtout ni dortoirs, 
ni réfectoires, ni cliaufToirs, et que les lieux 
(Icsliiics à ces usages n'en devaient avoir ni 
1.1 forme ni le nom. Le quinzième défenilait • 
de recevoir des veuves. La fondalrice devait 
être en cela seule privilégiée; et si quelque 
/lutre veuve voulait faire quelque nouvel 
établissement, on devait lui permettre seu- 
lement de passer huit jours dans la maison 
do six mois e-n six mois. Lu seizième exciul 
toute singularité. Les maisons ne pouvaient 
avoir (le chapelles extérieures, de clocher, 
ni de cloche, que de la grosseur nécessaire 
pour élre entendue dans toute la maison, 
i.es niles ne devaient point changer le nom 
de baptême ni celui de leur famille, el \,e 
devaient point s'; ppeler sœurs. Conformé- 
ment au (lix-septiènj ■ , (lies ne devaient 
point affecter d'étoffe particulière, mais de- 
vaient se servir iiidiiïéreniinent, suivant les 
saisons, de celles qui sobI au-dessous de la 
pure soie, simples et unies, sans passements 
d'or cl (l'argent, ou de soie. Il ne devait 
point non plus y avoir de couleur affeetée; 
mais elles pouvaient choisir indilTéremmcnt 
le noir, le gris, le blanc, le leuille-morte, ou 
au're couleur. Les habits des demoiselles 
suivantes et des femmes de chambre ne de- 
vaient être t|ue de laine avec quelijue dilïé- 
rence, soit dans la nature des étolfes, soit 
dans la forme d' s habits. Le dix-huitième 
prescrivait quels devaient être les ameul)lc- 
menls des filles. Les chipilres dix-neuf et 
vingt concernent les liquais, les carrosse-, 
les chevaux el les chaises à poricuis. 11 
était dit dans le vingtième chapitre' que les 
laquais ne pouvaient pas être reçus s'ils 
avaient servi des filles dans le uiunde ; et 
que les cochers devaient être mariés. Il de- 
vait y avoir beaucoup d'union entre les tilles 
d'une méiue maison, et cette union devait 
être réciproque entre toutes les maisons de 
l'institut, comme elle est recommandée ilaus 
les chapitres vingt-sept et vingt-huit. La 
maison de Toulouse devait élre le centre de 
l'union des iiutres, à cause qu'elle avait reçu 
les prémices de l'esprit de l'institut : c'est 
pourquoi elles devaient avoir une communi- 
cation particulière avec elle, la consulter 
dans toutes les dilûcullés considérables ((ui 
poiivaicn; survenir, el suivre ses décisions 
après la mon de 1 1 foudairice, qui était l'o- 
racle de toute la congrégation, el qui seule 
avec l'économe et nue autre fil!e nommée 
par la cumuiunaulé, pouvait recevoir l'ar- 
gent, non-seulement de la maison de Tou- 
louse, mais encore des autres, comme il est 
marqué dans le chapitre quarante-six. Les 
trente-trois et irente-einq, où il éiait parlé 
de la nourriture, des pénitences et mortifi- 
cations des filles, ne les obligeaient ([u'à 
celles que l'Eglise impose à tous les chré- 
tiens. Elles ne soupaieiit p:is néanmoiiis le 



vendredi ni le samedi, exrep'é celles qui vi- 
sitaient les malades, qui ne pouvaient s'en 
abstenir qu'avec la permission de la supé- 
rieure. Leur nourriture ne pouvait être que 
de viandes ordinaires, comme bœuf, veau, 
mouton, pigeons et volailles, la venaison 
leur étant défendue, hors les cas auxquels 
les médecins la jugeraient absolument né- 
cessaire ; et les filles de service devaient être 
traitées conim^^ elles l'auraient été dans les 
maisons particulières. Elles ne pouvaient 
sorlir qu'avec une compagne. Il ne leur 
était pas permis de manger dehors. Elles de- 
vaient ordinairement aller les dimanches et 
les fêtes à la paroisse pour assister à la 
messe, au prône et aux vêpres. On ne pou- 
vait dire la messe dans leur chapelle domes- 
tique que dans des cas extraordinaires ; 
mais madame de Mondonville s'était réservé 
la liberté de la faire dire quand elle voulait. 
Elles se confessaient toutis dans l'église de 
la paroisse, où leur confesseur devait avoir 
un confessionnal, avec la permissiim du 
curé donnée par écrit ; et ce confesseur ne 
pouvait être jamais qu'un prêtre séculier, 
libre de tout engagement et liaison à toute 
compagnie, congrégation ou communauté. 
C'est ce qui est marqué dans les chapitres 
trente-six, trente-huit et quaraiile et un. 
Nous omettons les aulres, qui ne regardent 
que les pratiques des vertus, les élcciionj 
des supérieures et oHQcières, et l'économie 
des maisons. 

Ces constitutions trouvèrent des censeurs, 
on écrivit contre, et on voulut persuader à 
M. de Ciron d'en changer plusieurs articles ; 
mais il ne put s'y résoudre. On y fit néan- 
moins quelques changements, l'an lG8'i, par 
ordre de M. l'archevêque de Toulouse; mais 
ces cliangements ne lurent point considéra- 
bles, on retrancha seulement quelques mois 
de peu de conséquence et quelques pensées 
pieuses : en sorte que ces secondes consiitu- 
lions ne diiTéraient en rien des premières 
dans l'essentiel: ce qui, selon les .ipparences, 
ne fut pas agréable au roi, qui, peu salis- 
fait de c-!S filles, ayant voulu voir ces con- 
stiluiioiis tant nouvelles qu'anciennes, pour 
être iiilormé de leurs coutuuies et usages, fit 
défense, le 7 noveuil)re 1685, de recevoir des 
filles dans cette congrégation sans nouvel 
ordre, et par un arrêt du conseil d'Etat du 
12 mai 168G il annula la fundaticn de celte 
congrégation, cassa l'institut, et ordonna aux 
filles de se retirer chez leurs parents ou ail- 
leurs. Elles en appelèrent au saint-siége la 
même année ; mais les poursuites qu'elles 
firent furent inutiles, et ne servirent qu'à 
faire donner une lettre de cachet à madame 
de Mondonville leur fondatrice pour se re- 
tirer à Goutances, où elle a fini ses jours. 
Ainsi la congrégation de l'Eufince fut enliè- 
rement supprimée. Elle s'était déjà multi- 
pliée el avait des établissements à Toulouse, 
à Saint-Félix, à iMontesquiou, à Pézénas, à 
Carmang et à Aix en Provence. 

Constitutions des Filles de l'Enfance ini' 
priinccs en IG'Ji, et Mcinoires du temps. 



»5r. rsicTioNNAïui: i)i;s 

K.NFANT JÉSUS (Fiilks ou Sûpubs i>k i.'). 
Voyfz Ivcoi.rs Cniii'.TiENJiEs. 

KM'AM Ji-SUS (l'iLi.KS DE 1.'). 

I>ci Filles de l'Enfant Jésus à Rome, 

(.es Filles de l'Enfant Jésus à Homo rccon- 
nnissrnl |iour fuiidalrico une sainte nilc, 
nommée Anne ^loroni, qui prit n.ilssance 
djnsla ville de Lucqucs. Se »o);inl i rphclinc 
et s.ins biens, elle »inlà Uoiiio, où elle entra 
âu service de t)ucli]U('S ilanu'S de qualité. 
Elan( iijjce de quarante ans, elle voulut si' 
retirer de l'emharras du monde, donl elle 
connaissait la \aniié et rincon>lance par l.i 
pratique qu'elle a\ail eue avec lui pendant 
le temps de son ser\iie; el Dieu lui inspira 
dassemlilcr quelques filles, avec li squcllcs 
clleedmmenea à vivieen commun, l'an llilil, 
après en avoir obtenu la permission des su- 
péri( urs. U'aLord elle les cnlrelenail de ce 
qu'elle avait pu amasser élanl en service ; 
mais, comme c» la n'était pas sulfisant pour 
les maintenir, elle leur demanda une légère 
pension |)our aider à leur subsistance. Le 
F. Côme berlintani, Clerc Kcgulicr de la con- 
grégation de la Mère de Dieu cl curé de 
Sainte-Marie ni Cawpiiclli, qui était son di- 
recteur, voyant la lerveur de ces saintes 
filles, en prit un soin particulier; cl , afin 
d'alTcrnilr ce [.ieux tlablisseinent, non-seu- 
lement il le fil approuver par le saiiil-siége, 
mais il dressa des rèjiicmenis que ces filles 
suivirent. Il [lersuada à la foiidulricc de se 
c<>nsacr<r entièrement au service de Dieu el 
du procbair. avec ces lilles, et de vingt qua- 
tre qu'elles étaient pour lors, il en choisit 
douze dfS plus fcrvcnies qui, ayant mis en 
coiiimun tout ce qu'elles avaient, sans aucun 
égard à leur intérêt parliculier, se proposè- 
renldc garder inviolablemcnl la chasteté, la 
pauvreté el l'obéissance. Néanmoins elles ne 
s'y engagèrent par aucun vœu, se conlen- 
lant de celui de persévérance jusqu'à la 
mort dans la congrégation. Kllis le firent le 
2 juillet d(! l'an 1073, jour consacré par l'I'^- 
gli«e à lion(ir( r la visite que la sainte Vierge 
rendit à sa cousine Elisabeth. 

Ces filles ne doivent pas être pl;s de Iren- 
le-trois, cn l'bonneur des ircuie-lrois années 
que Nolrc-Scigiii ur Jésus-t^hrisl a vécu sur 
la terre. .Après lri;is années de probalion, 
el élanl âgées de vingt el un ans, elles font 
pubiiqunnenl vo'u, comme neus 1 avons dit, 
de persévérer jusqu'à la morl dans la cori- 
gré;;alion, el un f rme propos de garder la 
pauvreté, la eliastelé el l'obéissance. Si pour 
de justes raisons elles veulent être relevées 
de ce voeu de per.-évtrance, soit pour se ma- 
rier ou eniierdans quibiue religion, elles 
peuvent redemander ce qu'elles ont apporté 
a la (ommunauté sous le litre de dot ou 
d'aumône, loul y esl en commun, personne 
n'ay.inl rien en propre. Leur baliillcmenl esl 
de serge de couleur tannée, cn l'honneur de 
Notre-Dame du monl (^armcl, el consiste eu 
une robe ceinte d'une ceinture de laine. 
Elles ii'onl ni guimpes, ni voil» s, ni coilTcs 



OnWlKS nF.LIGHL'X 



\r.i, 



lorsqu'elles sont dans la maison ; mais quaiid 
elles sortent, elles mettent un grand voilo 
noir qui descend depuis la léle jusqu'aux ta- 
lons (1). Ces sorties sont fort rares, menant 
Une vie foil retirée; il n'y a que certains 
jours de l'année qu'elles vont toutes ensem- 
ble visiter quelques églises. Les jours de 
jeûne, tous les vendredis, les dinianches el 
fêles, el pendant loul le temps de carême, 
elles ne parlent à aucune personne de de- 
hors, non pas même à leurs parents au pre- 
mier degré. Lllcs oui tous les jours une heure 
d'oraison nienlalc; el, onire les prières vo- 
cales et plusieurs exercices de pieté qu'elles 
Ibnl en conminn, elles disent toutes les fél s 
le grand office de l'Eglise. Tous les ans elles 
font les exercices spirituels pendant huil 
jours, el tous les mois elles ont un jour de 
recueillement. Le jour qu'elles rommunirnl 
elles portent le cilice pendant la matinée. 
Trois l'ois la semaine elles prennent la <lisei- 
[dine. Outre les jeûnes de rf'glise, i Iles jeû- 
nent encore tous les vendredis, les samedis 
el toutes les veilles des fêtes de la sainte 
^'ierge. A certains jours elles font publique- 
ment des mortifications. Elles s'occupent 
I eauconp au tr.ivail manuel, comme à f.iirc 
loiiles sortes d'ouvrages à l'aiguille, à dessi- 
ner, à peindre, el plu>ieu'S autres, lilles ap- 
prennent le plain-chant, à jouer des orgues, 
du clavecin, de la basse (!e viole, 't autres 
instruments de musiijue, qu'elles enseignent 
aussi à d'autres filles qui demeurent chez 
elles en qualité de pensionnaires, donl le 
nombfi' ne doit pas excéder celui de trente. 

Outre cela elles doivent recevoir graluiie- 
iiient pendant huit ou dix jours les liiles qui, 
voulant (aire leur première communion, leur 
demandent à se retirer chez elles pour s'y 
préparer cl se faire instruire de ce qu'elles 
doivent savoir pour recevoir avec fruil cet 
auguste sacrenieut. Elles reçoivent de la 
même manière les filles qui veulent embras- 
ser l'élal religieux, afin de les exercer dans 
les pratiques de la vie religieuse ; cl font 
faire pendant biiilou di\ jours les exercices 
spiriiuels aux filles et aux femmes, veuves 
ou mariées, qui, avec la permission du car- 
dinal vicaire el le consinlemenl de leurs ma- 
ris ou de leuis parents, se veulent relirer 
chea elles. Celle communauié lui d'abord 
établie dans une maison qui était à la place 
M rgana, proche Sainte-Marie l'n Cainpitilli : 
elle fut ensuile transférée à Sainle-l'ra\èdo 
el enfin [iroclie Saint- Laurenl inpanis spci- 
Vil, où elle subsiste à présent avec beaucoup 
d'édification. 

t>arlo. liarthulom. Piazzn i'vsevuloi}. Ko- 
uwnu. pari, i, iruct. k, cup. 7; et l'hilipp. 
Uunanni, Calai. Ord. rcligios.. part. ii. 

t.VtE (OuuRE DE Saint JàcyL'Es un t). 

§ !•■'. Dis clinnoinrs et des rhnnninrssrs d 
l'ordre de Sainl-Juciiues de l' Ejicc en E 
paijnc. 

La qualité de chanoines ré;;uliersi que 



(1) Vov.,àl.i lin du vol. u'ïl. 



IS7 



EPE 



ErE 



158 



les souverains ponlifcs ont donnée anx clja- 
pclains de l'ordre militaire de Sainl-Jacques 
de l'Epée en Espagne, nous oblii^e de parler 
ici de cet ordre. Mais comme nous ne trai- 
tons p,irli(ulièrcnicnl que dos ciianoincs ré- 
g;uliers, nous ne parlerons des (hevaliers 
de Sainl-Jacquos de l'Epée qu'après avoir 
rapporté ce qui concerne leurs chapelains, 
puisqu'ils sont chanoines réguliers; et nous 
joindrons aussi dans ce chapitre les reli- 
gieuses du nicnic ordre, (]u'on peut ausiii re- 
garder comme chanoinessos. Il y en a qui 
prélendcni que RaiDire 1", roi de Galice, 
a fondé l'ordre militaire de Sainl-Jacques 
l'an 846, apics avoir remporté une célèbre 
victoire sur hs Maures où il en demeura 
soixante-dix mille sur le champ de bataille; 
parce que l'on en attribua le succès au se- 
cours de ce saint apôtre, (|u'on avait vu 
rombaltre dans la mêlée, tenant à la main un 
étendard hlanc sur lequel II y avail une épéc 
rouge en l'orme de croix ; ce qui fit que ce 
prince institua, en faveur des g;entilshommes 
qui avaient conib;itlu en celle action, une 
confrérie sous le tilrc de Saint-Jacques, à la- 
quelle il donna pour armes une épée de 
gueules en champ d'or avec celte devise : 
Itubet eiisis santjuine Aiahum; et ils ajoutent 
que dans la suite (Clle confrérie fut érigée 
en ordre militaire par les iouvcrains ponti- 
fes. Mais pour détruire celle opinion il ne 
faut que faire atlenliou à ces armes, qu'on 
donne à cet ordre dés le commencement de 
son institution, ce qui en marque évidem- 
ment la fausseté, puisque les armoiries n'ont 
été en usage qu'après le dix ou le onzième 
siÈcle. 

Ce ne fut que l'an 1170 ([ue cet ordre com- 
mença, sous le rè^nc de Ferdinand II, roi de 
Léon et de Galice. Et ce qui y donna occa- 
sion furent les courses des mêmes Maures, 
qui troublaient la dévotion des pèlerins qui 
allaient à Composlelle visiter le sépulcre de 
saint Jacques. Les chanoines de Sainl-Eloi, 
qui avaient un monastère au royaume de 
(îalice, bâlircntdes hôpitaux de leurs reve- 
nus, qui élaienl fort considérables, sur le 
chemin qu'on appelle communément Voie 
Française, pour y loger les pèlerins. Le pre- 
mier fut celui de Saint-Marc l'évangéliste , 
hors les murs de la ville de Léon; el le se- 
cond au détroit deCastille appelé De las Tien- 
Uas. Peu de lcm|)s après, treize gentilshom- 
mes, à leur imitation, prenant le même apô- 
tre pour leur protecteur, s'obligèrent |»ar 
vœu de garder el assurer les chemins contre 
les incursions des iniidèles. Ils communi- 
quèrent leur dessein à ces chanoines de 
Sainl-Eloi, leur proposant de ne faire qu'un 
corps entre eux, de mettre en commun le re- 
venu du monastère el ce qu'ils pouvaient 
.•ivoir cl pourraient acquérir dans la suite 
par le moyen de ceux «jui se joindraient à 
eux. Comme ces chevaiers posbédaienl déjà 
plus de vingt châteaux, les chanoines lurent 
plus faciles à accorder celte union, cl devin- 
rent par ce moyen dans la suite depondanls 
de ces chevaliers, dont ils ne sont que lei 
t'hjjiclains. 



Celle union se fil l'an 1170, et l'accord fut 
fait entre don Pierre Ferdinand de Fuenles 
Encalada , de la part des cheva iers ; et, d.- 
la part des chanoines, entre don Ferdinand, 
qui fut ensuite évêqne, comme il paraît par 
son épitaphp qui est dans l'église du couvent 
d'Uclès : Obiit Ferdinandus rpisco/ms B. Ma- 
riœ prinms prior ordinis mililiœ S. Jucobi, 
cru CCXI : ce qui répond à l'année 1173, 
deux ans avant la confirmation de l'ordre, 
qui ne fut accurdéc que l'an 1175, auquel 
iimps don André était prieur. Le cardinal 
Hyacinthe Bubo, qui a été pape sous le nom 
de (^éloslin 111, et qui éiait pour lors légat en 
Espagne du pape Alexandre III pour termi- 
ner les dilTérends qui étaient entre les rois do 
Léon et de Caslille, allant au diocèse d'Osma, 
reçut le maîtr.- don Pierre Ferdinand avec 
quelques-uns de ce* chevaliers qui le furent 
visiter ; et il ajiprouva ce nouvel ordre. Tou- 
tes choses y lurent ré,'lées par son conseil, 
cl l'an 1175 le même Pierre Ferdinand alla 
trouver l(! pape Alexandre III à Home, ac- 
compagné de quelques chevaliers dont le 
nombre élail augmenté, et oblint la confir- 
mation de cet ordre, conformément à ce que 
le cardinal Hyacinthe avail ordonnépar une 
bulle qui fut expédiée la même aimée. Elle 
enjoini, enlreaulres choses, aux clercs de cet 
ordre de vivre en communauté sous l'obéis- 
sance des supérieurs, d'administrer les sa- 
crements aux chevaliers , qui leur doivent 
fournir tout ce ((ui esl nécessaire pour leur 
entrelien ; et elle contient en substance loul 
ce que les uns el les autres doivent faire. 
jMais le cardinal Albert, du litre de Saint-Lau- 
renlm Lucina , de l'ordre de Saint-Benoît, 
el qui fut aussi pape dans la suite sous le 
nom de Grégoire VllI, leur écrivit, par or- 
dre d'Alexandre l!l, une règle plus ample, 
qui contient soixante et onze chapitres, qu'il 
approuva el qui fut confirmée [lar Jules II 
l'an 1507. Il esl vrai que par la bulle d'A- 
lexandie, les chanoines de Sainl-Jac(iues ne 
sont appelés que clercs ; mais par deux au- 
tres bulles des papes Adrien X[ de l'an 1522, 
et de Clément VII de l'an 1531 , il esl parlé 
d'eux sous le nom do chanoines réguliers, 
soumis à la règle de Saint-Augustin. 

Une des premières dignités qui est tou- 
jours occupée par un de ces chanoines est 
celle de prieur, auquel était confiée li con- 
duite de tout l'ordre après la m:jrl du grand 
maître, avant que la grande maîtrise eût été 
réunie à la couronne d'Espagne ; el il avail 
le soin de convoquer ceux (jui devaient pro- 
céder à une nouvelle élection. Cette dignité, 
qui lut d'abord unique, a éié dépuis divisée 
en deux, pour les raisons que nous dirons 
au $ suivant ; el il y a |irésentement deux 
prieurs, savoir, le prieur d'Uclès, et le prieui 
du Sainl-M.irc de Léon, qui, par concession 
des souverains ponlifes, porleiil tous deux la 
milre et les autres ornemenls pontificaux, 
Le prieur d'Uciès a néanmoins retenu quel- 
ques prérogatives, comme d'enseigner la rè- 
gle à ceux qui veulent être reçus dans l'or- 
dre, qui sonl obligés de faire leur année de 
probalion dans ce couvent, où il y a des ica- 



159 



DICTIOÎSNAIUE DES OUimES IIKLIGIEUX. 



I«0 



les niïccicos pour ce sujet, et c'est aussi dans 
ce lieu qu'ils doivent faire profession. 

Ces chanoines sont ^ï'ius de noir, comme 
les ecclésiasliqucs, el niellent sur leur sou- 
tane un surplis sans manclics , appelé giral- 
«lèle, elsur le rôle gauche de leur manteau 
ime croix rouge en forme d'épée qui est celle 
de l'ordre (I). Au chœur ils mettent par des- 
^us leur surplis ou giraldt'te . une chape et 
un camiil noir avec la croix de l'ordre sur 
1 1 poilrino 2) ; et dans le collège d.- S ila- 
itiaiique ils -c servent de la chape cl caniail 
de violet lirun. Les prieurs portent les sur- 
plis avec des manches étroites, c'est-à-dire 
dis rocliets, comme les prélats. 11 y a eu 
parmi eux plusieurs personnes illustres. < l 
qui sont sorties de cet ordre pour remplir des 
digniiés e( elésiasliques : comme Julien Ha- 
iiiiiez, le docteur Uuraud el Nicolas de Car- 
riazo, qui onl été évéques de Cadix ; Martin 
Pc irez lie Aïala, archevêque de Valence, Ter- 
(liniiid de Azevedo , évèque d Os lia el en- 
suite a relie véque de Bruges, Jérôme de Leyna, 
archevêque de Montréal en Sicile, Barthélémy 
de l'erez, évéquc de Tunis , et plusieurs au- 
tres. (Juelques-uns se sonl aussi distingués 
par leur sainlclé, comme Alphonse, prieur 
d'Uclès, donl .Martin Peirez , archevêque do 
Valence, a donné la Vie ; d'auires par leurs 
écrits, comme Benoît , Arias Monlanus , du 
monastère de ?aint-Mirc de Léon el prieur 
de Saint-Jacques de Séville, mort en 1598, 
qui a travaillé à la Bible polyglotte d'Anvers. 
llpossédiiil parfaileiiient treize langues, et 
entre autres l'hébraïque, la chaldécnne, la 
grecque el la syriaque. 11 fut chéri du roi 
Ihilippell, et a été regardé comme un des 
plus graiiils hommes que l'iispj^ne ail pro- 
tiuiis. Le Mai re Isla, Didacc de la Moïc ou 
Mola. J<an llamircz. oui été aussi écri\ains 
de cet ordre, qui a produit plusieurs autres 
p. rsouues illusl.'e> par leur piété et par leur 
doctrine. 

Autrefois le prieur de Saint-Jacques de 
t^éville uélail poin( soumis aux supérieurs 
de l'ordre, parce que ce cojxenl fut fondé 
l'an VM) par don Laurent Suare/ de Figue- 
r.a, grand maitre de l'ordre, qui oblinl du 
pape des bulles pour exempter ce couvent 
de toute juridiction de l'ordre : mais l'an 
iVi'.) don Henri d'Aragon , neuvième grand 
mailrc el son successeur , Us lit révoquer 
par le pape Martin V, qui soumit ce couvent 
au grand maitre de l'ordre cl au prieur d'U- 
clès ; el don Alphonse de Cardeu.is l'iucor- 
pnra à l'ordre dans un chapHre izénér.il, l'an 
IWO. Les prieurs d'Uclès étaient perpe ucK; 
mais don l'erdiuand de Sanlojo, ayant éié 
élu eu r»2<j, renonça volontairement à celle 
digmié, comme il parait p.ir la bulle d'A- 
lexandre NI de l'an LiOl, qui ordonna qu'a 
l'avenir i's seraient élus tous les trois ans. 
Alinde lever lesilispules qui pourraient sur- 
venir au sujet de l'elecliou de ce prieur, les 
religieux lireul un concordil en 1()'»8, par le- 
(|uel ils consentirent qu'alteruaiivemenl on 
en prit un de la province de lu Manche ou 

(I) Yotj., ii la fin ilii vol., ii" '2S. 

Ci) Vvij.,» la liu du vul., Il" 2'J. 



Mamhn, el un de celiede la liiliera elCnmpo 
(le Moniicl, el que de quarante religieux dont 
il y en avait huit dans lecoUégede Salaman- 
que, il y en aurait la moitié d'une provinco 
el la moitié de l'autre, eu sorte néanmoins 
qu'il y en aurait toujours quatre de Campo 
de MontirI, ce qui fui approuvé par le roi 
rhilip|ielVelconlirmé par le pape Urbain VIII. 
Ceux du monastère de Saint-Marc de Léon 
onl consenti aussi par un concordat que 
leurs prieurs seraient allernalivemenl des 
provinces de Léon et d'Kslramadure. 

l'our les peines que les chanoines onl d'ad- 
niiiiislrcr les sacrements aux chevaliers , 
ceux-ci sonl obligés de leur payer les dîmes 
de tous leurs troupeaux el animaux, comme 
veaux, agneaux, pouleis, i ochons, poulains, 
vaches, etc. ; et, comme il y a beaucoiip do 
chevaliers an service du roi, il y a toujoi rs 
qualre chanoims qui suivent la cour, pour 
conlesser el administrer les sacrements aux 
chevaliers qui s'y trouvent. Le chevalier ([ui 
est éloigné, et qui ne peut se confesser à l'un 
de ces chanoines, doit prendre la ])ermissiou 
du prieur de sa province pour aller à un 
autre confesseur lel que bon lui semblera, le- 
quel a pouvoir de l'absoudre de tous pèches, 
excepté celui de n'avoir pas payé les dîmes 
à l'ordre, qui est un cas léservé parmi les 
chevaliers. Les chanoines onl des couvents 
à Tolède, à Séville, à Cuença, à Barcelone, 
à Grenade, à Salamanque, el en plusieurs 
autres endroits de la domination d'Espagne. 
Pour élrc reçus dans l'ordre, il faul qu'ils 
fassent preuve de qualre races tant du côté 
paternel que du c6lé maternel, non jias do 
noblesse, qui n'esl que pour les chevaliers, 
mais seulement ccni ue Icu'S ancêtres n'ont 
point été fadeurs, commissionnaires , cour- 
tiers, changeurs, ni exercé aucun arl mé- 
canique ou vil, et que les mêmes ancêtres 
n'ont point êié juifs, hérétiques, et comme 
tels punis par le tribunal de l'inquisilion. 11 
y a aussi qualre autres couvents de ces cha- 
noines en Portugal, dont un à Lisbonne, qui 
est le chef de cet ordre en ce royaume. Le 
roi Jean 111 voulut le réunir à la congiéga- 
lion de Sainte-Croix de Conimbre avec un 
autre de religieuses chevalôres ou cliauoi- 
nesses du mêm^ ordre, qui est aussi à Lis- 
bonne ; mais la mort de ce prince, qui ar- 
riva peu de temps après qu'il eul pris celle 
résolution, l'empôeha de l'exécuter. 

L'on prétend que le premier monastère ilo 
ces chevalières fut fondé à Salamanque, l'an 
l.'Il-2, par le chevalier Pelay l'erez et Marie 
Mendez, sa femme. Le principal exercice de 
ces chanoiiiesses chevalières e>l de loger l'I 
de pourvoir à toutes les iiècessilés des pèle- 
rins ([iii vont visiter les reli(|ues de saint 
Jacques. Mlles sonl, aussi bien i|uc les i lia- 
noiiies, habillées de noir, tant (elles ijui sont 
destinées pour le clurur que celles (ju'on ap- 
pelle converses ou sœurs lai(|ues, les premiè- 
res portant une croix rouge en forme d'é- 
pée (.'(i semblable à celles des chevaliers, cl 
les converses la portant avec quelque dillc- 
(3) Yoy., ï la lin du vuJ., ii"' ÔO cl ô[. 



161 



EPE 



EPE 



ira 



reiice. Ellrs ont sept monastères en Espapne, 
qui sont liï Saiiil-Espril de Salamanque , 
Sainle-Foi de Tolède, Notre-Dame de Jun- 
queras à Barcelone, Sainte-Croix de Valla- 
dolid, Sainle-Eulalie à Mérida, Notre-Dame 
de Grenade, et un à Madrid, fondé \cts le mi- 
lieu du dernier siècle. Celles de Barcelone ne 
sont pas religieuses; mais les autres font les 
vœux solennels de pauvreté, de chasteté et 
d'obéissance , et dans ce monastère elles 
gardent différetnincut la clôture, car à Val- 
ludolid, à Mérida et à Grenade, elles obser- 
vent une clôture très-exacte, ne permettant 
à (jui que ce soit d'entrer dans leurs monas- 
tères, et elles n'en sortent point pareille- 
ment. A Sainte-Foi de Tolède elles reçoivent 
les visites des femmes dans une salle, et n'y 
admettent point d'hommes. Dans celui de Sa- 
lamanque les hommes et les femmes entrent 
indifféremment dans le monastère avec la 
permission de la commandatrice. Les reli- 
gieuses mêmes sortent à certains jours dans 
leur église, et vont jusque sur le porche; 
mais elles ne peuvent aller plus avant sans 
la permission du conseil des ordres. Celles 
de Madrid, ayant été fondées sur le modèle 
de celles de Salamanque, ont voulu jouir de 
ce même privilège; à quoi le conseil des or- 
dres s'est opposé, prétendant qu'elles n'en 
doivent pas jouir sur ce qu'elles n'avaient 
été fondées que depuis le concile de Trente, 
qui ordonna la clôture à toutes les religieu- 
ses, ce qui a donné lieu à plusieurs écrits de 
part et d'autre en Espagne. Miis à l'égard de 
celles de Barcelone . comme elles ne sont 
point r<'ligieuses, elles peuvent se marier et 
ne sont point tenues à une clôture si exacte. 
Elles font seulement vœu, comme les cheva- 
liers, de pauvreté, d'obéissance et de chas- 
teté conjugale. Kilos sont gouvernées par une 
prieure ou coinmanJatrice , et ne diffèrent 
un rien des véritables religieuses , soit pour 
l'habillement, soit pour les exercices du 
t'h iMir et de communauté; et étant mariées 
ou veuves elles" [jeuvent toujours porter la 
croix (le l'ordre. Celles du monastère de 
SanctoK en Portugal sont de même que celles 
de Barcelone, et peuvent aussi se marier. 

Les religieuses des autres monastères ne 
faisaient aussi que des vœux pareils à ceux 
que font celles de Barcelone et de Sanctos, 
ce qui a duré jusqu'en l'an 1480, que, sous 
le grand maître don Alphonse de Cardenas, 
le chapitre général de l'ordre ordonna qu'à 
l'avenir elles ne pourraient se marier et se- 
raient obligés de faire des vœux solennels. 
Les anciens statuts obligeaient les femmes et 
les filles des commandeurs de se retirer dans 
ees monastères pendant qu'ils étaient à la 
guerre, et, s'ils y mouraient, le grand maître 
fixait le temps pour qu'elles pussent se dé- 
terminer ou à prendre l'habit de l'ordre ou 
à sortir des monastères; mais cette pratique 
a été abolie, à cause que, le nombre des che- 
valiers augmentant , plusieurs monastères 
n'auraient pas suffi pour recevoir les fem- 
mes, les veuves et les filles des chevaliers. 



Les religieuses ne peuvent être reçues sans 
le consentement de toute la <o i niunaulé, et 
les supérieures endonnent avis au conseildos 
ordres pour avoir aussi son consentement, 
et afin qu'il commette quelqu'un pour faire 
les informations nécessaires , qui sont les 
mêmes que l'on fait à la réreptiDn des che- 
valiers, non pas louchant la noblesse, mais 
seulement touchant la religion des pères et 
mères, et des aïeux , qui ne doivent point 
être soupçonnés d'hérésie, le président nom- 
me un clianuinc de l'ordre pour faire les in- 
forcnations, qui sont ensuite présentées au 
conseil, qui nonne son conscnlemenl si elles 
sont approuvées. Les monastères élisent 1 s 
supérieurs, qui sont aussi confirmées parle 
conseil des or^lres, et le roi leur accorde des 
lettres qui ordonnent aux autres religieuses 
de lui obéir. Les religieuses de Salamanque 
prétendent faire remonter l'antiquité de cet 
ordre jusqu'en l'an 1030, par le moyen d'un 
privilège qu'elles conservent dans leur mo- 
nastère, qui est daté de cette année; mais 
nous en avons fait connaître la fausseté eu 
parlant des chevaliers du Saint-lîsprit de 
Montpellier, qui ont voulu aussi se prévaloir 
de ce privilège. 

Voyez Francisco Garo de Torres, nis(. de 
lo.i Ordines militares de Santiago Culatravay 
Alcanlara. Francisco de Uadez , Chronir. de 
ias Ordenes y Cavall. de Santiaga. Diego de l.i 
Mola, de (a Orden. delà Cavall. de S. Tiayo. 
Andr. Mendo, de Ordinibus mitituribus Uis- 
quis. Canonic. Joann. Mariana , de Rebm 
Hispanicix lib. xi , cap. 13 et 14. Turque!, 
Hist. d'Espagne, tom. I, liv. x. Fa vin, llist. 
de Navarre, liv. iv. Tambur. de Jur. Abbat. 
dsp. 2k, qutest. k. Philijip. Bonauni , Caia- 
loy. omn. Ord. riliij. part, i et ii. L'abbé 
Giustiniani, Mennénius, Uermant et Schoo- 
nelieck, dans leurs Uistoires des Ordres mi- 
lilaires. 

§ 2. Des chevaliers de Saint -Jacquet de 
i Epée en Espagne, 

Nous avons suffisamment parlé de l'ori- 
gine des chevaliers de Saint-Jacques de l'E- 
pée dans le paragraphe précédent, il nous 
reste seulement à parler des principaux évé- 
nements arrivés dans cet orure. Ces cheva- 
liers, s'étant joints d'abord aux chanoines de 
Sainl-Eloi , comme nous avons dit, embras- 
sèrent la règle de Saiul-Augustiii et firent 
les vœux ordinaires de religion. Leur habit 
consistait en une robe blanche et un chape- 
ron de même couleur ; et, pour marque de 
leur ordre, ils portaient sur la poitrine une 
épéeruuge.et ils avaient la têle rasée en 
forme de couronne (Ij comme les chanoines, 
et vivaient en commun. 

Cet ordre commençant à se multiplier , 
leur premier grand maître, don Ferdinand 
de Fuenles Encalada, entreprit le voyage de 
Rome pour en avoir l'approbation du saint- 
siége. Alexandre 111, en le confiriiianl par 
sa bulle de l'an 1175, dont nous avons fait 
metUiun, fil quebiuas règlements qui concer- 



(II) loi/., à la lin du vol., ii* 32. 



IGÔ 



niCTÎONNMRF. DKS ORDRES REI.IGIECX. 



164 



iinipnl ces clievaliers. cl cnirc autres il lour 
|i«'rinil (li> SP marier. Il rép'la 1rs clii^iiités de 
cel ordre, dont la jjiiis considérable, a|irès 
celle lie graïul maître, est celle des lieize, 
qui ont le pas devanl tous les auires com- 
inanJcurs. Avant (jue la grande inailri)-e eût 
v\c réunie à la couronne . ils l'Usai' iii le 
grand iiiailre. le pouv.iient dé| c-er s'il el.i.l 
Iciinbé en quehiue fauie, et en élite iiit .lUire. 
Us donn.iicnl l ur> conseils dans toutes les 
alTains. terminaient les dilTéremts qui pou- 
vaient ariiver entre le };rand maître et les 
chiïvaliers: mais leur pouvoir est bien dinii- 
iiiié prcseiilement, ()uc le conseil dos ordres, 
doi:t nous |)arlcr(ins ci-après, csl juge de lu us 
les diiïérrnds qui arri^ent dans Tordre. La 
seciMjile dignic est celle de jirieur, qui est 
aiinoxcc aux chanoines ; et la troisième celle 
de grand commandeur. 

La première place (|u'ils conquirent sur 
les Maures fut Caci rès dans l'Kstramadure. 
Ils la prirent l'an 1171 , et le roi don Ferdi- 
nand la donna à ces chevaliers, (lui aidèrent 
ce prince à coniiuérir liadajoz , lîue\a, Lu- 
chena el Monle-.Major, dont il leur lit aussi 
présent. iM.iis Ferdinand étant entré en 
guerre avec son n( veu Alphonse I\ , roi de 
Casiille, surnomnié le Nohle , sur lequel il 
avait usur; plusieurs places pendant la mi- 
noriié de ce prince, et soupçonnant les i he- 
valiers de Saint-Jacques de favoriser son ne- 
veu, il les fil sortir de ses Etat«, cl reprit les 
biens qu'il leur avait donnés. Ces chevaliers 
se réfu;;ièrenl en (>asiille, où le roi Alphonse 
leur donna, l'an 1 I7i, le château dTclès, au- 
près duq'iel i's hâlireiil un couvent, qu'ils 
élahlir( nt p'iir chef de leir ordre, et l'année 
suivante 1175 le grand maître alla à Uume, 
pour oblenir du pape Alexandre iil la 
conrn uialiun de son ordre, c<)nime nous 
avons dit. 

L'an 117G, ce grand maître et les cheva- 
liers prirent les urni s, pou' le service ilu 
même .Mphonse, cnnire le roi de Navarre, 
Fanchc \'l, dit le Sage, <)ui, profilant pareil- 
lement de la minorité de ce pi iiice, i\u\ était 
aussi son neveu, prit des places du royaume 
de Castille, (|n'A'phonse recouvra par le se- 
cours des ciievaliers de Sainl-Jac(ines. La 
même année, les Maures ciaiit entrés sur les 
terres de la dépendance d'Uclès (jui apparte- 
naient aux chevaliers, ils y firent de grands 
ravages; mais il» ne i)urenl s'emparer du 
château d L'clés, ni de celui d'.VIliiarilla, qtu- 
les chevaliers défendirent vigoureusement. 
Le roi de (bastille, ayant su le dégât (|ue les 
iulidèles avaient fait sur les terres des che- 
va i(!rs, mil des troupes sur pied, à la prière 
du grand iiiailie. Il lit vetiir aussi les cheva- 
liers du Temple el de CaTitrava, el niil le 
.'-iége devant (^uei'.ça , donl il s'cmpar.i, et 
donna aux chevaliers de Saint-Jacques une 
maison dans cette ville avec de gros reve- 
nus. Ce prince, rontinuanl la guerre contre 
les Maures, prit sur eux les cliàieaux d'A- 
larcon et qucli|Ucs auires, cl, pour récom- 
penser ces (hev.aliers du secoais qu'ils lut 
avaient dcmné, il leur (il don encore de quel- 
ques héritages a Alarcoji. 



Le grand maître Pierre Ferdinand de T ticn- 
tcs , après avoir gouverné l'ordre pendant 
treize ans , mourut Tan 118'». Il eut pour 
successeur Ferdinand Diaz, et dès lors il y 
eut schisme dans Tordre, parce que les che- 
valiers qui éiaii'iit retournés dans le royaume 
de Léon, el qui étaie:it rcnirés dans Ts bon- 
nes grâces de Ferdinand, élurent, par les or- 
dres de ce prince don Sanche Fi mandez, et 
ceux de Castille, par ordre du roi Alphonse, 
don Ferdinand l)iaz ; et, comme cc^ chcv.i- 
liers av.iient déjà acquis beaucoup de biens 
dans ces deux royaumes, que le couvent >'e 
Saiiit-.Marc éiail dans celui de Léon , cl le 
couvent d'Uclès dans ci'lui de ("aslile.ces 
deux princes prétendirent avoir ( hacun dans 
leur royaume le chef de l'ordre. Sous le gou- 
vernement du grand maître Ferdinand Uiaz 
en Castille, qui était le légitime grand maî- 
tre, les chevaliers de Sainl-Jacques cou(|ui- 
rent sur les Maures plusieurs places, el ceui 
de Léon Gr>'nt aussi la guerre ,à ces infidè es 
dans Tlislramadure. Mais Tan 118G, le grand 
maître de Castille ayant i énoncé à celte di- 
gnité, celui de Léon fut reconnu par les che- 
valiers de Castille. La même année le roi 
Alphonse donna à Tordr.î le monastère de 
Sainte-Fuphérnie de Cocollos dans la vieille 
Castille , i)our y meltro des religieuses du 
même ordre, i\m furent transférées dans la 
suite à Sain'e-Foi de Tolède. 

Ce fui du temps de ce grand maître don 
Sanche Fernandez , que se donna la bataille 
d'Alarcos , Tan 1 193 , où la victoire s'etant 
déclarée piur les infidèles, il y cul un grand 
nomlire de chrétiens qui y périrent, parmi 
lesquels II y avait plusieurs chevaliers des 
trois ordres de Saint-Jacques , de l^alatrava 
el d'Alcantara. Ce grand maître y fut blesse, 
et mourut peu de jours a[)rcs. donzalve Ko- 
driguez lui succéda la même année. A peine 
ful-il élu, qu'Alphonse, roi de L-.'ou, déclara 
la guerre au roi de Castille A'i)honse l\, et 
se ligua avec le roi de Cordoue, qui lui en- 
voya un grand no^ibre de .Maures, avec 'es- 
quels il entra sur les terres du roi de Castille. 
Il avait aussi avec lui plusieurs dievaliers 
de Saint-Jacques, de ses royaumes de Léon 
et de Galice, et il les obligea'd'elire un grand 
maître, afin qu'ils ne fu>sent pas soumis à 
celui de Castille : ainsi l'on vil encore deux 
grands maîtres dans Tordre. Mais un autre 
roi maure des .\lmoades, voyant que le roi 
de Castille était occupé à la guerre conlru 
le î(ii de Ia^ou, vint du lôté île la Manche el 
ravagea les terres des enviroiis de Tolède, 
de Madrid , d'Alcala , d'Uclès , d'Huète el do 
Cuen^-a, jusqu'à Alcarai, et ennnena captifs 
un grand nombre de personnes avec un ricli(> 
butin. Les deux rois de Léon et de (bastille» 
tirent ensuiie la paix, à condilion que celui 
de Léon épouserait la fille du roi de Castille; 
cl le roi de Léon voyant (]iie quelques che- 
v.iliers de Saint-J.ici|ues de ses sujet", avaient 
suivi le paiti du roi île ('asiille, s'en)paro 
d'une p.iiiie des b ctis (!(• Tordre. 

i.eL:r;inil maire (îonzalvcHodriguez, étant 
mor^l T.in \-l.i'.\ , (ion/alve Ordonnez, <ioi 
avait ele élu par les che>;ilicrs de Léon, fut 



165 



EPE 



EPE 



10» 



reconnu pnr ceux de Casiille, et p.ir ce 
moyen le schisme cessa dans l'ordre. Sucro 
Rodriguez, sixième grand maître, voyant les 
rois de Léon et de Castille en paix , porta ses 
armes contre les Maures ; il entra sur leurs 
terres du côté de Campo-de-MoulfuI, et prit 
sur eux quelques places, entre auires le châ- 
teau de Castil-Segura et celui de Villa-Nneva. 
Sous le gouvernement de Ferdinand Gun- 
zalve de Maragnon, huitième grand niaîlre , 
le roi de Castille ayant guerre avec celui de 
Navarre l'an riOO, les cliev.ilit-rs de Sainl- 
Jacques servirent utiiemeiit le roi de Cas.ille, 
et le loi d'Aragon étant eniré sur les terres 
des Maures par le royaume de Valence, le 
grand maître sortit d'Utlès avec les cheva- 
liers et les attaqua de l'autre côté. Il prit sur 
eux les châteaux de Javaloyas, Villa-Queda 
et Soutaner. Ayant joint ensuite le roi d'A- 
ragon, ils firent ensemble le siège de Mont.i- 
luan, qui fui pris d'assaut et dont ce rui lit 
don à l'ordre. On y fonda la grande co:ii- 
maiiderie d'Aragon, dont l'ordre a toujours 
joui jnsqu'à présent. 

l.e graml maître don Pierre Arias, qui 
succéda à ferdinand Gonzalve de M.iragnon, 
lit aussi la guerre aux Maures, sur lesquels 
il lit leaucoup de prisonniers et emporta de 
riches dépouilles. Ces mêmes chevaliers fi- 
rent j araître encr.re leur courage l'an 1212, 
liaii!, 1,1 l'umeuse bataille a])pelée de Meura- 
dal ou des Naves de Tolnsa, où les rois de 
i;aslille, de Navarre, d'Aragon et plusieurs 
prinres «le France, de Provence et d'Italie, 
i|(ii étaient joints ensemble, remportèrent 
la victoire sur ces infidèles, qui y perdirent 
plus do 15') mille hommes d'infanterie et 30 
mille chevaux. Le grand maître don Pierre 
Arias reçut quelques blessures dans ce com- 
bat , doni il mourut. Son successeur, don 
Pierre Gonzalve d'Aragon, eut le même sort 
au siège d'Alcaiez. Après lui don Garcias 
tionzalve de Candaiiio fut élu devant la 
même place pour grand maître, l'an 1213, et 
peu de temps après la ville fut prise. 

Après cette conquèle, le roi de Castille, 
ayaal encore lait ligue avec celui d'Arjgou 
pour combattre contre les Maures, les che- 
valiers de Sain!-Jaci|ucs lurent obligés de 
soutenir les intérêts de leur pnnce en lui 
donnant du secours, et le servirent utilement 
dans celte guerre. Mais ce prince étant mort 
l'année suivante, 1214, et Ferdinand 111, sur- 
nommé le Saint, et qui en efl'et a été mis au 
catalogue des saints l'an 16GI, ayant hérité 
du royaume de Castille, par la renonciation 
que la reine Berengère sa mère, femme d'Al- 
phonse, roi de Léon, en avait faite, le même 
Alphonse déclara la guerre à la Castille, pré- 
tendant avoir la tutelle ds son fils Ferdi- 
nand et le gouvcrncmenl du royaume. I^es 
chevaliers de Léon suivirent son parti, et ne 
voulurent point reconnaître le grand maître 
de Castille; ils élurent même un grand 
maître dans le royaume de Léon, qui fut don 
Mariiii Pélaez, ce qui causa un lurt cunsi I, - 
ruble à l'ordre pendant les trois ans que dura 
le schisme. Les chevaliers, bien loin de faire 
la siuerre aux Maures, en vinrent souvent 



aux mains les uns contre les autres. Mais le 
roi (le Léon lit cesser le schisme, ordonnant 
à Martin Pélaez de renoncer à la grande 
m iîtrise, et aux chevaliers de reconnaître le 
grand maître de Castille. 

Alphonse, roi de Léon, étant mort en 1230 
et ayant laissé ses royaumes de Léon et de 
Galice à ses deux filles les infantes Sanche 
et iJonce, au préjudice do son fils, saint Fer- 
dinand, roi de Castille, ce prince voulut sou- 
leiiir ses droits, et vint avec une puissante 
armée pour prendre pessessiondt; ces royau- 
mes. Les grands se partagèrent, les uns pre- 
nant le parti du roi de Castille, que la reine 
Uérengère sa mère, veuve du roi de Léon, fa- 
vorisait, et les autres, celui des infantes, et 
du nombre de ceux-ci furent les chevaliers 
de Saint-Jacques avec leur grand maître. Lu 
roi de Castille s'accorda avec les infantes 
ses sœurs, elles renoncèrent aux prétentions 
qu'elles pouvaient avoir sur les royaumes 
de Léon et de Galice, et consentirent que 
saint Ferdinand leur frère prît possession 
de toutes les places de ces deux royaumes, 
à la réserve du château de Castroras, que ce 
prince leur donna leur vie durant, avec 
treille mille maravéïlis d'or tous les ans, jus- 
qu'à ce (ju'elles fussent mariées ou religieu- 
ses. Ce château appartenait aux chevaliers 
de Sainl-Jac(iues. Saint Ferdinand l'avait 
donné lui-même auparavant au cardinal Hia- 
cynihe pour l'Eglise romaine, et ce cardinal 
l'avait donné a l'ordre de Saint-Jacques eu 
fief : c'est pourquoi le pape Grégoire IX 
ayant su que le grand maître avait consenti 
que te château fût donné aux infantes, il 
l'exco/nmunia pour avoir consenti à l'alié- 
nation d'un bien «lui appartenait à l'Eglise, 
et il ne lui donna l'absolution iju'après avoir 
déclaré que les infantes n'avaient ni la pro- 
priété, ni l'usufruit de ce château, ni de ses 
revenus, mais qu'elles y pouvaient seule- 
ment demeurer, l'e grand maître fit encnro 
la guerre aux Maures; et il y eut de son 
temps de grands dilTérends entre les cheva- 
liers et les chanoines de cet ordre, qui fu- 
rent terminés par les évêqucs de lîurgos et 
de Placencia, commissaires du pape, et le 
grand maitre renonça à cette dignité l'an 
122'^. ^-'es successeurs tirent aussi de temps 
en temps de nouvelles conquêtes, cl rcmpoi- 
tèrenl des victoires sur les infiièles, n'y 
ayanl quelquefois que les chevaliers seuls 
qui les comljatlissent, et d'autres Ibis étant 
joints aux troupes des rois de Castille, 
comme il arriva dans la bataille de Bellama- 
riii, l'un 1340, sous le roi Alphonse XI, où 
il y eut plus de deux cent mille de ces infi- 
dèles qui y périrent. On y lit un si grand 
nombre de prisonniers, cl le butin y fut si 
gr.-.nd, quu le prix de l'or en baissa d'une 
sixième partie. Don Alphonse Mendez de 
(jusman était pour lors grand maître, cl, 
étant mort en 13i2, le roi Alphonse lit élire 
en sa jd .ce don Frédéric, l'un de ses enfants 
naturels, fïère du coinle de Tristemare, qui 
succéda à la couronne de Castille après la 
murt de Pierre lo Cruel. Comme ce nouveau 
grand maitre n'avait que dix ans et élail bà- 



1C7 

l.irtl, on ohiiiit une ilisponso du pnpc, ol For- 
ilinanil Koilri(;uoz ilp \ illalohos. {»ran<l cmn- 
inandeur ilc Léon, gouverna l'ordre pondant 
sa minorilé. Alphonse, roi de l>a>.lillf, clanl 
mon l'an 1350, don Pierre, son fiU, auquel 
on donna avec jusllce le nom de Cruel, mou- 
la sur le trAne, et une de ses premières ac- 
tions de cruauté fut de faire trancher l;i lèic 
à F.léonore de (iusman. mère du grand 
m.ittre. Ce roi avait épousé Itl.inche de Bour- 
bon, princesse qui avait autant d'esprit que 
de vertu et de beaulé, et qui n'était alors 
que dans la qu.ilorzième année de son âge. 
Il la traita de la manière du monde la plus 
cruelle; trois jours après son mariage il II 
quitta, la relégua à Valladolid, cl l'ayant 
longtemps retenue en prison, la fit enfin em- 
poisonner à Medina-Sidonia, l'an 1.3lil. Toute 
l'aulorilé du royaume était ropendaiil entre 
les mains des oncles de .Marie de Palilla, 
maitress.e de ce prince; ce que les grands 
du royaume ne pouvant supporter, ils se li- 
guèrent contre lui, et le gr.ind maître se 
joignit à eux. C'est pour<|uoi le roi en fit 
élire un autre, qui fut don Jean Garcias de 
Villagera, frère de sa maîtresse, ce qui cau- 
sa un nouveau schisme dans l'ordre. Mais 
les choses se pacifièrent dans la suite, et le 
grand maître Frédéric servit le mi son frère 
dans la guerre qu'il eut a\ec le loi d'.Vragon 
l'an i;jo7; néanmoins, sur un f.iux rapport 
que Ton lit à ce prince que le grand mjître 
avait agi contre ses intérêts, il le fit venir 
l'année 1.3a8. Frédéric, se liant trop à la 
bonne foi de son frère, et n'ay.int pas voulu 
croire les avis qu'on lui donnait, que l'on 
ne le faisait venir que | our le faire mourir, 
vint trouver le roi à Séville, et ce prince le 
fit assassiner en sa présence par ses arbalé- 
triers. Ils l'assommèrent à coups de massue, 
et le roi, voyant qu'il reypirait encore, donna 
son poignard pour l'achever. 

Frédéric étant mort n'ayant encore que 
vingt-six ans, après avoir été grand maitr.; 
pendant seize ans, l'on vit encore deux 
grands maîtres dans l'ordre de Saint-Jacques, 
l'un ayant été élu par les chevaliers qui te- 
naient le p^irti du roi de Caslille, et l'autre 
par ceux qui s'étaient joints au comte de 
l'r.TiisInninre, frèriMio Frèilèrii-, qui voulait se 
nirtire la couronne de (bastille sur la tête. 
La grande miiîirisc fut aussi contestée en 
138() entre don Pierre Ituys de Sandoval, et 
Kuys lionzalve Mexia, qui avaient été luus 
deux élus. Mais la division cessa peu de 
temps après par la mort de Uuys de Sandu- 
val. 

Le gouvernement de l'infant d',\ragon don 
Henry, trente-sixième g^and m.iitre, ne l'ut 
pas tranquille. Il épousa l'iiifanle Catherine, 
sœur du roi de Casiille Jean li, a laquelle ce 
prince donna en dot le duché de Villena; 
mais le grand maiire et sa femme en ayant 
voulu prendre posses>ion, ils y trouvèrent 
des oppositions de la part du roi, ce <|ui lit 
que le grand niailrc s'en (ni|>ar.'i par iorce 
au nom de sa femme. Le ro le lit arrêter et 
enfermer dans une prison à Mailrid, d'où il 
fut irausfuré peu de jours après au cliàloau 



nif.TIONNMRK PF.S ORDRES RELIGIF.LX. 



de Mora. H en sortit deux ans et demi après, 
par l'entremisi' de Jean, roi de Navarre, son 
f ère, i)ui le demanda au roi de Caslille, lui 
promettant de s'assurer de sa personne. Le 
roi de Navarre le réconcilia quelque temps 
après avec le roi de ('asiillc, qui lui donna 
les villes de l'ruxillo et d'.Mcaraz, avec d'au- 
Ires terre§. pour le dédommager du duché de 
\illena. Les infants d'Ara^ion sciant hrouillè» 
dans la suite avec le roi de Caslille, et 1.-, 
grand maître les favorisant, ce prince le pri- 
va une seconde fois de tnus ses biens, qu'il 
distribua à plusieurs seigneurs. Le grand 
maître se retira vers le roi d'.Vragon, qui 
était son frère, avec lequel il se trouva dans 
le combat naval que le roi de Navarre donna 
contre les Génois, dans lequel les trois fières 
furent faits prisonniers et envoyés à Savone, 
et de là transférés à Milan, où le duc leur 
donna la libirtè. Peu de temps après, le 
grand maître et le roi de Navarre entrèrent 
avec de> troupes dans le royaumede Caslille, 
pour contraindre le roi Jean ill à rétablir 
le grand malIre dans sa dignité, dont il avait 
donné l'administration à don Alvarez du 
Luna, connétable de ce royaume. Ces primes 
en vinrent aux mains, et dans la bataille qui 
se donna l'an liio, proche de la ville d'O!- 
niedo, le grand maître y fui blessé; et, étant 
mort quelque temps après, il eut pour suc- 
C( sseur le connèlalile de Caslille, qui fut élu 
par une partie des chevaliers, et les autri s 
élurent aussi don Uodriguc .Menriquez, com- 
mandeur de Ségura, qui prit aussi le titre 
de grand maître. 11 y eut une guerre san- 
glante entre les chevaliers au sujet de ces 
deux grands maîtres, qui avaient chacun 
leur fat tîon. Le roi de Caslille appuyait le 
coniiélal>le, son favori, et le prince d'Aragon, 
don Hodiigue; mais le connétable, abusant 
de son pouvoir, alluma la guerre dans le 
royaume, persécuta les grands, s'enrichit du 
bien d'autrui, et rei;ul même de l'argent des 
Maures pour empêcher la prise de la ville de 
Grenade. Ay.int été conv.iincu de ces cri- 
mes, 1(! roi le lit mettre en prison, enleva ses 
trésors, et lui fit trancher la léle à Vallado- 
lid. l'an l'»5J. Ille fut exposée plusiems 
jours avec un bassin pr>ur trouver de quoi 
enterrer son corps, ce qui p.irut d'aulant 
plus étonnant, que cet homme avait acquis, 
par une faveur de plus de trente années, des 
biens qui égalaient presque les richesses 
d'un roi. 

Après sa mort, le roi fut admioistrateur 
de l'ordre par auliirilè du (lape Nicolas V, à 
cause du bus âge de l'imani don Alphonse, 
son lils, auquel il avait Lut conlèrer la 
grande maîtrise; et Jean III étant mort l'an- 
née suivante, liai, le roi Henri IV, son suc- 
cesseur , en eut aussi radininislralion. Il 
avait épousé Blanche, fille de Jean II, roi de 
Navarre, et ce mar:age ayant été dissous 
l'an l'i-.'j.'J . il épousa en secondes noces 
Jeanne, fille d'I.douard , roi de Portugal. 
(>omme il n'avait point d'enfants, et qu'il 
était incapable n'en avoir, l'on dit qu'il pria 
sa l'i'mme de permettre (inc Hertrand de la 
Cucva , son la\oii, snpj)léàl à son défaut. 



1G9 



r:pi': 



EPE 



178 



La leino (Icvinl grosse el mit au momie une 
lill(! (|Lii l'iil mariée à Alphonse V. r(;i de 
Portugal, el que le roi de Caslille déclara 
héritière de sps Etats, ce qui causa une 
guerre entre elle et Isabelle, sœur d'Henri, 
inariéeà Ferdin.iiid d'Aragon, laquelle fut 
terminée à l'avantage d'Isabelle. Bertrand 
de la Cufva eut pour récompense, entre au- 
tres choses, la grande maîtrise de l'ordre de 
Saint-Jacques, dont l'infant don Alphonse, 
Ir.'re du roi Henri, se démit en sa faveur, ce 
qui fut confîriiié par le pape Pie II l'an 14-62; 
mais les chevaliers s'élanl plaints de v.c 
qu'on leur ôtait le droit d'élection, el qu'il 
n'était pas raisonnable que l'infant quittât 
la grande maîtrise pour la donner de lui- 
même à un autre, le roi, voyant leurs oppo- 
sitions, porta Ik'rirand à y renoncer en le 
récompensant de plusieurs belles terres, et 
don Alphonse y fut rétabli, en venu d'une 
bulle de Paul 11. Après sa mort, don Jean 
Pacheco, marquis de Villena, fut élu grand 
maître l'an 1469, el, ayant gouverné l'ordre 
pendant quelques années, il se démit de la 
grande maîtrise, en faveur de sou lils, don 
l)ldacc Lopez Pacheco. Le roi Henri IV fil 
solliciter le pape pour en avoir la confirma- 
tion ; mais, n'ayant pu l'obtenir, ce prince 
mil Didace de Pacheco en possession de la 
grande maîtrise, en vertu de la renonciation 
du marquis de Villena, qui s'étail faite du 
conseiilcmcnt de la plus grande partie des 
treize. Mais, apiès la mort de ce marquis, 
qui arriva l'an 1474, don Jean de Velasco, 
prieur dUclès, convoqua le chapitre et les 
treize électeurs, ce que fit aussi celui de 
8aiiil-Marc de Léon : de sorte qu'il y eut 
trois grands maîtres dans le même temps : 
don llodrigue Maniiquez, comte de Parède, 
élu par ceux dUclès ; don Alphonse de Car- 
donas par ceux de Saint-Marc, el le mar- 
quis de Villena, don Didas Lopez de Pa- 
checo, en laveur duquel D. Jean l'achec", 
marquis de Villena, son père, s'était démis 
de celle dignité, et (jui en était en posses- 
sion. Ce dernier prélendit se ir.ainlenir par 
la voie des aimes, et chasser ses deux com- 
pétiteurs qui avaient été élus à Uclès et à 
Saint-Marc. Il s'empara du château d'Uclès 
étant protégé par le roi, mais il ne put s'y 
maintenir, ni être reconnu comme grand 
maître, car, après la ii;ort du comte de Pa- 
rède, qui arriva l'an 1476, les chevaliers qui 
dépendaient du prieuré d'Uclès élurent aussi 
pour grand maîire don Alphonse de Carde- 
nas : ainsi le sdiisme cessa après que les 
chevaliers se lurent réunis. Mais ces divi- 
sions ayant déplu à Ferdinand et Isabelle, 
rois de Castille, qui craignaient qu'elles ne 
causassent quelque guerre dans le royaume 
à cause de la puissance de ces chevalier>, 
ils demandèrent puur eux et pour leurs suc- 
cesseurs l'admiulslra ion de cet ordre, qui 
leur fut accordée par le pape Alexandre VI, 
l'an 1493, après la mort du grand maître 
don Alphonse de Cardenas, cl pour lors la 
grande autorité des chevaliers commença à 
diminuer. L'empereur Charles V eut au.-.si 
l'administration de l'ordre, qui lui avait été ac- 

DlCrlONNAIRE DES Oi;DUI'.S l;tL!(JlliUX. IL 



cordée l'an 1515 par le pape Léon X, et 
l'an 1523 le pape Adrien VI annexa pour 
toujours à la couronne d'Kspagne les gran- 
des maîtrises des trois ordres de Sainl-Jac- 
ques, de Calairava rt d'Alcanlara. 

L'ordre de Saint -Jacques s'était aussi 
étendu en Portugal, où il avait reçu de 
grands biens par la libéralité des souverains 
de ce royaume. Les chevaliirs dépendaient 
du couvent d'Uclès ; mais le roi don Denis 
voulut avoir en so!i royaume un grand maî- 
tre indépendant de celui d'Espagne; il éta- 
blit le chef de cet ordre à Alcazar d'OzaI, et 
depuis il fut transféré à Palmella. Les rois 
(le Portugal ont élc les premiers qui obtin- 
rent l'administration de cet ordre. Elle fut 
accoriléc au roi Jean II après la mort du 
prince (ieorges, duc de Conimbrc, son fils, 
qui en a éié le dernier grand maître en Por- 
tugal, et le pape Jubs il l'annexa à la cou- 
ronne en la personne du roi Jean 111. 

Comme nous avons déjà parlé du conseil 
des ordres, el que nous aurons encore lieu 
d'en parler dans la suite de cette histoire, il 
est à propos de rapporter l'origine de ce 
conseil, qui est maintenant comme le supé- 
rieur général non-seulement de l'ordre de 
Saint-Jacques, mais encore de ceux de Cala- 
trava el d'Alcanlara. Le pape Adrien VI ne 
réunit les grandes maîtrises de ces ordres 
à la couronne d'Espagne qu'à condition 
qu'en ce qui regardait le spirituel, le roi 
n'agirait point par lui-même, mais commet- 
trait pour cela des personnes des mêmes 
ordres: c'est pourquoi l'empereur Charles V, 
roi d'Espagne, établit un conseil, qu'il ap- 
pela le conseil des ordres, lequel doit être 
composé d'un président el de six chevaliers 
(dont deux de chacun de ces trois ordres), 
qui ont le même pouvoir et la même aulo- 
riié que le roi peut avoir sur ces ordres en 
iiuaiité d'administrateur perpétuel, tant eu 
ce qui concerne la juridiction temporelle ou 
sécu.ière que la juridiction ecclésiastique, 
pourvu qu'elle ne soit pas purement spiri- 
tuelle, comme de conférer les ordres, ad- 
minislier les sacrements, fulminer des ceii> 
sures rt autres choses semblables, dont les 
fondions sont exercées par des personne^ 
ecclésiastiques de l'ordre, et qui sont dépu- 
tées par le conseil, qui connaît des causes 
civiles et criminel'es des chevaliers et di- 
leurs vassaux, el qui fait exécuter les or- 
donnances laites aux chapitres généraux. 
Il donne avis au roi des coinmanderies , 
dignilés , prieurés, bénéfices, gouverne 
ment» et charges (jui vaquent, alin qu'il v 
pourvoie. Cette |uridiclion , qui ne forn.o 
qu'un tribunal avec le roi, est ecclésiastique 
et légulière, quoique exercée par des per- 
sonnes laïques. Klle est souveraine, juge eu 
dernier ressort , et on n'en peut appeler 
qu'au sainl-siége. Clément Vil l'approuva 
par des bulles des années 1524 et 1525, et 
ajouta à son pouvoir celui de connaître des 
decnues, des bénéfices, des mariages et au- 
tres choses semblables dont la connaissance 
appartenait aux évêques comme ordinaires. 
Elle lui aussi approuvée par le pape Paul lil, 



n 



nr.TioNNAir.i: itFS 



en lî)'»2, il ilan> la siiilc par lo papo IMc V. 

le pouvoir de ci' Irilniiial s'élpiii sur doux 
> illes, deux coiil vin;:i bourps cl soix.inle- 
i]iiiiue \illapi's, doiil il j a deux villes cl 
l'ciil soixaiito-dix-huil tanl bourgs (jue 
villages qui apparlioiiDonl à l'ordre de Siiut- 
J.irques, soivaiile-iiunlre à celui (le (^■lla- 
liava, el riuquanle-lrois à celui (rAlcaii- 
lara. Noii-seuleuient les chevalier», les clia- 
noiiies, les cliapeiaiiis et les religieuse» de 
ces ordres, sonl soumis à l'obéissaiirc cl 
correction du conseil des ordres; mais la 
juridiction de ce conseil, lant pour le lerii- 
porel que pour le spirituel, s'clend aussi 
sur lous les prêtres séculiers qui onl des 
Iténéfices, el les reli{;ieuses des autres or- 
ilres qui ont des monastères situés ilans les 
lieux qui apparliennciit à ceux de SaiiU- 
.lac(iucs, de Calatrava et d'Alcanlara. Le 
président de ce conseil est ordinairement un 
des [dus LMands seigneurs d'Espagne. Il y a 
encore plusieurs ofiices qui dépendent de ce 
conseil, dont les plus considérables sonl ce- 
lui de sccrélair»! des ordres, le conlador 
uiai/ur, ou çrand trésorier des ordres, le 
i;rand huissier des ordres, trois procureurs 
(;énéraux , trois chevaliers fiscaux et un 
t^rand trésorier du conseil, qui dans les ac- 
tes pub'.ics ont lous séance dans ce tribunal. 
Ia's autres offices, qui sonl en grand nombre, 
sont moins considérables, cooiine l'agent, le 
liscal, Tavocit cl le procureur des pauvres, 
les trésoriers de cba'in de ces ordres en 
jiarticiilier, leurs chanceliers, les huissiers 
cl (luelqiies autres. 

Nous avons vu, par ic nombre des villes, 
liourgs et vilbiges (lui appartiennent à l'or- 
dre de Saint- ac(|iies, qu'il possède lui seul 
plus de biens que les deux autres. A l'égard 
(les comniander.c.», il y en a quatre-vingt- 
quatre, dont il y en a tiois grandes, qui sont 
les grandes conimanderies de CaslilIc.deLéon 
et de .Montaluan en .\r,igon. Ces qualie- 
vingt-quatre commanderics onl •i.'JO.OOO du- 
cats de rcienu, outre deux cents prieurés, 
rurcs cl autres bénélices simples qu'on peut 
donner avec disl)cn^e du pape à des person- 
nes qui ne sont pas de l'ordre. Il y u treize 
bourgs qui sont des \i(ari,ils avec des jurr- 
dictions spirituelles , s.ivoir: \ illa-Nueva de 
Ids Infantes. \'illa-Uoilri;z;uo, \ illalua, Ls- 
Iriana, Xercs, Enicri a, 'ludia, Jesle. Gara- 
vacca, \ cas, Segura de la Sierra. Aledo cl 
Tolana. Il a encore (juaire ermitages, 
cinq iKJpitaux et un i o'.lége ;'i Salamaniiue. 
r,el ordre est di\isé(n (|uaire provinces, 
(jul sont Casiille, Léon, la \'ieiile-(^astille el 
1 Aragon, où hî roi, comme administrateur, 
cl le chapitre général envoient des visiteurs. 
Celui de la province de Léon est élu par le 
prieur el le ch.ipiire du couvent de Sainl- 
Marc de Léim, el doit cire conlinné |)ar le 
1 onscil des ordres. Outre ces visiteurs géné- 
raux, le roi en députe encore d'autres pour 
■ 'informer si les chevaliers, les chapelains 
• lis ariires observent leur règle el les sia- 
l'ils de l'ordre, '".es viiileurs sont toujours 
< hcvaliiTs el sonl accoinpagnes île quci(|nes 
cJjajielaius ; b ur pouvoir ne s'élcnd pas scu- 



leiuenl sur li's chevaliers, mai* aussi sur 
«eux qui po-sèdenl des bénélices dans les 
Irenx qrii appartiennent à l'ordre. Les che 
laliers doivent (rliéir au conseil des ordre; 
et aux supérieurs des monastères lorsqu'ils > 
demeurent, ou qu'ils y font leur novrciat, ou 
lorsqu'on les a obligés de s'y renfermer pour 
<l(rel(iues fautes 

l'our être reçu chevalier, il faut faire 
preuve de noblesse de i|uatre races, lant du 
c lie paternel que du (('ite maliTnel ; el quoi- 
((iie anciennement la noble-se maternelle ne 
fi'il pas rer\nise. clie ( si néanmoins présen- 
lement nécessaire depuis ((n'plle a été or- 
donnée dans le chapitre général de l'an 1(');>:{. 
Il faut encore faire preuve que les iriémes 
ancêtres n'ont point été juifs, .Sarrasins, hé- 
rétit|ues, el qu'ils n'ont point éié imnis 
comme tels pirle tribunal de rin(|uisitio i . 
(^es preuve» se doivent faire devant un che- 
valier el un chanoine de cet ordre ; cl si el- 
les sont approuvées par le conseil des or- 
dres, le roi co.Tinet quelqu'un pour donner 
riialril à celui (|ui doit être rei;u. Les no»i- 
ces sonl obligés de servir sur les galères 
p.^ndant six mois, el de demeurer pendant 
un mois dans un raonaslèr.- pour y appren- 
dre la règb' ; mais on les dispense aiséirrent 
de ces obligalions moyennant une somme 
d'argent; le roi et le conseil des ordres ac- 
cordent ces dispenses. 

Us él;ri(Mit aulrefiis vérilablcmenl reli- 
gieux cl fais-rierit vteu de chasteté ; mais le 
pape Alexandre III 1 .ur ayant permis de se 
marier, ils ne le peuvent faire sans la |)er- 
niission du roi, qu ils doivent avoir par écrit. 
Un leur impose un an de pénitence s'ils so 
marient sans celte permission ; et si c'esl un 
des treize, il est privé de cette dignité. La 
raison de celte défense, c'est que les femmes 
des chevaliers doivent faire les mêmes preu- 
ves que leurs maris, el que le conseil des or- 
dres doit nommer des commissaires pour en 
fiire les informations. Ils étaient obliges de 
s'abstenir de leurs femmes à certaines fêtes 
de l'année, comme à celles de la Vierge, de 
sa ni Jean-liaptiste , des saints ap(jtres et 
quelques .lutres, cl les veilles de ces fêtes, 
comme aussi les jours d > jeûne prescrits par 
la rèi;le, (|ui étaient, oulre le carême de l'ii- 
glise uiiiv.Tselle, de|)Uis le huit no\emlir(> 
jusqu'à la .Nativité de Noire-Seigneur, et 
lous les vendr.'dis depuis le premier septem- 
bre jusqu'à la Penlerôte. Le pape Inno- 
cent l\ dispens I du jeûne, deimis le huit n;)- 
vembre jusqu'au iir.inier dimanche de l'a- 
\eni, les cli(;valiers qui étaient à la guerre. 
Martin V les dispensa entièrement de la 
règle el de l'oblig-ilion de se retirer dans des 
munaslères aux jours qu ils devaient se sé- 
parer lie leurs femmes, laiss.inl cela ta leur 
volonté. Innocent \\\\, ayant été consulté 
pour savoir si les chevaliers qui n'étaient 
pas à la guerre étaient obliges aux jeunes 
de la règle, déclara, l'an liSli, (|ue les uns el 
les autres n'y étaient pas obliges; el, sur ce 
(|iie l'ordre représenta eiiror<' à ce ponlile 
(in'il ) avait (iliisienrs points de l.i règle ijiii 
oiiii^eaictit à pcclic inoitel, comme de s'ab>- 



173 EPE 

tenir des fommos à ccrlains lemps, de réci- 
Icr certaines prières, et .mires choses sem- 
blables, ce p;ipe déclara encore In même 
année que la transgression de la règle n'o- 
bligeait point à péché mortel. 

Ces chevaliers m- font pins prcsenlcmonl 
que les voeux do pauvreté, d'obéissance et 
de chasteté conjugale, auxquels ils en ajou- 
tent nn quatrième, de défendre et de soule- 
nir l'ininiaculée concepiion de la sainte 
A'iergc. Les trois ordres de Saint-Jacques, 
de Calatrava et d'Alcanl.ira prirent celte ré- 
solution dans leur:! chipitres généraux, 
({u'ils tinrent l'an 1052. Ils consullèrent à ce 
sujet le roi Philippe IV, comme administra- 
teur perpétuel de leurs ordres ; et ce prince, 
qui avait une grande dévotion à la sainte 
\ ierge approuva la résolution que ces or- 
dres avaient prise. Ils voulurent s'engager 
à ce dernier vœu [ubliqucmenl et par une 
cérémonie éilat nte. Ils indi(iuèrent des neu- 
vaines (ini se liront à Madrid, dans trois 
églises dilTérenti's, qui élaii'iit magniil(|ûe- 
ment parées, el dans iesqurlles il y eut tous 
les jours prédication sur le mystère de la 
conception, et une messe célébrée poiitiiica- 
lement par les prieurs de ces ordres et par 
des abbés de ceux de Saint-Benoît el de Cî- 
leaux ; ce qui se fit dans différents temps, 
afin qu'une cérémonie n'empéciiât pas l'au- 
tre. L'ordre de Sainl-.Iacques conaniença le 
preiiiier dans ré;;lise du collège de Saint Au- 
gustin appelée de Dona Maria de Araçjon. 
L'ordre de Calalrava fit la sienne dans l'é- 
glise de Saint-Wariin de l'ordre de Sainl-lîe- 
noît ; et celui d'Alcantaia dans l'église de 
Sainl-Iîernard de l'ordre de Cîteaux. Dans 
ihacune de ces églises, les chevaliers de 
clia(|uc ordre assistèrent en habit de céré- 
monie. Après l'évangile de la messe, un che- 
valier prononça, au nom de tout l'ordre à 
haute voix, la formule du vœu, et ensuite 
chacun, en présence du célébrant, fil la 
même chose en mettant la main sur la croix 
et sur les Evangile.», et l'on fil un lèglenient 
dans les chapitres généraux, que lous ceux 
que l'on recevrait à la profession feraient le 
même vœu. t^'est pourquoi, dans la formule 
de la profession de ces ordres, ap' es les trois 
vœux de pauvreté, d'obéissance eldeclias- 
telé conjugale , celui qui fait profession 
ajoute : y asimesmo liago voto de tener, de- 
fendcr, y guardar en publicu ij en secrelo que 
ta y irgen Maria madré de Bios, y Sehora 
nuestra, fue concebida sin muncha de pecado 
original. 

Il y a aussi plusieurs commanderies de 
rct ordre en Portugal, el il y en avail aussi 
une en France dans la villed'lilampes. L'ha- 
bit de cérémonie des chevaliers, tant d'Es- 
pagne que de Portugal, consiste en un nian- 
leau blanc avec une croix rouge sur la poi- 
trine, avec cette difl'érence que les cbcvaiicrs 
d'Espagne la portent en forme d'épée, fleur- 
delisée par le pommeau cl les croisons, d 
que celle des Portugais n'est pas en forme 
(l'ipée, mais est aussi lleurdelisée par le 



EPf: 



171 



bas (1). Lorsqu'un chevalier de cet ordre 
meurt, le commandeur de la (oannamicrie 
la |)Iu8 proche de la demeure du chevalier 
est obligé, outre les prières ordinaires, de 
nourrir un pauvre pendant quarante jours. 

Voyez les auteurs cités au paragraphe 
précédeni. 

liPÉES (Ordre dks). Votiez Sp.nAPniîvs. 

EPEUNAY (SArNT-MARTiN n). Voyez Jcan 
DE Chartres (Saint-). 

ÉPERON DOR (Chevaliers de i.'}. 

Anciennement c'était la coutume do créer 
des chevaliers avant le combai, afin qu'ils y 
allassent avec plus d'ardeur, ou après le 
combat pour récompenser sur-le-champ 
ceux qui avaient eu plus de part à la vic- 
toire. Les cérémonies que l'on a pratiquées 
pour faire ces sortes de chevaliers ont été 
diilérentes selon 1rs lemps ; car d'aboid on 
se contenta de les frapper légèrement d'une 
épée nue sur le dos, et de leur mettre l'èpée 
dans le baudrier; on y ajoulii ensuite l'acco- 
lade, et enfin on leur permit de porter des 
éperons dorés , (ju'o;! leur aitachait aux 
pieds, ce qui leur fil prendre le Uom de 
Chevaliers Dorés. C'est encore aujourd'hui 
une coutume pratiquée par plusieurs prin» 
ces d'honorer ainsi, le Jour de leur couron- 
nement, ((uelques seigneurs de leur cour en 
les faisant chevalieis avec les mêmes céré- 
monies. L'empereur Ferdinand I",ni le jour 
de son couronnement, des chevaliers de l'E- 
peron, qui furent ainsi nommes apparem- 
ment à cause dos éperons d'or qu'un leur 
attacha aux pieds. Mais ce qui n'était autie- 
fois que la récompense de la valeur es! au- 
jourd'hui fort commun en Angleterre, el se 
donne indillérenimenl ans gens d épée cl de 
robe, et môme à des marchands, (jui sont 
ainsi reçus en ce royaume : ils se metient ;i 
genoux devant le roi, qui les touche avec 
une épée nue sur l'épaule, eu disant ces pa- 
roles : Sois chevalier aa nom de Dieu, cl à 
cause des éperons doré-; qu'ils porlent le 
jour de leur réeeplioii, on les appelle Che- 
valiers Dorés, équités aurali ; mais, comme 
ces chevaliers ne forment point de société 
particulière, ils ne portent aucune marque 
qui les dislingue, et sont compris dans ce 
(ju'on appelle en général l'ordre de cheva- 
lerie. 

Il n'en esl pas de même des chevaliers Ai- 
l'Eperon d'Or, dont nous allons parler el qui 
portent pour marque de leur ordre um- 
croix d'or à huit pointes émaillée de rouge, 
au bas de laquelle pend un éperon d'or [•!) • 
on les doit regarder comme lurmant un or- 
dre militaire dislincl et séparé de cet ordre; 
général de chevali ne et de tous ces cheva- 
liers qui prennent le lilre de Chevaliers Do- 
res el do l'Eperon, dont nous venons de par- 
ler. L'on préleiid (|ue ce lut le pape l^ie IV 
(|ui institua col ordre à Home, l'an 1559. 
Mais il ne paraît pas (|ue ce ponl.fe ail donné 
a (eiui (ju'il insliiia le nom de l'Eperon 
d'or, au cun!raire il lui donna son nom ; el 



(I) Voy., à 1.1 lin du vol., n" 55. 



(2) Voy., à la fin du vol., n" 5'*. 



175 mr.TiONN.Mr.F: nr.s onnars nri.ir.ii rx. i:.- 

Ton Ironie il ms le nnllairc nminiii iiiio bulle nrc»rdri à r<s rlievalicrs lipauroup de pri»i- 
de Pie V, de l'an lilGl), . ù les clievaliors de le-res. el qu'entre autres il voulut que tous 
cet oidre sont appelés chevaliers Pics. II est ceux qui veraicul nuMi-jés à cet ordre fussent 
vrai que Pierre de Hilloy, dans sou Traité do réputés noliles et leurs descendants. Il leur 
rOriuine do ciievalerie, dit que res clieva- donna le titre ilc comtes de Lalrau, avec 
liers~Pies sont faits par mcMie moyen elieva- pouvoir de déléjîuer des juges ccclésiastiqaes 
Hors de l'Eperon d'or. Favin dit aussi (|u'ils el séculiers, créer des docteurs el des notai- 
soiil appelés Cl)e\alicrs Dorés à cause des res, de lé.:itimer des bâtards el les élèvera 
éperons dorés qu'ils ont permission de por- des di^nité>. Il onionn.i de plus que les ( hc- 
lcr;et dans les lettres que l'on donne nu\ valiers clercs si'r.iienl notaires aposloliqii.'s. 
chevaliers de l'Eperon, ils sont appelés Che- que les laïques ser.iiecil chevaliers dores, et 
valiers Dorés cl comtes du sacre pala s de que, cessant d'élre parlieipants, c'est-à-dir.- 
Lalran , sacri palulii el auhc L'iteranensis de jouir du revenu alî< de à loidre, ils au - 
comiie.i] nuliles , d equiirs Aurali Mais raient toujours l;> litre de cumlos de Lalran, 
cette cruix avec cet épi ron qu'ils porlenl de ni>taires apostoliques el de Chevaliers l)o- 
pour marque de leur ordre n'est point la rés. Il leur permit aussi de posséder plu- 
marque que le pap;> Pi^- IV donna aux che - sieurs béuélices, iiuoiquc maries, el d'exercer 
valiers qu'il fil, puisque ce fut une nié- en même temps plusieurs ofiiees de einquante 
daille d'or, lù d'un c6lé il y avait l'iinapc de écus d'or de revenu, les dispensant de ce qui 
•iainl Amliioise, el de l'autre ses armes, serait dû ,'i la componende pour les pensions 
qu'ils pouvaient c hanger sous chaque pon- ou pour les bénclices qui leur seraient don- 
lilicat pour mettre les armes du pape qui nés. Il l'ur élail permis, dcu\ ans après leur 
4;ouvernait pour lors ri''.gli>e. L'ahlic Giusli- réceplion dans l'ordre, de céder à qui bon 
iiiani rapporte à ce sujet les paroles de ce leur semblait la pension qu'iiscn recevaient, 
pontife dans la bulle de l'institution de l'or- et de lister de ce qu'ils avaient acquis do 
<lre de ces clievali'TS Pies : Infijniaiiite col- biens ecclésiastiques, jusqu'à la somme de 
Irijii dictonim viililum Pioriim esse roltimus mille ducats pour ( haque office qu'ils aii- 
imnginem bctili Ambrosii epsntpi ab una raient exercé. IN furent déclares commen- 
pnrie aliciJHS peiidenlis aurei cl nb allerii in- saux du pape, scriptcurs el cameriers apos- 
sifjnid }ws:ra, vel pro tnnpore exislmlis pon- toliqucs. Le pape leur accorda encore la 
n/icj.--, cum r.latibu'< lirsitper el liara puniifi- préséance sur les autres chevaliers, et les 
cia. .\insi il y a bien de l'app irence que le exempta de la juridiction des ordinaires, le-; 
pape I ie W n'a [ciint été l'instiiiileur des mellanl sous la protection jr.imédialc du 
cheviliers de l'Epercn, cl que ceux aux- sainl-siégc. Leur obli;;alion était d'exécuter 
<]uels il don:. a son nom ont eu le même sort les ordres du pape dans les croisades el dans 
que ceux de Saint-Pierre, de Saiul-Paul, du les conciles généraux sans aucun émolu- 
Lis, et de Noire-Dame de Lurette, qui ont ment, eu égard aux pensions qu'i's recc- 
eté su(iprimés, et sont ilevenus simples ofii- valent de l'ordre; et ils devaient aussi veiller 
tiers de la Chancellerie ; car pa-mi ces offi- à la défense des côles de la Marche dWncônc, 
cicrs il se trouve aussi cinq cent trente-cinq cl principalement de la ville de Lorelte. 
chevaliers Pies , dont les charges coûtent Mais, soit que Ion veuille attribuer ces 
chacune mille écus. privilèges aux chevaliers Pies ou au\ che- 
L'abbL- (îiustiniani dit que Pie IV créa d'à- valiers de l'Eperon, les chevaliers Pies n'en 
bord irois cent soix.inte-quinze chevaliers, jouissent plus, ayant été supprimés, comme 
.-luxquels il assigna un icveiiii de soixante- nous avons dit; et tout ce que lev chevaliers 
treize mille écus, pi qu.' l'aiiiiée suivante, de l'I-'peron en ont conservé soni les titres 
ay;inl augmenté le ncmilirc de ces chev;;- de comtes du sacré palais de Lalran et de 
lieis jusqu'à quinz • cent lienle-cinq, il aug- Chevaliers Dorés, qui leur sont donnes dans 
inenla aussi leurs re»enus jusqu'à la somme leurs lettres de rcre(>tioii. Oi ordre môme 
de Cent quatre mille écus. Ma'S il peut y s'avilit tons les jours ; car, quoique ks pa- 
jivoir de l'erreur dans le calcul de cet au- | es le confèrent quel(|iierois à des ainbassa- 
leur, ou bien il se peut laiie que, couinu- Il deurs, comiKe lil le pape Innocent XI, l'an 
;i mis le nombre de ces chevaliers en cbif- Ki"", à un amb.issadeur de ^'enise. l'on 
fres, l'imprimeur aurait mis un mille de donne aisément à Uome la croix de cet ordre 
Irop, et qu'en le rctranihanl il ne .'■e trou- à tons ceux qui ont cinquante ou soixat:te 
vcrait plus que cinq cent trente-cinq cliev.i- livres pour payer lenrs leitres de réception, 
lit rs, qui e^t jn-lemenl le nombre de ces of- Le pape Paul 111, par une bulle de l'an I.t' 9, 
ficiers de chancellerie qui | rennenl encore à .ici orcla à Charles, Mario, .Mexandrc, et P. ml 
présent le titre de che»aliers Pies Ce ciui Sfurze des comtes de Sainte-Flore, ses ne- 
pronve que c'est une laule qui s'est glissée veux, pour eux et leurs descendants de lègi- 
d.Mis l'impression, l'esl que, si le pa(ie ai ail lime mariai;!' en ligne masculine, le droit de 
.4nccté un revenu de soixante-treize milice créer des chevaliers de l'Eperon , comme! 
cous pour trois cent soi\ante-i|uinzo clieva- aussi de faire des dicteurs en théologie, en 
liers, il n'y aurait pas eu de propori on gar- l'un el l'autre droit et en médecine, el des 



.lec, si en atigmoni.int le nombre des clieva- abbes titulaires : ce (]ni fui confirmé par ses 

liers jusqu'à quinze cent trente-cinq, il n'a- successeurs Jules 111, Crégoire Xlll et 

vait augmente leurs revenus que ju-^qn'à la Sixte \' . Le duc: de Sl'orze jouit présentement 

somme de cent quatre mille ecus. de ce droit, et accorde aisément des Icllres 

Le même auteur jijoule ijnc ce jinntife de chevalerie de l'I-'-j'cron. dont l'expédilioii 



«77 



e:e 



EPI 



<78 



lie coule qu'une pislole : ce qui l.iil que l'ou 
regarde avec mépris ces sortes de civevaliers. 
Les nonces, les auditeurs de l'oie et quelques 
autres prclais de la cour romaine oui aussi 
le privilège de créer chacun deux chevaliers 
«le l'Eperon dor; c'est pourquoi l'on voit eu 
France quelques-uns de ces chevaliers qui 
onl clé reçus en cet ordre par des nonces, et 
j'ai eu en main les lettres d'un d(î ces chev i- 
liers, de l'an 1702, que M. Fii'schi, pour lors 
nonce en ce royaume, accorda, et (|u.' nous 
rapporterons ici. 

Lnurentiiis Fliscus, Dci et sanctœ sedis 
aposlolicie (jralia arcltiepiscopus Aienioncn- 
sis, sanclissimi D. ^' . papœ pnriatus doinr- 
sticiis et assislens, ejusdem et snnrtœ sedis 
apnd rrgein Cliristianissimwn nuntius apo~ 
stolinii ertrnordindriua. Dilecto nobis in 
ClirUin domino Ludovico filio domini Yincvn- 
tii rie Marlenne, domini de Puvigné, ne sucri 
paliiiii et aida; Latemvensis comitis, mililis, 
(l rqiirstris Aureati, salntcm in Domino. Sin- 
f/nlai e.i animi lui dotes eximiœi/ite drvoliouis 
iijjvvtus, (/uein nd scmctissimiini dominum no- 
sfrwn piipam sanclamque aposlolicam sedem 
cl nos qerere comprobaris, vilœqite ac mo- 
nim honestas, oliaque lattdahilia probilalis et 
virtutitm mérita, quee iltaniia largilor altis- 
simus in persona luu exubérante gralia cumu- 
lavit, merito nos inducunt ut persomun cam- 
dem dignioris nominis liliilo extollamus et 
singulaii prœrogatira decoremns. Ilinc est 
(/uoil nos volentes te, pi-wmissorum tuorum 
intuitu, specialis exccUentice dignilntc subli- 
ma) e et cum dignis proseqni favoribns, te Lu- 
dovieum de iMarlenne, domiimm de l'uvi};nc, 
(nslrali adoptione plium altissimi polcnlissi- 
mique principis Ludovici Delphini Franciœ, 
fimul et al:is.<imœ ac polentissitnw pvincipix 
Maria Tlieresiœ Auslriarte Galliurum rcginœ, 
sacri putalii et aulœ Lateranrnns comitem, 
militcm et equilem Aureaium , auctoritale 
(ipostolita nobis uli prœsuli assifteiiti a san- 
cla sede aposlolira loncessa, ipia [unijimiir in 
hac parle, tenore prœsentium, facimus, créa- 
mus, insliluimus, deputatnns, ac aliortini co- 
mititm, niiiiium et equilum Aurentornm sacri 
pnlatii et aidœ Latcranen'is hiijiismodi, 7iu- 
inero, urdini et consortio [avoriibdiler aiigre- 
qamus : decernenles qiiod lu ex nunc deinceps 
veslibiis, cin(/ulo, ense et cakaribus aure ilis, 
turque et aliis insignibus militaribus ,ne en on et 
omnibus et singulis priviligiis, immunitaii- 
bus, exeD'ptionibiis, ho)ioribus, prweminentiis 
et antelationihus, qui'ius ulii sucri palatii et 
aulœ Lateranensis comités, milites et ei/uiles 
Aureati ab endem sancta sedeapostolica i rcali, 
de jure, usu, eonsuetudine, privilegio, aut 
alias, quomodolibet ittuntur, potiunlitr et 
gaudcnt, uti, potiri et gaudere possis et va- 
i'os, non obstantilms constitutionibus et or- 
dinationibus aposlolicis cœterisque contrariis 
quibusciinque. In quorum omnium et singu- 
lorum fidem et lestimoniiim, hoc nostrum 
privilcgium, manu propria firmalum et per 
infra scriplum secretaritim nostrum suliscribi, 
.'•iglllique nosiri quo in talibus tttimur, jussi- 
iiitis iinpn ssione iiitniiii. Valum l'arisiis in 
palatio nostro, die 28 mensis Novembris anno 



1702. L. archiep. ^icnîonen.; et plus bas: Jo- 
seph. Ragm. Alcorambonus srcret. et scellé. 

Vogez, pour cet ordre, Favin , Théâtre 
d'honneur et de (hevalirie; Bernard Giusti- 
nirini, llisl. di tutti gli Ord. militari; de 
Bellay, Mennénius, HiTinan et Schooncbeck, 
dans leurs llisl. des ordres militaires. 

Il y a eu aussi à Naples un ordre de l'Eperon 
institué par Ch.irles d'Anjou, roi de Naples 
el (le Sicile. Ce prince, ayant été couronné à 
Rome l'an 12()G, eu partit pour aller prendre 
possession du royaume de Naples. Mainfroy, 
qui le lui disputait, ayant succomhé dans 
une bataille, tout le royaume se soumit an 
comte d'Anjou, qui, pour avoir [>lns do 
moyen de récompenser la nob'esse qui s'élail 
«léclaréo pour lui, él.ihlit l'ordre de l'Eperon. 
Voici de quelle manière ou y était reçu. Lo 
chevalier se présentait au jour marqué dans 
l'église calhédr.ile de Naples, et là, sur un 
théâtreélevé oùétaicnl le roi, la riine cl toute 
la cour, il prenait place dans une chaise 
couvcrfe de drap de soie verte. L'archevêque» 
en habit de diacre, accompagné de ses suf- 
l'ra'jianls, le faisait jurer sur les saints Evan- 
giles qu'il ne porterait jaii'.ais les armes con- 
tre le roi, s'il n'y él.iit obligé par son légilime 
seigneur, el qu'en ce cas il rendrait au roi 
la marque de l'ordre, sous peine d'éire ré- 
puté infâme el mis à mort, s'il était pri ou- 
nier de guerre; qu'il défoudrail de toutes ses 
forces, quand il serait rei|uis, les dames tant 
veuves qtie mariées et les orphelins abrui- 
diinnés, si leur cause était juste. Deux che- 
valiers des plus anciens le présentaient en- 
suite au roi, qui de son épée lui touchait 
l'épaule en lui disant : Dieu te fasse bon che- 
valier; puis sept demoiselles de la reine, ve- 
lues de blanc, venaient lui ceindre l'épée; 
(juatrc chevaliers des plus considérables lui 
attachaient les éperons dorés, el la reine lo 
prena l [lar I;! main droite et une autre 
dame la plus considérable p:r la gauche, 
el'es le conduisaient sur un autre siège ri- 
cheiiicnl paré. Abirs le roi, se pbiçanl à sa 
(l)oite, la reine à sa gauche, toute leur coia* 
dans des sièges au-dessous, on servait un- 
collation de sucreries, par où linissail la 
cérémonie. On ne sait point quelle était la 
marque de cet ordre. 

Des Noulis, Histoire des rois de Sicile et 
de Nnples, des maisons d'Anjou, pag. 138. 

DOMINIQUE (Congrégations diveiises dh 

Saint-). Voy. Lombardie. 

EPINAL, DE PoussAY ET DE BouxifenE E\ 
Lorraine, de Saint-Pierre et de,Sainte- 
Mar:e a iMetz (Chanoinesses d'). 

Les chanoinesses d'Kpinal n'ont pas clé 
moins religieuses dans leur origine que cel- 
les de llemiremonl leurs voisines, (|u'elles 
ont imitées en secouant le joug de la régie 
de Saint-Benoît; el il en est de même de 
toutes les autres dont nous |!arlerons dans la 
suite. Elles eurent pour fondateur Thierri 1", 
évèqiie do Metz. Mûrisse, évèque de Ma- 
d:iure, s'est troinpé lorsqu'il a dit (juc saint 
Guérie, trentième évèque de Metz, qui mou- 



170 niCTIONN.MRF. PES OniiURS nrLioiF.ux m\ 

rui i';iii Goi, fondi un iiKinasliTC à Iviin.il il y a une copie .'i hi liihliolhôuuo du Roi (1). 

011 I lionneur ilo s.iiiit M;uiiice c\ en faveur Primo quidum rlericortim coirentum ad om- 

des(»ideu>i filles, donl l'ainoe, nom:iiée l'ré- nipatenlis Dei lionorrm coadunainl ; poft. 

«ie, fut la iMeiiiière supérieure; e; que coIIl- filoriam t/ivinilalis , guunliim in Itomine esc 

ahhuye, ^ilul•e sur le liord de la Moselle, tufis viribus onmir/U!^ coiiamine gesliens, a»- 

*'est rendue recouimaridable par la niullilu>lc cillas Chrisli siib regiihiri tiln et suh instilii- 

des il.iuies ou des rolii;ieuses qui s"y sont lioiie l'alris noslri, benli sridcel Benedicti, 

retirées, par sa pranJeur, son elenl^u■^ et les Orne rdoctna, lieo et snitcl) (îoerico pontifici 

i;r.'inds biens ([u'elle possédait : ce qui y a servire ilesiimivit , d(ins pradia ri possrssio- 

atliré tant de nioiide, (|u'iin y a hûli une ville nés, qiiibns si» ■ inopia et sine iiidifienlia vi- 

à l'enliiur (lui se nuininc l'pinal, et que vere possciit. Le< papes Alexandre III, Ho- 

tjuelques liisloriens tiennent que c'i'Sl de là norius III, F.iKius III, et plusieurs autres 

que le te ville ;i()parler:ait au refois aux évé- pomiles , prirent ce monastère sous leur 

ques de Metz. Il donne assez à connaitre protection. 

qu'il reeoniiail aussi ce saint pour le fonda- • harles \'II, roi de Trance ayant pris i os- 

(eur de cette ville, pnisijue dans la laide des session de la ville d Epiiial, en IWi, con- 

n?alières, parlant d'I^pinal. il dil po-itive- finna à ces religieuses tous leurs privilé-^es, 

ment (|ue celte \ille fut bâlic par saint Goë- franchises, libertés, droits el préroi^alives, 

ric. Cependant il e-l certain (jue non-seule- dont elles joui-saient, par ses lettres don- 

meiit la ville d'Kjiie.al, mais même l'abbaye nées à lipinal la même année; el pr.r d'au- 

qui porte présentement le nom de ce saint, 1res lelties il les prit sous sa protection cl 

n'ont été fondées que plus de trois cents ans sauvegirde, aussi bien que leurs chanoines, 

après. Ce fut Dcuderic ou Thicrri 1", évé(|uc chapelains , el autres personnes de leur 

dc.Melz.qniloiida runecU'aulreversran'JdS. éL-lise, el tous leurs officiers, serviteurs el 

«^eqnc révêijuedeMadaiire reconiiaitcnquel- vassaux, leur départant pour gardiens spé- 

qiic façon : ç.ir, lorsqu'il dit qu'il y a des ciaux les baillis et prévôts de t>ens, de Cliau- 

iiiémoires qui portent que Tliicrri , outre mont el d'Epinal. 

l'abbaye de ^'ainl-Vincnt, qu'il avait fundée Leur église avait le li re de collépiale. 
à M(tz, en f. iida encoïc une autre à Chau- C'(St ce ()ui se prouve par un acte (2) de la 
nmni, cette fondation ne peut être antre prise de possession de la ville dEpinal et ne 
chose (|ue celle dij l'abbaye d'Iîpinal, puis- ses dépendances, par Nicolas, mai'i|uis de 
(|u'ell • fui bâtie au territoire de Chaumonl Pont-à-.Monsson, au nom de Jean, duc de 
dans le diocèse de 'l'oul. Ce qui prouve que Calabre et de Lorraine, son père, el du scr- 
saiiil Goëric n'a point été le fondateur ni de menl de lidcliié el d obéissance prêté enlro 
la ville ni de l'abb lye d'Epinal, c'est que, ses mains par h-s bourgeois d'K|)iiial (3), 
lorsque les bourgeois d'Epinal, las de la do- qui s'élaienl donnés au duc de Lorraine, 
mination des evêqucs de Metz, se donnèrent, après que le roi de France Louis XI eut 
l'an li'ci, à Charl. s \\l, roi de France, et cédé leur ville à Ihibaul, seigneur de Neul- 
Ini prêlèreil serment de lidélilé, Conrard château, ileCh;1tel-sur- .Muselle, et maréchal de 
llayer (h; Poppait, évéque de .Met/, ayant I?ourg>gnc, qu'ils ne voulurent point re- 
demandé au roi la reslitiilion d'Iipinaî, cl connaître pour souverain; lequel acio est 
voiil.inl prouver qu'elle avait toujours ap- p issé | ar-devanl quatre notaires, ()ui pren- 
parlenu aux évêques de .Metz, qui en av.iieiil "enl la qualité de noiaires apo^toli;lues et 
clé les fondateurs, ne remoiila point au impériaux en I église collégiale de Sa;nl- 
Icinps de saint Coéric pour prouver son an- liooric d'Fpinal. Mais quoi()ue leur église eût 
tiqiiilé, mais bien au temps de Thicrri 1", le li re de collégia'e, ces rhanoinesses se di- 
qui en était le premier fondateur, aussi bien saient loujours religieuses, car l'an li7'i-, 
•ine de l'abbaye. liené, duc de Lorr.iine, suivant le droit qu'il 
'l'Iiicrri I" ayant donc fondé la ville et avait d son /oi/eux avènement à son duche(i), 
'.'abbaye d'Epinal vers l'an 'J8-J, coniiiK! nous de pouvoir placer en ihaque monastère de 
l'avons dil, lit transporter de .Metz le corps ses Etats une rrli;;icuse, présenta à l'abbesse 
di; saint (îoëi ic, qui avait tonjours reposé d'Epinal, ,\lix, lille de Louis, seigneur de 
dans l'église de Saini Sym|diorien, et le mit Dommarliu et d'Isabelle du ChàU'Iel S'in 
dins le nouveau moiiaslère d'Epinal, auquel épouse, pour être reçue dame et religieuse 
il donna le mmi de ce sainl. Ce prélat éianl en ce monastère, «n l'uisani pur elle les droits 
mort a\ant d'avoir mis dans ce monastère oppiirleinnti à celle cijlise, cl lui donner et 
des personnes qui y cliantassent le^ louanges délivrer tons les lii us, profits, honneurs et 
ilu Sri|;neur, sainl Ad.ilbéroii M y assembla émolHmrnls que tes dames présentes par ses 
d'abord des clercs, et donna ensuite ce mo- pridccesseui s y amient pris el reça<. Mais 
nasière à des religieuses de l'ordre de Saint- dans la suite elles • ni pris le nom île clia- 
Itenoil. C'est ce qui paraît par la \ ie de ce noinesses. Elles sont au nombre de vingl. 
saint, écrite par Uicher, abbé de Sainl-Sym- Leur habillement de chov r est semblable i 
phurien de Metz, auteur conlem|iorain, donl ci lui des chanoinesNCs de Uemir mont; l'ab- 
l'original est chez les l'ère. Carmes Dé- bi'sse, la doyenne, el la secretle, au lieu de 
chaussés de CIcrmont en Auvergne, et dont couvre-chcr, ont une espèce de guimpe, et 

v'I) Maiiiisi rils de du Cliéne, ii l:i liiblioil.é<|ue du clmnes du rni. I.nyclte, Fn!ii:il n. 147. 

Roi. vol. XII. {V im.. n. II;). 

(tj liivcuiairc d» (jfrcs (/<■ tcrifliii.' au Trésor de (i) llul., », S'-i. 



Itfl 



EPI 



KSG 



182 



I abhc's^e, aussi Imimi que les ,•^lt!(•^ cliaiioi- 
liesses, porlciU <mi loul lenips et en (ou! lieu 
un ni'.iaii bleu tic la larijcui- de (iii.ilre dorL-l', 
par-dc'ssus l'ép^iule droite jusciu'à la haiiclie 
gauclu', .-ivcc un nœud ;iu bout. 

Joan. iMabil!., Annal. Oril. S- Henni, tom. 
IV, pag. 21. iMurisso, lîisloire (les ct-rt/rteK île 
Metz; ci Inventaire des litres de Lorraine, 
au 'J'résor des chartes du roi. 

Il y a encore en Lorraine deux auties 
chapitres de tli.inoinesses sccnlièies, l'un 
à l'oussay, proche la ville de MirecourI, 
l'autre à lîousieres, à une lieue de Nancy. 
Hernian, évêquc de Toul, avait jeté les fon- 
dements du nionaslère de Pnussay dans 
un lieu api)elc /-"o/f-Suove, qu'on a depuis 
iionimé Poussai/: mais ce prélat étant mort 
en 102(), son successeur, saint Brunon, qui 
fut depuis pape sous le nom de Léon IX, 
le fil achever, el y mil des religieuses, qui 
dans la suite ont vécu en séculières, sous le 
nom de clianoinesses. Celles de Bouxières 
furent aussi fondées par un évéque de Toul, 
iiommé Gozelin, au commcncemeni du dou- 
zième siècle. Elles étaient autrefois rrli- 
f^ieuses de l'ordre de Sainl-Benoîl ; mais elles 
ont secoué le joug de cette règle pour se sé- 
culariser sous le nom de clianoinesses. 

Les ch;inoiursses de Saint-Pierre et do 
Sainle-.Marie à Metz ne peuvent p.is nier 
qu'elles n'aient été filles de Sainl-15tnoî(, 
puisque ce n'esl que de nos jours qu'elles 
ont piis le nom de cbanoinesses, el qu'elles 
ont renoncé aux vtrux solennels. L'abbaye 
iii' Saint-Pierre est très-ancienne; l'on pré- 
tend qu'elle fui fondée par Eleutlière, duc du 
palais des Français , sous les règnes de 
1 bicrry el de Tliéodcberl, enfanls de Cbilde- 
berl, et qu'il assigna à ce monastère des 
fonds sulfisants pour l'entretien de trois 
cents religieuses, auxquelles il donna saiule 
Waldrée pour abbesse. Ce monastère fut 
d'abord appelé Haut- M ou lier ou Marnwii- 
tiir, el les relig-euses y vécurent avec be;iu- 
coup de régularité; mais elles avaient déjà 
quitté la lègle de Saint - Benoît dans le 
dixième siècle, lorsqu'Adalbéron l", évéque 
de Metz, employa, l'an 960, l'autorité dei'em- 
percur Olhon pour obliger ces religieuses à 
reprendre leur règle. Elles tombèieiil eu- 
cure dans le re âchen.ent (juelques années 
après : ce (lui obligea l'évéque Adalbéron II, 
vers lan 10 0, d'y apporter la réforme. Et 
comme le grand nombre de religieuses (jui 
elaient dans ce nionaslère pouvait causer de 
la confusion, il lit bâtir un autre monastère 
à côté de celui de Saint-Pierre pour y mettre 
une partie de ces religieuses, et servir de 
noviciat à celles qui y voudraient faire pro- 
cession de la vie niona?tique. Il fit bâiir d'a- 
bord un oratoire, (]u'il dédia en l'Iionueur 
de la sainte \ierge, et y fit mettre un cru- 
cifix, devant lequel les novices Caisaienl leurs 
vœux solennels : ce qui fil doniier le nom 
de Bénil-Vœu à la rue où ce monastère était 
situé; et les gens simples appelèrent ce cri;- 

(1) Franc. Mod. dcOid. Kcclcs. Oriij. 
(-) ^'-"J-t à la lin du vol., ii* ob. 



cifix s.iint Uénit-Vo;u, ce nom lui étant resté 
jus(iu'à présent. Lors(|ue l'on bâtit la cita- 
delle de Metz, en 15G0, ce monastère fn'. 
ruiné, el les religieuses furent (rausférées en 
une mai-oi) qui appartenait aux chevaliers 
(le .Malle, appelée le Pi tit-Saint-Jean. Jus- 
que-là elles avaient été soumises au monas- 
tère de Saint-Pierre, qui fut aussi transféré 
dans la ville; mais elles se sont soustraites 
de son obéissance. Plusieurs évèqucs ont 
tâché inutilement de rétablir la discipline ré- 
guli;''re dans ces deux abbayes; mais les re- 
ligieuses, bien loin d'observer la clôture, ei 
de reprendre les observance> régulières, oui 
voulu vivre en séculières el en porter l'habit. 
lîlli'S ont au chœur, comme les chanoincsses 
de liemiremonl , de Poussay et de iinuxiè- 
res, un grand manteau doublé d'hermine : 
d'Iles do Saint-Pierre vont à certains jours 
tu procession avec les chanoines de la ca- 
thédrale. 

Joan. Mabillon, Annal. Bened. t. III et IV. 
Antoine Yepez, CInon. génér. de l'Ord. de 
Saint-Benoît, t. Il et V. Mûrisse, Histoire 
des évi'ques de Metz. 

El{MITi''S. Voyez leurs noms spéciaux, 
par exemple: Augustin (Ekmites de Saint-); 
Jiîan-Bai'Usïiî (Kkmitks oe SAl^T-) , etc. 
i'ui/rz aussi la Dissertation préliminaire, cl 
le Suiiplément. 

EUMl lES SERVITES. Voijez Servitiîs. 
ESCLAVES DE LA VERTU. Voyez Hache. 

ESCLAVONS (Moines). 

Quelques auteurs, comme Modius et Dam- 
man (1), ont parlé d'un ordre de moines 
Esclavous dont l'habillement, à ce qu'ils pré- 
tendent, était rouge, mais ils n'ont rien dit 
de son origine; et Abraham Bruin, Joss(! 
Ammanus Michel Colyn el Schoonebeck, ont 
donné riiabillemcnl d'un de ces moines tel 
que nous l'avons fait aussi graver (2). Ce 
qui est certain, c'est qu'il y avait en Bohême 
el en Pologne des moines (jui cékbraient 
l'office divin en langue esclavone. Leur 
monastère de Pologne était situé hors les 
murs de Cracovie, au faubourg de Cléparz, 
et fut fondé, sous le litre de Sainie-Groix, par 
Ladislas IV, roi de Pologne, l'an 138J ou 
1.J90. Ces moines furent tirés d'un monaslèro 
qu'ils avaient à Prague, et par leur fonda- 
l on ils étaient obligés de célébrer les divins 
offices eu langue esclavone. C'est ce que 
nous apprenons de Dugloz, de Miechovita et 
deCromcrius, historiens poloiiai-^. 

Uuglez, qui écrivait vers le milieu du sei- 
zième siècle, et qui met la fondation de ce 
monastère de Cléparz en l'an 138!), dit (3) que 
de son temps les moines qui y demeuraient 
faisaient encore l'office divin en langue escb- 
vone: Wludislans secnndns Poloniœrex eum 
consorte sun Ilediv'gi excitait exemplnri si- 
mi'li quod in civitute Pragensi habetur monn- 
sleriiim Sluvoruin ordinis S. Bmedicti, et tnb 
ejus regulari ohservuniia duraturum, sub ho- 
nore el titulo Sanctœ Crucis extra mitroé 

(5) iMisldz, llist. Polmi. , lib. x, pag. tll. 



»83 



DICTIONNAmE DES ORDRES REI.IC.IF.UX. 



Ï8l 



t'rucoviense.'! m oppido CL'pnrz, non lonqe u 
fjiimine Hudawa fub pontificatu l'elri Vilz 
episcopi Cracoiieiisis, fundant et condnnt et 
dotant, et pulcherrimo muro latericio. circtii- 

litm Fratresqite ex monasterio Praijensi 

tumplos ad iltam intruducuni n qnibus us- 

qiie ad mea trmpnra et sub oculis meis ceclesia 
illa SnnctcB Crucis, et in re divina, et in ma- 
lutinis, horisque canonici^, cœleris/ue cccle- 
ilnslicis cœreinoniis, sonoro cnnlu et leclione 
idinmate slaionico per monachos fralresque 
S. lienedieli officittbatiir et admifiistrabatiir. 

Micchoïila, qui érrivail plusieurs années 
après Dugloz. dit (1) aussi que ces reli'jicux 
suivaient la rôijle de Saint-Benoit, quil lurent 
fondés l'an 13Ji), et que dans sa jeunesse il 
n'y avait plus qu'un prêtre qui célébrait dans 
ce monastère la messe en laniiue csilavone : 
Anno Domini 1390, fcria quinla post frsium 
sancti Jacobi apustoti, rex Wladislaus r,itm 
sua consurie lledtcigi vtonasteriitm Slavoruin 
ord. S. Benedicti ex Praga sumptorum tituU 
S. Criicis exIrnmurosCraeotienses in oppido 

Cleparz fundavcrunt Ut voce, sonora lam 

horas canoriicas quam missas in idiomate Sla- 

vonico celelirannt et expièrent termn in 

diebits pueritiœ meœ, prcfbylcr Slavus idio- 
mate Slavonico cuntinuabnt. 

J'ai éiril en l'oUigiie pour savoir s'il ne 
serait point reste dans cette éplisi; de Sainle- 
Croix du f.iuliourg de Cléparz à Cracovie, 
quelques ani ieiis monuments i^ui jjussent 
donner une plus ample connaissance de res 
moines l'^sclavon*; et les ménioi es ((ui m'ont 
été env'ijés de ce pays eu 1712 marquent 
que celle église ayant été rebâtie nouvelle- 
ment, il ne s'y trouve plus auitin tableau ni 
écrit csclavon <iui fasse mention des moines 
qui Tont \ ossédce. Il est encore marqué dans 
ces mémoires qu'il y a à Cracovie des per- 
sonnes âgées qui di-ent que devant la pre- 
mière fiuerre des Suédois on faisait dans 
cette église des prédications en langue cscla- 
vone, et qu'il y a des act s qui portent 
qu'elle a été desservie par des moines de 
Saint-I5asile qui suivaient le rite grec. Il se 
peut faire que quelques moines Moscov.tes, 
qui sont tous de l'ordre de Saint-Basile, 
ayant embrassé la religion ralho!i()ue, aient 
•loillé leur pays pour s'élabiir en IJoliéme , 
où ils ont eu la pernùssion de suivre le riic 
grec et de célébrer l'office divin en langue 
Cïciavonc scion l'usage de Moscovie , et 
(ju'il aient passé ensuite en Pologne, où ils 
ont été appelés et établis à Oacovie par le 
roi Ladislas IV. (jue quelques-uns disent 
n'avoir été que le deuxième du nom. 

(^e qui me fait croire que ces inoine^ l'.scla- 
vons, ainsi appelés apparemment à cause 
qu'ils célébraient leurofliec et sseen lan- 
gue csclavone , pouvaient être sortis do 
Moscovie, est la couleur de leur batiilleineiil, 
qui était rouge ; car les moines Moscovites 
étaient ainsi habillés anciennement; c'est 
puur(]uoi j'ai mis ces moines Ksclavons au 
rang des religieux de Saint-Basile, quoii|Uc 
Dugloz, Miccbovila et quelques autres bisto- 



riens polonais disent qu'ils suivaient la règle 
de S.iinl-Benoit. Le motif qui peut avoir porté 
le roi Ladislas à établir ces moines en Polo- 
gne, et à les obliger à célébrer leur office en 
langue esclavone, est pcul-èlre à cause que 
la langue i olonaise, de même que la bohé- 
mienne et la moscovite, tire son origine de 
l'esclavone. Nous avons dit ci-devant à l'ar- 
ticle B.vsii.k que les moines de Sai;il- Basile 
dans la Bussie-Blanclie ou petite Unssie, 
province de Pologne qui appartenait autre- 
lois aux Moscovites, disent encore h ur office 
en langue esclavone, en suivant toujours 
le rite grec, et qu'ils ne renoncèrent à leurs 
erreurs que l'an lo'J'i. C'est ce qui nous con- 
firme dans l'opinion que nous avons que ces 
moines Esclavons qui s'établirent en Bohème 
el en Pologne pouvaient avoir été des moi- 
nes Moscovites ou Itussiens qui avaient aussi 
renoncé à leurs erreurs 

ESPRIT (CiiANOiNKS nÉGiLiF.ns Associi;s db 
l'ordre uu Saint-) 

On sait qu il y a eu des chanoines régu- 
liers sous le nom d'Associés de l'ordre du 
Saint-Ksprit ; m lis on ignore, et l'annccî et 
le lien de leur établissement, et ce qu'ils sont 
devenus. Il y a néanmoins bien de l'app;»- 
vence qu'ils ont subsisté, puisque l'on trouve 
plusieurs éditions de leurs consliiulions , 
dont lieux se trouvent à la bibliothèiiuedu lloi, 
l'une de Paris, in-li", de l'année 158"^. et l'au- 
tre aussi de Paris, in-i% de l'année Ki'iO. Ces 
constilulions furent approuvées par l'arche- 
vêque de Bouen, les evéques de Bayeux et 
de (]outance, et par plusieurs docteurs , 
comme il paraît par l'épîlre dedicat'jire de 
ces constitutions. 

C'isl d.ins cette épîlre dédicaloire. adres- 
sée le '•• novembre 1588 au pape Sixte V, 
que le fondateur de ces ch. moines se fait 
connaître, lise nommaii Jean llerbetet était 
Lorrain ; il dit au pape que sa mère, étant en- 
ceinte de lui, le consacra à Dieu; qui- dans 
sa jeunesse Dieu lui inspira un grand zèli; 
pour son service, el qu'il eut toujours beau- 
coup d'aversion pour tout ce qui élait con- 
traire à ses cnnimandemeiils et à ceux de 
l'Kglise ; que de|puis vingt -six ans, ou envi- 
ron, il avait fait serment de s'o|)poser forte- 
ment jus(ju'à la mort aux héréli()ues, aux 
méchanis catholiques, aux ecclésiastiques 
im()udii|ues, ivrognes, avares, et qui négli- 
geaient le service divin; que depuis vingt- 
deux ans il avait tous les jours célébré la 
sainte messe, excepté seulement trois jours 
qu'il en avait été empêché par des personnes 
qui s'opposaient à son institut, et qu'il aimait 
mieux miiurir que d'être privé pendant un 
seul jour d'offrir le sacrifiée adorable de nos 
autels ; i)u'ciifin il avait été inspiré de Dieu 
d'instituer sa congrégation, qui est divisée 
en une «onfratcrnité et en un ordre de cha- 
noines du Saint-Ksprit ; que la confraternité 
est pour tous les catholiques de l'un et de 
r.iulrc sexe; qu'elle éijit déjà fort étendue 
en Normandie, principalcmeut dans le dio- 



(l)Malli. uc Mietbjvila, C/iro». l'vhn., lit» x, rap. 19. 



18.-) 



ESP 



ESP 



186 



cèse de Coiilaiirc, cl que les sl.iluti en 
avaient élé approuvés pir le cardin.il de 
lîourbon, arclievêque de Ilouen, par le« évo- 
ques de Coulaiice et de lîayeui et par plu- 
sieurs docteurs en théologie des universités 
de Paris et de Caen; et il présente ces sta- 
tuts au pape, avec ceux qu'il avait dressés 
pour les cliaiioini's, pour en avoir la coiifir- 
nialion de ce pontife; niais nous ne savons 
pas s'il la lui donna. 

Conformément à ce> conslilulions , ces 
chanoines, s'ils étaient prêtres, devaient cé- 
lébrer la messe tous les jours; et s'ils ne 
l'élaienl pas, ils devaient en enlendrc une 
tous le< jours, et plutôt deux les fêtes et les 
dimanches. Ils s'employaient à l'inslruction 
de la jeunesse; c'est pourquoi ils avaient des 
colléfçes, et dans ceux où ils n'avaient pas 
beaucoup d'écoliers, ils pouvaient clianter 
tous les jours l'office divin àléglise, si quel- 
que fondateur le demandait, et seulement les 
fêles et dimanches dans les collèges où ils 
avaient beaucoup d'occupation. Les reli- 
gieux delà communauté, (H rnênie les do- 
mestinne-i, devaient laire absiinence tous les 
mercredis de l'année. Si l'on ne trouvaii p;s 
de poisson, ils devaient se conlenler de lé- 
gumes, lîii mémoire de la passion de Nutre- 
Srigucur. ils jeûnaient tous les vendriMlis, à 
moins qu'il ne se rencontrât unjeùned'Kglisc 
dans la semaine, et il était libre à unchacm 
de s'abstcnirdu vin le vendredi, par morlifica- 
lion, et de jeiJner pendant l'avent : personne 
n'était aussi obligé au jeûne depuis Pâques 
jusqu'à la Pentecôle; et si, étant en voyage 
ou pour quelque autre raison, ils ne pou- 
vaient satisfaire au jeûne du vendredi et à 
rab>liiience du mercredi, ils devaient dire 
ou les sept psaumes avec les litanies, ou 
trois fois le cbapeltl, ou donner cin(| sols 
aux pauvres de re qu'on leur accordait pour 
leur usage, et dans ce nombre étaient com- 
pris les curés et les »icaires qui étaient oc- 
cupés à administrer les sacrements aux fi- 
dèles. T>)us les dimanches ils se confessaient 
à un prélie de la congrégation, et, hors le 
collège, à un aulre prêt e approuve par l'é- 
véque, ( t au moins lous les ans ils devaient 
faire une confession générale à leur prov n- 
cia! ou <i son vicaire. Ceux qui n'étaient [las 
dans les ordres sacrés communiaient seuli- 
nienl une fois le mois ; ceux qui étaient dans 
les ordres sacrés, toutes les semaines, [irin- 
cipalemenl les dimanches et les fêles, alin de 
s'accoutumer à s'approcher de la sainte ta- 
ble, où ils devaient, étant prêtres, tous les 
jours célébior la messe. Tous les prêtres, 
diacres, sous-diacres et bénéficiers, étaient 
obligés de réciter ou ch.inter les heures ca- 
nonialc-i ; et ceux qui n'avaient pas les or- 
dres sacrés , seulei it l'olfice du Saint- 
Esprit, ou de la sainte A'ierge, ou les sept 
psaumes de la jiéniteiice. Il y avait des 
heures destinées pour l'oraison mentale, et 
lexamen de conscience se faisait soir et 
malin. Leur habilicmenl devait être honnête, 
semblable à celui des chanoines, des doc- 
teurs, ou des régents des universités, sans 
aucune supcrfluité; ils avaient toujours le 



bonnet carré dans la maison, et ne portaient 
le chapeau que quand ils sortaient , et ils 
mettaient à leur cnu une croix d'or ou d'ar- 
gent, selon la qualité des personnes, et ils 
la pouvaient attacher sur leur habit exté- 
rieur, avec la figure du Saint-Msprit en forme 
de colombe descendant sur les apôlres. Voilà 
tout ce que nous savons de ces chanoines ; 
nous donnons seulement encore ici la fur- 
mule de leurs vœux. 

l'Jgu N., licet non sim (liinns conspectu Dci 
optimi marimi, iiinini in/inila fjus bonitale 
et cleme.ntia,hodie jjTofcsfii ii'm farin in or- 
(line Siiiriliis Snncti, ei'ine in co vulum ptcio 
fol''miie (ic p/rptiliiuin ohrdienliœ et ca:itil(ilis 
e! abdicationis prnprielntis lionorum lenipo- 
rnlinm coram cœl'sti euriti etniililanli Eccle- 
sid inler manus luas [II. domine) eiiiue et tihi 
et toti asiociiilioni Spirilim Sancli, sancic 
prnmilto et jiiro et vooco me perpétua in ea 
vicluriini, servienu Deo cl Eeclesiœ Cliristintiic 
cl cathulicœ, aposlolieœ et Ilomanœ, itsjue nd 
mortem, omnia intellif/mdo, fid'nvjue, elpie- 
tntcm, et mores, et studia nien dirigendo juxtn 
eJHs (issociiitionis eonslitulionis a M . Jonnne 
llerbetio pcr graliam Dei ivntlulure prœscri- 
ptds, et a summo ponlifice probnlns aut per- 
mifsas. A tua ergo imtnensa bonitale et de- 
mcntia humililer pelo (opiiinc et clemmtis- 
sime Deus) m( gui milii dedisti hoc sanctum 
desiderium, sic etiam ail id uwlius et io'jtfo- 
rius, inlegrius et protnpHus ndimplendum, 
gratin Spiritus sancli, ubcrior(S inilii bénigne 
largiaris ad majorem , sancttoi cm et clarioreiii 
Di i Patris,et filii, (t Spiritus sancli gloriam, 
et popuii Chrisdani , polissimum association s 
Spiritus Sancli, sanctam institut ionem, incre- 
mentum acdignil'ilem et meampluriniorwngue 
sidiitem. Anien. On peut consulter les Constitu- 
tions de celle congrégation, qui sont sous lo 
litre de Liliri très de Legibus CiUegiurum 
Ordinis Canoiiicorum S. Spiritus, instilu- 
tore Joanne llerbetio. 

iiSPUIT (Chevaliehs diî l'ordue du Saiî(t-), 
en France. 

H<'nri 111, roi de France cl de Pologne, pis- 
s.int par Venise à son retour de Pologne 
]:our venir prendre possession de la cou- 
ronne (!e France, la république de Venise 
lui lit présent de l'original des sta'uls de 
r<irdre i.u Saint-Espnt-au-Droil-Desir, ap- 
pelé aussi du Nipud, dont Louis de 'farenle, 
roi de Jérusalem et deSieile, époux de Jeanne 
I", reine de Naples, avait été l'insiluleur, 
et lui avait donné le nom du Saint-Esi^rit, à 
cause que le jour de la Pentecôte il avait élé 
couronné roi de Jérusalem et de Sicile. C'est 
ce qui (il nnîlie la pensée à Henri lli d'ins'i- 
luer aussi un ordre inilit lire suus le nom du 
Saint-l'lspril, à i au>e que le jour de la Penie- 
côle de l'année lo7.'J il avait été élu roi de Po- 
logne, et qu'il avait succédé au royaume de 
France à pareil jour de l'année suivante 
157'i., après la mortde Charles IX, son frère. 
Le Laboureur, dans ses Additions aux Mé- 
moires de Castelnau, dit que ce prince, ayant 
reçu d(! la république de Venise les staluli 
de l'ordre du SainlLspril au-ltroil Dési' , ius- 



IS7 



DlCTlONNAlUt': DES ORDRES RKLIGII'LX. 



m 



lituc par Louis de Tarciili', rôsolul de s'dp- 
l'iiipriiT rel ordre, comme s'il avail do do 
!-oii iiiveiilion, cl qu'.iprès avoir copié e' 
iiDiiiiiiciilc les slaluts, il donna ordre au 
cli.incclicr de Chivoriiy de les biùlcr ; m lis 
ijuc ce ministre se (il une conscience de laire 
périr un si rare manuscrit, le<)iiel, outre le 
mérite île son sujet et d(! son antiquité, él.iit 
encore fort estwnalile pour les helles rninia- 
lur.'S en »élin où l'on voit ce qui e--t contenu 
en cliaouc rliapitre deces statuts ; (|ue ce li- 
vre eilinl ensuite en paita^e à l'Iiilippc Hu- 
riu(, év((iue de Chartrc-:, fils du sieur de 
(".liiverny, cl qu'il lomlia enlinenlre les mains 
de .M. le président de Maisons. Ainsi, se on 
cet auteur, l'ordre du Sainl-I>;spril de Fiance 
n'est antre cliose que celui de Naples ; ce 
i|ui ne parait pas viaiseinhiabic : car si l'on 
compare les statuts de l'un avec ceux de 
l'autre, il est facile de juger, par la dilîé- 
reiicc (|iii s'y trouve, que ces deux ordres 
ont été faits iudépendanimcnl l'un de l'autre, 
la conronnitc (jui s'y renconlre ne consis- 
tant uiii(iuenient qu'en ce qiic Louis de Ta- 
renle et H. uri jll eurent le même nxilifen 
les inï-litiiani, le prcmiurnc l'ayant l'ail qu'à 
ciuse (|u'il av.iii clé couronné roi de Jéiusa- 
lem cl lie Sicile le jour de la i'enlecote, cl 
((lie Henri III à paicil jour avail été élu roi 
de roIi);.Mie, et qu'il avaiisurcédé au royaume 
de Fr.uice, ce (jui n'était pas une r.iison assez 
forte pour l'obliger à supprimer les statuts 
de l'ordre du Saint-Espril-au-Droit-l>ésir 
afin d'en abolir la mémoire, (|ui d'ailleurs 
se serai conservée par les monuments qui 
sont encore aujourd'hui dans Naples, et par 
le témoignage de plusieurs écrivains. 

(Juoi ()u'il eu soit, ce ne fut ()ue plus de 
quatre ans apu's que Henri lli cul reçu l'o- 
riginal des statuts de l'oidre du Sainl-Lsprit- 
au-I)roit-Uésir ((u'il institua, au mois de 
décembre de l'an lo7S, un onire militaire en 
l'honneur et sous le nom du Saint-Lsprit. 
Son intention ne fut point d'abolir lacitc- 
meiil celui de Sainl-.Michel, comme (|uclques 
auteurs ont avancé, puiscjue, par ses lettres 
patentes pour lin lilutiun de l'ordre du Saint- 
Kspril, il déclare (ju'il veut et entend que 
relui de Sainl-.Michel demeure en sa force et 
viijucur et soil oliservede la même manière 
qu'il l'a clé depuis son institution. Nous 
iivuns misé, dit ce prince, iiirc nuire très- 
lunioi ce diime el ni^re, ô Ini/urlle noim ricon- 
nuissuns uvoir, (iprès Dieu, noire principale el 
entière obliijalion , lei princes de noire sany, 
el aitir s princes el uf/iciers de noire cou- 
ronne, et fegnrurs de norc conseil, étant 
prés de nous , d'éri/cr un ordre niili'aire en 
cellutj iKili e dit roi/uume, onli e celui de l\lon- 
neur saint Michel, hi/ttel nnus voulons el i n- 
leiidons demeurer en sa force el vigueur cl 
être olisi-rré tout ainsi r/u'il a clé pralii/uc de- 
puis sa première inftiinlion jusr/ucs à présent. 
l'.t 1 aji>u!c cn>uil(; : l.e/uel ordre nous créons 
cl itlsiiiunns en riioiineur et sous le nom el li- 
tre du bnitit Sainl-li>pril, pur l'inspiration 
duffufl, comme il a plu à iJ.eu ci-devant dt- 
ri'/(r nos meilleures et plus hearcu.-es actions, 
nous le supplions aussi (/u'i! j tins fasse la 



i/rilie que now voyions liientôl lous ras su- 
jets réunis en la foi el religion cahniique et 
vivre d l'avenir en bonne amitié cl concorde 
les ttns avec les aufr s, sous l'oliservation en- 
tière de nos lois tl l'ohéissanc de nous et de 
nos successeurs roii, à son lioi nnir el gloire, 
à la louange des lions el confusion des mau- 
vais, qui esl le but auquel iende:il nos pensées 
et actions, comme au comble de notre plus 
grand heur et félicité. 

(>elle prière el les désirs de ce prince té- 
moignent assez quelle élai! sa piété, cl (|u'il 
n'y a rien eu que de saint dans l'instilu ion 
de son ordre, ce qu'il a\ ail plus cxpressé- 
menl déclaré un peu auparavant d.ms ses 
mcnics lettres palcnles. où il dit encore 
qu'ayant adressé ses v(i>ux et mis louie sa 
conliaiice dans la bonté de Dieu, dont il re- 
connaît avoir el tenir tout le bonheur de 
celle vie, il est raisonnable qu'il s'en res- 
souvienne, qu'il s'efTorce de lui en rendre 
des grâces iminorlelles, cl qu'il témoigne ei 
toute l.i postérité les grands bienfaits qu'il 
en a reçus, particulièrement en ce qu'au 
niiiieu de lant de dilTérentes opinions au 
sujet de la religion, (|ui avaient partagé la 
France, il l'a conservée en la connaissance 
de son saint nom dans la profession d'une- 
seule foi calboliquc et en l'union d'une seule 
Kglise, apostolique, et romaine. De ce qu'il 
lui a plu par l'inspiration du Sainl-Ksprit W. 
j'Uir de la Penlecôlo, réunir tous les cœurs 
c. les voloislés de la noblesse polonaise, c! 
porter tous les lîlats de ce royaume Cl du 
duché de Li liuanie à l'é ire pour roi, el de- 
puis à pareil jour l'appeler au gouvernemcnl 
du royaume <lc France; au mo\cn de quoi, 
ajoute-l-il, tant pour conserver la mémoiredu 
toutes ces choses que |)Our fortifier et main- 
tenir ilavaotage la foi el la religion calboli- 
quc, cl |)0ur décorer et honorer de plus en 
plus la noblesse de sou royaume, il institue 
l'ordre militaire du Sa!nl-lîs[iril. 

Des expressions si pieuses ne sonl que 
trop suffisantes pour faire voir les bonnes 
inteiilions de c^' prince. Cependant, comme il 
y a ••erlains caractères d'esprit qui ne peu- 
vent s'cmpècher de donner un mauvais sens 
aux actions les plus saintes el les plus jus- 
tes, I institution de l'ordre du Saint-Esprit 
n'a pas ir.anqué d'interprétations anlanl in- 
justes que cliiméii(iues, puisqu'on l'a pluli')l 
ailnbuée à des mystères d'amouretics que 
de reli;;ion. Le vert naiss ni, dil le Labou- 
reur, /cjum/ei/o/c', hbleuet Ichianc, élaicnttcs 
couleurs de la maîtresse d'Henri III : les dou- 
bles MM qu'il fil mettre au collier de l'ordre 
ilésiijnaiciil son nom, el Irs itcux lettres grec- 
ques qu'on appelle lilta entrelacées ensemble, 
i/iii dans la rencontre du cercle formaient un 
phi grec pour signifier fidrlla, devaient ser- 
vir d'assurance dt celte fidélité qu'il lui ara l 
jurée, el qu'il ne continua pas longtemps. Les 
Il qui furent ajoutées aur chiffres des double» 
MM, miirquaiiul le nom du roi, el les fleurs 
de lis dans les flammes rcpréseniaienl le feu 
de son amour. Ce <|ui est donner ainsi une 
mauvai.->o interprétation aux intenli<uis de eu 
[iiincc. .\ la vente il ne s'est puinl expliqua 



IK9 



ESP 



ESP 



VJO 



sur la signilicalion des cliilïrcs qu'il fil mot- 
lie au collier ; mais ne peul-on pas croire 
qtie les d(5ul>les delta entrelacés ensemble 
qui, par la rencontre du centre, comme dit 
le Laboureur, formaient un phi grec pour 
signifier pdeitu, marquaient la fidélité que 
les sujets doivent à iiur prince? Les doubles 
lambda, qui, selon Favin, désignaient le nom 
de la reine, qui s'appelait Louise, ne pou- 
vaient-ils pas plutôt signifier la loyaulé et 
riiommage que les cbevaliers doivent à leur 
souverain? Les doubles MM, la magnanimilé, 
qui est la vertu des héros dont un chevalier 
doit faire profession? El les flammes, ces 
lani;ues de feu sous la figure desquelles le 
Sainl-Espril descendit sur les apôtres dans 
le saint cénacle le jour de la Pentecôte? Ce 
qui semble une inlerprélalion beaucoup plus 
naturelle (lue celle des mystères d'amouret- 
tes, et qui est entièremenl conforme aux 
termes de ces lettres patentes, par lesquelles 
les chevaliers sont excités à demeurer fer- 
mes dans la religion catholique, dans l'a- 
mour de Dieu, dans la fidélité à leur roi et 
dans la pratique de toutes les vertus, dont 
les lettres et les flammes qui composaient le 
colliir (le l'ordre étaient le symbole. 

il se irouve plusieurs exeinplaii es des sta- 
tuts de cet ordre, diiîérenls li's uns des au- 
tres, et qui ont été tous siii\is chacun dans 
leur temps. Les derniers qui ont été impri- 
înés en 1703 et qui sont les plus corrects, 
conlienni ni (]ualre-vingl-qu nze articles, qui 
porleui , ei)lie autres those.s, qu'il y aura 
dans cet ordre un snuverain chef et grand 
maître qin aura toute autorité sur tous les 
confrères, commandeurs et officiers, et à qui 
seul il .-ippariiendra de recevoir ceux qui en- 
treront dans cet ordre. Henri III s'en déclara 
chef et souverain grand maî're, et unit la 
grande maîtrise à la couronne de France, 
sans qu'elle puisse en être séparée. Les rois 
S(•ssucce^seurs ne peuvent disposer en façon 
quelconque de cet ordre, des deniers qui y 
sont alïoclé-, ni ilis|i0Sfr d'aucune commcn- 
ile, quoiqu'elle soi! vacante, qu'après avoir 
été saires et couronnés; et le jour de leur 
sacre et couronnemenl, ils iloivent être re- 
quis par l'archevêque de Reims, ou celui qui 
lait la cérémonie du sacre, eu présence des 
douze pairs ( t officiers de la couronne, de 
jurer l'observation des statuts de l'ordre, se- 
lon la forme prescrite par les mêmes sta- 
tuts, ce qu'ils sont tenus de faire sans en 
pouvoir être dispensés pour quelque cause 
que ce soit; cl le lendemain du sacre, le roi 
reçoit l'habit cl le collier de l'ordre par les 
mains de celui qui le sacre, en présence des 
(MCil naux, prélats, commandeurs et ofiiciers 
de l'ordre. C'est pourquoi Henri III ordonna 
c.ue la lorme du serment serait insérée et 
tryuscrile au livre du sacre, avec les autres 
serments que les rois sont tenus de laire 
avant que d'étie couionnés ; et comme ce 
pri;ice avait déjà été sacré et couronné, il se 
réserva la liberté de prêter serment enire les 
i:i;iins de l'archevêque de Ueims ou d'un au- 
tre évéïjue qu'il lui plairait en la première 
assemblée de l'ordre du'il liendrail. 



Des mémoires portent que colle assem- 
plée se Uni pour la première fois le dernier 
décembre de l'an 1578, dans l'église des Au- 
gustins de Paris. Sa Majesté s'y rendit sur 
les deux heures, tous les évêques et abbés 
qui avaient été mandés s'y trouvèrent, et pa- 
reillement les princes et seigneurs qui de- 
vaient être reçus dans l'ordre, tous revêtus 
de chausses et pourpoints de toile d'argent 
sous leurs habits ordinaires. Dans le chœur 
de l'église, à main droite, on avait dressé un 
Irône pour le roi, couvert de drai) d'or et 
d'arijenl, semé de fleurs de lis, avec un dais 
au-dessus de pareille étoffe; au bas du trône 
il y aval! des bancs pour les officiers, en la 
manière que l'on avait accoulumé d'obser- 
ver aux térémonies des fêtes de l'ordre de 
Saint-Michel. A l'entrée du chœur, à main gau- 
che de Sa Majesié, étaient placés les prin- 
ces et seifjneurs qui devaient être faits che- 
valiers, selon leur rang; et il y avait d'autres 
bancs pour les ambassadeurs et les sei- 
gneurs de la cour. Après ((ue les vêpres eu- 
ronl été chantées par la musi(iue du roi, ce 
prince se leva, descendit de son trône, et, ac- 
compagné des olficiers de l'ordre, alla de- 
vant le grand autel, où s'étanl mis à genoux, 
le grand aumônier, assisté de cinq évêques 
et alibés en habiis pontifie aux, l'un lenanl la 
vraie croix, et un autre le livre des Evangi- 
les, présentèrent à ï^a Majesté son vœu et 
serment de chef et grand maître souverain 
de l'ordre du Saint-Esprit, qu'il prononça 
en cette manièie : Nous Henri, par la grâce 
de Dieu roi de France et de Pologne, jurons 
el voiiuns suleinm lleihent en vos viains à Dieu 
le Créateur, de vivre et mourir en la sainte 
foy el religion cafholigue opostoliqne et ?o- 
ini>te,ci)tmne à un roi Ires clinstten appar- 
limt, et plustost mourir que d'y faillir : de 
maintenir à jamais l'ordre da Saint-Esprit, 
fondé et institué par notis, sans jamais le luis- 
ser declieoir, amoindrir, ne diininutr, tant 
nu' il sera en nustre pouvoir: observer Us sla-~ 
luis et ordonnances dudit ordre, entièrement 
selon leur forme et teneur, el les faire exac- 
tement observer pur tous ceux qui sont et se- 
ront cy-aprés receus audit ordre, et pur exprés 
ne contrevenir jamais ni dispenser, ou essayer 
de chanqer, ou innover les statuts irrévoca- 
bles d'iceluy. Sçavoir est le statut parlant de 
l'union de la grande-maistrise à la couronne 
de France : celuy contenant le nombre des car- 
dinaux , prélats , commandeurs et ofjiciers : 
celuy de ne pouvoir transférer lu provision 
des commandes , en tout ou en partie, à au- 
cun autre sous couleur d'appaniije ou con- 
cess on, qui puisse estre. Item celiiy par le- 
quel nous nous obligeons en lanl qu'à nous est, 
de ne pouvoir dispenser jamais les comman^ 
deurs et ofjiciers receas en l'ordre, de com- 
munier el lecevoir le précieux corps de jVos- 
Ire-Seigneur Jesus-Christ, aux jours ordon- 
nez, qui sont le premier jour de l'an, et le 
j.iur de la Penlecosie. Comme semblablemenl 
celmj pur lequel il est dit , que nous et tous 
coinmandeurs el ifficiers ne pourront estre au- 
ires que caliioliques el gentilshommes de trois 
races paleriielles, ceux qui le doivent estre. 



1M mCTIONNAinC DESOKimES ril'LIGIEUX. lilj 

Jtcm C'Iuy par le.jui-l nnHx ostunx lont pou- comme souverain de l'ordre des commamleur.'t 
voir d'emidoyer aillfurs les denien u/fecliz du Saint-Kspril, duquel il vous plai( prc- 
nii revenu el enirelrneiniiit dcsdiis comiiiau- ienleinent m honorer : qarderuy et ohservrrny 
deurs et of/iciirs, pour quelque lause et occa- lestoix. statuts cl ordoiiiianres dudit ordre, 
tion que ce soii, ni admettre nudit ordre nu- sans en rien contrevenir: en porlerny Us 
cuns etranqers, s'ils ne sont naturalisez et re- marques, et en diray tous les jours te service, 
'jnicoles ; et pareillement celaq auquel est con- autant qu'un homme ccclcsiastique de ma qua- 
lenti la forme des vœujc, et l'obliqation de por- lite peut el doit faire : que je comi>aroiiri:y 
1er toujours la croix aux habits ordinaires, personnellement aux jours des silemnitez, s'il 
avec cille d'or au cou, pendante A un ruban « // a empescherrent legiiime q.tim'm qnrde ; 
de soye couleur bit ui' céleste, el l'hahit aux comme je donneraq aris à Y astre Majesté', et 
jours destinez. Ainsi le jurons, ro'dons, el ino- ne reveleraq jamais chose qui soit traitée ni 
mettons sur 'a sainte vraye croix, et les saints conduit a ix chapilns d'iceluy : que je ferny , 
Evantjilcs touchez. \.c roi, .-ipiùs avoir |iro- conseilleray, el procureray tout ce qui win 
nonci^ fc viL'u, cl l'nvoir siiiiic do sa miiiii, semblera en ma conscience r.ppartrnir à la ma- 
ful revi'iu du riiaiiicati , ijui lui fui donne iiutenlion, grandeur et auqmenlation dudil 
par celui qui siTvail de premier tieiililliomuic ordre , prieray toujours Dieu pour le salut, 
de sa rliarnlire, et le uratul aumoiiier lui mil tant de V ostre Majesté que des commandeurs et 
le ctillicr au cou, cl rcciia quelques prières, supports d'iceluy, vivans et trépassez. Ainsi 
après lesquelles le roi se leva cl dfscendit Dnu me soit en aide et ses saints Hravgiles. 
un peu plus lias où élail un sioRc, sur lequel Ouant aux aulies clievaliers et commaii- 
il s'assii. Le tliam elier de Cliiveruy se pré- (leurs, nul ne peut èlrc admis dans l'onlrc , 
scnla devant Sa Majesté pour cire fait tlie- s'il ne fail profession do la religion calholi- 
valicr de ccl ordre; il se lail à genouv cl que, apostoli(]ue et romaine, s'il n'est !;ciiMI- 
ajaiil les mains sur les saints Mvaniii es, il homme de nom cl d'armes de Irois rares p.i- 
•ii le scrmcnl, cl après avuir clcre\èludu lernclics pour le moins, et n'ait iwiur le re- 
grand manteau, le roi lui mil au cou le collier, j;ard des princes vingt-cinq ans accomplis, 
et ainsi des autres ofliciers el des cardinaux ; cl trenic-cinq pour les aulris. D'.Miord il 
le cli.inceli' r de ('.liivernv reçut aussi les suflisait ((uc lous les chevaliers eussi'nt vinat 
sceaux di' l'ordre, qui lui furent donnés par ans, cl c'est un des cliaigcnicnls qui ont élc 
Sa Majesté. Les olficiers étant créés, le pré- faits aux slaluls. Le roi, ayant fail choix des 
*6t m.'îlre des céién.onics, le héraut el sujets qu'il veut honorer de ccl ordre, les 
l'huissier, allèrent (juerir le plus ancien des propose dans le chapitre ans prélats, com- 
princcs et seigneurs qui devaient élrt; faits maudeurs cl ofliciers, afin ()ue chacun donne 
chevaliers, et après qu'il eut reçu l'ordre, is son avis sur leur recrption, el dise en con- 
allèrcnt prendre les autres de mômi; à leur science à Sa Majesté les raisons qui pour- 
rang. Il y eut d.ins cette pi emièrc promotion raient cm[)ècher (]ue quelqu'un des prélen- 
vingl-huil clie\aliers de rcrus. danls ne fut reçu. S'ils sont trouvés diijncs 
Les rois de France su<-(csspurs d'Henri III d'entrer dans l'ordre, on les fail avertir qu'ils 
ont l'ait après leur sacre le même serinent quii siml reçus, cl on leur envoie les commis- 
'■eprincelit lorsqu'il reçutleprcmierlecollier sions nécessaires, luit pour faire faire les 
de l'ordre qu'il avait iiisliluè, ou <'i peu près preuves de leur religion, de leur vie cl do 
semhlahle, et ont tâchede donner un nouveau leurs mœurs, que de leur noblesse cl extrac- 
lustrc à cet oïdie, dans lequel il doit y avoir lion ; et les procès-vcrhaux en ayant élc 
quatre cardinaux cl quatre archevêque» , remis entre les mains du chancelier, ils 
l'véquis ou prélats, outre le grand au-i.ônicr doivent faire faire à leurs dépens les hahits 
de rr.mce, (]ui est cummaudeur de cet ordre de l'ordre, sans être obligés d'eu emprunter 
aus>ilôl qu'il est puuivu de lacliaige de pour assisli-r aux céréiiioiiies. Le dernier 
grand anumnier, sans être oblige de (aire jour de décembre est marqué dans les sta- 
preu»es de noblesse comme les autres. Tous uits pour donner l'habit et le collier de l'or- 
ccs prel.ils purleul la croix pendante à leur dre, et la cérémonie s'en doit faire après vê- 
«ou, avec un ruban bleu. Ils sont obliges |;res dans l'église des Augusliiis de Paris, 
d'assister aux fi'tes el cérémonies de l'ordre, lorsque le ri i est ilans celle ville. Aiiciiii 
les cardinaux avec leurs grandes chapes rou- elnvalier commandeur n'est admis à l'ordre 
ges, cl les é\éqiies et prélats velus de sou- du Sainl-I'!sprit, qu'il ne soit aussi chevalier 
l.inrs de couleur violetie, avec un mantelil de celui de saint Michel : c'est pourquoi, l;i 
de même couleur, un rochet et un camail, et veille qu'il doit recevoir l'habit et le l'ollier 
sur le manlelel il y a aussi une croix de jn Sainl-lCsprit, il est fait chevalier de l'or- 
1 ordre en broderie. Au jour (jue l'o fice se die de Sainl-Mirhel. Il se ni' t à genoux dc- 
f.iit pour les chevaliers decéiles, les cardi- v..nt le roi, qui le fiapjje légèrement sur hs 
naux porleiil les ih.ipcs violettes, «l les pré- épaules avec une cpéc nue, en lui disant : De 
lais sont velus de noir. Chacun de ces carUi- p ,,• .uiint (îeorqrs et de jiur .•■aint Michel je 
naux et prélats est obligé, le jour de sa re- vous fiis chevalier. Le lendemain il se Irouvn 
ception, de faire ciilrc les mains du roi ce à l'église avec les antres chevaliers, ayant 
nTii\eu\: Je jure à Dieu el mus promets. Su e, rh.ibil de novice, qui est un habit blanc de 
qu je vous srray luyal et fidèle toute ma vie, lojle d'argent, avi-c la cape cl la loque noi- 
toii.i rcconnoilray, honoreray ei serviray , re ' H. Il se met encore à genoux devant lo 

(I) Voy., à |j tiii du vul., Il" jt'. 



10" 



ESP 



toi, à qui le cliancelier présente le livre îles 
livangiles, sur lesquels le novice tenant les 
mains fait son v eu et serment en celle ma- 
nière : Je jure et roue à Dieu en ta face de son 
Hglise, et vous promets. Sire, sur ma foi et 
honneur, que Je vivrai et mourrai en li foi 
cl riiigion t-alliolique, sans jamnis m'en dépar- 
tir, ni de l'union de notre mère sainte lùjlise 
(ipostolii/ite et romaine : que je vous porterai 
entière et parfaite obéissance, sans jamais y 
mnnijuer, comme an bon et loyal siij."'. doit 
faire: je tjarderai, deffendi ai et soutiendrai 
de tout mon pouvoir l honneur, les querelles, 
cl droits de Votre Majesté royale, envers et 
contre tous : (jit'en temps de guerre je me ren- 
drai à votre suite enréijuipa/e tel qu'il appar- 
tient à personne de ma qualité, et <n paix, 
quand il se présentera quelque occasion d'im- 
portance, Coûtes et quantes fois qu'il vous plai- 
ra me mander pour vous servir contre quelque 
personne qui puisse vivre et mourir, sans nul 
excepter, et cejusqaà la mort: qu'en telles 
occasions je n'abnulonnerai jamais votre per- 
sonne, ou le lieu oà vous m' aurez ordonné de ser- 
vir, sans votre exprés congé et commandement, 
signé de votre propre main, ou de celui auprès 
duquel vous m'aurez ordonné d'estre , sinon 
quand je lui aurai fait apparoir d'une juste et 
légitime occasion: que je ne sortirai jamais de 
votre royaume spécialement pour aller 'lu sei- 
vicc d'aucun prince étranger sons votre dit 
commandement, et ne piendrai pension, ga- 
ges, ou estât d'autre roi, prince, ou potentat 
et seigneur que ce soit, ni m'oblige ai au ser- 
vice d'autre personne vivante que de Votre 
Majesté seule, sans votre expresse per.nission : 
queje vous révélerai fidellemenl tout ce que je 
saurai ci-aprés importer à votre service, à l'é- 
tal et conservation du présent ordre du Saint- 
Esprit, duquel il vous plail m'Iionorer, et ne 
consentirai ni permettrai jamais, en tant qu'à 
moi sera, t/u'il soit rien innové ou attenté con- 
tre le service de Dieu, vi contre votre autorité 
royale, et au préjudice dudit ordre, lequet je 
mettrai peine d'entretenir et augmenter de tout 
mon pouvoir. Je garderai el observerai très 
religieusement tous les statuts et ordonnances 
d'iceliii : je porterai à jamais la croix cousue : 
et celle d'or au rott, comme il m'est ordonné 
par lesdils statuts ; et me trouverai à toutes 
les assemblées des chapitres généraux, toutes 
les fois qu'il vous plaira me le commander . ou 
bien vous jerai présenter mes excuses, les /iiel- 
les je ne tiendrai pour bonnes , si elles ne 
sont approuvées et autorisées de Vostre Ma- 
jesté, avec l'avis de la plus gronde part des 
commandeurs qui seront jjrés d'elle, signé de 
votre main, et scellé du scel de l'ordre, dont je 
serai tenu de retirer acte. 

Après que le chevalier a prononcé ce vœu 
et serment, le prévôt et maître des lércnio- 
nies présente au roi le manlelet de l'ordre, 
qui en le donnant au chevalier lui dit : L'or- 
dre vous revêt et couvre du mant,au de son 
amiable compagnie et union fraternelle , à 
l'exaltation de notre foi et religion catholique: 
au nom du Père, du Fils, et duSaint-Espril. Le 
grai d li'ésorier présente ensuite à Sa Majes- 
té le collier, (juVlle iiiel au cou du chevalier, 



ESP |î>!', 

en lui disant : Recevez de notre main le coi- 
lier de notre ordre du benoist Saint-f'Jsprii, 
auquel nous, comme souverain grand mniirc, 
vous recevons, et ayez en perpétuelle souve- 
nance la mort et passioii de Notre-Seiqneur 
et Rédempteur Jésus-Christ. En signe de quoi 
nous vous ordonnons de porter û jamais cousue 
en Vos habiss extérieurs la croix d'icelni,et la 
croix d'or au cou, avec un ruban de couleur 
bleue céleste, et Dieu vous fasse la grâce de ne 
conire venir jamais aux vauix et serment que 
vous Venez de faire, lesquels ayez perpétuelle- 
ment en votre cœur, éiani certain que si voiis 
y conlrev 'nez en aucune sorte, vous serez pri' 
vé de cette compagnie, et encourrez les peines 
portées par les Ualuts de l'ordre. Au nom du 
Père, du Fils, el du Saint-Esprii. A ((uoi le 
chevalier répond : Sire, Dieu m'en donne la 
grâce, el plutôt la mort que jamais y faillir , 
remerciant 1res humblement Vostre Majesté de 
l'honneur et bien qu'il vous a plu me faire ; el 
en achevant il liaisc la main du roi. 

G imme j)nr le serment il est expres-.émeiit 
porlé que le> chevaliers commandeurs ne 
s'ohligeronl au service d'aucun prinrc étran- 
{,'er, ce qui ne pouvait élre ohservé par ceux 
qui n'étaient pas sujets du roi de France , 
c'est ce qui lit qu'Henri lli déclara par lo 
37° article des statuts qu'aucun étranger, 
s'il n'était regnicole et naturalisé flans lo 
royaume, ne pourrait être reçu dans l'or^lre, 
ni pareillement les Français qui auraieni 
déjà quelque autre ordre, excepté celui do 
Sainl-Mictiel. il execpla aussi les cardinaux , 
archevêques et évoques, et pareillement tou-s 
ses sujets (]ui avec sa permission, ou des 
rois ses prédécesseurs, auraient élé ou pour-i 
raient être dans la suite reçus aux ordres de 
la Toison d'Or el de la Jarretière. 

Mais Henri IV, considérant comliicn il 
était avantageux pour la réputation de 
l'ordre du Saint-Iîspril el pour le bien du 
ro)aume de î'ranee, que les rois , les princes 
souverains cl les seiyneurs étrangers, non 
regnicoles , fussent agrégés à cet ordre , 
ordonna, par une déclaration du dernier dé- 
cembre 1607, dans l'assemblée générale de 
l'ordre qui se tint à Paris, que les rois, les 
princes souverains et les seigneurs étrangers 
non regnicoles, étant de la qualité ])rescrilfl 
par les statuts , pourraient élre à l'aveniv- 
clievaliers de cet ordre; qu'à cet effet ou 
enverrait un commandeur et chevalier vers 
le roi ou prince souverain qui serait élu et 
associé à l'ordre, pour lui donner le collier 
et la croix et le revêtir du manteau en la 
niauière qui serait prescrite par les mé- 
moires el instruclious qui lui seraient don- 
nes; (]ue le roi ou prince souverain ayant 
accepte l'ordre, serait tenu d'en remercier le 
souverain et grand maitre par une persoMno 
qu'il enverrait exprès dans l'année ie sa ré- 
ception, et qu'à l'égard des seigneurs étran- 
gers non souverains, ils seraient obligés de 
venir trouver eu personne Sa Majesté dans 
r.innée de leur élection pour recevoir de sa 
main le collier el la croix de l'ordre el prêter 
lo serment ordonné par les staluls, à moins 
qu'ils n'en lussent dispensés. L'an 1G08, ce 



191 



prince fil chevaliers de l'onlrc du Saiiii-Kspril 
(Ion Jcan-Anloinc Drsin , duc de Sanso-(îc- 
iniui, prince de Scandn^lia i-Uojile d'Krcoii". 
ol don Alexandre Sforze-Conli. duc de Segni. 
prince de Valnuinlaiie. Louis XIV a honoré 
de cet ordi-e plusieurs seigneurs rspa^nols 
ol il.ilirns; il rcnv()>a aussi en l()7(i à Jean 
Sotiii'ski, roi de l'olôgne, cl depuis aux «Unix 
princes Alexandre cl Conslanlin , ses fils 

Pour cnrelenir cri ordre cl donner nio\cn 
aux cardin:iux, prélals et ronirnaiulcurs de 
se mainlenir honorablcincnt selon leur c al. 
Henri 111 vuulul qu'il y eùl un fonds de six 
vingl mille ecus pour être partagés el payés 
tous les ans en plein chapitre, selon l'clal 
qu'il en ferait. II voulut aussi (lUc cet ordre 
ne fût compose que de <ent personnes outre 
le souverain, auquil nombre seraient com- 
])ris les quatre cardinaux el les cinq prélals, 
le chancelier, le prévôt maître des cérémo- 
nies , le grand trésorier el le ;:reilier, sans 
que ce I, ombre put être auumenle , ni qu'à 
la mort du (juclques-uns drs |piélals ou 
tifliciers l'on pût rem; lir leurs places que 
par d'autres de li même qualité. Outre c. s 
quatre officiers, qui sont ciicvalier.s ou com- 
mandeurs, el qui porUiil la croix cousue sur 
leurs habits el une autre d'or attachée à un 
ruban bleu connue les autres thevaliors, il 
y en a encore quatre autres, qui sont un 
intendant, un génealogi>te, un héraut el un 
liuissior , qui perlent seulement la croit 
attachée à un ruban bleu à la boutonnière 
(le leur justaucorps. Ces olûccs d intendant, 
de héraut el d'huissier sont du temps de 
l'institution de l'ordre, et il eu est fait men- 
tion dans les statuts; mais l'oflice de généa- 
logiste pour dresser toutes les preuves et les 
généalogies des chevaliers fut créé l'an loJa. 
(jlairambaul, qui fui pour\ u de cette charge, 
a fait un recueil de plus de cent cinqu.mte 
volumes in-folio manuscrits concernant 
l'Histoire de l'ordre el les généalogies de 
tous les chevaliers , depuis leur inslilulion 
jusqu'à présent, cl plusieurs autres volumes 
concernant les autres ordres militaires. 

Outre ces olliciers, il y a les trésoriers el 
contrôleurs généraux du marc d'or, ciéés à 
l'instar du héraut; ils en portent la croix el 
jouissent des mêmes privilèges. Le droit du 
iuarc d'or est uno espèce il hommage cl de 
reconnaiss.incc que les oflii icrs du royaume 
rendent au roi lorsqu'ils sont pourvus de 
leurs offices. Henri 111 fut le premier qui , 
par une déclaration du 7 décembre lo82, 
urdunna que les deniers (|ui proviendraicnl 
de ce droit seraient affectes cl hypothéqués 
au payemenl des frais de l'ordre, auquel, par 
une autre déclaration du 7 décembre de 
l'année précédente , il avait encore accorde 
le cinquièuii' des dons el aubaines , ronlisci- 
lions, amendes, lots el ventes, rachats el 
autres droils sciuneuriaux. Ce prince avait 
ulTi'Clé ces deniers à l'oidie pour remplir en 
partie les six vingl niilli' écus par an qu'il 
lui avait assignes (l'abord. Les trésoriers des 
p.irii. » casuellcs mettaient entre les mains 
ilu griind trésorier de l'ordre ce qui pouvait 
retenir do linquièmc des dous cl aubain'S, 



niC.TlDNNMRE DES OIIDRES HLLIGIEUS. 196 

amende:! el autres droits seigneuriaux, et le 
commis du même trésorier de l'ordre fut 
chargé de la n celle du droit du mare d'or. 
Mais i.oiiis Xlll . l'an 1028. créa trois rece- 
veurs généraux du marc d'or, qui devaient 
jouir des mêmes honneur- , prééminences , 
privilèges, franchi es vl imiiiunit s, que le 
héraut ell'huissier de l'ordre du Saint-Esprit. 
Ce prince, par un arrêt du conseil du mois 
d'octobre de la même année, augmenta en 
faveur de l'ordre le droit du marc d'or, cl 
ordonna que tous ceux qui obtiendraient 
des dons de Sa Majesté à l'avenir, seraient 
tenus d'en payer le dixirmi' denier entre les 
mains des receveurs du marc d'or. Par une 
déclaralion du 't décembre IG3'(, il ordonna 
que, sur la recette du marc d'or, les cardinaux, 
prélals, chevaLcrs et officiers de l'ordre se- 
raient payés de la somme de trois mille li\res 
de |iension par chacun an sur leurs simples 
quittances a la fin de l'année, nonobstant 
«lue, par le 38* article des statuts , il fût dit 
«lu ils devaient é;re payés tous les ans en 
plein cha[iitre, auqii.l article Sa Majt-slc 
dérogeait, allendu que les chapitres ne se 
tenaient p,is régulièrement sur la lin du mois 
de décembre, comme il est porté par le 17' 
article desdils sialuis, el imuie (lu'il ne s'en 
éiail point tenu depuis plusieurs années tn.l 
sous le rr'giie d'Henri 1\ , son préilécesseur, 
que sous le sien, sinon pour les promotions 
qu'on avait faites pour remplir les places 
des chevaliers décédés. Louis XH' augmenta 
du double le droit du marc d'or l'an îOoii, et 
le céda pour toujours et à i^erpétiirlè à 
l'ordre du Saint-Ksprit pour lui tenir lieu du 
fonds qui lui avait été | romis dès le temps de 
sa fondation. Il supprima les offices de rece- 
veurs générau'c du marc d'or, permit à 
l'ordre d'établir pour la recette de ce dioit 
tels receveurs , contrôleurs el officiers qu'il 
jugerait à propos, et ordonna que le même 
ordre loucherait par an, sur la recette de ta 



généralité de Paris, \ingi mi. le livres, pour 
les inlérêls de deux cent mille livres d'une 
part qu'il avait prêtées à Sa Majesté, et deux 
cen; mille livres d'autre qu'il avait fournies 
à Louis Xlll pour les besoins de l'Klat. Par 
un autre édil do la même année, le roi. sui- 
vant ce qui avait été résolu au chapitre lenu 
au Louvre, ordonna l'aliénation de la moitié 
du droit du marc d'or, avec faculté à l'ordre 
de racheter celle moitié aliénée en rend mt 
le jirix de l'aliénalion, el qu'après le rachat 
elle demeurerait réunie à l'ordre sans m 
pouvoir être démembrée ni employée ailb urs 
qu'a renlrelien de l'ordre; cl par le même 
édil Sa Majesté créa deux trésoriers généraux 
el deux contrôleurs généraux du marc d'or, 
auxquels il accorda les mêmes honneurs , 
privilèges, franchises el immuiiil-s, dont 
Joui^sail le héraut, et jusqu'à présent ils ont 
été maintenus dans leurs droits par plu-ieurs 
arrêts du conseil. Ils prêtent serment entre 
les mains du chancelier de l'ordre et rendent 
compte au grand trésorier. 

Quant aux privilèges dont jouissent les 
cardinaux, prélats, chevaliers cl ofliciers de 
cet or.lre, Henri 111, p,ir les statuts . les 



I')7 



rsp 



ESP 



lO-S 



cxcinpla lie coniribuci- un b.in el arrière-ban 
(lu royaume, de payer aucun rachat, lot, 
veiUe, quint et requini, tant îles (erres qu'ils 
vendraient que de celles qu'ils pourraient 
acheter, et voulut qu'ils eussent leurs causes 
commises aux requêtes du palais à Paris; et, 
I)ar un édit du mois de décembre 1580, il 
ordonna qu'ils seraient francs et exempts de 
tous emprunts, s ubsiiles,i m pcisit ions, p6;igi's, 
travers, passages, fortifications, f,'ar(jes il 
giiels de villes, cliâleanx et iorleresscs : ce 
iiui a été confirmé dans la suile par les décla- 
rations d Henri IV l'an lo9!), et de Louis XIV 
l'an IGoS, en vertu desquelles les chevaliers 
ont été maintenus el conservés dans les 
mêmes privilèges, dont leurs veuves jouis- 
sent pareillement. Un des privilèges dont les 
prélats, chevaliers el commandeurs jouissent 
aussi , est d'avoir l'honneur de manger avec 
le roi à la même table aux jours de cérémo- 
nies de l'ordre. Henri m, par l'arlicle 7V' 
des statuts, avait ordonné (lUe ces jours-là le 
prévôt, le grand trésorier el le grellier dîni;- 
raienl à une lalile à part; mais Henri 1\', 
considérant que ces trois officiers sont aussi 
chevaliers et qu'ils ont les mêmes marques 
d'honneur que les autres, ordonna l'an lliO.J 
<]u"ils mangeraient aussi à sa table et se- 
raient assis immédiatement après le chance- 
lier, ce qui fut exccuié à toutes les promo- 
tions; mais à celle qui se fit l'an ttitil il y 
eut de la conteslalioii sur ce sujet. Les che- 
valiers se plaignirent au roi de ce que les 
officiers prétendaient mangera sa tabie con- 
tre les slaluls, qui le défindcnt et qui ordon- 
nent qu'ils mangeront en un lieu à part avec 
le héraut et l'huissier. Les olficiers en de- 
meuraient d'accord , mais ils prétendaient 
m inger à la table du roi en consé (uence de 
la déclaration d'Henri IV. Le roi ordonna 
qu'avant la prochaine eérémonie les olficiers 
lui représenteraient l'original de la décl ira- 
tion d'Henri lV,fuule de quoi il voulait que le 
statut lût observé. El cet original n'ayant pu 
être représenté, il n'y eut que le chancelier 
qui dîna à la table du roi avec les chevaliers. 
Henri 111 ne se contenta pas de distinguer 
ainsi par ces marques d'honneur et ces pri- 
vilèges les chevaliers de l'ordre du Saint- 
Esprit, il voulut aussi qu'ils se dislinguas- 
.sent par la piété. C'est pourquoi il les exiiorta 
d'assister tous les jours à la messe et les 
jours de fête à la célébration de l'oflicc 
divin. 11 les obligea à dire chaque jour un 
chapelet d'un dixain, qu'ils doivent porter 
sur eux ; l'office du Saint-Esprit avec les 
hymnes et oraisons comme il est marcjnè 
dans le livre qu'on leur donne à leur récep- 
libn , ou bien les sept psaumes de la péni- 
tencej avec les oraisons qui sont dans le 
même livre; el, n'y satisfaisant pas, de don- 
ner une aumône aux pauvres. Il leur or- 
donna de plus de se confesser au moins deux 
fois l'an et de recevoir le précieux corps de 
Noire-Seigneur Jésus-Christ le premier jour 
Ile janvier et à la fête de l,i Pentecôte, vou- 
lant que les jours qu'ils commuiiicraienl, en 



quelque lieu qu'ils se trouvassent, ils por- 
tassent le collier de l'ordre pendant la uiessc 
et la communion : ce qu'ils doivent faire 
aussi .lux quairo (êtes annuelles, quand Sa 
Majesté va à la messe, aux processions gé- 
nérales, et .iux actes publics qui se font aux 
églises. 

Celle des Augusiins de Paris fut choisie 
par ce prince pour y célèhrer le premier jour 
di- janvier la tcte de l'ordre, à moins c|ue le 
roi ne soit absent de cette ville. Celle céré- 
monie commence la veille de ce jour-là à 
vêpres, où les cardinaux, prélats, chevaliers 
et ol'liciers de l'ordre doivent accompagner le 
souverain depuis son palais jusqu'à l'église. 
L'huissier niarcho devaiit, le héraut après; 
ensuite le prévôt, ayant à sa droite le grand 
trésorier, et à sa gauche le grellier, et le 
chancelier seul jiprès eux. Puis marchent 
les chevaliers, deux à deux, selon le rang de 
leur réception, el ensuile le souverain et 
grand maître, qui est suivi par les cardinaux 
et prélats de l'ordre. Les chevaliers sont 
vêtus de longs manteaux de velours noir 
semés de llainmes d'or et bordés tout autour 
du collier de l'ordre. Ce manteau es! garni 
d'un mantelcl de toile il'argent verte, entouré 
aussi du collier de l'ordre en broderie. Le 
minle.iu < l le manlelel sont doublés lie salin 
jaune orangé. Les manteaux se portent re- 
troussés du coté gauclie, et l'ouverlnre est 
du côté droit. Sous ces manteaux ils oui des 
chausses et pourpoints de salin blanc, e| 
piur couvrir leur tête une loque de velours 
noir avec une plume blinche (1) ; à l'ég iril 
des officiers, le chancelier est velu comme 
les chevaliers. Le prévôt, le grand trésorier 
et le grelfier ont aussi des manteaux de 
velours noir el le mantelet de toile d'argent 
verte; mais ils sont seulement bordés de 
fiammes et d'une petite frange d'or, et por- 
tent la croix cousue sur leurs manteaux ej 
une autre croix d'or pendue au cou. Le hé- 
raut et l'huissier ont des manteaux de salin 
noir et le mantelet de velours vert. Ils ont 
la croix de l'ordre pendue au cou; mais 
celle de l'huissier est plus petite que celle du 
héraut. 

Le lendemain de leur réception ils vont 
entendre la messe revêtus des mêmes habits, 
el le roi à l'olTerioire ofl're un cierge où il y 
a autant d'écus d'or qu'il a d'années. Après 
la messe les chevaliers accompagnent Sa 
Majesté dans le lieu où il doit dîner et man-< 
gent avec lui. Ils retournent l'après-dînée à 
l'église ])our assister aux vêpres des morls, 
el pour lors ils ont des manteaux elm.inte- 
lets de drap noir, et le roi un manteau violet. 
Le troisième jour ils vont encore à l'église 
pour y assister au service que l'on y f.iil 
pour les chevaliers décédés. A l'ofl'erloire da 
la messe le roi et lesche-valiers offrent cha- 
cun nu cierge d'une livre. Mais on n'a pas 
vu de cérémonie complète depuis l'an 1G62. 
Il se fait tous les ans, le jour de la Purifica- 
tion et le jour de la Pentecôte, une procession 
où le roi assiste avec tous Us prélats el 



(I) Yoij., à la fin du vol., n° 37. 



JH9 DICTION.N.MUF. DHS OnURI-S lU-Lh^lEliX îw 

chevaliers, cl li mosso cstcnsuilr» céléhréo il av;iit donné l,i «Uilaralion donl nous avon<; 

p;ir un prclal il i- l'ordre. Henri III doslitia p.irlé, pour adnicllre les rois, princes cl st-i- 

los oiïrandis «lui se loiit dans les fjiaiulcs ^netirs cir;mî;ers, avait fail ôler, l'an Î597, les 

réreinnnifs pour les religieux dii couvent cliilTrc s qui étaient sur les grands colliers, et 

lies Augustins. et obligea cli.i()iie chevalier, à y avait fait nieilre à la pliec des trophées 

sa réceplinn , de donner «iix. cens d'or pour d'armes; avait déclaré qu'aucun bâtard ne 

eu\ au «raiid trestnier de i'onirc. Ce prince pourrait èlre reçu d.iiis l'urdre, sinon ceux 

leur doiina aussi mille livres de rente pour des rois nconnus et léviiirnc'^. I/an lliOl, à 

ilire tous les jours deux messes, l'une pour la naissance du dauphin de l'rance, qui lui 

la prosperilé et saute du souverain et des succéda sous le nom de Louis Mil, il lui 

iirélais, clievalieis et olliciers de l'ordre, et a ait donné l.i croix île l'ordre, et le cordon 

l'autre '|«"'" '•'* difunU; et, dans le cliapi- bleu; et l'.in U)07 il ,ivait f.iit assembler les 

Ire qui >e tint à I'. iris l'an I08O, il fut arrêté prel.ils, chevaliers et ofliciers de l'ordre, 

que chaque chevalier ((r.i >ei;iit trouvé sans pour leur dédarer ciu'il voulait donner la 

sa croix paverait (lour chaque fois dix écus, croix et le cordon bien à son fils le duc 

cl, si c'était un jour de chapitre, cinquante d'Orléans, coinnie il av.iU fait au dauphin, 

écus, (jui seraieni aussi donnés par aumône et é'i l'.ivenir à tous ses enfants mâles qui 

,TUX .Au-'ustins. naîtraient en lé^iliine mariage, étant en bis 

Cette cérémonie de l'onlre, (pii. selon les âj^e, pour les faire connaitic à tout le monde 

statuts, sediiil faire dans l'eglisc des .\u;;u-- par celle marque d'honneur : ce qui a été 

lins, esl peut-élre ce qui a donné lieu à praliquéjusiu':» présent i)ar ses successeurs, 

l'abbé (îiu>tiniani lie dire que cet ordre aval Quanta ce i;ue Schooneheck dit encore, 

éé soumis à la rè^^le de S ii il-Aujrusiin (lar qu tlenri IV obtint ilu pipe que toutes les 

le pape tjréi;oire XIII, qui, selon lui , l'ap- rentes et les revenus de l'ordre seraient 

prouva : en quoi il a elé suivi par Schoone- convertis en commanderies, il y a plusieurs 

liecii, qui ajoute qu'Henri IV obtint du pape écrivains ()ui disent au contraire que ce fat 

que toules les rentes et les revenus de l'ordre Henri III qui voulut attribuer aux prélats, 

seraieni converlis en commanderies, et qu'il chevaliers et of.lciers, des commanderies sur 

envoya même un ambassadeur à Uome pour les bénéfices; mais que le pape et le clergé 

rc-monirer à Sa S liii été sue cet ordre a>ait n'y ayant pas voulu consentir, ce prince leur 

été insiitué pour la pii paga ion de la foi assigna à chacun une pension, qui a été ré- 

catboliiiue et i)our l'exlirpaiioii des hérésies, diiile à mille t'eus, tomme nous avons dit, 

et ()ue les clievaliers s'y engageaient par et le roi reçoit sa disiribulion sur l'évalua- 

scrmenl. Il est vrai (jue ce prnee fil repré- lion des anciens écus d'or, qui monte à siM 

senler au |)ape Paul \', l'an l(i08. que les mille livres. 

chevaliers cl officiers de l'ordre s'engageant On peut excuser le même Schoonebeck, 

]iar \uu et serment d'en observer les sialuts, comme éiranger, d'avoir avancé qu'au lieu 

el que CCS statuts défendant d'y admellre les des II qu'Henri 111 fil mettre au collier, 

élraiigers non regnicoles, et ordonnant a l'on voit aujourd'hui dis L, qui signifient 

Ions les chevaliers de con)inunier aux jours Louis : mais Ileiinan, (|uiilit la même chose, 

de cérémonies et à la réccpiioii des cheva- ne pouvait p.is ignorer qu'il n'y a point d'L 

licis, il pi iait SaSaiiilelé de dispenser en ces au tollicr, el que les H n'en ont point été 

deux points de ce vœu el sermenl, en ce que ôtées : au contraire, dans le chapitre qui se 

l'ontre étant établi pour l'exallation cl l.i linl le •'31 décembre ItilO, où Louis XIII était 

propagalion de la loi catholique, il élail prêseul, il fut arrêté que les 11 demeure- 

avaniageux de l'étendre dans li!s pays élran- raiei.l à perpéluiié sur les broderies des 

(,'( rs ; et (ju'à l'égard de la coinmuuiun que manteaux et manlelels,el sur les colliers d'or 

les chevaliers doivent faire les jours de ce- <les i hevaliers, en mémoire d'Henri III, fon- 

rémonies et à la réception des autres che- dateur de l'ordre, el du roi Henri l\", second 

valiers, il était p!us convenable de la reinel- chef et souverain grand maître du même or- 

tre à un autre jour, à cause que dansées dre. Ce tollicr doit être du poidsde deux cents 

jours de fêle el de cérémonies l'embarras écus ou environ, el ne peut être jamais orné 

el le tumulte leur | ouvail cmser plus de de pierreries. Lorsqu'un chevalier iiieurl, 

dislraclion que de dévotion : c'esl pouri|ui>i ses héritiers le doivent renvoyer au roi. Il n'y 

ce pontife, par un bref du l(i février I(i08, a presenlemeiit que les cardinaux, les prc- 

dlspensa les clievalieis de leur vitu el sei- lals cl les uflicicrs qui sonl de robe, (|ui 

ineiil, pour ces deux articles seulement, en porlenl la croix pendue au cou, attachée à 

permetlanl de recevoir des étrangers non un ruban bleu large de quatre doigts; tous 

regnicolcs, el en déclarant que les chevaliers les chevaliers la porlenl aussi attachée .i un 

salisferaicnt aux sialuts, pourvu qu'ils com- ruban bleu eu é. li,ir()e, depuis l'épaule droite 

muni. issent un des jours de l'oit ive qui pré- jusiju'à la garde de l'epée. Celte croHx esl 

céderait les cérémonies de l'ordre «u la d'or émail ée île blanc, chaiiue rayon pmnmelé 

léceplion des chevaliers; el, par un .autre d'or; une lleur de lis d'or d.ms chacun des 

bref, du 17 avril de la nu-me année, il | er- angles de la cioiv, el dans le milieu d'un 

mil à Henri l\ de fane tel changement aux côte une colombe, el de l'anlre un saint Mi- 

hialuls qu'il tiouverail à propos pour le bien chel. Les cardin.iux et prêtais porlenl la 

el l'avaniage de l'ordic : ce ijui aulorisa ce colombe des deux coles do ia croix, n'étant 

prince dans quelques changemenls qu'il y seulement que commandeurs de l'ordre du 

iivait dej.i f.iiis : i.ir dès raiincc prcccdcnte Saint Lsprit. l'uules bs e\|,edilioiis ei pio- 



iOl 



ESP 



ESP 



202 



visions coiircrnnnt col orilro sont scellées par 
le chancelier en cire blanche. 

Le Laboureur, Addillnns aux Mémoires de 
Caslelnau. Favin, Théâtre d'honneur it de 
chevalerie. Hernanl Giiislini mi , Hiat. di 
luit, gli Ord. milit. Schoonebeck, llist. des 
Ordres Militaires. Hernian, Uist. drs Ordres 
de Chevalerie. Du Chêne el Hauilicquer, lie- 
cherches historiques de l'Ordre du Saint-Es- 
l)rit. Les Statuts de cet ordre imprimés in 
1703, et Manuscrits de Brienne à la biblio- 
thèque (Im roi, roi. 21k. 

En 1708, le roi Louis XV fit réviser par nn 
des préals (le l'ordre du Sainl-Espril l'olfico 
à l'uragc des chi'valiers, el soumit le travail 
à tous les prélats dudil ordre, qui l'approu- 
vèrent, el cet olfice fui réimprimé avec luxe. 
Les chevaliers du Saint-Esprit le récitent 
tous les jours, ou bien les sept psaumes de 
la pénitence. Nous supposons , ea parlant 
ainsi , que les membres vi'ant encore rrm- 
p'issent une obligation (ju'ils ont contractée 
devanl Dieu et leur roi, en recevant les insi- 
gnes de cet ordre aujourd'hui siipprinié par 
le fait. A la reslauraiion des liourbons , 
Louis XVIU ne fit pas lout ce qu'il aurait 
dû prudemment faire pou: ramener les usa- 
ges des temps d'hcinncur (t de loyauté. Sous 
ce rapport, les choses prirent une face exté- 
rieure plus consolante ou plus animée sous 
Charles X. 

Le hin;li 30 mai 1825, lendemain du sa- 
cre de ce monarque, il y eut dans la cathé- 
drale de r.einis une réception solennelle des 
chevaliers et commandeurs des ordres du 
roi, ce qui n'avait pas eu lieu depuis plus de 
trente-cinq ans. Deux trônes étaient élevés, 
l'un dans le sanctuaire , l'autre dans le 
chopur. A^aiit la cérémonie, M. le dauphin 
reçut d'abord chevaliers de l'ordre de Saint- 
Michel , cnformément aux statuts, tous les 
chevaliers qui allaient être reçus membres 
de l'ordre du Saint-Esprit. Celle réce|)lion 
faite, le roi Charles X arriva processionnel- 
lement à la cathédrale pour tenir chapitre 
des ordres. S. M. poriail la dalmnlique , le 
nianican et le grand co lier de l'o.die di 
Saint-hsprit. Les chevaliers qui devaient 
être reçus marihaient sur deux ranj^s, pui, 
les chev.ihers reçus, les princes , le loi en- 
touré des grands officiers de sa miiison el 
des commandeurs ecclésiastiques, !\LM. la 
cardinaux de la Fare, de Croï et de Cler- 
inonl-Tonnerrc , l'archevêque de Keims et 
l'ai bé de Alonlesquiou (l'archevêque de Bor- 
de.ius était absent, mais il était néanmoins 
comniaiid ur de l'ordre). Le roi assista aux 
vêpres assis sur son trône du chœur. Après 
les vêpres il se rendit à s jn trône du sanc- 
tuaire. Un fauteuil y avait été aussi préparé 
pour l'archevêque de Reims oiQcianI, (]ui 
entonna le Veni, Creator. Les commamlcurs 
cccicsia-tiquei furent reçus les premiers; 
ils prêtèrent le serment, à genoux devant le 
roi , furent revêlus par lui du cordon bleu, 
reçurent de ses mains le liwe d'ufliee et le 
dizain ; ils baisèrent ensuite la main île Sa Ma- 
jesté. Les chevaliers laïques furent reçus en- 
juiteavec le même cérémonial. Ils éluienl au 

D:CÏ10\XA1RE DES OrDBES nELIGIEUX. II. 



nombre de trente-six, dont deux étrangers, 
le prince de CasIel-Cicala cl le duc de San- 
Carlos; ces deux-ci prêtèrent un serment 
parliculier. On chanta alors Compiles, pen- 
ilant lesquelles le roi cl tous les membres de 
l'ordre restèrent assis et couverts. H n'y 
avait eu jusqu'alors de reçus dans l'ordre du 
Saint-Esprit que les trois princes existant à 
relie époque, savoir : M. le dau| hin, M. le 
duc d'Orléans et M. le duc de Bourbon; et 
encore le duc de la Ilochefoueault el le duc 
de la Vauguyon. Le dimanche de M Pentecôte 
de l'année suivante (182G), le roi fit une nou- 
velle réception de serments et de chevaliers 
dans la chapelle des Tuileries. Le duc de 
Chartres (mort depuis si misérablement dans 
la rue de la Révolte) <^lait le premier. Ce 
jour-là il prêta solennellement le serment do 
fidélité à Charles X, comme l'avait tait pré- 
cédemment le duc d'Orléans, son père, à 
Louis XVllI. En 1827, à pareil jour, il y eut 
an>si chapitre de l'ordre et réceptions nou. 
s elles. Le roi, dans le cours de l'année, nom- 
mait quelquefois aux dignités de l'ordre, et 
les rècept ons se faisaient le jour de la Pen- 
tecôte. Ainsi eurent-elles lieu le dimancha 
de la Peiitecôie, 30 mai 1830. Comme cette 
cérémoiiie a été la dernière, nous en parle- 
rons ici avec quelque^ détails. Le roi t;har- 
les X , comme grand maître de l'ordre du 
Sainl-Lspril, tint , à 11 heures du matin, 
dans son cabinet , un chapitre dudil ordie. 
M. de Quélen , an he êque de Paris, qui, à 
l'occasion du sacre, 'n'avait reçu aucune la- 
veur, et M. rarchevê.|ue de Bordeaux y fu- 
rent nommés commandeurs ecclésiastiques. 
S. .M. sortit ensuite de ses appartements, el 
la procession qui se fait ce jour-là eut lien. 
Le roi était précédé des chevaliers de ses 
ordres et des chevaliers non reçus qui de- 
vaient recevoir les insignes; ceux-ci étaient 
.MM. les princes de Politrnac el de Broglie 
(M. de Polignac e>l resté fidèle à son souve- 
rain), les marquis d Ecqucvilly, de Vérac cl 
de Conllaiis, et les comtes de Durl'ort, Uoy, 
Heille, Bordesoulle et de Cossé. Tous accom- 
|iagnèrenl le roi jusqu'au trône qui avait 
été érigé dans la chapelle. M. révê.|ue de 
Metz olticia. Après la messe, le roi se plai, a 
sur un trône, à ganehe de l'autel. Le chan- 
celier de l'ordre lut la formule ilii serment. 
Leduc de Nemours, lils du duc d'Oiléans , 
que la bonté de Charles X avait élevé au 
rang d'altesse royale, et qui , quelques se- 
maines plus lard, prenait, avec le litre de 
loi des Français, la couronne des mains des 
députés, le duc de Nemours, après s'être mis 
à genoux au pied du trône, prêta le serment 
enire les mains du roi, qui le revêtit des in- 
signes do l'o.-dre. Le même cérémonial fut 
observé pour les chevaliers nou reçus, el le 
roi fut ensuite reeoiuliiil à ses apparlenients 
avec le même cortège. Onavaii fait pour 
celle solennité, au château des Tuileries, 
des prépara ils qac nous avons vus nous- 
inême. B-d-e 

ESPRIT (Obdbe du Saint-). 

§ 1". De l'ordre du Suint-Esprit, appelé di 

1 



2113 



DICTIONNAIRE DFS OUOnES KELICIEL'X. 



Afonlpellier en France , et in Sassia en 
Italie. 

I.a plupart des anciens liislorirns (|ui nous 
«ml donne la »ic de sainte Marthe l'onl ac- 
coinpasînce de tant de faits apocrjijlios cl 
contraires à la vérité dp l'histoire, (ju'ils se 
sont rendus suspects et n'ont mérité aucune 
créance. On peut dire la même chose d'Oli- 
vier de la Trau, sieur de la Terrade, qui se 
qualifie an hihospitalicr général et grand 
^ 'jiaitre de l'ordre, milice et religion du Saint- 
^ Ssprit, qu'il prétend avoir été fondé p.ir 
:ctle sainte, et qui , dans un discours tou- 
chant la fondation de cet ordre, qu'il adressa 
en 1629 à la reine de France .Marie de iMcdi- 
cis, qu'il appelle la resliurairire de cet or- 
dre, y a inséré un abrégé de In vie de sainte 
Marthe, où il a enchéri sur tout ce que l'on 
en avait avancé de Tibueus, en y ajoutant 
des circonstances qui le sont encore davan- 
tage. 

Il a cru que ce n'éîait pns .isscz d'avoir 
f.iit remonter l'antiquité de cet ordre jusqu'à 
sainte Marthe, mais qu'il lallait encore mon- 
trer comme il a\a\l toujours subsisté de|)uis 
ce temps-là. Il ciic pour cet effet une bulle 
de Léon X du lOjanucr 1519, jar laquelle 
te I ape reconnaît qu'il subsi^t.iit du temps 
•le Jean III , l'un de ses prédécesseurs. Il 
suppose qu'un certain Guillaume de Foii- 
laine-Clairc, général et grand maître de cet 
ordre, étant allé de Monîpellier en Kspagnc 
pour y faire sa visite, s'attira l'cslime de 
Ferdinand I", roi de Casiille, qui, ayant ob- 
tenu par ses prières et pir celles des reli- 
gieuses du Saint-lisprit de Salaraanque, u:ic 
victoire complète sur les .Maures, donna à 
ces religieuses la coiiimandcrie d'.'^taiaîa et 
de Palomera, appartenant à l'ordre de Saint- 
Jacques, suivant le vœu qu'il en avait fait, 
et il rai porte tout au long en langue cas- 
tillane la ilonation qui en fut faite par te 
prince en d ,tc du 15 nuvembrc ÎOJO. 

11 fait ensuite tenir un chapitre général à 
Montpellier au mois d'août 1032, indiqué 
parce Guillaume de Fonlaiuc-Claire, à la 
sollieitalion d'Antoine Perez, son vicaiie gé- 
néral et officiai , et de Jean de Rocheforl, 
gr;ind prieur d • la province d'.Vquilaine, où 
I on cita personnellement don Ferdinand de 
Gordoue, grand prieur de la province de 
(lalice, pour y venir rendre compte de ce qui 
s'était passé au chapitre [roviuci.il de cet 
ordre Kmui à Salamanque .lU mois d'août 
lO.Jl. Knfin il cite des lettres p itenles ac or- 
•lées par Henri 11, roi de France, à l'iiopi;, I 
de .>;ontpellier, par les(ioelles il paraît <|ii,: 
eet hûpilal est le premier de la cliréiienlé; 
qu'il a été fondé par un de nos rois ()iii alla 
il ltome,où,à la sollicitation ilu jiape quig-u- 
verii.iit pour lors l'Fglise, il fonda en Tctte 
»ille un autre hôpital sous le nom du ^aiiil- 
iispril. 

Voilà les [priiitip.il s preuves que la Trau 
de l.i l'errade apporte pour prouver l'anii- 
quilé et la continu. it.on de son ordre. Mais 
Mari.ina et j'urquet. dans leurs Histoires 
i'.spagnc , prcteuJint que le privilège ic- 



£01 

cordé aux religieuses du monaMèrc du Saint- 
lispritde Salamanque, l'an 103V, par le roi 
F( rdinand , et non pas l'an 1030. comme lo 
dit la Terrade, e>t faux et contrefait, parce 
qu'il est écrit en langue castillane moderne, 
et que l'on y compte l'année depui^ la nais- 
sance de Noirc-Seigneur , ce qui ne peut 
être puisque tous les actes, tous les titres et 
les lettres se faisaient en latin , et que l'on 
comptait depuis l'ère de César; outre qu'on 
y donne à don Ferdinand le tilre de grand 
seigneur de Biscaye et de roi de Léon, ce qui 
en montre plus évidemment la fausseté, 
parce qu'il n a jamais été roi de Léon, et 
par conséquent ne pouvait accorder aucun 
privilège à ce monastère de Salamanque, qui 
a été sous la juridiction de Léon, où en l'an 
103i , qui est la véritable date déco pré- 
tendu privilège , régnait don Bcrmond III. 
Les autres preuves queceux nui prenaient 
la qualité de chevaliers de cet ordre ont ap- 
portées pour en faire voir l'anliquilé, et que 
dans son origine i. éiait militaire (lo.-squ'ou 
leur a disputé c ■Ile qualité) . ne sont pas 
mnilourcs; car ils ont prétendu que s.iint 
Lazare, frère de sainte Marthe et de sainte 
Marii -Madeleine , en avait été le premier 
général ou grand maître. Ils sesom imagi- 
né que sainte Mario-.M;ideleine avait aujsi 
fonJé plusieurs maisons de cet ordre ; de 
sorte que Lazare et ses sœurs, occupés aux 
saints exercices de l'hospitalité, recevaient 
graliiiloment les pèlerins qui venaient à Jé- 
rusalem pour y adorer les sacrés vestiges 
du Sauveur du mon le , et que cette société 
s et.int augmentée par un grand noa.bre de 
personnes qui en y entrant consacrainii 
leurs biens au service des hi'ipilaux. il 
s'en forma un ordre militaire pour assurer 
1. s chemins aux pèlerins qui venaient à Jé- 
ru-alcm. 

Mais sur que'le aulorité appuyaienl-ils 
leurs pièleoiions'? Sur celle d un ancien 
bréviaire de l'an 1553, où, dans l'une des le- 
çons de la fête de sainte Mar he , il est dit 
que pendant que Madeieine s'appliquait en - 
tierenieiil à la dévo:ion et à la tontempia- 
l ou, Lazare s'adonnait davant.ige à l'exer- 
cicedela guerre, et que Marthe, qui étaitfori 
priidente, prenait lo soin des alT.iires de son 
frère et fournissait aux sold.its et aux do- 
mesiiques ce qu'ils avaient besoin : Dum 
aiilem Magdairnn decotioni et contemplationi 
se t'.liim ixponciet, Lazurns (/uoque plus mi- 
lilte lacarcl, Martha prudens cl sororis et 
frariis parles ftrrnuc gubernnbiit et militibu^ 
ac puniihs scdiilc mini!.trabnt. ,\iiisi ils 
av.ii, nt cru trouver dans les mots de nilliliœ 
cl >;:iltnb!is l'origine de leur milice. M .is les 
histoires qui se trouvent dans les bréviaires, 
prineip.ilcineiit dans les anrieiis , onl-ellc» 
louiesde la certitude? et les changements 
qui ont ele faits tant de fois dans Ks légen- 
des coiileiiues dans les bréviaires, ne soiit- 
ce p.is des preuves (iiic l'on y recevait an- 
ceiinoiiient le vrai comii;c le faux, et que 
ces légendes étai ni pleines de quantité de 
<.ib es -lui av.icnl comme étouffé la sinccritt' 
de l hiblo re? 



235 



ESP 



ESP 



206 



M. de Blégny, qui prend la qualité do 
commandeur el d'administrateur général de 
cet ordre, dans un projet d'Histoire des re- 
ligions militaires qu'il donna en 16 i4 et qui 
n'est proprement que pour faire voir l'anti- 
quité de l'ordre militaire du Saint-Esprit, 
cite aussi pour preuve de son antiquité un 
de ces anciens brévi.iires de l'an 1514- où il 
est parlé de Lazare comme chef d'une milice; 
et , après avoir fixé la première époque de 
l'établissement de cet ordre sur l'auloriîé de 
ce bréviaire : Lazare, dit-il, étant arrivé en 
France , se proposa de ) émettre sur pied le 
corps de milice (/u',l avait commandé à Jérti- 
salem, et fit prendre les armes à ceur de sa 
congrégation qui portaient sur leurs habits 
une croix blanche de truis parties, dont la 
principale, qui était V arbre ou le tronc, re- 
présentait Lazare comme chef de leur compa- 
gnie, et les deux autres , qui étaient Irs tra- 
verses ou croisons, désignaient les deux sœurs 
comme personnes subordonnées. Les pèlerins 
exposés par de longs voyngrs devaient à leur 
vigilance la sûreté qu'ils trouvaient sur les 
chemins et le secours qu'ils trouvaient dans 
les hôpitaux. Cet ordre devint si célèbre, qu'il 
g'étendit bientôt dans les pays étrangers. Il 
passa premièrement dans le royaume de Na- 
ples, où ces hospitaliers s'établirent à Pouz- 
soles, et ensuite à Rome. 

Les titres de l'ordre n'ont pas apparen)- 
nient conservé à M. de Blégnj tous les noms 
des premiers généraux successeurs <le La- 
zare, car il passe tout d'un coup à l'anuce 
493, en laquelle il dit que Luc de Rri^cjuil 
était général ; qu'il eut pour successeur eu 
498 Cécile de Mondiagon; qu'à celui-ci suc- 
céda Lucale feiral, el (pie ce fui à Jérôme de 
Tiécis, qui fut établi général en 573, que le 
pape Jean III adressa une bulle. L'on est 
déjà asstz convaincu que toule l'antiquité 
que prétendaient les chevaliers était iiujigi- 
naire ; mais cette bulle, adressée par Jean III 
à ce prétendu grand maître en 573, en est 
une preuve , puisque ce pape était mort en 
572. Nous ne suivr(jns pas les chevaliers 
dans toutes leurs autres prétentions sur cette 
aniiquilé, cjui nous conduiraient trop loin, 
lîlli's étaient si peu raisonnables < t les litres 
dont ils se prévaiuient élaicnl si manifeste- 
ment taux , qu'il y a Heu de s'ctonner qu'ils 
les aient même produits, lursqu'eii 1093 les 
Chanoines Keguiiers de cet ordre leur dispu- 
tèrent celte qualité de chevaliers, tomme 
nous dirons dans la suite. 

En eH'cl ces Chanoines Réguliers ont tou- 
jours considéré cet(e antiquité de Lur ordre 
comme imaginaire, et n'ont jaiiiais recinnu 
d'autre londaleur que Guy île Montpellier. 
It était fils de Guillaume, seigneur de Aloiil- 
pellicr et de Sibylle, ei il bâtit dans cette viile, 
hur la fin du douzième siècle, un célèbre hô- 
p.lal pour y recevoir les pauvres malades, 
ton insigne charité le rendit très-ncom- 
niandable: il procura de grands biens à son 
nouvel établissement; il associa avec lui 
u'aulres personnes pour en avoir soin et 
âissister les pauvres de leurs biens. Son 
ordre s'ctcudit'en peu de temps en plusieurs 



endriils, comme il parait par la bulle du 
p.ipe Innocent III du 23 avril 1198, qui, en 
confirmant cet ordre, fait le déuombreinenl 
des maisons qu'il avait déjà, dont il y en 
avait deux à Konie, l'une au delà du Tibre, 
el l'autre à I'. nirée de la ville sous le nom 
de Sainte-Agatho ; une autre à Perg'rac, 
une à Troyes, et d'auiresen différents lieux. 
Comme ils étaient tous laïqi!i,s, et qu'il n'y 
avait aucun ecclésiastique parmi eux, lu 
même pontife avait le jour précédent écrit à 
tous les archevêques, évéques el prélats de 
l'église, pour les prier que s'il se trouvait 
quelques pei sonnes pieuses de leurs diocèse» 
qui voulussent faiie quelques donations à 
ces Hospitaliers, ils ne les empêchasse t 
pas. 11 exhortait aussi ces prélats d'accoiJer 
à (es Hospitaliers la permission de bâtir des 
églises el des cimetières, de faire la dédi- 
cace de ces églises, de bénir les cimetières 
lorsqu'ils seraient bâtis, et de soulîrir (jne 
le fondateur et les autres frères de cet ordre 
choisissent des prêtres séculiers pour leur 
adminisirer les sacrements et aux pauvres 
dans leurs églises. Six ans après, l'an 120'i', 
ce pape fit Venir à Home le (ondaleur pour 
lui donner le soin de l'hôpital de Sainle- 
iMarie in Sassia, ou en Saxe, qui s'appelle 
présentement le Saint-Esprit ; el, comme il 
e^l le chef de cet ordre et l'un des pins cé- 
lèbres de l'Italie, nous rapporterons son ori- 
gine el sa fondation. 

L'éjlise fui fondée par Ina, roi des Saxons 
Orientaux, l'an 715, sous le lilre de Sainte- 
Marie in Sassia, ou de Saxe, et le même roi 
étant venu à Rome l'an 718, ajouta à celta 
église un hôpital pour les pèlerins de sa na- 
tion, (ju'il donna à gouverner à quel(|ues 
personnes séculières, ayant assigné sur son 
(loiiiaine un revenu annuel pour la sub« 
sistance des pauvres el l'entretien de l'hô- 
pilai. 

OlTa, roi des Merciens, à son imitation, 
amidifia le même hôpital et en augmenta les 
revenus ; mais il fut brû'é en 817 par un in- 
cendie qui ne put être arrêté que par une 
image de la sainte Vierge, que le papg 
Pascal 1 y porta en procession. Un pâte 1 
incendie acheva de le désoler en S'H, auquel 
le pape Léon IV remédia aussitôt le mieux 
qu'il put, ayant été aidé par les libéralités 
des successeurs des rois fondateurs. Sliis 
les guerres des Guelfes et des Gibelins, du- 
laul les o:ize et douzième siècles, ruinèroi t 
tellement le quartier de la ville où l'hôpital 
est situé, qu'ils en aboli, eut même jusqu'à la 
mémoire. Enfin Innocent Ll, étant monte 
sur la chaire de saint Pi rre, fit bâtir de l'on i 
en comble cet hùpilal à ses dépens l'an 1198, 
pour y recevoir les malades et les pauvres 
de Rouie, ci en augniciila de beaucoup I. s 
bâtiments, les posses^i.jiis, les revenus et les 
privilèges , en l'année 12U4, après que des 
pêcheurs eorent tiré du Tibre dans leuis 
filets une grande quantité d'enfants nouvel- 
lement nés qu'on y avait jetés ; car ce pap{i 
en fut tellement touché, qu'il desiina pr.nci- 
palemeui cet hôpital piur rect'fuir les en- 
lànts exposés el abanJonnés par leurs pa» 



5(17 



DICTIONNAIRC DKS 



rcnls. A la véiiU' il n'en est poinl fail nion- 
lion (Inns sa liillp. mais tiit-n dans relies de 
l'iusieurs de si"; Miree-iseurs, comme de Ni- 
colas IV, de S xle W cl de quelques aulre > ; 
1 1 l'on Miil encore dans ccl IJopiiai une pcin- 
lureàfresque,(iui rcpréscntodes pécheurs qui 
portent. lin no enl III ces enfants quils a v.iieni 
.rouv6s.ct une inscription au lias, qui fait foi 
|ue ce lonlife fut averti p.ir un aiificd') re- 
ini'dirr; c'est pourquoi l'on prétend (|u'il fil 
en même temps làtir Cette église, qu'.l dédia 
en riionneur du Sainl-Kspril, tant à cause 
qu'il lui avait inspiré une si bonne œuvre, 
(|u'à cause des reli{;ieu\ du Saint-Ksprit de 
Montpellier, auxquels il donna le soin de cet 
hôpital ; mais il y en a beaucoup qui regar- 
dent cette histoire comme une fable. 

Ce qui ist vrai, c'est qu'il n'y avait pas 
longtemps que le comte (luy avait fondé son 
ordre, dont le principal soin des Hospitaliers 
était d'exercer l'h'ispitalité envers les ma- 
lades, comnie nous avons dit ci- dessus. Ce 
saint pape, (t.mt bien informé de leur clia- 
liié qui les rendait alors fort célèbres, en fit 
venir six à Itomc avec leur fo:idateur pour 
leur donner la direct on de cet hôpital, que 
les papes huccesseurs d'Innocent 111 ont en- 
richi dans la sui!e |iar plusieurs donations 
(|u'il$ lui ont f.iites, en quoi ils oui é c imités 
par plusieurs peisi)nnes laeuscs et chari- 
tables. 

L'an l'*Ti, Sisie IV, voyant que les bâli- 
luent- de cet hô; ital tombaient en ruine, e 
lit rebâtir avec la ma<;nificence (|u'on voit 
encore aujourd'hui. 11 contient plusieuis 
corps de logis avec une salle fort longue et 
élevée à proportion, capable de tenir mi le 
lits, et un grand corridor à côté de celte saile 
qui en contient bien encore deux cents, les- 
((uels sont tout remplis en été. Oa est mèaie 
souvent contraint d'en dresser d'autres dans 
le» greniers de ce', hôpital, qui sont au b.is 
de !?aint-t)nuphie, outre une grande salle 
de traverse où l'on mot les blesse*, l-cs pré- 
Ires cl les nobles sont dans des cliamli.es 
]iariiculières, où il y a quatre lits dans cha- 
cune, et seul servi> en vaisselle d'argent. Il 
y a encore d'autres charirbres pour les fré- 
iicliques et pour ceux >iui ont des maux con- 
tagieux. 

Dans un appartement qui est derrière 
l'hùpilal, on y entreiienl grand nombre de 
nourrice» [ our all.riler les enfants exposés, 
outre plus de d(ux mille de la ville et d.s 
villagci circoirvoisins A qui on les donne à 
nourrir. 'Tout proche est l'appartement des 
g.'iri'orrs qu'on y met à l'âge de trois <iu 
<|ualre ans, ap:6s qu'on les a retires dis 
nourrices. Ils sont toujours au noiirbrc de 
cinq cents, et ils y demeureul jusi)ii'à ce 
qu'ris soient en état de, g;rgner leur vie à 
<|ue!(iiie métier ou autre exercice qu'on leur 
apprend. 

I.es filles, qui sont en pareil nombre, soirl 
élevées dans un autre appariemenl lerine 
jusqu'à ce qu'elles soient en étal d'être ma- 
rrées uu religieuses; et qu.ind elles sont 
pourvues, clk's reçoivent de l'iiopilal cin- 
quante écus rom;:ins de dot. lilks sont sous 



ORDRES RF.UCIF.tX. S«8 

la direction des religieuses (le cet ordre, dont 
le monastère est renfermé dans l'hôpital. Il 
fut birti l'an lliuOpar le pape Clément VIII, 
(|ui dédia leur église sous le nom de Sainte- 
Thécle. 

I^rifin il y a le palais du précepteur ou cum- 
mandeur et chef de cet ordre, qui est très- 
beau, entre lequel et cet hô| i!al il y a un 
grand cloître où logent les médecins, les 
chirurgiens et bs serviteurs de l'hôpital, <|rii 
sont toujours plus de cent, et à côté est l'afi- 
parlement des religieux. C'est toujours un 
prélat distingué qui rem|ilit cette charge «le 
commandeur, qui est présentement à la no- 
mination du p.'ipe. 

La dépense tant pour les enfants que pour 
les malades monte par année, lune portarM 
l'autre, à près de cinq cent mille livres, et 
le revenu serait une fois aussi considérable 
sans la fainéantise des Italiens, qui laissent 
la plupart des terres sans être culli.vées, 
principalement dans la campagne de Home, 
où cet hôpital est seigneur de plusieurs bourgs 
et villages, comme la Tolfa, San-Severo, l'o- 
lidoro, Caslelguido et plusieurs autres sur le 
chemin de Civita-Aecchia, dont il y en a 
(juclques-uns qui sont princi|iaulés. Au de- 
hors de cet hôpital, il y a un tour avec uu 
[ictil matelas dedans pour recevoir les < n- 
i.inls exposés. L'on peut hardiment les mettre 
en plein jour, car il est défendu sous de 
très-grosses peines, et même de punition 
corporelle, de s'informer qui sont ceux qui 
les apportent, ni de les suivre. 

A oilà quel est ce fameux li6pil;il du Paint- 
F.sprit de liome, dont le pape Innocent III 
c'onna la direction, comme nous avons dit. 
au comte Guy et à ses Hospitaliers. Les prê- 
tres (|ui ailministraierii les sacrements dai s 
les hôpitaux n'éiaicrit pas du corps de l'or- 
dre, puisqu'ils élaieril amovibles ; ils n'étaienl 
pjs sujets à la correction du maître, et dé- 
pendaient seulement des évéques dans lis 
diocèses desquels les hôpitaux étaient situés. 
.Mais Innocent III, par sa bulle de l'an 120i, 
voulut que dans l'hôpital de Home il y eût <>u 
moiiis quatre clercs qui en y entrant feraient 
profession de la règle que suivaient les 
Hospitaliers; et, afin d'être moins à charge- 
ai hôpital, ils devaient se (onlenter de l.r 
simple noiiriituie et du vêtcmenl. H leur 
était défendu de se mêler des afl'aires tempo- 
relles, et ils étaient soumis <à la correction 
du pape : .linsi il commença à y avoir parmi 
les llosjiitaliers du Saintl'lsprit des jier- 
sonnes ecelésiastiiiues et des laïiiues, avec 
celle dilïérence que les ecdési.istiques s'en- 
g.igeaicnl à une étroite p.iuvrelé cl au ser- 
vice des malades par des vœux solennels, et 
()ue les lau|ues n'étaienl engages sculonvcnt 
que par des vœux simples. (!ar, q'Uui(|ue le 
ji.ipe obligeât ceux-ci a faire profession ré- 
gulière, a(>rès avoir clé éprouves pendant un 
■rrr, et à ne point (juitler l'ordre que pour 
p.isser dans un autre plus austère, on ne 
doil pas conclure tle là qu'ils fussent pour 
cri.i nligieux, puisqu'on appelait en ce 
temps-là religion et ordre toute société dans 
laquelle on s'engageait plus étroitement à 



Zl'9 



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ES!' 



o*'i 



fcrvir Dieu sous l'obéissance J'un supérieur. 
Enfin, par la niôme bullo, le râpe uiiil les 
lieux hôpitaux du Sainl-Esiirit de iMonlpel- 
iier cl de Rome, voulant qu'ils fussent guu- 
vernés par un mémo maître, et que celle 
union ne pût préjudicier aux droits do l'évc- 
i|ue de Maguelone, à la juridiction duquel 
l'hôpital de Montpellier était soumis. 11 or- 
donna aussi entre autres choses que ceux 
s;ui seraient commis pour chercher ie.i au- 
mônes pour ces hôpitaux auraient cha 'un 
h ur déparlemenl, que les quêteurs de celui 
de Home se contenteraientdesaumônesqu'ils 
recevraient en Italie, en Sicile, en Anijlc- 
lerre et en Hongrie, et que ceu\ de l'hôpiial 
de Montpellier pourraient aller dans toutes 
les autres provinces de la chrétienté. 

Plusieurs hôpitaux s'unirent ensuite à 
celui de Montpellier , auquel l'on Gl de 
grandes donations. Celui de Uonie se mit 
dans la même répulation, et plusieurs hôpi- 
taux s'unirent à lui; c'est pourquoi, l'an 
1217, Honorius 111 voyant que l'union de 
ces deux hôpitaux de Uonie et de Montpel- 
lier pouvait préjudicier à celui de Uome en 
particulier, les démembra, ordonnant qu'ils 
n'auraient rien de commun ensemble ; que 
les aumônes qui seraient reçues en Italie et 
dans les royaumes de Sicile, de Hongrie et 
d'Angleterre, seraient portées à rhô|;ital de 
Hume, et que celles qui seraient reçues 
d^ins toutes les autres provinces de la ciiré- 
lienlé appartiendraient à celui de Mont- 
pellier. 

L'ordre du Saint-Esprit a donc d'abord été 
mixte, composé de personnes ecclésiasti- 
ques faisant profession de la vie religieuse, 
engagées par des vœux solennels, et de per- 
sonnes la'iqucs qui ne faisaient que des vœux 
«impies. On regarda dans la suite cet urdre 
comme militaire ; le nom de maîlre que pre- 
naient ceux qui gouvernaient les hôpitaux 
et ([ui en étaient supéi leurs, fut changé en 
celui de précepteur ou commandeur, et l'on 
se servit du terme de respou-^ion pour mar- 
quer les charges que les conimanderics de- 
vaient au grand maître ou générai, ce terme 
de responsion n'étant en usage que dans les 
ordres miliiaires. Il n'y a néanmoins aucune 
preuve que ces llospilaliers aient poi lé les 
armes et aient été employés dans les croi- 
sades comme les autres hospitaliers, mais 
l'on trouve que le nom de commandeur leur 
e,4 donné dans une bulle d'Alexandre IV de 
l'an 1-251) : Cum içjilar miujistri commcnda- 
turcs et omnes ulii frnlres noslri hospiculis. 
On Irouvc aussi la même chose dans d'au- 
tres bulles do dilTéicnts pontifes. Le même 
Alexandre IV, dans celle dont nous venons 
de parler, et le pape Nicolas IV, par une 
autre bulle de l'an 1291, après avoir dit que 
le commandeur de Montpellier et les mai- 
S')nj do sa dépendance se sont soumis à 
i'Iiôpilal du Saint-Esprit de Home, ajoute 
que c'est afin que l'hôpital de Montpellier 
soit soumis et sujet à celui de Home de la 
même manière que les n)aisons qui dépen- 
dent de l'hôpital de Jérusalem, qui est une 
Qiilicc temporelle, sont suuuiises et sujettes 



à cet hôpital de Jérusalem. C'est apparem- 
ment pourquoi Bzovius, le P. Mendo, Cres- 
cenze, l'abbé (jiusiiniani et quelques autres 
auteurs, parlant de l'ordre du Saint-Esprit, 
l'ont qualiûé ordre militaire. 

§ 2. Continuation de l'histoire de l'ordre du 
Saint-Esprit de Montpellier, et suppres- 
sion de la milice de cet ordre. 
La première atteinte qui fut faite à l'au- 
torité du grand maître ou commandeur de 
l'hôpital du Saint-Esprit de Montpellier, qui, 
en cette qualité, é'ait général de tout l'or- 
dre, fut quand le pajjc Honorius III sépara 
cet hôpital de celui de Uome. 11 lui laissa 
néanmoins toute juridiction sur les hôpitaux 
qui se trouvaient dans toutes les provinces 
de la chrétienté, excepté en Ha'ie et dans 
les royaunirs de Sicile, de Hongrie et d'Aîi- 
glelerrc. Grégoire X. lui ôla encore relie ju- 
ridiction, qu'il donna au maîlre de l'Hùpilal 
de Uome, voulant que celui de Montpellier 
lui obéît comme à son supérieur. Nicolas IV 
dit néanmoins, dans une bulle de l'an 1291, 
que ce fut du consontenienl du mai re do 
l'hôpital de Montpellier et de ses hospita- 
liers, qui s'y soumirent volontairement ; et 
il ordonna que le maître de Montpellier 
payerait tous les ans à celui de Rome iroii 
ilurins d'or. 11 y en a qui prétendent que le 
pape Grégoire XI remit les choses en l'étal 
qu'elles étaient du temps d'Honorius III, en 
séparant de nouveau ces hôpiiaux ; mais 
le Saunier, religieux de l'ordre du Sainl- 
Esjirit, et sous-prieur de l'hôpital de Rome, 
fait voir que la bulle de ce pape, de r.in 
i;J72, qui se trouve dans le Kullairc de cet 
ordre, est fausse et supposée, en ce qu'ell • 
est adressée à Cérenger (^iron , général et 
grand m lîlro de l'archihôpital et m lice dn 
l'ordre du Saint-Esprit, et que ce Uérengcr 
mourut l'an 14-87 ou l'i88, outre que celte 
bulle, qui est datée «lu trois des calendes de 
septembre 1372, et de la troi-ième année du 
pontificat de Grégoire XI, ne peut pas être 
de celte année, puisqu'il ne fut élu que le 
39 décembre 1370. Celait pi'Ut-être au sujet 
de ce Bérenger Giron que Sixte IV se plai- 
gnit de ce qu'il y en avait au del.'i des monis 
qui prenaient la qualité de généraux, et il 
les soumit à celui de Rome, comme au seul 
général de l'ordre. Le généralat fut néan- 
moins restitué au commandeur de Montpel- 
lier par les papes Paul V et Grégoire XV, 
mais à condition qu'il dépendrait encore de 
celui de Uome. Celle dignité lui fut enfin ac- 
cordée sans aucune dépendance par le pape 
Urbain VIII, et enc 'TC contestée, comaie 
nous dirons dans la suite. 

Mais la milice de cet ordre reçut un plus 
grand échec en 1439, car le pape Pie II la 
supprima entièremeiil. On découvrait quel- 
ques traces de chevaliers depuis la bulle 
d Alexandre IV de l'an 12o(>, dont nous avons 
l)arlé , jusqu'à ce temps-là. L'ordre était 
composé do personnes ecclésiastii|ucs véri- 
lablement religieuses , el de laïques qui 
n'élaient poinl engages à la profession reli- 
gieuse, et on était en peine de ce qu'claieui 



m 



Dir.TIO.VNAllΠDi:S ORDRES nELIGIEUX. 



iï2 



Jevrnns ces laïques liopiiis le milieu <i i 
ijuiiizième sièrle jusqu'au coimncnfcmcnl 
Hu ili\-sop!i^me , qu'on ne voii dans cA 
ordre que de véritables reli«»ieus ; et ce 
n'est qu • vers ec temps-là qu'on y voit re- 
naître des laïques ou séeulicrs qui sont 
ni<?nie en-j.igt'S dans le mariage. Mais M. de 
L' ibnilz nous a appris quel avait élc leur 
sort, en nous conservant dans son Codex 
iwis ijendiiiii la huile de Pie II de l'an lioî), 
par laque Ile il ériiïc l'ordre mil. taire de 
Nolrc-Uame de nelhlécm , et en supprime 
qui'lqu(S ai'trcs, du noihbre desquels est la 
milice du Saint-Kspril in Sussia à Home, 
dont il np liqu(^ les revenus à son nouvel 
ordre île Nolri'-Dame de l'etbléenj : Pro ftin- 
damento anlrm oc sxbstnnl n dicta' reHiionis 
uovcF, aliiis rdlf/ion.s sue mililiits ac lio^jii- 
talia infra scrip'a, vidclicet S. Laznri, ubili- 
let consislenlia, S. M. dedislitlo lirilonum 
de D lo';na, ac S. S''piilcri, vec non S- Spi- 
ritiis in Saxia de Urtic, d omnia ni) eo dcfien- 
deiiliii aut tllius hahituin seii rrucem duplicetn 
defvrentia, et 11. M. Criicifrrvrum, cic. On 
pourrait rire que c'est Tiui l'orilre du Saint- 
llsprit in Sassia que ce pape avait supprimé, 
mais il n'a >culement entendu parb-r que de 
la milice, religioues su militias. Et, bien 
loin d'.iViiir supprimé rhôiiit.il du Saint- 
Esprit de Uo:i;e, c'est qu'il liii accorda beau- 
coup de pri\iléges au-si bleu que son suc- 
cesseur l'aul 11, comme il est marqué dans 
une bulle de Sixte IV du 2î mars H78. 

Après la suppression de celle milice, il 
n'y eut plus dans l'ordre du Saint-Esp'it de 
inel.mge de religieux et de laïques. Cei or- 
dre lui p»re;t;ent réjfulier, et, s'il y eut des 
la'iques (]ui possédèrent encore des comiii.in- 
délies sous le tilre de chevaliers de cet or- 
dre, ce tilre n'éliiil point léfjitime. C'est ce 
que nous ajiprenuns d'une autre bulle ce 
Si\lc 1\' de l'an li'G, <iui ordonne que les 
liô|iilaux de cet or.lroct les conimanderie-, 
aussi bien que leurs liépemiances, ne pour- 
ront être donnée , soit en litre, soit en com- 
meiide , qu'à des reliuieux procès de cet 
ordre, qui seront ohl'gés d»- retourner dans 
leurs doit! es toutes lois et (juaiid il plaira au 
;;rand maître de l'hôpilal de Kouie de les f.iire 
Ceveu r ; Slitluivtes ac etiam dccerncnles , 
ipiod ipsius ordinis liospiolia, prœcrptoiir, 
inembni cl toca, nulti ciijttfcutiqtie diijnitatis, 
niatuii, f/ialus, vel ronililionis fuent^ prœ- 
t rr/Kim iiitius nosiri ltuspit(dis frnliibus, il 
oïdinem ijisiim exprisse profcssis, cis tainni 
pro solo nitiu dicii prwcepturis existcnlis cl 
pro limporc wl clauslrum r/uo/ifs cxpedirrit 
I evocdiidif, in lilnlum iil comiuend'nn c,»- 
feiii luliniil «lie ji'jssiiit. \'o là qui est bien 
tort contre les chevaliers qui ont paru au 
ciiniiienccment du diN-scpliùmc siècle, qui, 
bien loin de vivre en commun dans un cbii- 
tre sous l'obelssancn d'un supérieur, ou du 
ii.oiiis d'y pouvoir être rappelés à la volonté 
des supérieurs, lors()u'ils auraieui des com- 
luanderics, étaient au contraire la p'upail 
maries. l'eut-étre, dira-ton (juc les hôpitaux 
de Uomc cl de Montpellier .ly.int été désunis 
|'.ir \<î piipc tirég ire XI, r.iii rJ"i, le paj)C 



no pnrlail qu'à ceux qui élaiefit suunis à 
Ihôpilal de Home ; niais, outre que la Iule 
tic f'iregoire XI est fausse ci suiiposée, c'est 
(jue Sixte IV s'adresse plus particulièremet.l 
aux Français qui avaient usurpé des com- 
niandcries et qui prenaient la qualité de gé- 
néraux de l'ordre ; Cum iitu/ue. ficul itcce- 
pimus displicenter. tiunnttlli in ipsiiis liospi^ 
tidis fralres etiam prœceptoriait , fiospitcdin, 
V eiubra, et loca pia ab ipso hospiiali in Saxia 
dpcndenlia, obtinrntrs, am'nliove et cupidi- 
laie cœcainducli, et sub terminis non conirnii 
lemeritate propria se générales prœceplores 
dicti ordinis prœripue in panilnis ii/framon- 
lanis nominare, etc. Il déclare ensuite que 
tous les hôpitaux, les comm.inderies et les 
lieux pieux de l'ordre et qui portent le nom 
du Saint-Esprit, dépendront de l'hôpital du 
Saint-Esprit en Saxe, etiamsi longœva con- 
suetudo aul submissio aligna repwjnarint ; et 
il défend à aucun religieux posséd^int une 
ccmmandcrie de l'ordre de prenlre la qui- 
lité de général en deçà ou eu delà les monls, 
ni de prétendre aucune autorité sur les au- 
tres lelig eux, qui doivent être tous soumis 
au précepteur de l'hôpilal de Uome : Quin- 
imo , onines et sin(,uli dcli ordinis prcecep- 
tores, liospilularii el relii/io^i quos eidcnt prœ- 
cepturi nostri hospi:a!is in Saxia pleno jure 
subesse volumus et tani/wim suo superiori 
obedienliani et revercnuam cungrunm exlii- 
bere, ne salta hujus sedis auloritute, in om- 
nibus sicuti un:co eornm praceptori ob'.etn- 
periire leneantur et dcbeant. 

En effet II n'y eut point de généraux en 
France depuis ce lemps-là jusqu'en l'an 1G)9, 
que l'aul \' rendit celle (inalite pour la Fran e 
cl toutes les autres provinces delà chrétienté, 
cxceplé rilalie. la Sicile, la Hongrie et l'An- 
gleterre, au commandeur de Montpellier: ce 
que fil aussi (Jrégoire XV l'an 1(J2I; m.iis 
ce ne fit qu'à condilion qu'ils dépendraient 
encore de celui de l'hôpital de Uome; et L.i 
'J'errade, qui fut pourvu de celle comman- 
derie, av.iit été fa.t par le grand maîlic ilc 
Uomc le i septembre 1()17 vicaire et vi>iteur 
gér.ér.il dans les royaumes de France el de 
Navarre, à la charge de se la re reigieux 
proies de l'ordre dans l'année. Ce fut lui qui 
lut f.iit pemier général en France dépend.nit 
de celui de Uomc, el ce ne fut qu'à la prii^re 
de Louis XllI que le pape l'ibain A III ren- 
dit ce général ce France indépendant de ce- 
lui de Uome, l'an lG2o. Ce fut donc an com- 
mencement du dii;-se[)ticme siècle que l'on 
commença à songer au rétablissement de cet 
ordre en France, ((ui y était presque anéanti ; 
in;iis, au lieu de !e remettre dans son ancien 
luslie el dans sa splendeur, ce ne fut au con- 
liaire qu'une confusion et qu'un chaos de- 
puis l'an l(i02 jusqu'en 1700, que le roi dé« 
brouilla ce chaos en déclarant cet ordic pu- 
rement régulier et iiul'cmenl militaire. 

Antoine I'ons,(|ui prenait l.r qualilé de 
commandeur de I bôpit.il de S.iin'-Germaiu 
et <le procureur général de l'oidre , >()iilut 
cumtrieiic r ce rélaldissement en KiOi, m.irs 
ce fut en f ilsiliani des bulli s et <les imlnlgcu- 
ces j ceux (lui voulaient conlribner à la rcs- 



215 



ESP 



E'^P 



21 i 



lauralion des comniandcries; et, son impos- 
ture ayant été dccouverle, il fut condamné 
par arrêt du parlement de Toulouse du 21 
janvier 1G03 à faire amende honorable , nu 
en tlicmise, et banni à pcrpétuilé hors da 
royaume. Il ne laissa pas de surprendre en 
la niôrne i]i>nli[é des lellrcs paten'es d'Hen- 
ri IV et de Louis Xlll, des années 1C08, 1009 
cl 1010, qui lui pcrmcltaient de faire ses di- 
ligences poiirré'ablir cet ordre; mais en 1012 
on lui lit défense de faire négoce d'indulgen- 
res à peine d'amende arbitraire; le sénéchal 
de Moissac déi réta prise de corps contre lui, 
et le pai leinenl de Toulouse ordonna que en 
décret serait exécuté. 

Olivier de la Tr^u, sieur l'c la Terrado, pa- 
rut ensuite sur les rangs. Il obtint des papes 
Paul V et tlrégoire XV la (jualité de général 
aux conditions que nous avons dit, cl fut in- 
dépendant do celui de Rome, par une bulle 
d'Urbain Vlil l'an 1025. En celte qualité il 
créa des chevaliers |,uiement laïques el 
inênie engagés dans le niaria;;e. On ne laissa 
pas iiéanmuins de voir d.ins le uième temjis 
un prélendant à la commanderic générale 
de Montpellier, qui de son côlé faisait des 
chevaliers. C'élail un apostat de 1 ordre des 
Gapocius, que la Terrade fit enfermer dans 
les prisons de l'ofliciailé. La Terrade y fut à 
.Sun (our, et, après sa mort, M. Désécures, 
l'un des comtes de Lyon, qui prit la qualité 
de vicaire général, fit aussi des chevaliers, 
aussi bien que plusieurs aulres qui se di- 
saient officiers de l'ordre. Le roi , par un 
arrêt du conseil d'Etat de l'an 1035, ordonna 
que les pouvoirs, privilèges, possessions et 
translations des prétendus officiers de l'urdre 
du ?aint-Espril, seraient examinés p ir l'ol- 
fiiial de Paris assisté de quatre doclenrs 
nommés par l'arrêt. Par un autre de la même 
année, Sa Majesté fit défense à qui <iue ce 
fût de prendre la qualité de général de l'or- 
dre du Suint-Esprii ; et au mois de janvier 
1030, DésLCures obtint un brevet de la com- 
manderie ou préceptnrei ie de Moiilpellier. 
Au mois de mai, le roi nomma des commis- 
saires pour examiner les titres, bulles et pro- 
visions de ceux qui se prétendaient généraux, 
commandeurs , olfi(iers et religieux de cet 
ordre. L'oCficial de Paris, par une sentence 
de la même année, fait défense à Désécun s 
de prendre la qualité de vicaire général, 
coadjuteur, supérieur, commandeur ou reli- 
gieux de l'ordre du Saint-Esprit, d'en port r 
les marques ni d'en faire aucune fonclion à 
peine d'excommunication ipso facto. Nonob- 
stant celte senlence, il lui est permis par un 
arrêt du grand conseil du 3 septembre 1053 
de prendre possession de la commanderie de 
Montpellier, à condition d'obtenir des bulles 
dans SIX mds. Il les obtint du pape Alexan- 
dre Vil et prit possession de cette comman- 
derie en 1059 avec la qualité de grand maî- 
tre de l'ordre. Par sentence du 16 octobre de 
la même année, l'official le déclara excom- 
munié pour avoir pris la qualité de supérieur 
de cet ordre, et lui fit itératives défenses de 
se qualifiera l'avenir grand vicaire ou reli- 
giuui de cet ordre; déclara les professions 



f.iites entre ses mains , nuPcs; le condamna 
<i 100 livres d'amende , à tenir prison pen- 
dant six ntois, el à dire les sept psaumes têle 
nue el à genoux. Par une autre sentence du 
CluKelel de Paris du 29 août 1007, il fui con- 
damné d'è're mandé, b'âmé nu-lé(e et à ge- 
noux, et défeiises lui furent faites de prendre 
la qualité de général ; el, par arrêt du parle- 
ment du 2;) mai 1008, il fui banni pou rneu fans. 

Le roi, par son brevet du 21 septembre do 
la rncme année, dojina la commanderie de 
Montpellier à M. Rousseau de Bazoche, évê- 
que de Césarée , conseiller au parlement de 
Paris. Un liomnréCompanse prélendit pourvu 
de celle commanderie; Désécures eut aussi 
toujours les mêmes prélenlions, mais , par 
arrêt du conseil d'Etat du 9 septembre 1009, 
l'évéque de Césarée fut maintenu dans la 
possession de cette commanderie contre Com- 
pan el Désécures. Par arrêl du grand conseil 
du 27 avril 1071, il fut ordonné qu'on tien- 
drait le chapitre général de cet ordre. Le roi, 
par un autre arrêl de son conseil d'Elat du 
mois de mai de la même année, confirma ce- 
lui du grand conseil, et ordonna que, no- 
nobslani le refus qu'on avait fait à Rome de 
donner des bulles à l'évéque de Césarée, ce 
prélat serait reconnu pour général de l'ordre 
par tous les religieux et religiei^ses, cheva- 
liers, commandeurs el aulres personnes de 
l'ordre, et qu'on assemblerait le chapitre gé- 
néral. L'évéque de Césarée mourut la mêmii 
année sans avoir obtenu de bulles, elMprès 
ï.,1 mort 55. Morin du Columbier, aimônier 
du roi, se fit pourvoir pur bref du pape Clé- 
ment X du mois de février 1072, de la cons- 
manderie i!e Montpellier (vacante dci)uis 
quarante ans, à ce qu'il avait exposé), à la 
charge de prendre l'iiabil et de faire proies- 
sien dans l'ordre régulier du Saint-E-pril. 

Celle commanderie lui fut conlesiéc, el il y 
a de l'apparence que toutes ces divisions ar- 
rivées parmi ceux qui se prétendaient supé- 
rieurs, commandeurs et ofliciers de cet or- 
dre, qni la pluiiart n'avaient ;iucun tiire légi- 
time, el qui, bien loin do rétablir cet ordre 
en France dans sou ancien lustre, le (létris- 
saicnl au contraire par leur conduite et les 
al us qu'ils coinmetlaiei'.t dans la réception 
des prétendus chevaliers, admettant indiffé- 
reinmenl tous ceux qui leur donnaient le 
plus d'argent, portèrent ia roi à metire l'or- 
dre du Saint-Esprit de MonlpoUier au nom- 
bre de ceux que Sa Slajcbté dé -lara éteinîs 
de fait et supprimés de droit par son édit du 
mois de déccaibre d ■ l'an 1072, cl qu'il unil 
à celui de Saint-Lazare. Nonobslanl cet édil, 
M. du Colombier obtint au Enois dejainier 
1073 des lettres de Fr.niçuis-M.irie Pluebus , 
archevêque de Tarse, commandeur de l'hô- 
pital do Rome el général de l'ordre du Saini- 
Esprit, par lesquelles il rétablissait son vi- 
caire général et visiteur en France et d.ins 
les provinces adjacentes , ce qui lui procura 
un séjour de huit années à la Rasllle. 

Les au'res chevaliers du S imi-Ksprit for- 
mèrent opposition au grand conseil à l'enrc- 
gislremenl de cet édil. Ils continuèroni à 
s'assembler et même à rccevjir des theva- 



215 DICTIONNAIRE DLS ORDRES RELICIEUX. 2J6 

licrs. Le sieur de l;i Cosie se liisail grand de nouveaux chtvalicrs. Ils élaicnl divises 

inaiire de cet ordre comme ay-'inl élé canoni- en plusieurs bandes. Il y en avait qui pre- 

qui nicnl clu par 1rs chevaliers. Mais Sa M.i- liaient le lilre d'anciens chevaliers, et qui ne 

jeslé. par deux arr^'-ts du conseil d'iîtal des repanlaienl les autres (pie roninie des intrus 

années lG8i) el IGflO, fil défense à ce grand d,:ns l'ordre. Parmi (c ilie\aliers anciens il 

maître de prendre celte qu;ilité à l'avenir, ni y en avait qui se disaient premiers officiers 

de porter la croix et ré[iée lui et les siens ; el fi'c()éc. On y voyait des chc\aliers de grâce, 

dérl.ira toutes les réci plions f t prétendues des chevaliers d'obédience . des chevaliers 

lettres de provisi^ins par eux expédiées de- servants et de petits olficiers. 

puis l'édit de 1G72. nulles el de nul eiïel ; el, Dés le 15 février 1G92 ils avaient lenu un 

sans avoir égard à leurs oppositions , or- chapitre aux firands-Auguslins à Paris, où 

donna que son édil serait exécuté. entre autres cho^es ils av.iienl délibère qu'on 

I.cs rhevaliesde Saint-Lazare, qui jti«- ncrecevraitaucunschcvaliersqu'ilsne payas- 
qu'alors av.iiunt trouvé beaucoup de laii- seul rliacun à l'ordre pour le moins la somme 
lilé à obtenir ce qu'ils avaient souhaite, de 600 livres, leschevaliers de grâce celle de 
trouvèrent néanmoins dae.sla suite de grau- 1200 livres, les chevaliers d'obédience, mer- 
des difficultés pour l'exécution de cet édil; vanis et autres petits officiers 'lOO livres, 
car les religieux profès de Tordre du Saint- Mais les religieux rompirent toutes leurs me- 
Lspril se joignirent aux chevaliers de cet or- sures; car, à peine le rui eut-il prononcé le 
dre pour interrompre le cours des entrepri- rétablissement de l'ordre e;i 109.'}, qiiis ré- 
ses de ceux de Sa nl-Lazare. Les chevaliers clamèrent la maison magistrale de Monlpel- 
du Saint-Esprit oiïrirenl à Sa Majesté de le- lier, qu'ils avaient auparavant désavouée, 
ver el d'cnlre|enir à leurs dépens un régi- Ils soulinrenl que l'ordre du Saint-l^sprit 
ment pour agir contre les ennemis de l'Etat; était purement régulier, et que la milice était 
et les religieux p'ofès. qui étaient en pos- une nouveauté du siècle (ini ne s'él.iit inge- 
session de plusieurs maisons conventuelles rée que par usurpation dans l'adminisiration 
dans le royaume, où ils n'avaient point dis- des biens de l'ordre. C'est pourquoi le roi 
cmilini c de recevoir les enfants exposés. n''mraa encore des conimissaiies pour l'esé- 
preiendirenl que l'état de leur élablisseme. l culion de son dernier èdit. Les chevaliers ne 
su. lisait pour détruire ce qui avait été sup- nuinquèrent pas de faire valoir 1. ur antiquité 
pose I our l'obieiilion de cet èdit , alléguai.t prétendue, qu'ils faisaient remonter jusqu'au 
au surplus qu'ils n'avaient jamais dépendu temps de sainte Marthe, cl de rapporter le 
de 1 hôpital de Montpellier, mais qu'ils préiendii chapitre général tenu à Monipellier 
avaient clé toujours soumis à la juridiction l'an 10.(2. Le roi, le 10 mai ITOO, décida eu 
du précepteur de celui de Home, el qu'ainsi fi\eurdes religieux. L'ordre du Saint-Esprit 
le roi n'avait pas eu dessein de donner al- lui déclaré purement régulier cl liuspilalier 
teinte a Icurs-droits, Sa Majesté n'ayant pro- par un arrètdu conseil d'Etal ; el Sa Majesté 
nonce par son édil que la suppression d'un (it défense à tous ceux qui avaient pris des 
ordre qu'elle avait cru èleinl de fait el qui qualités de supérieurs, officiers et chevaliers 
e;ail sous le litre de Montpellier. du prétendu ordie mililairedu Saint-Espril 

Ils furent favurablemenl écoutés. Le roi de Montpellier, de prendre à l'avenir ces 
leur donna des commissaires en 1091 pour (pialilés, ni de porter aucune marque de 
1 examen de son édil, el accepta en 1C!)2 le celte prétendue chcvaleiie, et de donner des 
régiment offert par les chevaliers. M. du lettres ou provisions de commandeurs, clie- 
Jîoulay, vicaire général de cet ordre au spi- valicrs ou officiers de e< t ordre. Sa Majesté 
rituel, cl M. Gra'idvoynel. commandeur de ordonna de plus que le bre\et de gr.ind mai- 
la maison conu-nluelle de Slé| hanfeld en .M- Ire accordé à M. l'abbé de Luxembourg sc- 
sa.e, furent députés pour solliciter coiijoin- rait rapporté comme nul et de nul elTel, el 
leii.enl le lélablissemeiil de cet ordre, le pie- qu'il serait sursis à faire droit sur les demaii- 
mier par le clergé séculier, le second par les des des religieux pour éire remis en posses- 
religieux proies, et M. de lilégny coniman- sion des maisons de cet ordre et des biens 
deur et adminislrau-ur général, j ar les che- qui avaient elé unis à celui de Saint-Lazare , 
valicrs. Leurs sdlii iialions curent un heu- jusqu'à ce que Sa Majesté cul jiourvu au ré- 
reux succès , car le roi en 1093 révoqua S'. n lablissemenl de cet ordre cl de la grande 
cdit de 1072, rétablit cet ordre, lui rendil maîtrise régulière du Saiul-Esprit de Monl- 
lous les biens qui avaient é é un s à celui de pellier. 

Saint-I.azarc, el nomma pour gr ndmiihc Après la mort de M. l'abbé de Luxeni- 

*I. l'alibe d • I.uxeiiibourg, Pierre Hcnri-Thi- biurg, qui, conformémei.t à cet arrél du con 

biiull de .Moiilinorency , alilié commenda- seil d'Etal , avait remis entre les mains du 

taire des abbayes d'Orcamp cl de Sainl- ci son brevet de grand miilre de l'ordre du 

'^'"'"'l- Saint-Esprit de Montpellier, on fit de nou- 

H scnihlait qu'après cela les chevaliers ne vellcs tentatives auprès du ri.i pour le réta- 

Hevaieiil plus craindre qu'on les inqiiiéiàl blissemenl de cet ordre , it Sa Majesté, par 

touchant leur élablissemciit ; déjà leur nom- un arrêt du conseil d'Elal du 10 jan\ ier 1701 , 

hre grossissait tous les jours ; des |)ersonues nomma Mgr le cardinal de Noaillcs, arche- 

i|ui n'av.iieiii aucun drol lég. lime, sous pié- vèque de Paris ; Mgr llossiiet , évéque de 

le»tc des titres de vicaire général, de clian- Meaux ; le révérend Père de la Chaise, Mcs- 

• elicr.de vice-( hancelier et même 00 \iiaire sieurs l'abbé Itignoii , do l'oiiimereu de la 

gér;éralibsiiiie, qu'ils s'attribuaient, créaient Keynic , de Manllac cl d'Agucsscuu, pour 



2!7 



ESP 



rsp 



8iS 



(!snmiiicr les buMos, lettres patentes, (ié<I.i- 
rations, arrêts et antres titres concernant 
cet ordre ; et voir sur leurs avis s'il conve- 
nait et s'il était possible de rétablir la com- 
niandcrie générale du Saint-Esprit de Mont- 
pellier et ses dépendances, et quelles pré- 
cautions l'on pourrait prendre en ce cas pour 
le rcglcnienl tant du spirituel (lue du tem- 
porel de cet ordre, ou s'il ne serait pas plus 
a propos d'en employer les biens elles reve- 
nus à quelque autre usage p eux ; et , par 
deux autres arrêts des 2ï novembre 170i et 
1" juin 1707, Sa Majesté nomma pour rap- 
porteur M. Lauiicois d'Inibcicourt, maître 
des requêtes. 

En 1707, M. le duc de Ciiâiiilon, Paul-Si- 
gismond de Honhiiorency, ayant dcinaïuié 
au roi la grande maîlrise de cet ordre, et Sa 
Majesté lui ayant permis d'eu faire connaî- 
tre le véritable caractère cl la milice, il con- 
sulta plusieurs docteurs de Sorbonne, neuf 
célèbres avocats et quelques autres person- 
nes, ijui furent tous d'avis que l'ordre dans 
sou 01 igine avait été laïque et séculier, cl 
que ce n'a été qnc dans la suite qu'il a été 
mixte, composé de personnes laïques pour 
l'administration du temporel, cl de clercs 
réguliers pour l'administration spirilueile; 
et on ne trouvait point d'inconvénient qu'un 
laïque fût grand maître de cet ordre , à 
l'exemple de plusieurs ordres niilitaircs, 
qui, quoique composés de chevaliers laïques 
et (le religieux, ne laissaient pas d'être gou- 
vernés par des grands maîtres laïques. 

Les religieux de l'ordre du Iraint-Esprit, 
qui semblaient avoir intérêt que celte milice 
ne se rétablît point, puisqu'ils l'avaient dis |iu- 
lée en 1693, et que ce ne (ut que sur leurs 
remontrances que le roi par son arrêt du 
10 mai 1700 avait déclaré leur onlre pure- 
ment r<gulieret nullement militaire, se joi- 
gnirent néanmoins à M. le duc de Ghâtiltou, 
et, dans une requête qu'ils présentèrent au 
ro', ils demandèrent acte à Sa iVîajesié de ce 
qu'ils n'entendaient point se prévaloir ni se 
servir de l'arrêt du 10 mai 1700, au chef qui 
ava'.t réputé l'ordre du Saint-Esprit de Mont- 
pellier purement régulier, mais seulement 
en ce qu'il avait exclu de cet ordre les pré- 
tendus commanileurs, officiers et chevaliers, 
qui paraissaient pour lors sans caractère et 
sans titres légiliines , et dont la plupart 
étaient plus propres à le déshonorer qu'à le 
rétablir ; et de ce qu'ils consentaient que cet 
ordre fût, comme il avait été dans son insti- 
tution, composé de religieux de deux sorles 
de conditions, lis uns laïques pour l'admi- 
nistration du tempo: cl ^euIement, engagés 
à l'ordre par les vœux d'obéissance et d'hos- 
pitalité à un chef ou grand maiire de l'or- 
Jre laïque, et les autres, clercs, pour l'admi- 
nistration du spirituel, engagés à l'ordre par 
les vœux de pauvreté, de chas'cié, d'obéis- 
sance et du service des pauvres ; et priaieiit 
aussi Sa Majesté de conserver les comman- 
Jenrs proies de cet ordre dans l'exercice de 
la juridiction spirituelle sur les religieux 
hospitaliers cl les religieuses hospitalières 
de l'ordre ; et qu'à cet effet le granJ maître 



serait chargé par le brevet de Sa Majesté 
d'établir un grand prieur d'église et visiteur 
général, qui ne pourrait être qu'un prêtre 
religieux de l'ordre, qui serait confirmé par 
le pape. 

Il semblait qu'après ce consentement des 
religieux qui demandaient le rétablissement 
de la milice et d'un grand maître laïque, le 
roi allait révoquer son arrêt du 10 mai 1700, 
qui déclarait l'ordre pnrenient régulier, et 
qu'il allait aussi reconniitre la milice de cet 
ordre; ccpenilanl , par un autre arrêt du 
conseil d'Etal du k janvier 17().S, Sa Majesté 
Confirma celui du 10 mai 17i et ordonna 
qu'il serait exécuté selon sa forme et teneur, 
et en conéquence que l'hospilalité scrjiil 
rétablie et observée dans la conimanderie 
générale, grande niaîtrise régulière de l'or- 
dre du Saint-Espril de Monlpellier, par le 
commandeur général, grand maître régu- 
lier, qui y serait incessamment établi. On ne 
saurait en ce jugement trop admirer la jus- 
lice et l'équité du roi, qui prononce et dé- 
cide que l'ordre est régulier ; parce que 
c'est le dernier état où l'on le Irouve, et quo 
c'est un princijie de l'un et l' lUlre droit, que 
dans ces matières le dernier état décide, 
uHimus statKS ntleniiitur. 

L'ordre à la vérité avait été dans son ori- 
gine laïque et séculier. Il était devenu en- 
suite mixte, c'est-à-dire composé de clercs 
ou prêtres religieux et de laïques. Les ter- 
mes de commandeurs, de responsion et au- 
tres dont on se servait dans cet ordre, et qui 
ne sont en usage que dans les ordres mili- 
taiies, prouvent assez qu'on le reconnais- 
sait comme une milice; mais cette milice 
avait été supprimée par Pie II l'an l'tSO, et 
l'ordre était devenu purement régulier, 
coumie il paraîl par les termes de la bulle de 
Sixte IV de l'an 1470, que nous avons ci-de- 
vant rapportés, et par la règle de cel ordre 
imprimée en 1564 par ordre du général Ber- 
nardin Cyrilli, qui, en l'adressant à tous les 
frères de l'ordre, fait assez connaître qu'ils 
sont tous véritablement religieux, par ces 
paroles : Sponte nos ipsos ubiulimus et saii^ 
cto Dci Spiriiui, beatœ Virijini et dominis 
infirmis, ut perpctui essemus eoruin servi, 
ra^lilalem, paujicrlalem, obedient am ri hit- 
vnlem palicntium, aclu libero iiemine co'ienie, 
jurejurando, solemni voto, sumus polliciti. 
Il est néanmoins parlé dans cette règle de 
religieux lais, c'est-à-dire de personnes vé- 
ritablement religieuses, et qui ne sont paa 
destinées aux fonctions ecclésiastiques : le 
terme de lai étant en usage dans presque 
tous les ordres pour désigner ces so les de 
personnes ; et même ils peuvent être com- 
mandeurs dans celui du Saint-Esprit, car il 
est dit [Cup. 26 îleg.i que lorsque le com- 
mandeur sera lai, il ne pourra pas faire la 
correction à un clerc ; mais qu'elle appar- 
tiendra aux cardinaux qui seront nommés 
pour cet effet par le pape : Correclio vero 
ilericorum et specialium aliorum ad prw' 
ccplorem lalcum non pcriineat, sed ad (ardi~ 
nules quibus a domino papa ipsa domus fuerit 
commcnduta. Ouc si dans le couimencemenl 



ÏID DICTIONNAIRE DES OUDRES RELIGIEUX. 220 

ilu dit-^cplii^mp siècle les souverains p.on- sons, ou que les papes ne les en dispensent, 

tifes ont rendu à la maison (le Monlpollicr le Ils portent néanmoins sur leurs habits I.i 

pi néral il qu'on lui avait ùlé, ils n'ont pas crois de l'onlre. Le prieur de la maison et 

prétendu que ces généraux réliblissent la hôpital du Saint-Espril de Home lient la se- 

niilice de cet ordre en créant des chevaliers conde place dans l'ordre, cl en est vicairo 

purement laïques et même engagés dans le général. 

niari.ige. Ils ont toujours au contraire re- Les religieux de cet ordre s-.^nl habillés 

{;ardé cet ordre C' mine régulu r, puisi|u'ils comme les ecclésiasiiqurs, ils portent seu- 

ont obligé les commandeurs de Moiilpeliicr, Icmenl une croix de loile blanche à douze 

auxquels ils ont accordé des bulles, de [ireii- [lointes sur le côté gauche de leur soutane 

drc l'habit religieux de cet ordre, et d'y (aire et de leur manteau, cl lorsqu'ils sont au 

profession ; et de tous les commandeurs du chœur, ils ont l'été un surpls a\ec une au- 

S.iinl-Ksprit de .Mont|icllier qui ont élé de- musse de drap noiriloublce de drap bleu , i't 

puis l'an 1(119, que la Tcrrade prit le prc- sur le bleu une croi\ de l'ordre. L hiver ils 

inier la qualité de général de cet onlre en ont un grand cumnil avec la chape noire 

l'ranre, ni lui, ni aucun autre n'ont exéculé doublée d'une etolTc bleue, et les boulons 

en cela l'intention des p.ipcs, qui oui même c!u grand camail son' aus-^i bleus (1'. Kn 

refusé des bulles à quelques-uns. Aii:si (oui l'r.iuce il mettent toujours l'aumusse sur le 

ce que ces commandeurs oui fait en qualité bras. Celte aum'issc est de drap noir dou- 

di! généraux était nul, n'étant pas revêtus blie et bordée d'une f.urrurc noire (:i). Kn 

de pouvoirs légitimes, et ayant niénie été li.ilie ils l:i poricnl quelquefois sur les 

contre la volonté des papes, en rétablissant cp iules, et en l'oldgne (•'!) ils ne se servent 

la milice qui avait été supprimée par l'ie II. | oint d'aumu>se, mais ils nictlenl sur leurs 

(;'e>l pourquoi, quoiqu'il y eiil eu 170.) des surplis une espèce de mosetle de couleur 

chevaliers la'iques el des prêtres religieux, v;olelte, qui n'a point de capuce et n'est 

ce n'elail point son véritable état, el le der- point ronde comme le'i autres, mais descend 

nier auquel on devait avoir égard. Il avait eu pointe par derrière. Les commandeurs 

toujours été purement religieux depuis l.i ont à la 1 outoiinière de leur soutane une 

suppression do la milice, c'étiiit là son der- croix d'or émailléc d(> blanc, et au chœur 

nier état et auquel le roi cul égard : Ulli- une aumusse de moiie violette, si c'est l'été, 

mus status (iKcndilur. oa un camail de même couleur l'hiver. 

Les prêtres de cet ordre sont qualifiés II n'y a que les religieuses de Koine qui 

( hanoines réguliers dans i)lusieurs tiu les gardent l.i clôture ; la plupart demeurent 

(b s souverains jioniifes. Le Saunier prétend dans les mêmes hôpit inx que les reli:;ieu\, 

que ce fui le pape Eugène IV qui les soumit comme à Besançon et en il'autres cmlroil-. 

à la règle de Sjiiit-.\ugus;in, outre ce le de l'Mes sont aussi qui Iquel'ois seules d.iiis 

Gui, leur foiuiatiur. Le cardinal Pierre d'autres mais:ns, comaie à liar-sur-Aubc, 

ISarbo. neveu de ce pape, fui le premier (jui Neulchâleau cl autres lieux. Llles di>enl le 

n'étant point lie I ordre fut fait commandi'iir grand oflice selon l'usage de l'Lglise ro- 

ou précepîeur de l'Iiôpitul du Saint-Esprit maiiie. La plupart ont au chœur un grand 

de Rome, el eu cet;c qualité général de tout manteau noir où il y a une croix bbiiichc! 

l'ordre, ce qui a continué jusim'à présent, iiussi bien (jue sur leur robe, avec un voie 

que les commandeurs de cet hôpital ont élé noir ou espèce! de cape; el dans la maison 

des personnes distingu'es par leur nais- elles ont un voile blanc (4). Celles de Uar- 

sance, à qui les papes ont aecordé celte di- siir-.\ube ont dans les cérémonies et au 

gnité pour lécompenser leur mérite. L'ordre chœur un voile noir d'èlamine, sur lequel il 

de Saint-Iîenoil en a fourni un, celui de y a aussi la croix de l'ordre. 11 y a d s mai- 

Sainl-Augustin un, celui des Servîtes aussi sons de cet ordre à Rome, à Ti»oli, Fnr- 

un, celui du .Monl-l)li»cl deux, et celui des nielli, Tolenlin, Viterbe, Ancone, Kugubio, 

Chartreux un. Il y en a eu jusqu'à présent Floicnce, Ferrare, Alexandrie , Nureie el 

environ soi\anle-dix, depuis le comte Gui de plusieurs autres villes d'Italie. Les princi- 

IMontpellier, fond.iteur de l'ordre, parmi les- pales de Fiance sont à Montpellier, à Di- 

()uels il y a eu un paiie. sept ou huit cardi- jon (5), lte>aiiçon, l'oligny, Rar-sur-.^uiie, 

naux, deux archevêques et douze évêques. et Stéphanfeld en Alsace. Il n'y en a (luu 

Alexandre Néroni , qui était commandeur trois en l'iilogne. dont la prinripale est à 

général en 1515, fut le premierà qui le p.iie Cracovie, qui lut fondée d'abord à l'radnilv 

accurila l'habit violet avec la mosetle el lu par Yves, évê(iue do Cracovie, l'an 1221 

mantelel à la manière des prélats de Rome, (Ouglosz, llist. Polo», lib. vi, pag. (j2()); 

ce (]u'ils ont toujours porte, à moins ()u'i s mais, comme cette maison, qui ctail aussi 

n'aient élé tirés de quelques autres ordres, un hôpital, ne pouvait être souvent visitée 

au(|uel cas ils retiennent aussi, comme les des personnes pieuses, que la cump.issiuii 

prélats religieux, la couleur de l'habit de jiouvail 4iorter à soulager les pauvres, à 

I ordre dont ils sont sortis. Ces cumman- cause qu'elle était trop éloignée de Cracovie, 

deurs ne font ordinairement | rolession de il la transféra dans celte »iile l'an 12V'». il y 

cet onlre qu'au bout de l'an, à moins qii'is a aussi iiii monastère du reli.ieuses à côté 

ne dilTeieiit à la faire pour quelques rai- de cet hôpital, cl il s'en trouve quelqucs- 

(1) l'oy., à la (in du vol., n"« 3S cl T.». ('■) Voij., i l.i (in du vol., ii"* ij cl II. 

(i) Yoy., il la (Ih du vol.. n" iO cl il {'o) Vvy., il la Un du vol., n»> io cl IS, 
('■) \ uij , ià lu lui du vul., 11° 4.!. 



221 



ESP 



ETfl 



2?2 



unes en Allemagne, en Espagne et même 
dans les Indes. (Juoique la ville de Memmin- 
genen Souabe ail reçu la confession d'Augs- 
bourg, et que la plus fîi-ande partie de ses 
habitants soienl hérétiques, il y a néan- 
moins un liôpital de l'ordre du Saint-Esprit 
où les religieux ont une église ouverte; et 
ils portent publiquenieiil le saint sacrement 
aux malades, même dans les maisons des 
éréliques, où il y a des catholiques. L'ad - 
minisiraiion des biens de cet hôpital est en- 
tre les m:iins des magistrats de la ville, et 
les relit;ieux ont seulement soin des mala- 
des. Cet bôpil;il fournit à Tenlrelien de ce- 
lui de WiuiplTeu du même ordre, qui est 
aussi dans la Souabe, et au milieu de l'hé- 
résie. 

Cette croix à douze po'nles, que ces cha- 
noines hospitaliers portent sur leurs babils, 
n'est qu'une nouveauté; ils la portaient an- 
cieniiement toute simple à peu près comme 
la croix de Lorraine, et comme la portent 
les religieux hospitaliers de l'Hôtel-Dieu de 
Coulanci s, qui, à cause de celle croix, qui 
Cil aussi de toile blanche, et que cet Hôtel- 
Dieu est dédié au Saint-Esprit, ont fait des 
tentatives ponr être iticorporés dans l'ordre 
do Saint-Esprit de Montpellier, et par ce 
moyen se soustraire de la jiiridictiou de l'é- 
voque de Coulances, auquel ils sont soi;- 
mis ; mais il y a eu plusieurs arrêts du con- 
seil du roi et du parlement de Norman, lie 
qui leur ont fait défense de prendre la qua- 
lité de chanoines réguliers de l'ordre du 
Saint-Esprit et de porter des aumusses. Ces 
bespitaliers de C<>utances furent institués 
sous le titre de clercs réguliers de l'ordre de 
Sainl-Augusiin par Hugues de Morville , 
évêque de Coulances, l'an 1209, pour des- 
servir l'Hôtel-Uieu de celle ville, et ce pré- 
lat leur donna l'an 1224 des règlements qui 
ont toujours été observés jusqu'à présent ; 
ces religieux sont toujours au nombre de 
douze, dont il y en a six qui demeurent dans 
l'hôpiial ; les autres desservent des cures qui 
en dépendent. L'ordre du Saint-Esprit a 
pour armes de sable à une croix d'argent à 
douze pointes, et en chef un Saint-Espiil 
d'argent en champ d'or dans une nuée 
d'azur. 

Pierre le Saunier, de Cap. orcl. S. Spirit. 
Dissert. lîarbosa, de Jur. Ecdes. cap. 41, 
num. 113. Tambur. de Jur. Abbat. tom. Il, 
disp. 24, nnm. 35. La Terrade, Discours sur 
l'vrdre du Saint-Esprit. De ISlégny, Projet de 
l'Histoire des Religions militaires. Sylvesl. 
MaruI, Mar. Océan di lut. gl. Relig. Pietr. 
Crescenze , Presid. lîoni. Bernard Ciusl. 
Citron, de gl. ord. milit. Hermanl, Ilist. des 
Ord. de chevalerie, et plusieurs factums et 
mémoires concernant cet ordre. 

Ces religieux , chanoines et liospitaTers, 
n'existaient peut-être plus qu'à Kome, où 
ils étaient comptés les premiers dans le dé- 
nombrement des réguliers, ils avaient, il y 
a peu, pour commandeur, Mgr Antoine Cioja, 
et pour vicaire général, le U. P. dom Pierre 



Zeocbini. Le pape Pie IX a supprimé cette 
corporation à Rome, en 1847. 

B-D-E. 

ÉTHIOPIENS ou ABYSSINS (Religieux). 

§ 1". Des religieux et religieuses Ethio- 
piens. 

Comme rEthiopie est divisée en haute et 
basse, nous entendons parler de la haute, 
qui nous est connue sous le nom d'empire 
des Abyssins, et gouvernée par un prince 
que la plupart des historiens nomment com- 
munément Prète-.rean, qui se qn;ililie quel- 
quefois de Colonne de la foi. de la lignée de 
Juda, fils de David, fils de Salomnn, fils du 
la Colonne de Sion, fils de la Colonne de .la- 
cob, fils de Marie, fils de Nahod selon ly 
rhair, fils de saint Pierre et de saint Paul se- 
lon la grâce, empereur do la haute et basse 
Etliiopie, ele., qui sont les titres que prit 
l'empereur David écrivant au pape Clément 
VII en 1533. Mais la foi et la créance des 
peuples de ce vaste empire ne correspon- 
dent guère à ces beaux litres, puisqu'elles 
sont corrompues par plusieurs erreurs; et si 
lis Abyssins ont quelquefois écoulé les mis- 
sionnaires qui leur ont élé envoyés pour les 
faire rentrer dans le sein de l'Eglise catholi- 
que, et qu'ils en aient reconnu le souverain 
chef et pasleur, ce n'a élé que pour un 
temps, car ils n'ont pas persévéré dan.** la 
loi orthodoxe. 

Quelques-uns ont prétendu que le chris- 
tianisme avait élé introduit en Ethiopie par 
l'eunuque de la reine de Candace ; ce que 
d'autres révoquent en doute, parce que cette 
reine ne régnait pas l'ans l'Abyssinie, mais 
seulement dans l'ile de Méroé. D'autres aussi 
rapportent la conversion de l'Ethiopie à 
saint Barthélemi ou à saint Matthieu ; mais 
les Ethiopiens le nient et reconnaissent 
(ju'ils ont été convertis à la foi chrétienne 
(lu temps de saint Alesandi'e, évêque d'A- 
lexandrie, environ l'an 320. En elTet nous 
apprenons de l'Histoire ecclésiastique (i), 
(]ue Frumentius ayant été emmené aux Indes 
par un marchand de Tyr, fut conduit à la 
cour du roi d'Ethiopie, qu 'il y annonça la 
fui de Jésus-Christ; el qu'ayant eu permis- 
sion de retourner à Alexandrie pour rendre 
compte de l'état de ces nouveaux chrétiens, il 
y arriva peu de lems après l'ordination ds 
saint Atlianase, qui l'ordonna évêque du 
pays et l'y renvoya. 

Le christianisme y fil un très-grand pro- 
grès ; cl, conmie les Ethiopiens ou Abyssins 
oui toujours eu un métropolitain, que IVju 
nomme communément patriarche, qui est 
envoyé par celui d'Alexandrie, les Egyp- 
tiens étant tombés dans les erreurs de Dms- 
core et d'antres hérésiarques, ils les onuom- 
muniquéesaux Abyssins par le moyen de ce 
patriarche, aussi bien que quelques obser- 
vations judaïques que l'Eglise d'Alexandrie 
avait relenucs. Les Abyssins ont même ajou(à 
à leurs rites d'autres superstitions juJaï- 



(Ij Sucrai., Wisi. ccd., l,b. i, c. 20; Tlicoduroi. 



iTj Dl( TiONNAIUE DES ORDRES UF.LIGIEUX. 254 

qucs, el aiiKi 01)1 l'ait iiii mélange de lAii- qui lui sont soumis, ou bien il envoie îles 
lien cl du Nouveau Te<tamenl, so S' rvanl conimissairrs qui les visitent pour les cor- 
delà rirconeisioiiau liuiliùnx; jour envers riger el pour punir ceux qui ont commis 
les tilles auss! bien qu'envers les iiareons, ob- quelques fautes. Avant que les llallcs se fiis- 
servant le j >ur ilu sabbat cl le ilimandie, seul emparés du royaume de Shcwa.que 
s'absti'iianl .lussi de vi;iiides immondes cl quelques-uns appellent \oa ou Xao.i, ce su- 
dcfenducs dans rancicniie loi. Je (lasse sous p-rieur ou abbé général des moines de l'Ins- 
siletiee leurs auîres abus comme n'étant litul de 'récl.i-IFaïnianot faisait sa résidence 
poi'il de mon suj t , n'aj.int touclié en pas- au monas'ère de Debra-Lilianus , ou Moiit- 
»aal la rclit;ion des peuples d'KMiiopie que Liban, qu'il a transféré^' ensuile à lingendra ; 
p.ir rafiport aux religieux, qiii ) sont en ce qui faii.dil.M. l,udolf,(|u"un certain moine 
trc<-gtan(l nombre et qoi cnlrt lieniient ces nommé 'reifa-Tiion, qui a inipr uié en l.in- 
neuples dans leurs erreurs. yue éthiopienne le Nou>eau 'l'eslamenl, par- 
La vie monasliiiue y fut iniroduite presque tant de lui et des autres n.oines, à la fin 
eu même temps (lue le { bristianisme , cl, d'un discours qu'il a fait sur saint Mallliieu, 
sous le règne du roi Amiamidas, lils de Sa- dit f|u'ils sont tous enfants du P. Téela-Ilaï- 
ladobas, elle y fut portée par un graml nom- manol du moiiaslére appelé le Mont-Liban ; 
bre de moines de riigypte et d s autres pro- c'est pouriiuoi, continue M. Ludoll', quel- 
vinccs voisines de l'empire roiuaii», ( nire (jues savants otil mal à prop s nommé ces 
lesquels les plus célèbres furent ceux cjui moines Maronites. (>c Téi li-ILiïmanol csl 
cboisireiit leur demeure dans le royaume de en très-grande vénéraliou chez les Llliio- 
'l'igré, cl qui y bâtirent, des cellules. .\Lns piens, qui eu font la léle K' "i'i décembre, ils 
les Abyssins ont cliangé les noms de ces ins- en font aussi meulion dans leurs dipty(iues, 
tituteursdela vicmonastiquedans celempirc, eu d sanl : Suuecncz-VdU.'s, Seigneur, de l'ilme 
à la réserve de celui de l'anlaléon. Les neuf de votre scrvUenr cl notre PcrcTccla-Uiiimu' 
principaux furent, selon eux, abba Arogavi, nul el de Ions ses die plrs. 
abba Pantaléon, i.bba Garima, abba Alef, L<' .«econd inslilut des moines ilTiibiopic 
abba Sahani, abba Afe, abba Likanos, abba est celui de l'abbé liuslase, qui n'est pas 
Adimala , <t abba Oz, appelé au^si abba moins recommandable dans tout l'empire 
Cuba, qu'ils reconnaissent pour saints, ayant iiue Técla-IIaïmanot ; les Abyssins en font 
même bûli des églises en l'honneur de quel- aussi mention dans leurs diptyques en ces 
(lues-uiis de ces premiers solitaires de l'E- termes: Souvmez-vous, Sciiiiieur, de notre 
Ibiopie. J'ère Eustase el de tousses enfants. Si fétc se 
.\t)ba Arogavi, qui avait été dise'ple de célèbre Ie21 juillet. L a eu beaucoup de dis- 
saint l'acôme, fui le premier supérieur d; ciples, à qui il a aussi prescrit des lois ; mais 
ces moines. Il cul pour successeur abba il ne leur a pas donné de supérieur gcnér.il 
Chrislos-Iîesana , abba MesUel-.Moa, abb.i doul ils dépendent, et ils ne se mcttciil pas 
Joanni, etc. Leur ;jus;érilé était si grande, beaucoup eu peine d'en avoir un , sous pré- 
qu'il s'en est trouvé qui se conlenlaicnl texte, à ce qu'ils disent, qu'Eustase étant 
pour un repas do trois dalles seulement, allé en Arménie sans avoir nommé un suc- 
d'aulres d'un petit morceau de pain. Les cesscur, il ne leur est pas permis d'en eta- 
Abyssius leur attiibueiil beaucoup de mira-' blir un : c'est pourquoi l'abbé tic chaque 
clés, aussi bien iju'aux autres saints qu'ils monastère de cet inslilutcsl le maitrc absolu 
ont eu vénération : leur poêles, dans les ver> chez lui, cl peut corriger ses inféri' urs, sans 
qu'ils oui faits à leur loi' auge, leur font Ira us- (|u'ils puissent en appeler; el lors(]u'il meurt, 
porter des munlagm s d'un lieu à un autre, les religieux du mcinc monastère eu élisent 
passer les rivières el les torrents sur leurs un autre. 

iiabils, qui leur servaient de barques. ]\Liis, L'on trou^e parmi les Lettres édifiantes 

entre ces premiers solitaires de l'Lthiojiie, cl curieuses CLTitcs des missions étrangères, 

celui qui, selon eux, a 1 lus excellé en sain- par les missionnaires delà Compagnu; de 

Ictc, csl tJabra-.Menfes-ivcd, doul ils font ;a Jésus (1), la relation d'un vo\a;.re lail eu 

fête tous les mois. Llh opieen 1U!)8, IG'j'Jct 1700, par >L l'omet, , 

Tous les religieux d'Ethiopie se disent de médecin français, qui parait avoir été mal in- 

l'ordre de Saint-.\nloirie ; mais ils ii'oiil pas formé de ce ((ui concerne le clergé séculier 

lous les mêmes observances, étant di> isés en et régulier de cet empire ; car il dil (ju'il n'y 

deux ou trois congrég. liions ou instiluts par- a [loiiit de prêtre en Llhiopic ()ui ne soit re- 

liculieis. Le premier est celui de 'l'éela-llaï- ligieux; que l'empereur Aii-Ilasili. aïeul du 

maiio', (]ui vers l'an (»20 fut le restauralrur prince qui régnait pour li.rs, en lit précipi- 

dc la vie mouasiique en lithiopie : il près- ter sept mille du haut de la monl.igue de 

crivll des b.is particulières aux moinc> qui /lalbnu, pour s'être révoltés contre lui ; el 

se raiigèrcnl .-■ous sa conduite, el voulut en- <iu<> l'on peut juger de la multiliule ((u'il y 

Irc autres choses qu'ils fussent soumis à un en a par ce (]ue lui dit le palriarcbe pré le- 

superieur généial, appelé Icègue, qui, après cesscur de celui qui goinerne présentement 

l'abuna ou patriarche d'Llhiopie, a loiijouis l'I^g'isc d'i;ihio|)ie, ((u'eii une seule ordina- 

ele celui de luiit rem|)ire (|ui a été le plus lion il avait f.iitJiv mille préircs cl six millu 

(onsidcTC p.ir rapport à sa dignité el a sou di.icres. 
autorité. Il fait la visite de tous les religicii"w François Alvarez, auuioiiicr de don Eu»- 

(Ij Le Gobicu, Letlnt idifiuiiui, 4° recueil, p-ig. '2jI. 



2-25 ETIi 

manuel, roi de Portugal, qui ncrompagna 
l'ambassadeur que ce prince envoya l'an 
1520 à l'empereur des Abyssins, cl qui a 
donné la relation de celle ambassade, nous 
assure néanmoins qu'il y a di s prêtres sé- 
culiers en Ethiopie; que depuis qu'ils ont 
clé ordonnés diacres ju>qu"à ce qu'ils soient 
prêtres, ils peuvent se marier une fois seu- 
lement ; qu'ils ne peuvent pas entrer dans la 
iléricalure s'ils ont été mariés ; et que si 
étant prêtres ils se remarient, ils sont dégra- 
dés et réduits à l'état la'rcal, ne pouvant plus 
entrer dans l'église, ce qui n'est permis 
qu'aux prêtres et aux clercs. Sous la qua- 
lité de clerc est renfermé aussi l'ordre de 
lous-diacre aussi bien que celui de diace, 
liue ceux que l'on fait clercs reçoivent en 
même temps et sans aucun cxam n ; car il 
y a un grand nombre de ces ordinands q i 
ne pourraient répondre aux demandes qu'on 
leur ferait, puisque la plupart sont encore à 
la mamelle. L'on peut ajouter foi à cet au- 
teur, qui s'élait liouvé à plusieurs de ces 
ordinations. Dans la première qu'il vit, le 
patriarche ordonna deux tnille trois cent 
cinquante-six prêlrts , parmi lesquels il y 
avait di'S religieux aveugles, d'autres qui 
n'.ivaient qu'un bras, et d'autres qui n'.i- 
viiienl qu'une jambe ; et le p itri.irclin lui dit 
qu'il y iivail eu peu (le prêtres dans cetleor- 
dinaiion, p.rcc que tous ces prêtres n'é- 
taient que des environs du lieu où il était 
pour lors, qu'ordinaircmenl il n'en ordon- 
nait pas moins de cinq à sis mille à la fois, 
et que l'on ne faisait pas l'ordination des 
clercs dans le même leinps. En effet le lende- 
main celle lies clercs se lit et dura depuis le 
malin jusqu'au soir, non pas à cause de la 
longueur des cérémonies qui se pratiqueni 
à l'égard du chaque ordinand , mais à cause 
du grand nombre des personuL's qui rci,urent 
la cléricatuie. 

Comme il n'y a point d'autres évcques eu 
Etliiipie que le patriarche, il fait souvent de 
ces sortes d'ordinations; et jamais abus n'a 
été porté jilus loin que celui-là, ncevaiit in- 
difforemmenl toutes sortes de personnes, 
sans aucine attention aux qualités requi- 
ses. Ainsi jM. Poiicet n'a peut-être point trop 
avancé en disant qu'il avait appris du pa- 
triarche que son prédécesseur avait fait d.ins 
une seule ordination dix mille prëlres et 
six mille diacres, ce (jui a pu se faireendeux 
dfférenis jours , car toute la cérémonie que 
l'on observe dans l'ordination des prêtres 
consiste en ce que le patriarche met la m;iin 
sur la tête de chaque prêtre en disant quel- 
ques prières, et enbuile, après avoir lu quel- 
que temps dans un :ivre, il leur donne à 
tous plusieurs bénédictions avec une croix 
de fer. 

(Quoiqu'il ne soit pas vrai iju'il n'y ait 
point d'autres prêtres en Eihio;iie que les 
religieux, cela n'empêche pas qu'il n'y ait 
un si grand nombre de ces derniers dans c;'t 
empire, qu'Alvarez assure encore que tout 
en est rempli ; qu'oa ne voit que moines 
dans les monastères, dans les églises, dans les 
rues, dans les marchés; qu'il n'a vu aucune 



ET» 



22fi 



église desservie par des prêtres séculiers où 
il n'y eût aussi des leligieux; et qu'il n'a 
trouvé aucun monastère où il y eût des prê- 
tres séculiers. 

M. Ludolf confirme celle multitude de 
moines en Ethiopie ; mais il ne semb'c pas 
être d'accord avec les relations de quelques 
voyageurs louchant les monastères de ces 
religieux, car il prétend qu'ils demeur nt 
ordinairement auprès des éslises dans de 
pauvres cabanes dispersées çà et là dans un 
enclos; qu'ils ne portent point l'habit mona- 
c.il; qu'on ne les distinirue des séculiers que 
par une crois qu'ils portent toujours à la 
main; que leurs demeures ne peuvent pas 
être appelées des cloîtres ; qu'ils ne méritent 
pas le nom de mo nés, et qu'on ne les doit regar- 
der que consme des colonies de gens qui ne 
sont point mariés. 

Cependant Alvarez doit être cru, puisqu'il 
a demeuré six ans eu Ethiopie, qu'il allait 
presque tous les jours au monastère de la 
Vision de Jésus, dont il ne demeurait pas 
loin, et qu'il assistait avec les moines à tou- 
tcsleursprincipales fêles et cérémonies, aux- 
quelles il était souvent invité. Cet auteur, f li- 
sant la description de ce monastère, situé 
dans la province de Tigré, sur une haute 
montagne au milieu d'une forêt et dans une 
alïri use sol.tude, dit qu'ordinairement il y a 
cent religieux qui y demeurent el qui man- 
g nt ensemble dans un même réfectoire, ex- 
cepte les vieillards, qui en sont dispensés, à 
qui l'on porte à manger en particulier; que 
les revenas de ce monastère sont très-consi- 
dérables ; que la montagne où il est situé lui 
appartient entièrement , et qu'elle a plus de 
dis lieues d'étendue ; qu'au bas de cette 
montagne il y a plusieurs fermes qui dépen- 
dent du monastère, outre plusieurs antres 
que l'on Irouv jusqu'à trois journées au delà, 
ijiii s'appellent Gultus, c'esl-à-dire les fran- 
chises de 1 1 N'ision ; qu'il y a encore plus do 
cent villages qui lui payent tous les trois 
ans chacun un cheval, mais qucle procureur 
du monastère prend des vaches à raison de 
cinquante pour chaque cheval ; de sorte qu'il 
reçoit bien par an dix sept cents vaches, 
dont les religieux tirent du beurre pour ré- 
galer les étrangers qui les viennent voir, et 
pour en mettre dans leurs lampes au lieu 
d'huile. ^1 

Comme il y a des auteurs qui ont écrit que 
dansée irionastère il y avait ordinairement 
trois mille religieux, el que l'on avait dit la 
même chose à Alvarez, il y alla le jour d.; 
l'Assoiu] tion (le la sainte Vierge, auquel 
jour les religieux font une procession géné- 
rale ; i! n'y vit néanmoins que trois cents re- 
ligieux ou environ ; et en ayant demandé la 
raison, on lui dit que les autres étaient dis- 
pe:sés dans d'autres monastères ou églises 
particulières et aux foires el marchés, pour 
gagner leur vie pendant qu'ils étaient jeunes^ 
à cause que le monastère de la Vision n'était 
pas en état d'en nourrir un si grand nombre, 
et qiie quand ils étaient hors d'élal de ga- 
gner leur vie, ils venaient passer le reste (!e 
leurs jours au couvent. En etT«t le même au- 



227 



DICTIONNAIRE DES ORDRES RELIGIEUX. 



2Î8 



leur nssiirc cn'"orc que dans toutes les foires 
il dans tous les marchés l'on ne voit que re- 
ligieux cl religieuses qui V IrarKiuenl. 

M. l'oncol lOiilirnic ce "que dii Alvarez de 
l'iuslérilé de ces religieux et de la beauié 
lie quelques monastères en ce pays, et dit 
aussi qu'il y a plusieurs autres monastères 
qui dépendent de celui de la Vision, nom- 
mant entre autres celui d'ilcleni, qui est 
très-beau , et où il y a une mat;ni(iqiic 
église. Il ajoute que les cellules de ces reli- 
pîeux sont si élroiles, qu'un homme a de la 
peine à s'y étendre, qu'ils ne mangent point 
de vian le non plus que les autres religieux 
d'Ktliiopie, qu'ils sont toujours appliqués à 
Dieu et à la médilation des choses saintes, 
et que c'est là toute leur occupation. 

L'abbé du monastère de la Vision le reçut 
avec beaucoup de cliaiilé aussi bien que 
cens de sa suite. Il leur lava les pieds et les 
baisa pendant que les religieux récitaient 
des prières. Après cette cérémonie, ils fu- 
ient conduits processionnellemcnl à l'église, 
les religieux clianlaiit toujours. Ils allèrent 
ensuite dans une chambre où on leur ap- 
porta à manger. Tout le régal consista en liu 
pain trempe dans du beurre; el pour l.ur 
tioisson on leur donaa de la bière, car l'on 
ne boit ni vin ni hydromel dans ce monas- 
tère; et labbé leur tint toujours compagnie, 
mais il ne mangea pont avec eux. 

Le mcinc viyageur a cru apparemment 
embellir la relation de son voyage |iar le 
récit d'un prodige qu'il a vu, à ce qu'il dit, 
dans l'église de ce monastère de la Vision. 
On l'avait assuré que d ms l'église, du côté 
de l'Epîtrc, on voyait en l'air, sans aucun 
appui ni soutien, une baguette d'or, ronde, 
long ;e de quatre pie.ls, el aussi grosse qu'un 
bâton. Croyant qu il y aval quelque arti- 
lice, il plia l'abbé de vouloir i icu lui per- 
mettre 0'c\aminer s'il n'y avait point quel- 
que apjiui qu'on ne vit poi.il. Tour s'ea 
assurer dune manière à n'eu pouvoir pis 
dou'.er, il | assa un bâton pai-dessus, par- 
dessous cl de tous les côtés, el il trouva que 
la ba"uel.c était vèritablenenl suspendue en 
l'air. Les religieux lui dirent qu'il y avait 
environ 33:j ans qu'un solitaire noiiuné Abba 
Pliilippos se relira dans ce désert, où il ne 
se nourrissait que d'herbes et ne buvait que 
de l'eau; et qu'un jour Jésus-Chi isl se (il 
voir .1 lui, et lui onloiina de bâtir un mo- 
nastère dans l'eiidnil du bois où il iroiiv - 
rail une baguette d'or suspendue en l'air; cl 
que l'ayant trouvée et vu ce prodige, il obéit, 
et bâtit ce mon isière qui se nomme ISihen 
Jcsiis, \ ision de Jésus. Cependant Aharez, 
qui a demeuré six ans en Ethiopie et qui 
allait pnsqiie tous les jours à ce monastère, 
comme il le dit lui-même, ne parle point de 
ce prétendu prodige, quoiqu'il ait eu soin l'.e 
marquer tout ce qu'il y avait de plus parti 
culier dans ce monastère. Il n'ignorait pis 
que cet alibe Philippe était non-seulcineiil 
révéré comuie saim p ir les religieux de c 
monastère, mai> encore par les habitants 



des environs, qui cèlèlrenl tous les ans une 
fêle en son honneur; el il rapporte même le 
sujet pour lequel ils l'ont toujours regardé 
comme saint. Ce fut, dit cet auteur, à l'oc- 
casion de ce qu'un roi d'l<"thiopie ayaiil dc- 
fi'iidu qu'on observât le jour du sabbat daii! 
tons les lieux de son obéissance, l'abbé l'iii- 
lip:ie ol ses religieux vinrent trouver « 
piiiicc, et lui firent voir que Dieu avait or- 
donné que l'on garderait le jour du sabba', 
et que ceux qui ne le garderaient pas se- 
raient lapidés. Il ajoute que les religieux de 
ce monastère et les peuples des environs 
.«ont les plus attachés à cette superstition 
judaïque; que lui-nièmc a vu plusieurs fois 
que les religieux cuisaient le pain et ])rèpa- 
raient leur manger le vendredi pour le sa- 
medi ; qu'ils n'allumaient pas même du feu 
le samedi ; et qu'ils n'étaient pas si scrupu- 
leux le dimanche, puisqu'ils préparaient à 
manger ce jour-là. Sur quoi il y a lieu de 
s'elonner de ce que quelques personnes , 
principalement M. Ludoll', aient regardé 
comme une chose innocente l'observation du 
sabbat parmi les Ethiopiens, après que le 
concile de Laodicée a prononcé analbèmo 
contre ceux qui s'abstiennent pir supersti- 
tion des viandes que Dieu a créées, et con- 
tre ceux qui obse. vent le sabbat à la manière 
des Juifs. 

Ce que disent plusieurs écrivains que les 
religieux d'Elhiojiie sont habillés de peaux 
jaunes, se confirme par la relation d'Alva- 
rez, qui dit la même <h()se ; il ajoute qu'il y 
a quelques monastères où ils sont au^si b.i- 
biliés de toile de cotoa jaune, el que ces re- 
ligieux bibillés de jaune ont tous dei 
chapes de la même couleur, fai es comme 
celles des Dominicains. .\ini cela ne s'ac- 
corde pas encore avec ce ((ue dit M. Ludolf, 
que tous les religieux d'Ethiopie sont ha- 
billés comme les séculiers, et ne sont distin- 
gués que par une croix qu'ils portent lou- 
jours à la main (1). A la vérité M. Poneei, 
qui demeure aussi d'accord avec jMvari-z 
que les religieux des monastères de la Vi- 
sion et d'IIèlèni sont habillés de peaux jau- 
nes, parlant aussi de <iuelqiies autres icli- 
gieux (jui sont en grand nombre dans la 
ville de (iondar (séjour ordinaire «les empe- 
reurs), puisque, outre ((iialre chapelles im- 
périales qui sont dans l'enceinte du palais 
de l'empereur, et qui sont desservies par 
cent religieux qui ont aussi soin du collège, 
où l'on enseigne à lire l'Ecriture s liiite aux 
ollkiers de ce prince, il } a environ cent 
églises dans cette ville; il dit iiue ces reli- 
gieux sont buliillés lie même que les sécu- 
liers, cl n'en sont distingues que pa une 
calollo jaune ou violette, el que ces <liver- 
ses couleurs distinguent leur ordre. .Mais il 
y a bien de l'app.irence que ceux qui oui 
une calotte jaune, et qui pour habilleinciil 
portent, comme les séculiers, une \esleou 
soutane noire, sont de rinstitut de l'abbe 
lùistase (2), et les antres qui ont uiu- calollo 
violclle pouiraienl bleu élic ceux (lu'Alva- 



(1) Yi'ij., j 1.1 lin 'lu Vol., Il" 17. 



(J) Voy., il la lin du vol., n' 48. 



229 ETn ETII 2-0 
ppz, Mjirmol, M. Luclolf et quelques autres l'on ne les ordonnait prêtres qu afin qu'ils 
appellent des chanoines. Ceux-ci peuvent pussmt vivre des aumônes de l'Eglise saiss 
(ilre mariés ; leurs enfants leur succèdent quoi ils ne pourraient subsister. 
j;ms leurs i>rébendes ; et quoique la plupirt On peut ju|,'er par la multitude des moinra 
vivent en leur parliculier, Alvarez dit né.in- de ce pays qu'il doit y avoir aussi beaucoup 
moins qu'il a vu quelques rommun.iulés de de mon.istères, n'y ayant guère de ville où 
cos sortes de chanoines. Ces moines, qui, il n'y en ail plusieurs, outre ceux qui ^onl a 
selon M. Ludolf, sont dispersés (à et là dans la campi^^Mieet dans les l)ois. Les plus fa- 
de pauvres cabanes, et dont il dit que la de- nieux sont premi'remen! celui de la Vision 
nieure no peut pas être appelée inon.istôre, de Jésus, celui de Sainte-Anne, situé sur une 
sont sans doute ceux que les couvcnis où i!s nion(ai;ne entre Gondar et Eml'ras, qui est 
ont pris l'hahil envoient pour gagner leur un lieu de dévotion où il vient de bien loin 
vie : et ainsi M. Ludolf ne s'est peut-être pas un grand nombre de personnes en pèlerinage; 
• rompe Icrsqu'il a dit que chacun de ces celui de Tzemba, sur la rivière de Reb, à 
moinPs cultive son héritage, qu'il vit de ce une denii-iieue d • Gondar, qui est très- 
qu'il produil, en pouvant disposer à sa vo- beau et très-grand, aussi bien que celui 
lunté, ayant pouvoir d'aller où bon lui seni- d'HcIcni et celui û' Alléluia. Ce dernier fut 
ble et de revenir quand il le juge à propos, ainsi nommé, à ce qne disent cos moines, 
Il pouvait même ajouter (jue ces moines Ira- par celui qui en fut le premier abbé, sur le 
fiquaient, et que les marchés en étaient rem- rapport d'un ermite qui, étant en oraison, 
plis, comme nousavons dit.Cepcndantquai.d vit en extase et entendit des anges qui th.m- 
ils sont retournés dans leurs couvents, ils y laient Alléluia dans ce lieu, 
vivent en commun cl très-ausièrement, sous II y a aussi un grand nombre de relig'eu- 
la conduite d'un supérieur dont ils dépen- ses en î'^lhiopio, qui sont pareillement ha- 
denl entièrement. billées de toile de coton ou de peaux jaunes, 
H y a de l'apparence que ce monistère de cl ne portent ni manteau ni capuce. Elles 
la Vision et les auires qui y sont unis sont ont la télé risée, autour de laquelle elles 
de 1 institut de Tecla-Ha'imanot , puisque ont un bandeau de cuir lar;,'e de doux doigt , 
l'abbé de ce monastère en est non-seulemont qui, passant par-dessous le menton, se^lio 
le supérieur, mais qu il a aussi une juridic- sur le froni, et dont les deux bouts pendent 
tion sur les autres qui en dépendent, dans sur les épaules (1). Il y en a qui croieni que 
lesquels il n'y a poi.it d'abbés, mais seule- ce n'est (]u • ihabilloment dos novices, et 
oient des supérieurs qu'il nomme; et cet que les professes peuvent mettre un voile 
abbé de la Vision pourrait bien être le même ci un mantiîau. D'aiiires disent que cela n'e>l 
qui a eu autrefois sa résidence au monaslôie permis qu'ans vieilles. Elles ne sont point 
de Debra-Libanos, et ensuite à Bagendra, ronfemiécs dans des monasièrcs, mais elles 
qu'il aurait encore transférée au nionaslèic dcnjeurenl dans les fermes et les villages qîii 
do la Vision. A l'éi^ard des monastères de dépendent et obéissent au monastère (,ù 
l'île de Saint-Claude, de Sainlc-Annc, do elles ont pris l'Iiabil. Alvarez dit avoir vu 
Tzemba et des autres dont parle AI. Poncel, quehiues communautés de religieuses qui 
qui ont chacun un abbé, ils sont sans doute ont néanmoins la liberté de sortir de leurs 
de l'institut de l'abbé Eust.ise, pour les rai- maisons pour aller où bon leur semble. Il y 
sons que noiis avons dites ci-dessus en par- a de ces religieuses qui mènent une vie as- 
lant de ces doux restaurateurs de la vie mo- sez réglée, mais il y en a beaucoup qui ne 
nastique en Eihiopio. croient pas que ce soit un déshonneur pour 
Tous ces moines, selon M. Ludolf, peu- elles d'avoir des cnf.inls. Schojnebeck met 
vent exercer des ofiiccs civils, et mémo avoir leur iiistiinlion vers l'an 1325, par 1 1 véné- 
des gouvernements de province, ma s il n'est rable mère Iniala; mais c'est apparemment 
permis à qui que ce soit d'entre eux de ro- sur Ja relation du P. Louis d Ureta do l'or Ire 
noncer à la vie monastitiue ; et, s'ils sema- de Saint- Dominique, qui, dans l'iiislojre 
rient, ils sont regardes comme des infâmes, qu'il a donnée d'une province supposée da 
et leurs enfints ne peuvent jamais parvenir son ordre en Ethiopie, a prétenlu que pres- 
à la c'éricai.urc, n'y ayant rien tani que les que tous les religieux de ce pays étaient da 
Ethiopiens souliailent avec plus de passion Tordre de Saini-Doniiniquo, ei que la mère 
(]ue d'être prêtres, allu d'avoir la vie asu:- linata fonda un monastère du même ordre 
rce, ce qui l'ait iju'il y en a un si grand pour d s religieuses à Bcdenagli, où il u'y 
nombre; en elTol, Alvarez s'élonnant de la- en eut d'.ibord que cin(|uante, mais doiil le 
bus que le p.îlriarche d'Ethiopie cûmme.tait ii aibre angmeuia jusi|u'à cinq mi le après 
en ordonnant un si grand nombre de pic- la mort de celte prétendue fondairice : ce (jui 
très, quoi(iue parmi ces prêtres il s'en trou- n'est pas moins fabuleux que ce qu'il rap- 
vài plusieurs qui étaient aveugles, d',;ulres porie des couvents de P.urimanos et de !'A!- 
qui n'avaient qu'un bras, el d'autres qui leiiia, où il met neuf mille r. ligieux de son 
n'avaient qu'une jambe ; ce grand nombre crJre dans lu premier, el sept mille dans 
de prêtres parai-sant d'ailleurs inutile, puis- l'autre, sans compter les doniosti{|uos qui 
que l'on ne dit qu'une messe par jour dans suut au nombre de plus de tro s nulle dans 
chaque église, il en témoigna sa surprise à celui de Plurimanos, comme nous l'avons dit 
celui qui faisait la louciion de grand vicaire au long à l'article Dominicains. 
du patriarche. Cet homme lui répondit q le \ oyez Job Ludolf, llist. Etidop. el #'.« 
[t) Fi^y., à la fin du vol., u" 4'J. 



2iJ 



Commrnlaire sur lu mnne Histoire; Franr. 
Wvurcz, sm yoi/niie en lîthinpic: Maniml. 
nescription de l'Afri'iiie : Louis d L'rcl.i, llisi. 
lie la sngrada orden de l'rrdic. et) Klliiopm: 
pl le 1'. le (johion. '*■ Ilecueil des Lettres Edi- 
fiantes des missions étrangères. 

§ 2. D:s jeûnes et ahstinenccs des moines et 
des religieuses en Ethiopie. 
Los jeûnes cl abliiienrcs >les moines nia- 
roniU's,aruién eus, jacobiles et copies, sdiU 
l'.rn lie clmse en coinparaisou des jeûnes ol 
morlilicalioiis des moines élliiopiens, qui 
coiiimciuenl avec les séculiers le carcîme île 
l'Eglise universelle à la Sexagéiime, el qu'ils 
■ ibservcnt lrc>-rigoureuseinent , ne inaii- 
geanl. pendant tout le l 'iiips qu'il dure, que 
du p:iin el ne buvant que de l'eau. Il est 
vrai qu'ils trempent leur pain dans une es- 
père de sauce qu'ils font avec de la graine 
decauiïa, qui est fort cuisante à la bouche. 
Ils se servent eneore d'une aulre graine 
qu'ils nomment lehtia, qu'ils accommoilenl 
eu manière de moutarde. Il se trouve beau- 
coup de ces nligicux qui par dévotion ne 
mangent poinl de pain pendant lout le c.i- 
léme; quelques-uns même s'absiicnr.ent 
d'en manger toute leur vie, et mangent seu- 
lement de l'agrinos, qui est une herlie qu'ils 
font cuire dans de l'eau, sans sel ni beurre, 
et sans autre assaisonnement. Quand ils 
n'en peuvcni pas trouver, ils usent de qU' I- 
(jiies légumes, comme fèves, lentilles cl a .- 
1res semblables, qu'ils fonl seulement an);)l- 
lir dans de l'eau. Ouelques-uns portent uu 
liabit de cuir sans manelies, ayant les bras 
lout nus ; plusieurs oui sur leur chair une 
rcinlure de fer large de quatic doigis, avec 
des poiii(es qui entrent bien avant dans la 
ihair; d'autres ne s'asscjcnl point pendant 
lout le temps du cart'mc, mais demeurent 
toujours debout. Il y on a aussi qui pendant 
ce tcnips-là se vont leniinner dans des ca- 
vernes, où ils vivent d'herbes et de lentilles 
seu'cUK'nl. Il y a cnc.irc beiucoup de reli- 
gieux il de religieuses qui tous les niercre- 
ilis et vendredis du c.iréiue passent II nuit 
dans I eau. François .\lvarez dit qu'il avait 
do la peine à le croire; mais qu'ayant été 
avec plusieurs personnes sur le bord d'un 
lac, ils virent qu'il y en avait une inlinilé 
d.iiis ce lae. et que quelques-uns étaient 
dans de petite; loges d • | ierres bàlics e\- 
prés. Il y a do ra|)par(iiee que les nuils sont 
iiien friiiiles en ce pays-la ; autrement ce ne 
serait pas une nmrtilicalion de rester dans 
l'eau iniidanl la nuit dins le temps du ca- 
rême, dans un p.iys où le soleil e>l très-ar- 
dent en ce tcin|)s-là, il où niéme les fruits 
d'automne de nos quartiers sont en matu- 
rité, l'.nfin il y en a qui se retirent dans d s 
solitudes le. plus affreuses cl des foré s les 
plus épaisses, où ils ne voient aucun homme, 
lai-anl pénitence dans ces lieux écartes. 

«.Itioiqu'il y ail près de deux cents ans 
qn Alvarez ail écrit sa rel ition où il l'ail un 
détail d>" ces pénitences et de ces niorlifiea- 
tions des religieux d'Ivthiopie, il stinblc 
iiéamiioiiis qu'ils n'en aient rien diminue 



PlCTIONNAirîE DES OUDRES RELIGIEIX. 5r.2 

jus^iu'à [irésont : car M. Poncct, qui y était 
en 171)0, dit aMiir vu dans le monastère de 
la Vision de Jésusun vieillard âgé d'envii oit 
soixante-six ans, frère du gouverneur de 
ligré, qui n'avait \ écu pendant sept ans que 
de feuilles d'olivier sauvage, rt que ceile 
morlilicalion lui avait causé un crachement 
de s;ing qui rincomn.odail beaucoup ; c'e^t 
pourquoi il lui ordonna quelques remèdes 
el lui prescrivit un régime de vie. 



La snanlère la plus ordinaire i!e j ûner 
pirmi ces religieux est de ne manger sou- 
ieinent que de deux jours en deux ji:urs, el 
toujours le soir ipiand le soleil est couche ; 
mais le samedi ni le dimanche ils ne jeûnent 
point ; et comme dans chaque église il ne s'y 
dit qu'une messe par jour, ils ne la cclé- 
brenl que le soir les jo irs qu'il.s jeûnent, el 
tous y communient, après quoi ils vont man- 
ger. La raisin qo'ils en donnent, c'est c;u'ils 
disent que Noire-Seigneur Jésus-Christ fil la 
cène le soir un jour de j une. Aux aulri's 
jours qu'on ne jeûne point, ils la disent le 
matin. 

Ces religieux se lèvent deux heu-.es avant 
le jour pour dire leurs malinrs cl ne man- 
gent jamais de viande dans I;' couvent. Mais 
Alvarez remarque que lorsqu'ils se trou- 
vaient avec les Portugais . ils ne laissaient 
pas d'en manger 1 1 de boire du vin, pourvu 
qu'ils n'eussent point de compagnon, de peur 
qu'il n'en ave lit le supérieur, qui les au- 
rait eliâiiés sé\èremcnl pour celle transgres- 
sion. M. l'oncet dit qu'il en a vu qui se le- 
vaient deux fois la nuit pour chanter d^-s 
psaumes : peut-être que c'est selon les dilTé- 
rcnis insllluls qu'il y a en ce pays, soit de 
l'abbéTécla-Haïmanot,soilde l'ablieKuslase. 

Outre le carénii' dont n-ms avons parle, 
qui dure cinquante jours, .^i. Poucet dit qu'i s 
en ont emore trois autres, de même qu' le 
reste du peujde : savoir, celui de saint Pierre 
tl de saint Paul, qui dure queli)uer,)is qua- 
rante jours et quelquefois moins, sebiu que 
la fcle de Pâques eslpUis ou moins avanree ; 
celui de r.\ssomptio I de Notre-Dame, qui 
est de quinze jours ; el celui de t'Avent, qui 
est de trois semaines. François Alvarez mar- 
que néanmoins ces carêmes d'une aulre ma- 
nière que M. Poncct. Duire le carême de la 
llésuriection de Noire-Seigneur , qui com- 
mence à la Sexagcsiiiie, il dit qu'ils jeûnent 
depuis le lundi de la Trinité jusqu'au jour 
de la Nativité de Noire-Seigneur ; que de- 
puis ce jour-là jusqu'à la Purification de 
Notie-Uame, ils ne jeûnent point, m .is que, 
les trois jours qui suivent celte f..'le, ils ne 
mangent qu'une f. is en ces trois jours, ce 
qu'ils appellent la pénitencede Ninive. Nous 
aimons mieux ajouter foi à Alv.irez, qui était 
|)lus insiruil que M. Poucet de ce qui regar- 
dai! la religion el les impurs des Ltbiopien.;. 
Dans tousces carêmes on ne se sert ni d'ieufs, 
ni de beurre, ni de fromage ; ou |eùne avec 
la même rigueur lous les vendredis de l'an- 
née. On ne dispense personne du jeûne, les 
jeunes gens, les vieillards et même les ma- 
l.ldes y sont obligés. 

.Mais, a\cc tant d'auslcrilés ri de morlifi- 



353 



ETI 



ET/ 



23J 



calions, ces relip;icux son! si attachés à leurs 
erreurs, qu'ils n'écoutent point les mission- 
naires qui vont chez eux pour les faire ren- 
trer au sein de l'Eglise. Ils se sont toujours 
opposés à leurs bons desseins en empêchant 
que les peuples ne se ronvertissent. Ils leur 
inspirent tant d'aversion pour les Europé- 
ens, qui sont blanes par rapport à eux, qu'ils 
leur font mépriser et même haïr tout ce qui 
est blanc ; c'est pourquoi, s'ils représentent 
saint Michel terrassant le diable, saint Mi- 
chel est de couleur olivâtre, qui est celle des 
Abyssins, et le diable est blanc. 

Le pape Clément VII, aQn d'attirer ces 
peuples à la foi orthodoxe et les ramener au 
sein de l'Eglise, leur accorda en 1525 l'é- 
(rlise de Saint-Etienne qu'on nomme des In- 
diens ou des Maures (1), à côté de laquelle 
il y a un hôpital oiî ceux qui viennent à Rome 
sont logés et entretenus aux dépens du pape. 
Grégoire XIII ordonna que lorsqu'il y aurait 
des Abyssins à Rome, on leur fournirait du 
palais tout ce qui leur serait nécessaire (2). 
Innocent XII, imitant la piété de ses prédé- 
cesseurs, a établi un fonds decinquante mille 
écus romains de revenu pour envoyer des 
missionnaires en Ethiopie et dans les autres 
provinces de l'Afrique.' 

ils ont une chapelle à Jérusalem dans l'é- 
glise du Saint-Sépulcre, oii ils font l'office 
suivant leur rite ; et , selon les relations de 
plusieurs voyageurs, ils le font avec tant 
J'indévolion et d'irrévérence, qu'ils s'attirent 
le mépris de tous les étrangers. Mais, comme 
il y a peu de voyageurs qui s'accordent en- 
semble, M. Poncet, parlant de leurs céré- 
monies de la messe, dit qu'elles sont majes- 
tueuses. 11 y avait autrefois plusieurs moi- 
nes Ethiopiens qui allaient tous les ans eu 
grand nombre en pèlerinage à Jérusalem, et 
faisaient en sorte de s'y trouver la semaine 
sainte. Alvarez dit qu'étant à Barua dans le 
gouvernement du Bernagas , il y eut une ca- 
ravane composée de trois cent trente-six. 
moines et de quinze religieuses, qui partit 
pour ce voyage, mais qu ils furent pris par 
les Arabes ; que les vieux furent tués, les 
jeunes vendus pour esclaves, et qu'il n'y eu 
eut pas plus de quinze qui se sauvèrent. De- 
puis ce temps-là ils n'ont point été à Jérusa- 
lem en caravane; il y en a seulement quel- 
ques-uns qui y vont comme passagers. Nouà 
donnonsl'habillementde ces religieuxet reli- 
gieuses tel que ledécriventAlvarezelM. Pou- 
cet. 

Voy. Fran. Alvarez , Yoyaqe d'Elhiopu. 
Le Gobien, Lettres édifiantes des missions 
JV' vol. Le Monde de Davity ; et Morigia, 
Jlist. de toutes les religions, c. 10. 

ETIENNE PAPE ET MARTYR (Ordre mi- 
litaire DE Saint-), en Toscane. 
Pendant que l'on travaillait en Espjigne et 
en Portugal à la réforme des monastùres de 
l'ordre de Saint-Benoît, ce môme ordre ac- 
quit un nouveau lustre en Italie par l'insti- 
tution de celui de Saint-Etienne, qui com- 



. prend des chevaliers et des chapelains, des 
religieux et religieuses , qui sont l(.us sou- 
mis à la règle de Saint-Benoît. Ce qui donna 
lieu à l'institution de cet ordre militaire, fut 
la victoire que Côme de Mélicis, qui fut pre- 
mier grand-duc de Toscane, remporta pro- 
che Marciano, l'an 1554, lii deuxième jour 
d'août, fête de saint Etienne pape et martyr, 
sur le mnréchal de Strozzi, qui commainlail 
les troupes de France. Ce prince, pour con- 
server la mémoire de cette viitoire, qui lui 
assurait la souver.iineté de la Toscane, ob- 
tint du pape Pie IV, l'an 1561, une bulle qui 
lui permettait de fonder cet ordre militaire 
sous la règle de Saint-Benoît, dont la princi- 
pale fin serait de défendre la foi catholiqueet 
de faire la guerre auxcorsaiiesqui par leurs 
pirateries empêchaient le commerce de la 
Méditerranée. Côme de Médicis ayant ins- 
titué cet ordre et dressé des statuts , que les 
chevaliers devaient observer, le même pon- 
tife l'approuva par une autre bulle de l'an 
1562, et déclara ce duc de Toscane et ses 
successeurs grands maîtres et chefs de cet or- 
dre, auquel il accorda plusieurs privilèges, 
affranchissant de la juridiction desordinaircs 
non-seulement la personne des chevaliers, 
mais même leurs biens , en ce qui regardait 
les commanderies et bénéfices, les exemptant 
de toutes sortes de décimes, leur permettant 
de se marier et de pouvoir posséder des pen- 
sions sur des bénéfices jusqu'à la somme de 
deux cents écus (même ceuxqui auraient été 
mariés deux fois), ce qui fat augmenté jus- 
qu'à la somme de quatre cents écus d'or par 
les papes Sixte et Paul V. 

Comme le duc de Toscane fonda cet ordre 
à Pise, il voulut que la résidence ordinaire 
des chevaliers se fît en celle ville, où il leur 
fit bâtir deux maisons conventuelles, aux- 
quelles il joignit une magnifique église, que 
ses successeurs ont eu soin d'embellir. Ces 
deux maisons sont les principales de l'or- 
dre; il y a toujours un grand nombre de 
chevaliers qui y demeurent, avec des cha- 
pelains pour fiire l'office divin, lesquels 
chapelains sont aussi chevaliers et religieux 
de cet ordre, et vivent en commun sous l'o- 
béissance d'un grand prieur, qui est grand'- 
croix de l'ordre, et qui se sert d'ornements 
pontificaux dans les fonctions ecclésiastiques. 

A peine cet ordre eut-il été établi, que les 
chevaliers se mirent en mer l'an 1563 et con- 
tinuèrent pendant plus d'un siècle à donner 
des preuves d'une valeur peu commune; 
car cette même année 1563 ils s'emparèrent, 
avec leurs galères, de quelques vaisseaux 
turcs, et donnèrent la chasse aux galères de 
Rhodes. Ils se joignirent, l'an 1564, aux ga- 
1ères d'Espagne, qu'i's aidèrent à prendre la 
forteresse de Pignon. Ils donnèrent secours 
l'an 1563 aux chevaliers de Malte, lors- 
que les Turcs assiégèrent leur île. Ils atta- 
quèrent en 1368 deux vaisseaux d'un fa- 
meux corsaire nommé Carasceli, et s'en ren- 
dirent maîtres. Ils armèrent en 1571 douze 
galères, avec lesquelles ils se joignirent à 



(1) Abb. Piazza, Uper. piedU(oma, Irait. 2, cap. 5. (i) Ibid., Tratt. 5, cup. 5. 

Dictionnaire des Ordres religieux. H. 



S35 

l'armôc des 



DCTIONNAIIIK DKSOnURES nrUClfLX. 



23« 



rhrôlirns qui rcinporl.'i la Ti- 
iiiousc victoire de Lépiiiile. Le corsaire l!ar- 
beroU'isc éprouva !cur vylcur en 1572 lors- 
qu'ils lui (irirenl sa ca|)iiaiic ; ol , après 
avoir rcmpinlé plusieurs atanlagcs sur les 
iiifidùlcs, ils obligèrent le (iraiid Seii;neur à 
demaiuler la paix. Les arlicli s (■ronl dres- 
ses de part et d'autre ; mais le chevalier 
lluoii;;iaiini Gianfiliazzi avant élu envoyé à 
Constanlinop e pour la faire r.ililior, il trou- 
va que les Turcs avaient changé de senti- 
ment , el retourna en Italie sans avoir exé- 
cuté sa commission. Ainsi la puerre recom- 
mença entre les infidèles et Cômedc Méd.cis, 
ijui avait été lait {;rand-duc par le pape Pie 
V, l'an loC9, malgré les oppositions do l'em- 
pereur Maxiinilien et de Philippe 11 , roi 
cl Espnsnc. 

François de Médicis ayant succédé à son 
père Côme l", fit armer les galères, qui rem- 
poilôrcntde nouveaux avantages. Les che- 
valiers de Sainl-Elicnne s'emparèrent du 
Cole en Uarbaric, en 1582, de Monaslero et 
de quelques autres places en 1583, de Chio 
en lo'JO, de Preveza, sur les frontières d'Al- 
banie, en 160i. Ferdinand 1", qui hérita des 
Etats de son frère François, renforça l'esca- 
dre des chevaliers de Saint-Etienne de huit 
galères et six gallions. En 1607 ils saccagè- 
rent la forteresse de l'one en Barbarie, et 
voulurent s'emparer de Famagosle en Chy- 
pre ; mais ils furent repoussés par les Turcs, 
qui, croyant vaincre encore ces chevaliers, 
mirent en mer l'an IGOS une armée de qua- 
rante-cinq galères. Les chevaliers ne lais- 
sèrent pas de les attaquer, quoiqu'ils n'eus- 
sent que six galères et onze gallions, et les 
obligèrent de prendre la fuite. Côme II ayant 
rejeté les propositions do paix que la Porte 
îui avait faites, arma de nouveau ses cheva- 
liers, qui prirent l'an 1610 Hischieri en U.ir- 
barie, Disto en Négrepont, l'an 1611, Chier- 
mon l'année suivante, et la forteresse d'Eli- 
m in. dans la Caramanie, l'an 1613, d'où ils 
icniporlèrent de riche» butins. 

Après la mort de Côme II, Ferdinand II 
lui a.» uni succédé, il ue lémoigna pas moms 
d'.irdeurà faire agir les chevaliers de Sainl- 
Eti<iine, qui, après s'être encore emparés de 
liischieri, prirent en 162'v vingt-cinq galères 
turques et un grand nombre de petits bâti- 
ments, dont on voit encore les dépouilles 
dans les couvents de cet ordre à Pise cl à 
Livourne. Le long siégo de Candie fut en- 
core une occasion à ces chevaliers pour faire 
preuve de leur valeur, et, ciuoiquc la paix se 
lit l'an 1670 entre les \ éniticns et le Grand 
Seigneur, ils ne laissèrent pas de poursui- 
vre leurs avantages sur Us tioupes ottoma- 
nes. On compte plus de, cini mille siv cents 
chrétiens qu'ils ont délivrés des fers, et qua- 
torze mille huit rent-soixante et onze escla- 
ves ()u'ils ont faits jusqu'en 1678. Depuis ce 
temps- 1.1 on n'a guère parlé de leurs expé- 
ditions, si ce n'est qu'en 168't, la république 
de Venise ct.inl entrée encore en guerre .ivec 
les Turrs, les galères du graml-duc se joi- 
Vo;/., a la lin du vol., ii" .' 0. 
Vo'i: à b lin du \ol., n° 61, 






gnirent à l'armée des Vénitiens comme trou- 
pes auxiliaires. Les figures de bronze de Côme 
l'^ctdc son fils I''crdinaiid 1", qui sonlà Flo- 
rence dans la place Dui aie et dans celle de 
l'Annonciadc, ont été faites des canons pris 
sur les inridclos, comme il parait par l'ins- 
cription qui est sur le piéilest il de la pre- 
mière, où on lit ces paroles : Di métallo 
rapilo al ficro Trace. 

Il y a dans cet ordre des chevaliers de 
justice, des chapelains et des frères ser- 
vants. Parmi les chevaliers de justice, qui 
sont obligés de faire preuves de noblesse de 
quatre races, il y a aussi des ecclésiastiques 
obliges aux mêmes preuves, et les uns et les 
autres portent la croix rouge à huit angles 
criée d'or, tant sur le c6ié gauche de leiir 
habit que sur le manteau. Les chapelains ou 
prêtres d'obédience sont véritablement reli- 
gieuxet portent du tôle gauche la croix ron- 
georlée seulement de soie jauni', et les frè- 
res servants la portent de même, au côiêdrnii. 
Il y a aussi, comme dans l'ordre de Malle, des 
demi-croix. L'habit do eéréinonio des che- 
valiers consiste en un grand manteau de ca- 
melot blanc doublé de lafTetas incarnat , avec 
des cordons de même couleur pendant jus 
qu'à terre (1). Celui des chapelains consiste 
en une soutane blanche doublée de louge, un 
camail aussi de camelot, sur le(|uel est la 
croixdel'ordrectun roi het (2). Leur habit or- 
dinaire pour le chœur consiste en une soutane 
noire, un surplis et une aumusse noire sur 
le bras, sur laquelle aumusse est la croix de 
l'ordre (3j. Et l'Iiabil des frères servants n'est 
que de serge ou rase blanche avec dos man- 
chesêiroites, doublées de taffetas rouge et la 
croix du côte ilroii. 

Le conseil de l'ordre est composé de douze 
chevaliers, qui s'assemblent à Pise dans 
l'un des deux palais où sont la chancellerie 
et les archives, pour y traiter de toutes les 
affaires qui cuncerneui l'ordre, tant pour le 
spirituel que pour le tein|.iorel. Les cheva- 
liers grdii'i'troiï et ceux qui sont obliges de 
servir sur les galères pour faire leurs cara- 
vanes, doivent résider dans 1 un dos dcu\ 
palais, où ils sont nourris et entretenus aux 
dépens de l'ordre, et les novices y sont ins- 
truits de tous les exercices quiconvionnenlà 
la noblesse. 

Les principales dignités de l'ordre sont 
les grands commandeurs, dont l'ofiice dure 
pendant la vie du grand maitre; le grand 
eonnét.ible , l'amiral, le grand prieur du 
l'ouveal, le grand chancelier, le trésorier gé- 
néral, le conservateur général et le prieur 
de l'église, qui s'élisent tous les trois ans 
dans le chapitre général, où se trouve le 
grand-duc comme grand maître, cl où on 
elit aussi les chevaliers à la grand'croix et 
les douze qui doivent roniposer le conseil. 
Ce chapitro se lient le dimanche in Albis : 
tous les chevaliers qui sont en Toscane 
sont obligés de s'y trouver. Il y en a tou- 
jours plus de trois cents. Les frais de leur 
voyage leur sont payés, et ils sont nourris 

(■) Y(iy , il la fin du vul., n*52. 



237 



ETO 



Pi logés avec leurs seivileurs pendant le 
temps du chapitre. L'ordre possède vingt- 
trois prieurés, Ireiile-cinq bailliages, et an 
très-grand nombre de commanderies. Lors- 
que les chevaliers font profession, ils font 
vœu de pauvreté, de charité et d'obéissance; 
et les chapelains, comme religieux, de pau- 
vreté, de chasteté et d'obéissance. Le grand 
maitre donne l'habit aux chevaliers, et leur 
fait faire pofession ; et les chapelains ne la 
font qu'entre les mains du grand prieur, qui 
leur donne aiis^i l'habit. 

Bernard Giusiiniani, Hisl. Chronol, de gli 
Ord. milit. et relig. caval., tum. II. Fran- 
cise. Mennenius, de Ord. milit. Silvestr. 
Maurol. Mar. Océan, di tult. gl. Religion, 
Ascag. Taniburin., (/eyiir. Abbat. lom. Il, 
disp. 24. qiiœsl. 5, n. 85. Bullarium Roma- 
num, ei Slatuli et Constitulioni deW Ordine 
dis. Stefano. 

Après que Côme I", duc de Toscane, eut 
institué l'ordre militaire de Saint-Etienne, 
l'an 1582, pour des chevaliers, des chape- 
lains et des frères servants, comme nous 
avons dit, il voulut encore y joindre des re- 
ligieuses, pour imiter davantage l'ordre de 
Malle, qui lui avait servi de modèle pour 
former celui de Saint-Etienne. C'est pourquoi 
les religieuses Bénédictines qui desservaient 
l'abbaye de Saint-Benoît de Pise, quiav.il 
été donnée à l'ordre de Saint-Etienne par le 
pape Pie IV l'an 1565, furent incorporées à 
cet ordre, et en prirent l'habit. Le second 
monastère de ces religieuses fut fondé à Flo- 
rence l'an 1588 sous le litre de l'Immaculée 
Conception, et le pape Clément VIII approuva 
cet établissement l'an 1592. Le P. Bonanni, 
Jésuite, dit que ce fut Eléonore de Tolède, 
femme de Côme I"', qui fonda ce monastère; 
mais cette princesse ne peut pas en avoir été 
la fondatrice, puisque Côme 1^' mourut en 
1574 et qu'il n'avait épousé Eléonore de To- 
lède qu'en premières noces. 

Les religieuses de cet ordre doivrnt faire 
prouve de noblesse; elles ont pour habille- 
ment une tunique ou robe de laine blanche, 
avec un scapulaire de même étoffe, et sur le 
côté gauche une croix rouge comme celle 
dos chevaliers (1) : celles de Florence y ajou- 
tent une tresse de soie jaune à l'entour. Au 
chœur et dans les cérémonies elles ont une 
coule blanche avec de grandes manches dou- 
blées de talîetas incarnat [■>). Les abbesses 
portent la crois plus grande, de velours rou- 
ge ; les sœurs servantes ou converses la 
portent de serge rouge, mais plus petite que 
celle des sœurs du chreur. 

Philippe Bonanni, Cutnlogus Ordinum re- 
ligios. in Eccles. milit., pari. ii. 

ETIENNE DE STRASBOURG (Saint-). Voyez 
Cologne. 

ETOILE DU MIÎSSINE. Voyez Ampoule 
(Sainte-). 

ÉTOILE DE NOTRE-DAME {Cuevaliers 
DE l'). Voyez Ampoule (Sainte-). 



ETO 23» 

ÉTOILE en France (Ordre db l'). 
Des chevaliers de l'ordre de Notre-Dame de 
ta Noble Maison, communément appelé 
l'Ordre de l'Etoile, en Franre. 

Favin attribue l'institution de l'ordre do 
l'Etoile à Robert, roi de France, et prétend 
que ce prince ayant pris la sainte Vierge 
pour la protectrice de cet ordre, lui donna 
le nom de l'Etoile, parce qu'il regardait cette 
reine des anges comme l'étoile de la mer et 
la guide de son royaume. Il ajoute que cet 
ordre était composé de trente chevaliers, y 
compris le roi, qui était le chef et le souve- 
rain grand maître; que les cérémonies de 
l'institution en furent faiies le jour de la na- 
tivité de la sainte Vierge au mois de septem- 
bre de l'an 102-2, dans la chapelle du Palais, 
dite Notre-Dame de l'Etoile, qui est la basse 
Sainte-Chapelle, et que les premiers qui fu- 
rent honorés de cet ordre .iprès le roi furent 
ses trois fils, Hugues le Grand, Henri l""^ et 
Robert, duc de Bourgogne; Richard H, duc 
de Normandie el de Bretagne, Guillaume III 
dit Tête d'Eloupes, duc d'Aquitaine, comte 
d'Auvergne et de Poitou; Guillaume Jll, 
comte de Toulouse; Baudouin à la Belle- 
Barbe, comte de Flandre; Hébert le Vieux, 
comte de Troyes ; Odom, comte de Beauvais ; 
Geoffroy Grise-Gonelle , comte d'Angers; 
Amaury, comte de Noy on, et Baudouin de l'Ile, 
comte de Hainaut, Gis de Baudouin ù laBelle- 
Barbe. 11 fait même la description de l'habil- 
lement que portaient ces chevaliers. Leur 
manteau, à ce qu'il dit, était de damas blanc, 
le maatelet et les doublures de damas incar- 
nat, et la cotte ou gonelle de même, sur 
laquelle était une étoile d'or en broderie; le 
grand collier était aussi d'or à trois chaînes, 
entrelacées de roses de même émaillées al- 
tern;ilivement de blanc et de rouge (3). 11 
ajoule que ces chevaliers étaient obligés de 
dire (eus les jours en l'honneur de la Vierge 
la couronne ou chapelet de cinq dizaines , 
avec quelques autres prières pour le roi cl 
l'Etat, et il rapporte une oraison qu'il pré- 
tend que ce prince avait composée lui- 
même. 

Si nous voulions encore ajouter foi à cet au- 
teur, Philippe-Auguste avait reçu de Louis VII, 
son père, dans l'abbaye de Saint-Denis en 
France, le collier de cet ordre l'an 1180, le 
jour de son couronnement. Le même Phi- 
lipi>e le donna en la ville de Gournay en 
Normandie, à Artur, en lui donnant l'inve- 
stiture des comtés de Bretagne, d'Anjou et 
de Poitou. Louis VIII fut fait aussi chevalier 
de cet ordre le jour de son sacre, l'an 122V, 
dans l'église de Reims. Saint Louis, son fils, 
le fut aussi l'an 1226. Le même saint Louis 
donna cet ordre à Robert de France l'an 
1227, à Corbeil, et l'an 1246 à d'autres; mais 
tout ce discoins de Faviu i\'cA que fable et 
fiction. Outre que nous sommes persuadés 
qu'il n'y a point eu d'ordres mililaires el de 
chevalerie avant le douzième siècle, cl par 



(I) Votj., à la fin du vol., n" 53. 
l'I) Voy., à In fin du vol., n" 54. 



(5) Voy., à la lin du vol., ii" 55 



eaa 



nicTioNNAinr pes ordres religieux. 



liO 



consôqupnl que le roi Robert n'n pas pu 
avoir in^liltu- lorJro «le l'Kloile, il osl Irès- 
coiislaiU que tel ordre a élé inslilué par le 
roi Jean I ' l'an t3jl : ce qui est facile à 
jrouverpar la lellre circul.iire que ec prince 
écrivit aux seigneurs qu'il vnulul lioiiorcrde 
cet ordre, qui se trouve dan> li ehanibre 
des Comptes à Paris, Mémorial C, et qui; 
nous rapporterons ici. 

Ilitiu ci/u>in, "Oiij! d l'honneur de Dieu et 
en assaucemenl de chevalerie et accroissement 
d'honneur, avons ordonné de faire une compa- 
gnie de chevaliers, qui seront appeliez t'he- 
viliersde Noire-Dame de la Noble Maison, 
yni porteront la robe cy apris divisiéc ; c'est 
assavoir une coite blanche, un serret cl un 
chaperon tcrmcil quand ils seront sans man- 
Icl ; et qunnd ils tcslironl mantel, qui sera 
fait à (j'iise de chevalier nouvel ù entrer et 
demeurer en l'église de la Noble Maison, il 
sera vermeil cl fourré de vert non pasd'her- 
tnines, de cendail ou samist blanc, et faudra 
qu'ils aient sous le dit mantel scrrel blanc ou 
cotte hardie blanche, chausses noires et soû- 
liez dorez, et porteront conlinuellcmcnl un 
annel en tour la verge duquel sera escriplleur 
nom et surnotn, auquel annel aura un esmail 
plus vermeil, en t'esmail une étoile blanche, 
au tnilicH de l'étoile une rondeur d'azur, un 
petit soleil d'or, et au muntelu sur l'épaule au 
devant en leur chaperon un fermnil auquel 
aura une étoile toute belle comme en l'annel, 
est divisée, et tous les sabtnedis quelque part 
ils seront ils porteront ternuil it blanc en 
cotte et serret et chaperons comme dessus, se 
faire se peut bonnement, et se ils veulent por- 
ter mantel, il sera vermeil et fendu à l'un des 
castes el toujours blnnc dessous ; et si tous les 
jours de la semaine ils veullenl porter fermait 
faire le pourront el sur quel robe il leur plai- 
ra. En l'urmeure pour guerre ils porteront 
le dit fermait en leur camail ou en leur colle 
à armes, ou la ou Inir plaira apparemment. 
Et seront tenus de jeûner tous Us sabmcdis 
s'ils peuvent bonnement, et se bonnement ne 
peitvenl iceux ou ne veullcril, ils donront ce 
jour quinze deniers pour Dieu en l'honneur 
des quinze joyes de Notre Dame. Jureront qu'à 
liur pouvoir ils donront loyal conseil au 
prince de ce qu'il leur demandera soit d'armes 
et d'autres choses. Et se il y a aucun que avant 
celte compagnie nient emprise aucun ordre , 
ils le devront laisser, se ils peuvent bonne- 
ment, et se bonnement ne le peuvent laisser si 
srra celle compagnie devant. Et si en avant 
n'en pourront aucune autre entreprendre sans 
le congé du ])rince. Et seront tenus venir tous 
les ans en In Noble Maison assise entre l'aris 
el Saint-Denis en France à la veille de la fcste 
de .\otre Dame de la my aoust dedans primes 
cl y demeurer tout le jour et le lendemain , 
jour de la feste jusques après vespres. Et se 
Ijonnrmcnt ils n'y peuvent venir ils tn seront 
crus par leur propre parole. El en tous les 
lieux ou ils se ircverons, i enir ensemble, au 
plus, à ta veille et au jour de ladite mye nous', 
(l que bonnnnrnt ils n'auront pu venir à ce 
jour au lieu de la Noble Maison ; ils porteront 
Utdites lobbes cl orront vcsprcs cl ta messe 



ensemble se ils peuvent bonnement. El jioiir- 
ront tesd. chevaliers se il leur p'ait lever ban- 
nière vermeil s.'mé d'éloilles ordonnées et une 
image de .\olre Dame btiinche, especiutement 
sur les ennrmys de la foi ou pour la guerre 
de leur droiturier seigneur, el nu jour ite leur 
tiepasscmmt, is envoiront à la Noble Maison 
se ils peuvent bonnement leur annel et leur 
fermait tes meilleurs qu'ils auront faits pour 
ladite compagnie, po ir m ordonner au profit 
de leurs âmes et en l'hnnneur de t'éijtise de Li 
Noble Maison en laquelle sera fait leur ser- 
tice solemnellemcnl. El sera tenu chacun de 
faire dire ime messe pour te trépassé au plus- 
tosl que ih pourront bonnement depuis qu'i's 
l'auront seeu. Et ist ordonné que tes armes et 
timbres de tous les seigneurs chevaliers de ta 
Noble Maison seront peints en ta salle d'icdle 
au dessiiiis d'un chacun ta ou il sera. Et se il 
y a auctiu que honteusiinent que ( Diex ne 
Noire Dame ne veullenl) se parient de tn bi- 
taille ou besogne a donnée, il sera suspendu 
de la compagnie, et ne pourra porter tel habit 
et H tournera en la Noble Maison ses armes et 
son timbre sans dessus dessous, sans effactcr 
jusques à temps qu'il fut restitué par le prince 
ou son conseil et tenus pour relevez par ton 
bienfait. Et est encore ordonné qu'en la No- 
ble Maison aura une table oppetlée la table 
d'honneur en laquelle seront assista veille et 
le jour de la feste les trois plus suffisions bn- 
cheliers qui seront de ladite fcste, de ceux qui 
seront reccus enladite compagniceten chacune 
teille de feste de la mye aoust chacun an après 
en suivant seront assis à ladite table d'hon- 
neur les trois princes, trois bironnets et trois 
bacheliers qui l'année auraient plus fait en 
armrs de guerre; car nuls faits d'armes du 
pays ne sera mis en compte. Et est encore or- 
donné que nut^d'iceux de ladite comp/igniene 
pourra entreprendre el aller en aucun votage 
loingtain sans le dire ou faire scavoir un 
prince. Lesfuiex chevaliers seront uu nombre 
de cinq cens, et desquiex nous comme inven- 
teur et fondateur d'iccite compagnie seront 
prince, ainsi t'en devront esirc nos succes- 
seurs roys, el nous avons du es'.re du nombre 
di ladite compagnie el pensons à faire se Dieu 
plait ta première fcste cl entrée de ladite rom- 
pngnie èi S. Ouyn le jour et la veille l'appa- 
rition prochaine. Si soyez aux d. jours et 
lieux se le pouvez bonnentent <) tout vostre 
habit annel it fermait, et adoncqucs sera vous 
et aux autres ])tus à plain parlé sur celle ma- 
lierre. Et est encore oi donné que chacun ap- 
portera ses armes et son timbre peins en un 
feuillet de papier ou de parchemin afin que 
tes piinties les puissent m lire plustot et plus 
proprcnirnl la ou ils devront eslre mis à la 
Noble Maison. Donne à s lins Christhop'ile en 
Jlnlnttc le (j. jour de novembre l'an de grâce 
lliol. 

Il y a des auteurs qui prétendent (|ue 
Ciiarlcs \\ï, vovaiil ses fmauces épuisées, 
ne trouva point d'autres niojens pour ré- 
compenser les rapilaines de son ariiiec (|uc 
de leur donner le collier île cet ordre, qui ne 
se duiinait auparavaiil qu'aux princes el au\ 
grands seigneurs de Iraiice; «juc pour ce 



Ml 



KTO 



KTO 



515 



sujet ceux-ci firent 'eiir rciiioiilraiiec ;iii roi, 
i|ue c'était avilir l'ordre que de le donner 
indilTéremment à toutes sortes do personnes, 
sans avoir égard à la noblesse; et que ce 
prince, ayant assemblé le chapitre nu palais 
de Clichy, l'an 153^, Ala le collier qu'il por- 
tait cl lé mil au cou du cnpiiaine du guet de 
nuit, ri l'appela chevalier du guel, ordon- 
nant qu'à l'avenir il porterait celte marque 
de l'ordre de l'Ktoile, et que sur les hoque- 
tons des archers du guet il y aurait deviiiit 
et derrière une éioile blanche en brodere : 
ce qui donna lieu aux princes et aux sei- 
gneurs de quitter aussi le collier de l'ordre. 
Mais les chevaliers ne portaient point de 
Collier, comme on a pu voir dans les lettres 
de Jean l" , londateur de cet ordre. Aiu>i le 
roi Charles VU ne pouvait pas avoir ôté son 
collier pour le mettre au cou du chevalier 
du guet. Du temps de saint Louis, cet officier 
avait déjà la qualité de chevalier du guet, et, 
s'il était vrai que Charles VU lui eût donné 
l'ordre de l'Etoile, il n'aurait pas pour cela 
avili cet ordre, puisque le chevalier du guet 
était toujours gentilhomme et avait même le 
litre de chevalier, comme il p;iraît par plu- 
sieurs titres; nous nous contenterons seule- 
ment de rapporter des lettres de Louis XI 
données à Heynes en Hainaut le 3 août l'ttSI, 
par lesquelles il ôte l'office de chevalier du 
guel à Philip|;c de la Tour, chev.ilier, pour 
en revêtir Jean de Harlay, qui, était aussi 
chevalier. LoijS par la yrace de Dieu Roi/ de 
France, à Inus ceux qui ces présentes lettres 
verront, salut. Comme par le trépas de notre 
très cher seiyneicr et père à cui D.en pardoint, 
la couronne et seigneurie de notre dit royau- 
me nous soient par la dite grâce de Dieu ad- 
venuz et escheuz, et par ce nous appartiengne 
pouivoir aux offices d'icelui nostre royaume, 
de personnes ydoines et suffisantes à notre 
bon plaisir, gçavoir faisons que par la bonne 
relation qui faite nous a esté de notre bien 
amé Jehan de llarluij escuyer el de ses vail- 
lances, proi esses, preudomie, et bonnes dili- 
gences, à icelui pour ces causes et autres à ce 
nous mouvons, avons donné et octroyé, don- 
nons et octroyons de grâce especiule par ces 
présentes l'office de chevalier du guet de nuit 
de nostre bonne ville et cité de Paris, pour 
icelui office avoir et tenir, et dorennavant 
exercer aux droits, gaiges, honneurs, préro- 
gatives, prouffils et émoluments accoutumez, 
el qui y appartiennent, tant comme il nous 
plaira, s'il est à ce suffisant. Si donnons en 
mandement au prevost de Paris qui pour nous 
sera ou à son lieutenant, que prins et receu 
dudit Jean de Harlay le serinent en tel cas 
accoutumé, icelui mette et institue ou face 
mettre et instituer de par nous en possession 
et saisine dudit office, et d'iceluy ensemble des 
droits, gaiges, honneurs, prérogatives, prouf- 
fitz et einolumens dessusdits, le face, souffre 
et laisse jouir et user plaineinent et paisible- 
ment, et à luy obéir et entendre de tous ceux 
et ainsi qu'il appartiendra, es choses touchant 
et regardant ledit office, osté et débouté d'i- 
celuy nostre amé et féal Phiiippes de la Tour 
chevalier, cl tout autre illicite détenteur, non 



ayant sur ce nos lettres de don précèdent en 
date de es présentes, etc. Pour preuve que 
ce Jean de Harlay était chev.ilier avant que 
d'être pourvu de 1 office de chevalier du 
guel, nous rapporterons encore les lettres 
suivantes du (on>te de Clermont, fils du duc 
de Bourbon. Nous Jehan, ainsné fils du duc 
de Bourbonnais et d' Auvergne, comte de Cler- 
mont, lieutenant général et gouverneur pour 
monseigneur le rny de ses pays el duché de 
Guyenne, certifions à tous qu'il appartiendra 
que au voyage dernièrement fait an pays de 
Normandie pour la réduction d'iceluy à l'o- 
beissance de mondit seigneur le roy et au com- 
mencement d'iceluy voyage, preismes et meis- 
mes en nnslre charge, retenue et compagnie 
nostre amé et féal chevalier messire Jehan de 
Harlay, lequel bien et honnorablemenl monté 
et armé, servit moniit seigneur durant ledit 
voyage en nosiredite compagnie sans départir, 
tant en sièges, rencontres el courses, qu'en 
autres affaires de guerre, esquelles il s'est 
trouvé comme bon, vaillant et comme doit 
faire. Et nous tenant siège devant la ville de 
Vire, audit pays de Normandie, durant iceluy 
voyage, luy donnâmes l'ordre de chevalerie 
acec taule solemnité deiics, et ce certifions 
eslre vray par ces nos lettres, lesquelles en 
lemoing de ce avons signé de nostre main, et 
fait sceller du petit signet à nos armes en 
l'absence de nostre grand scel. Donné au Ho- 
chet en Bourbonnais le 22. jour de janvier 
1455. Il y a encore d'autres lettres de 
Louis XI, données à Bordeaux le 20 mars 
l'iG2, par lesquelles il paraît que ce Jean de 
Harlay avait une compagnie d'ordonnance 
sous le titre de Crussol, chevalier et sénéchal 
de Poitou : ce qui l'empêchant d'exercer son 
office de chevalier du guet, le roi lui permit 
de ie faire exercer pendant un an. Ces let- 
tres sont des preuves suffisantes que le che- 
valier du guet était assez distingué pour no 
pas faire déshonneur à l'onlre de l'Etoile en 
le portant; et c'est une erreur de dire qu'il 
ne se donnait qu'aux princes e( aux gr;inds 
seigneurs, puisque le roi Jean I", ((ui l'in- 
stitua, voulut qu'il y eût cinq cents cheva- 
liers, el que, l'an 1358, il le donna à Jac- 
ques Bozzut, qui n'était que (oUatéral ou 
conseiller de Louis, duc de Duras, comme il 
paraît par l'épitaphe de ce Bozzut que l'on 
voit dans l'église cathédrale de Nnple^. S'il 
était vrai aussi que Charles VII l'eût donné 
par mépris au chevalier du guet, il n'y a pas 
d'apparence que Louis XI l'eût donne, l'an 
i'j-58, à son gendre G^iston do Foix, prince 
de Navarre; et il n'aurait pas mandé, eu 
lilO, aux prévôt des marchands et échevins 
de Paris qu'il voulait veniren celte ville pour 
célébrer la fêle de l'ordre de l'Etoile, el qu'il 
entendait que les princes et les grands sei- 
gneurs qu'il mènerait avi c lui fussent logés 
liar fourrière. Cet ordre subsista jusque sous 
le règne de Charles ^ H!, qui l'abolit à cause 
de l'ordre de Saint-Michel que Louis XI, sou 
père, avait institué. 

Favin, Théâtre d'honneur el de chevalerie. 
Giusiiniani, Jlist. di tutti gli ordini militari. 
Archii.es de lu chambre des comptes de Paris, 



iiZ 



DICTIONNAIRE DES OROHES REUGIEllX. 



!IJ 



flîemortal C, fol. lOS , cl mfinufcritf: de Du 
Chi^nc, à 1(1 bibliothèque dti fiai. 

KTOLK. I (fi/f: IIande iOnnHE i»k i.a). 

ETOLE DOk (i Vrnise. Voi/e: CnAUSSE. 

ETKOITK OBSERVANCE. Voyez les divers 
titres spéciaux des observances slricles cl 
réformées. 

ETROITE OBSERVANCE DE CMI'AUX 
(Religieux, de l'). Voyez Cîteaux, § 3'. 

EUDISTES. 

Des praires wissionnairi's communément ap- 
pelés les Eudisles, avec la vie de 31. Eudes, 
leur insliiulntr. 

Les Endisles forment une compagnie de 
prêtres séculiers élablie en France sous le 
nom et litre de Jésus et Marie; ils sont 
employés à la direction des séminaires, cl à 
faire des missions. On les appelle Iiudisles, 
parce que M. Eudes a été leur instituteur. 

M. Eudes , connu sous le nom de Père 
Eudes, vint au monde le H décembre de 
l'année ItiOl, dans l,i paroisse de Rie proche 
Argcnlan , diocèse de Séez , en Normandie. 
Son père cl sa mère furent trois ans sans 
avoir de fruits de leur maria^'C; mais, ayant 
fait un vœu à Dieu sous l'inyocalion de la 
sainte A'icrge , ils obtinrent un fils qui fut 
nommé Jean sur les fonts de baptême, et 
plusieurs autres, parmi lesquels se distingua 
le célèbre M. deMézeray, liistoriographe de 
France. Comme Jean Eudes , dont nous 
parlons ici, était destiné à devenir l'instru- 
ment des grands desseins que Dieu avail sur 
lui, il fut prévenu de tant de bénédi( lions du 
ciel, qu'il ne fil rien paraître de puéril dans 
son enfance. Dès qu'il fut en état de recevoir 
des instructions , il 1rs rechercha avec em- 
pressement ; et, comme elles éiaient négli- 
gées dans sa paroisse, il fit tant auprès de 
son père et de sa mère, qu'ils lui permirent 
de les aller chercher chez les curés et 1rs 
pré'res du voisinage. Ce fut parce mo>en 
•lu'il apporia de grandes dispositions à faire 
"a première communion. Il en retira de si 
grands fruils, et des instructions qu'il rece- 
vait de ses m.iitres, que sa piété croissait à 
proportion qu'il avançait en âge. Le Saint- 
Esprit alluma dès lors dans son cœur un si 
grand amour pour Dieu et lui donna une 
connaissance si parfaite des faux plaisirs du 
monde, que pour y mieux renoncer il fit vœu 
de cliastelô à l'âge de ik ans. 

Dès qu'il se fut ainsi consacré à Dieu, il 
alla faire ses études à (^aen, où. craignant 
la contagion du libcrlinagc ordinaire aux 
écoliers, il n'y eut point de précautions qu'il 
ne (irîl pour conserver son innociMice; et, 
«omme les l'ères Jésuites n'élèvent pas moins 
la jeunesse dans la piété que dans les sciences 
humaines, il se fit recevoir à la congrégation 
établie dans leur collège, où il faisait ses 
études, pour être sous la protection spéciale 
«le la sainte Vierge. Ayant été admis dans 
cette congrégation , il devint le modèle des 
autres écoliers , non- seulement par son as- 
siduité aux assemblées et à fré(|uenler les 
sacrements, mais encore par son ai'i'lii alion 



à l'élude, dans l.iquelle il fil un progrès mer- 
V eilleux. 

Sur la fin de son cours de philosophie, 
étant âgé de 18 ans , il pensa a choisir un 
état. Ses parents, qui le regardaient comme 
l'appui de leur famille, ne manquèrent pas 
de lui proposer un parti avantageux; mais 
M. Eudes leur répondit qu'il les suppliait de 
ne point penser <à lui pour aucun établisse- 
ment dans le monde, et qu'il av.iit fait un 
choix [ilus noble. Il balança quelque temps 
s'il se ferait religieux; mais, après de fer- 
ventes prières et des jeûnes réilérés , il se 
détermina au sacerdoce, seulement ])ar lo 
conseil d'un sage directeur : et Dieu voulant 
en faire un saint prêtre et un digne ministre 
de l'Evangile, il lui donna dans la cérémonie 
de la tonsure, qu'il reçut alors, tout le dégoût 
du monde qui dispose à la vie apostolique, 
dont il devait faire profession. Etant persuadé 
qu'on ne consulte et qu'on n'écoule Dieu 
parf.iitcmcnt que dans la retraite, il regarda 
la maison des prêtres de l'Oratoire comme i 
un lieu propre poursepréparerau sacerdoce, " 
auquel il aspirait. Néanmoins il ne voulut y 
entrer qu'après en avoir obtenu la permission 
de son père , qu'il ne lui accorda qu'au bout 
de trois ans , qu'il employa à l'élude de la 
théologie scolastique, ;\ laquelle il se donna 
tout entier. Si l'humble serviteur de Dieu 
avait suivi le conseil de ses amis, il aurait 
pris ses degrés ; mais son père lui ayant enfin 
laissé la liberté d'exécuter son dessein, il 
aima mieux entrer dans l'Oratoire. Ce fut le 
25 mars de l'an 1C2.'} qu'il y fut reçu, à l'âge 
de 2.3 ans. Les instructions qu'il y reçut et 
les pieux exercices auxquels il s'appliqua 
augmentèrent encore son zèle et sa ferveur 
pour son jiropre salut et celui du prochain. 

M. le cardinal de Bérulle remarqua en lui 
de grands talents pour la prédicatioo : c'est 
pourquoi il lui fit faire quelques discours , 
avant même (|u'il fût dans les ordres sacrés: 
en quoi il réussit si avantageusement au 
goût de ce digne supérieur, que pour en 
tirer tout le fruit qu'on en devait attendre, 
tiyanl dessein de l'engager au ministère de la 
paro'e , il lui fit recevoir les saints ordres; 
et enfin le P. Eudes célébrasa première messs 
le jour de Noi'l de l'année IG'ifi. 

Dès qu'il fut revêtu du caractère auguste 
du sacerdoce, il n'épargna rien pour s'ac- 
quitter dignement du ministère de la prédi- 
cation ; mais Dieu arrêta pendant quelque 
temps les effets de son zèle, en lui envoyant 
une maladie qui dura deux ans entiers, et 
qui lui interilil l'exercice de ce ministère 
pendant ce temps-là, qui ne laissa pas de lui 
être utile pour l'étude de l'Ecriture sainte, 
dont il faisait le sujet de ses méditations , et 
dans la(|uelle il trouva des sources inépui- 
sables de science et de sainteté. 

Il ne fut pas plulAt rétabli de cette maladie, 
qu'il commença ses travaux apostoliques par 
une action héroïque de charité : car étant 
touché des ravages que la peste faisait dans 
le diocèse de Séez , plein de confiance en 
Dieu, il y courut avec la permission de ses 
supérieurs , afin de secourir ces pauvres af- 



'2(5 



ElD 



LVD 



'245 



Iligcs, (i'aulanl plus à plaimlie, qu'ils étaionl 
nljandonnés (le k'urs propres pasteurs. Quand 
il y fui arrivé, il se relira chez un buu prèlre, 
qui voulut être le compagnon de ses peines 
et de ses fatigues, lesquelles élaicnl très- 
prandes et trè-dangereuses pour leurs pro- 
pres personnes, puisque, durant quatre mois 
que dura la peste, après avoir célébré la 
sainte messe de grand matin, et consacré 
plusieurs hosties qu'ils portaient dans une 
boîte d'argent , ils allaient de maison en 
maison pour instuire, exhorter, confesser, 
donner le saint viatique , et administrer 
rextréme-onction à ceux que la contagion 
avait fait abandonner par les personnes 
mêmes auxquelles ils devaient être le plus 
chers. Les plus infectés étaient ceux que le 
P. Eudes recherchait avec plus d'empresse- 
ment et soulageait avec plus de tendresse. 

La peste ayant cessé au diocèse de Séez, il 
retourna à Paris, d'où il fut envoyé à Caen. 
Il y trouva encore une autre occasion de 
s'immoler pour ses frères : car le supérieur 
de II maison de l'Oratoire de cette ville ayant 
été frappé de peste avec deux autres prêtres 
de la même maison, il les assista tous trois 
jusqu'au ilernior soupir; mais avec tant de 
charité, que ses vertus jointes aux autres 
talents dont il était doué ne permirent pas 
qu'on jetât la vue sur d'autres que sur lui 
pour remplir la place de ce supérieur. Ce fut 
alors que se voyant chargé de ce nouvel 
emploi , il redoubla son zèle pour s'en ac- 
quitter dignement ; et, s'appliquant à la pré- 
dication, non par le désir de plaire, mais de 
convertir les pécheurs, il se mil |)eu en peine 
de llatter les oreilles, pourvu qu'il touchât 
leurs cœurs. 11 reprenait hardiment le vice, 
el persuadait la vertu avec tant de force et 
d'onction, que sa répulalion se rép:indit dans 
les plus grandes villes du royaume, <t même 
jusqu'à la cour, où la reine régente, Anne 
(i Autriche, mère de Louis XIV, l'entendit 
plusieurs fois avec beaucoup de satisfaclioiî; 
mais il n'était jamais plus content que quand 
il annonçait la parole de Dieu aux pauvres 
et aux gens de la campagne, comme il arriva 
en plusieurs missions qu'il fit , étant encore 
diins la congrégation de l'Oratoire. Dieu lé- 
paiidit de si grandes bénédictions sur celles 
(|u'il entreprit, que les plus grands pécheurs, 
touchés par la force de ses discours, se con- 
vertissaient et entreprenaient les plus au- 
sières pratiques de la pénitence. De si heu- 
reux succès attiraient un si grand nombre 
de personnes à l'entendre, que dans une 
mission qu'il fit dans l'église de l'abbaye de 
Saint-Etienne de Caen, elle se trouva trop pe- 
j tite pour contenir l'afduence extraordinaire 
1 du peuple qui y accourait de toutes parts, 
: quoique ce temple soit un des plus grands 
vaisseaux du royaume. 

Ce fut alors quelc P. Eudes connutdansles 
missions le grand besoin qu'on avait de bons^ 
pasteurs et de prêtres zélés pour en conser- 
ver les fruits et soutenir les peuples dans les 
bons sentiments qu'ils y avaient conçus. 
Dans celte vue il médita l'établissement des 
séminaires pour en former; mais comme il 



se défiait de ses propres lumières, il ne crut 
pas devoir se déterminer de soi même à une 
telle entreprise. Il en consulta donc les per- 
sonnes les plus distinguées par leur science 
et leur piété, qui approuvèrent le projet 
qu'il en avait fait, el crurent qu'il devait se 
priver des douceurs qu'on trouve dans des 
communautés formées, pour se livrer avec 
confiance à toutes les peines qui sont insé- 
parables des nouveaux établissemenls. Le 
P. Eudes, qui n'envis^igeait que la gloire de 
Dieu, déféra donc à leurs sentiments. 

Après être sorti de l'Oratoire, il travailla à 
l'éreclion d'un séminaire dans la ville d^- 
Caen. Les premières lettres patentes ayanl 
été obtenues du roi le 2G mars de l'année 
1613, et s'étanl associé huit prêtres, tous 
remplis de l'esprit ecclésiastique, il jeta les 
fondements de la première maison de sa 
compagnie. Un de ses associés fut M. Blouet 
de Than, connu par sa grande piété et par 
le rang que sa famille occupe dans la ville, 
et qui fut le fondateur de celle maison. Co 
ne fut pas sans beaucoup de contradictions 
que se fit cet élablissement ; mais M. Eudes^ 
et ses associés les surmontèrent [>ar le si- 
lence, la douceur et la patience. Piu>.ieur* 
cvêques, instruits des grands fruits que fai- 
saient ces hommes de Dieu dans le séminaire 
de Caen, en voulurent avoir chacun dans 
leur diocèse ; et leur compagnie augmentant 
tous les jours en sujets distingués par leur 
vertu et leur mérite, M. Eudes en envoya à 
Coulances, à Lisieux, à Uouen et à Evreux -, 
et les communautés qu'on érigea dans ces 
quatre villes, avec celle de Caen, pour éle- 
ver les jeunes clercs et faire aux peuples des 
missions, furent autorisées sous le nom e! lo 
titre de Jésus el Marie, par les lettres des 
prélats, les patentes du roi et les arrêts d'eii- 
registremenl du parlement, po ir être unies 
cl agrécées ensemble, ne faire qu'un iné(ne 
corps et une même congrégation, qui était 
gouvernée par M. Eudes. 

On vit eu peu de temps un si grand chan- 
gement dans le clergé de ^ormandie, que 
plusieurs prélais l'ayant fait conuiiîire à 
l'assemblée générale du clergé tenue en 
l'année lGi6, elle approuva le zèle de M. Eu- 
des, l'exhorta à continuer ses travaux apo- 
stoliques, et à se tenir prêt d'aller dans les 
autres diocèses où il pourrait être appelé 
par les évêiiues. 

Ouoique ce zélé instituteur et ses associés 
s'employassent avec beaucoup de ferveur à 
l'éducation des clercs, ils ne négligeaient 
pas pour cela l'autre fin de leur institut, qui 
est de faire des missions. L'on en compte 
jusqu'à cent dix où JL Eui'es a travaillé 
lui-même, sans parler de plusieurs autres 
qu'on fit sous ses ordres dans les principales 
villes du royaume. Cet abrégé ne permet pas 
d'en fiire le détail, ni de rapporter le nom- 
bre infini de conversions, de restitutions et 
de réconciliations que ces missiunsproduisi- 
reiii, princip.ilement à Paris, où ce grand 
serviteur de Dieu fit en différents temps des 
missions à Saint-Sulpice.auxQuinze-Vingls. 
à Sjiul Gcrmain-des Prés, à Versailles el u 



017 



niCTIONNAinE DES ORDRES RF.I.ICIF.UX. 



248 



Saiii'-riprmnin-on-I.ayo. Soincnl cc! Iicurcnx 
succô» furent traverses par des ronTadic- 
lions ; mais r'rlait pour lors (|uc le zèle et 
le eourage Je ces dignes ouvriers s'auffinen- 
tait et safTcrmissail davanlape, n'espérant 
jamais plus di' froit d'une mission, d'une re- 
traite, d'un avent ou d'un car<^me, que quand 
Dieu perraellail qu'ils fussent rebutes. 

M. Eudes, croyant devoir laisser par écrit 
ce que lui et ses compagnons avaient long- 
temps pratiqué dans les missions, composa 
deu\ livres ; l'un, .nuque! il a donné le nom 
de lion Confesseur, instruit les missionnaires 
de tout ce qui concerne le minisîère de la 
confession ; l'autre, qui est intitulé le Predi- 
rateur aposloliqiir , njarque à tous ceux qui 
ont l'honneur d'annoncer la parole de Dieu 
les règles cl les moyens de le faire utilement 
pour le proch.iin, ci d'éviter ce qui faisait le 
sujet de la crainte de saint Paul, c'est-à-dire, 
qit'apris avoir prêché les autres, ils ne soient 
nux-m^mes réprouvés. Ces deux livres sont 
trés-uliles pour former des confesseurs fi.iè- 
les, exads et prudents, et des prédicateurs 
évangéliques, qui doivent autant instruire 
d'exemple que de paroles ; mais principale- 
ment le premier, i^ui a été si universellement 
estime, qu'avant la mort de son auteur on eu 
avait fait plus de neuf éditions, et qu'un des 
plus illustres archevêques de France en or- 
donna la lecture à Ions les prêtres de son 
diocèse par un statut particulier. On passe 
sous silence plusieurs au'res livres que le 
même auteur a composés pour apprendre au 
peuple à bien prier, à s'approcher des sacre- 
inenls, etc.. et (eux qu'il a faits en l'honneur 
du cœur de Jésus et de celui de Marie, aux- 
auels il avait une singulière dévotion, qu'il 
a si vivement exprimée dans les offices qu'il 
a composés et qu'on chante le jour de leurs 
fêles, dont il a obtcuu l'ét.iblissemcnt dans 
quelques diocèses. 

Non conleni d'cdifipr rK|*lise et les lidèles 
en lou'es ces manières, M. Eudes entreprit 
encore un établissement dont le succès fut 
une preuve d'une ch.iriic sans bornes et d'un 
zèle qui l'avait rendu capable di; poursuivre 
les plus hautes entreprises. C'est l'ordre des 
Filles de Notre-Dame de Cb.inlé, qu'il com- 
mença en l'an 16'*5 et qui fut approuvé du 
sainl-siége l'année lOGfi. Après ce grand ou- 
vrage, ce digne fondjitciir n'atiendait plus 
que la mort précieuse qui devait terminer le 
rours de sa vie, comme il le dit lui-mémo 
dans un serintm qu'il fil ;'i ses religieuses. Il 
elait pour lors iigé de soi\anle-dix-neuf ans 
et Use de iravaux. .\yanl éié obligé de se ser- 
vird'iine voiture incommode dans un voyage, 
et en ayant élé blessé ilangereusemenl. les 
remèdes qu'il (il ne servireni qu'.i aigrir son 
mal: rn sorle que s.i mort en fut accélérée. 
Il véi ul néanmoins encore cinq à six mois 
dans des douleurs aigué» et continuelles, 
qu'il supporla avec une palienre admiral)le, 
■•n ranimant sa fui, sa constance, son espé- 
rance et son amour pour Dieu. Il avait eu la 
prévoyance de conviuiuer une assemblée 
dans laquelle on établit en s.i place au gou- 
vernement de sa congrégalinn, M. Hlouet de 



r.amilly, recommandahle à ton! le monde jiar 
sa douceur, el cher aux siens par le grand 
amour qu'il a loujours eu pour eux, el par 
les services qu'il a rendus à sa congrégation. 
Il était oncle de M. de Camiily, évéquc de 
Toul. 

Enfin M. Eudes mourut à Cacn, où il fut 
regrelié généralement de tout le monde. Ce 
fui le 19 août 16S0. Dès qu'on en eut appris 
la nouvelle dans l.i ville, le concours du 
peuple à venir voir ce fidèle serviteur de 
Dieu fui si grand, qu'on eut beaucoup de 
peine d'avoir la liberté de l'enlerrer. L'em- 
pressement de tout le monde à lui rendre les 
derniers devoirs, les louanges qu'on lui don- 
nait el qui retentissaient de toutes parts, fi- 
rent assez voir que Dieu honore dans le 
ciel celui à qui tant de monde rendait par 
avance tant d'honneur sur la terre. 

C'était un hemme doué de toutes les ver- 
tus chrétiennes cl ecclésiastiques. Sa foi 
était si pure, si vive et si ferme, qu'il dc- 
nnndait souvent à Dieu la grâce de la scel- 
ler de son sang. Il avait une telle expérience 
de la providence de Dieu sur lui, qu'il espé- 
rait dans les choses mêmes où il semblait 
qu'il y eût moins à espérer. Son amour pour 
Dieu élait si ardent que son cœur poussait 
des aspirations continuelles vers le ciel. 
Deux vertus qui lui furent singulières le fai- 
saient aimer de Dieu el des hommes, son hu- 
milité cl sa simplicité. Toul prêchait en lui ; 
sa modestie dans le public, son recueille- 
fiient à la prière et à l'autel lui attiraient une 
vénération profonde de ceux qui le voyaient. 
Quoiqu'il prêchât avec tant de force que les 
plus grands liberlins se sentaient portés à 
quitter leurs vices par la crainte qu'il impri- 
mait dans leurs cœurs , néanmoins, au tri- 
bunal, il avait beaucoup de douceur, surlout 
envers ceux qu'il trouvait disposés à profi- 
ter des grandes vérités qu'il leur avait an- 
noncées, il se conduisait en cela selon l'es- 
prit de Dieu, qui sait mortifier el vivifier à 
propos. Personne ne lui a jamais reproché 
une douceur mondaine et complaisante. Il 
conservait en toutes occasions la fermeté 
évangélique ; cl souvent, plein de charilé 
pour les pauvres pécheurs qui s'adressaient 
à lui, il se punissait lui-même pour obtenir 
de Dieu les grâces dont ils avaient besoin. 
Tous ceux qui l'ont connu ont élé les témoins 
de sa morlificalion et de ses austérités. En- 
fin comme son principal soin avait élé de 
former les prêlres qui étaient de sa compa- 
gnie, il y avait employé tous les moyens que 
son zèle lui avait suggérés, et il y réussit si 
bien, qu'il les laissa remplis de son esprit cl 
héritiers de ses vertus. 

\'oilà en peu d<' mots le caractère de M. 
Eudes, instituteur des prêtres qui portent son 
iKimel qu'on appelle communément Eudistes. 
M. Rlouet de Camiily, grand vicaire de ('^ou- 
taiiccs, son successeur, a suivi son dessein 
ri ses exemples, jusqu'à ce que son grand 
Age el ses infirmités l'obligèrent à convo- 
quer une a;<emblée en l'année 1711, eu la- 
quelle fut élu eu sa place, un peu avant sa 
mori, M. (le Fontaines de Neuilly, grand 



249 



EUD 



EUD 



250 



vicaire rie Bayeux, qui est présenlcment su- 
périeur de cette congrégation. 

Les Eudisles ne font aucun vœu. La cha- 
rité est le seul lien qui les unit ensetnb'e; et 
presque tous ceux qui sont incorporés dans 
la congrégation y restent toute Irur vie. 
quoique chacun ait toujours la liberté d'en 
sortir, et qu'on puisse aussi les renvoyer 
s'ils tombaient dans quelque déréjïlenienl. 
Leur habit n'est point distingué de celui des 
autres prêtres, et, comme ils sont membres 
du clergé, ils font professinn de suivre les 
règles qui sont prescrites par les saints ca- 
nons. Ils ont pour maxime d'employer le re- 
venu de leurs patrimoines et des bénéfices 
qu'ils peuvent avoir en œuvres pieuses, et 
plusieurs ont beaucoup contribué à fonder 
et bâtir leurs maisons et à y fournir les 
choses nécessaires. Ils ont pour principe 
que, lorsqu'ils demeurent dans la congréga- 
tion, ils sont obliges d'obéir au supérieur, 
et ils s'acquittent de ce devoir avec la même 
fidélité que s'ils en avaient f lit vœu. Ils en- 
seignent ordinairement la théologie dans 
chacune de leurs maisons et la philosophie 
en plusieurs; et on fait prendre à grand 
nombre d'entre eux les degrés de docteurs 
et de bacheliers. Les fins de leur institut 
sont de former les clercs aux Ibiulions de 
la cléiiciiture, et de travailler à faire des 
missions dans les villes et à la c;impagne. Ls 
en fijiit partout où ils sont appelés, et Dieu 
rép.ind de si grandes bénédiilions sur leurs 
travaux, qu'il est aisé de juger combien ils 
sont agréables à sa divine majeslé. 

Le supérieur de cetle congrégalion est 
chargé de mettre de lemiis en temps un nou- 
veau supérieur particulier dans chaque mai- 
son, qui soit agréé par l'évêque diocésain, 
et ils regardent ce changement comme une 
règle fondamentale de leur société, ils font 
des assemblées pour y traiter des moyens de 
perfectionner leur institut cl retrancher tous 
les abus qui pourraient s'y glisser. 

M. Eudes avait encore établi sa congréga- 
lion à Rennes avant sa mort, et depuis, 
M. Bluuel a aussi envoyé de ses associés en 
d'autres diocèses, et toutes ces maisons et 
communautés ont été unies et agrégées aux 
premièies sous le même nom i t le même 
titre de Jésus et ]\l;irie par les lettres d'éta- 
blissements des évêques des lieux, les pa- 
tentes du roi et les arrêts d'enregistrement 
des parlements de leur ressort: eu sorte que 
toutes ces maisons et communautés forment 
une espèce de congrégation, par rapport à 
l'Eglise et à l'Etat. Elle a un supérieur qui 
la gouverne: il est élu dans une assemblée 
générale à la pluralité des voix. Le gouver- 
nement canonique en est fondé sur les pou- 
voirs accordés par chaque évêque des dio- 
cèses où elle est établie, qui ont été autori- 
sés etconfirmés pur les patentes du roi. C'est 
pourquoi les évêques sont les protecteurs 
de cette congrégation; ei on s'y fait un de- 
voir essentiel d'être entièrement sous leur 
juridiction. 

L'Histoire des Ordres religieux de M. Hcr- 
niant parle des Eudistes. 



Eu 1810, lors de la démolition du sémi- 
naire de l'aen, les corps du P. Eudes et do 
ses successeurs dans le gouvernement de sa 
congrégation furent transférés dans l'église 
paroissiale de Notre-Dame, et le tombeau 
du P. Eudes fut alors couvert d'une table do 
marbre blanc. Les religieuses de la Charité 
de Notre-Dame, de la même ville, obtinrent 
alors le chef et un ossement du serviteur do 
Dieu. Elles ont fait embaumer ce précieux 
dépôt, l'ont placé sous la grille de leur chœur 
et y ont mis une inscription. 

Une autre œuvre liée à l'établissement des 
Eudisles, que le P. Hélyot passe sous silence, 
mais à laquelle nous consacrerons un ar- 
ticle dans le Supplément, est celle de la con- 
grégation séculière du Sacré-Cœur de Marie, 
connue surtout en quelques cantons delà 
Bretagne. L'opposition que témoigna la con- 
grégation de ÏOraloire à celle des Eudistes 
n'a point été non plus mentionnée par Hé- 
lyot, mais elle n'en fut pas moins réelle, et 
cetle opposition, qu'on peut concevoir sans 
peine, était basée sur le regret d'avoir perdu 
le P. Eudes, et un peu aussi sur une petite 
jalousie de corps. La société de Jésus et Ma- 
rie eut le bonheur, quand tant d'autres in- 
stituts, et nommément l'Ornloire, se lais- 
saient prendre à l'esprit d'innovation qui a 
tant cau^é de ravages en l'Eglise depuis deux 
siècles, de se garantir du jansénisme. Après 
M. Guy de Fontaines de Neuilly, supérieur 
eénérjil. lorsque le P. Hélyot composait 
l'Histoire des Ordres monastiques, la con- 
grégalion des Eudisles fut gouvernée par M. 
Pierre Cousin, prêtre du diocèse de Cou- 
lances, (jui mourut à Caen le 14 mars 1751, 
à l'âge de 96 ans. Les sucecsseurs de celui-ci 
dans le généralat furent M. Jean-Prosper Au- 
vray de Saint-André, du diocèse de Bayeux, 
mort à Caen le 20 janvier 1770; Michel Le- 
fèvre, mort à Rennes, dans le cours de ses 
visites, le 6 décembre 1775; Pierre Lccoq, 
mort à Caen le 1"' septembre 1777; Pierre 
Dumont, supérieur du séminaire de Cou- 
tances et vicaire général de ce diocèse, mort 
en 1793 ou 1794-, dans la ville de Caen, où il 
avait trouvé un asile après la dispersion de 
son séminaire et durant les cruelles persé- 
cutions de cetle époque malheureuse. Une 
paralysie l'avait mis depuis plusieurs années 
dans la nécessité d'avoir un coadjuteur. On 
avait choiai, pour cetle fonclmn nouvelle de 
coadjuteur du général, M. Hébert, supérieur 
de la maison de Paris, où il continua de ré- 
sider, et qui s'acquitta dignement de la nou- 
velle fonction qui lui était confiée. Ce saint 
prêtre était né dans la paroisse de la Croupie, 
diocèse de Lisieux, vers l'an 1738, et fut 
massacré aux Carmes de Paris, le 2 sep- 
lembre 1792. 

Les Eudistes ont donné à l'Eglise et aux 
fidèles plusieurs modèles de vertus, entre 
lesquels nous devons signaler M. Beurier, 
prédicateur et missionnaire célèbre, vers la 
lin du dernier siècle, et dont M. l'abbé Car- 
ron a publié la vie dans le recueil intitulé. 
Modèles du clergé. Nous devons aussi eu in- 
diquer queltiues autres, tels que M. Michel 



on 



Lpfi^rre, mori à Rennes, ainsi que nous l'a- 
vons (lit ci-dcssiis. t'M 1"7j. Il fui enterré 
•laiis l'éplise du praïui séiniiinirc tic celle 
ville, el son corps y fui relrouvc en entier 
en 1799: ses lialiils sacerdotaux n'élaienl 
pas niénic cndommapés. Le médecin qui l'a- 
vait trailé d.ins sa dernière maladif fut ap- 
pelé pour examiner le cadavre el le recon- 
uul. Nou< ajouterons néanmoins ici que M. 
I.ffèvrc avait cru devoir, pendant son ad- 
iiiinistralioii, écrire en faveur du prêta in- 
térêt. La cony;ro(jation, indij;née de ce qu'il 
eût publie un ouvrage si opposé aux prin- 
cipes qu'elle avait toujours professés, lui fil 
les plus vives remonirances clans une assem- 
Mée générale, el voulait même le déposer, 
>'il ne se fût ré'racté. (".eus que nous VdU- 
lons encore nommer, sont .MM. Lelranc, 
Iteaulieu, lilamin, Dardai). Duperroii, Durvé, 
Grasset de Saint-Sauveur cl l,c liis, qui tous 
furent massacrés aux Carmes; M. Poiier, 
qui avait si pénéreusement rélraclé son ser- 
ment, et fut immolé aux Carmes le ,3 sep- 
Icmbrc 1792. La congrégation de Jésus-Ma- 
rie a proiluit aussi plusieurs écrivains utiles, 
lels que le I'. Eud<'s lui-même, dont une 
partie des ouvrages ont été mentionnés ci- 
dessus par le P. lléljot; ,M, Beurier, dont un 
volume de Conférencs jouit d'une certaine 
vogue quand il parui ; M. Le Co(i, général 
aptes M. Lcfèvre, dont il réfula le livre dans 
une di-scrialion remarquable par la nellelc 
cl la précision qui y règneni ; il eslégale- 
nienl auteur de plusieurs ouvrages de droit 
qui ont éle fort estimés, surtout celui c|ui a 
pour lilre: DcCélal d( s personnes et des biens. 
M. Se\o\, ntorl à Ucnnes en ITIi.'i, et auleur 
des Devoirs rcclésiastii|uc'S, ouvrage esliiné 
du clergé; M. Daon, auleur de la Conduite 
des confesseurs el de la Conduite des àmcs. 
L'n des plus célèbres cl des plus remarqua- 
bles de tous ces bonimes niodesles fut .sans 
contredit .M. Hébert, sur leciuel nous vnu- 
loiis revenir en terminant cette nomencla- 
ture. Il habitait Paris lorsque la révolution 
éclata. M. Poupart, curé de Sainl-Eustacbe, 
ayant, par sa |iroslalion du serment à l;i 
consniulion civile du clergé en 1791, perdu 
la conliancc de Louis W'I, dont il élail le 
confesseur, M. Hébert fut choisi pour le rem- 
placer. Le sage su| érieur prévit tout ce 
qu'avait de périlleux pour lui celte charge 
honorable, el il s'en expliijua devant des 
personnes cjui lui étaient chères ; cependant 
il ne halanc;a pas ,'i l'accejiler. On dit qu'à 
sa sollicitation, l'infortuné tnon.ir(|Uc lit un 
vci'u au S.icié Ccriir de Jésus pour le réia- 
Silisscmcnt de la paix, mais ce fait ne parait 
pas liiin prouvé. Néanmoins la formule de 
te vcru réel ou prétendu a élé rendue pu- 
blique, el nous la possédons nous-méme. 
La fureur des impies contre les prêtres 
fidèles augineiilant chaque jour davantage, 
M. Hébert fut arrélé à répoc|ue du 10 août 
1792 cl renfermé avec c|iiel<iiies-uns de ses 
conirères clans le couvent cies Carmes Dé- 
chaussés, rue de \'augir.ird ; celle maison, 
ronimc ou sait, avait élé, ainsi c|iie c|uelc|ucs 
autres, Iransformcc en ]irisuu. t'est dans ce 



DICTIONNAIRE PKS OnOllES tlELIGIEUX. l'« 

lieu que ce digne ministre de Jésns-Chrisl 
finit sa vie, dans les massacres qui y eurent 
lieu le 2 septembre suivant. Il fut frappé 
l'un des premiers dans l'oratoire du jardin, 
et renversé sur le marchepied de l'aulel, 
devant une slalue de la sainte Vierge. « Prête 
le serment, » lui dit un des assassins, en 
levant sur lui son sabre. « Non, lui répondit 
le généreux confesseur; je ne veux pas renier 
la foi. » Celte noble réponse lui valut la 
mort , et le meurtrier lui donna quatorze 
coups de sabre. 

Aux villes citées par le P. Héljot, il faut 
ajouter les suivantes, où les Rudistes avaient 
aussi un ^éminaire ou une communauté : 
Avranches, où les Eudisles furent appelés en 
l(i9;î par le célèbre Huet; niois,oi"i ilsallèrent 
en l(i09, époque de rérccticm du siège épi- 
scopal de celte ville; Dol, où leur séminaire 
fut établi en 1701; Sentis, où ils occupèrent 
le séminaire en 1700; Dotufront , au diocèse 
de Séez actuellement, mais alors du diocèse 
du Mans , où la congrégation de Jésus- 
Marie entra en possession du séminaire en 
1727, en s'associanl les directeurs qui y 
étaient alors et qui embrassèrent son régime; 
enfin la ville de Séez , où ils furent chargés 
du séminaire en 1702, à la dispersion des 
Jésuites , qui le dirigeaient auparavant. 
Ajoutons aussi qu'à Houen, à Lisieux et à 
Hennés, ils avaient un second élablissemciit, 
car ils y dirigeaient le petit séminaire. 

La m.iison de Paris n'était point un sémi- 
naire , mais un hospice destiné surtout aux 
jeunes sujets de la congrégation qui faisaient 
leurs études à Paris. On y recevait aussi 
d'autres ecclésiastiques en qualité de pen- 
sionnaires. Cette maison, établie en 170.'i, ne 
put voir enregistrer ses lettres patentes du 
roi qu'en 1770, par le crédit de M. de I?eau- 
mont, archevêque de Paris , qui protégeait 
les Eudisles. Elle était située rue des Postes, 
et formait une partie de rétablissement ac- 
tuel des Jésuites. La maison de la darlière, 
diocèse d' Avranches, était occupée seulement 
par des missionnaires de l'institut. 

Nous croyons pouvoir insinuer que les 
lùidisles avaient commencé cl même formé 
un troisième établissement au diocèse de 
Uennes, sur la roule de cette ville à Fougères 
et sur le territoire de la paroisse de lloma- 
gnè. Ils y occupèrent une petite maison at- 
tenante à une chapelle sous l'invocation do 
sainle Anne, pèlerinage célèbre dans ces 
(luartiers, el bâtie au village de la lîosserie. 
Le supérieur s'appelait Fontaines, selon uno 
noie i{ui nous nomme ainsi le supérieur des 
Eudisles de la maison de Sainte-Anne. Ne 
serait-i e pas le même que M. de Fontaines 
de Neuilly, troisième supérieur génér.il , 
mentionné ci-dessus ? L'établissement de 
Sainte-Anne s'était fait précisément à l'é- 
poi)ue où celui-ci pouvait le diriger el fut 
dissous, nous a dit le directeur de Uomagné 
(M. Delaunay), par .M. de llreteuil, évéque 
de Iteiines , au commencement du dernier 
siècle. (]e même prélat, qui n'était |ias nc- 
commodani, à ce qu'il parait, cl était peut- 
être de ces liurnuics qui ne connaissent pas 



2r5 



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S54 



en ([Hoi consisle le véritable avantage rie 
leurs diocèses, supprima aussi les formes de 
rollégiale qu'av;iieiit prises les obitiers de 
l'éolise paroissiale Sainl-Léonard à Fou- 
gères. La tradition des anciens parle encore 
des séminaristes de Normandie , établis à 
Sainte-Anne; néanmoins cet établissement, 
situé à une demi-lieue de Fougères, n'a pas 
dû avoir une longue durée ; car la maison 
provisoire, qui se voit encore , était trop pe- 
tite pourunecommunaiitc,etcelle qu'on vou- 
lait bâtir n'avait été conduite que jusqu'aux 
fenêtres du rez-de-chaussée. Ces murs ainsi 
élevésn'ontétédémolisqucvers l'année 1825. 

Nous tenions à sauver par cette noie les 
souvenirs de cet établissement qui, vraisem- 
blablement n'est point mentionné dans les 
mémoires des Eudistes. Hélyot dit que les 
membres de la congrégation de Jésiis-M;irie, 
ne portent pas de costume particulier et sont 
habillés comme les ecclésiastiques sérulii-rs. 
CeTi n'est pas rigoureusement exact. Les 
Eudistes ne portaient point le rabat noir 
qu'ont aujourd'hui les prêtres en France; 
le leur était tout blanc, comme celui que 
prennent les ecclcsiasl ques en deuil , dans 
quelques pays, par exemple, au diocèse de 
Kennes. Ils avaient, en outre, une sorte de 
manchette en toile qui se rdeviil sur les 
manches de leurs soutanes , à peu près ou 
même absolument comme ces poir/ncis ana- 
logues que portent les femmes dans le deuil, 
lesquels poignets ou manchettes étaient 
autrefois appelés dans le monde d.s ptcti- 
reuses. 

Plus heureuse que bien d'autres, dont les 
membres, contents peut-être d'une liberté 
jadis forcée, n'ont pas eu le courage de se 
réunir, la congrégation de Jésus-Marie a été 
rétablie en 182G, sous la direction de M. l'abbé 
Blanchard, ancien supérieur du petit sémi- 
naire de Rennes, et pro\iseur du collège roj al 
de cette ville. Elle est aujourd'hui gouver- 
née par \L l'abbé Louis, et sa maison mère 
est à Rennes. Cette résurrection ou organi- 
sation nouvelle des Kudistes, mérite un ar- 
ticle spécial que nous lui consacrerons. 
Voyez liuDiSTEs.au Supplément. 

Notes recueillies passim. Vie du P. Jean 
Eudes, missionnaire apostolique, instituteur 
de la congrégation de Jésus-iVlarie et de l'or- 
dre de J\ cire Dame de la Charité , ouvrage 
posthume du P. de Montigny, de la compagnie 
de Jésus, revu et publié par un prêtre du 
clergé de Paris. (Ce prêtre est M. l'abbé 
Tresvaus, chanoine de la métropole.) 

B-D-E. 

EUGIPPR (Saint-). Vny. Césaire (Saint-). 
EVANGILE (Frèkes du Saint-). Voy. Dé- 
chaussés. 

EXEMPTS (Bénédictins). 

Des Bénédictins Exempts, tant en Flandre 

qu'en France, où il est parlé en particulier 

de l'abbaye de Saint-Vaust d'Arras. 

Après que le concile de Trente eut été 

heureusement terminé, en 15G3,à l'avantage 

de la religion catholique et de la discipline 



ecclésiastique, tant pour l'état régulier que 
séculier ; après qu'il eut été publié et accepté 
dans les provinces de Flandre el d'Artois en 
15G4, par les ordres de Philippe II, roi d'Es- 
pagne, qui en était pour lors souverain, il 
se forma plusieurs congrégations en consé- 
quence du décret de ce même concile qui 
obligeait les monastères indépendants à s'u- 
nir en congrégation, ou à subir la visite des 
évêques. La première de ces congrégations 
fut composée des monastères de Sainl-Vaasi 
d'Arras, de Saint-Pierre-Ies-Gands; de Saint- 
Berlin, à Saini-Omer; de Saint-Pierre do 
Loblies, au pays de Liège, diocèse de Cam- 
brai , cl de celle du Saint-Sépulcre de Cam- 
brai; mais cette dernière abbaye ayant été 
obligée de se soumettre à l'archevêque de 
Cambrai , cette congrégation se trouva ré- 
duite aux quatre premières abbayes jusqu'en 
l'année 1627, que celle de Saint-Amand au 
diocèse de Tournai, et de Saint-Sauveur Dee- 
name près d'Oudenarde, y furent agrégées 
pnr ordre d'Albert , archiduc d'Autriche , el 
d'Isabelle, princes des Pays-Bas. 

Quoi(iue les supérieurs des premiers mo- 
nastères <|ui composèrent d'abord celte con- 
grégation se fussent mis en devoir de se sou- 
mettre au décret du concile aussitôt après sa 
publication, cependant ils ne purent exécu- 
ter la résolution qu'ils avaient prise de faire 
à ce sujet une assemblée générale , que l'an 
15C9, qu'elle fut tenue dans l'abbaye royale 
de Saint- Vaast d'Arras avec toute la solen- 
nité possible. Cette fameuse abbaye, qui est 
comme le chef de cette congrégation, doit 
son établissement à saint Vaast , dont elle 
|)orle le nom, et eile est redevable de son ac- 
croissement à saint Aubert, un de ses siic- 
resseurs. Elle eut pour fondateur, en 080, 
Thierri, roi de France, qui la dota pour cent 
vingt-deux religieux de l'ordre de Saint-Be- 
noît, qui devaient être de famille noble et rr> 
commandable dans le royaume, personne n'y 
étant ri eu qu'il n'eu ait fait les preuves. 

Cette abbaye est exempte de la juridiction 
de l'évêque et jouit de plusieurs droits spiri- 
tuels et temporels; ce qui lui fut accordé par 
une assemblée d'archevêques el d'évéques, 
qui se tint dans la ville de Compiègne, la 
septième année du règne du même roi Thierri, 
comme il se voit dans son épitaphc, qui est 
dans l'église de cette abbaye, où on lit ces 
deux vers : 

Régis larga nianus et prsesul Yioiliciaiius 
Nobis regale danl jus et ponlilicate. 

Les principaux de ces droits consistent, 
1° en plusieurs cures de la ville d'Arras, 
dont les curés, les vicaires et les autres prê- 
tres ne reconnaissent point l'évêque, elsonl 
soumis immédiatement à l'abbé et à son of- 
ficiai. 2" En ce qu'elle jouitde tous les droits 
royaux, conformément au titre de sa fonda- 
lion , entre lesquels droits il y a celui de 
main-morte, qui défend les mariages et la fa- 
brique des églises, chapelles ou oratoires, 
sans la permission de l'abbé, et sans payer 
certains droits qui sont présentement éva- 
lués. Ce droit pour la construction des égli- 
ses , chapelles cl oratoires , se voit par une 



2;.5 



niCTIONNAinE DES f ROHES HELICIEUX. 



956 



inscription qui csl sur une pyrainidn élcvfc 
dans le Pclil-M.irché d'Arrns; on y 'il rps 
paroles : Anno Dominicœ Incarnahonis 1200, 
hirc pi/tamis rrrcla d in fundo Snncti Ve- 
dasti prr consenutm alihatis el rapiiuli, sine 
quo assertfu nrc allnre hic potrsl erigi. nrc 
dirinn celebiari, nrc nliud firri. 3" Les douze 
échevins de la ïillc sonl oblii; s de jurer, 
tous les nns , qu'ils pnnlcroiil les droits du 
roi el de Ta!)' .-ne, veiiaiil pour cet effet dans 
l'éu'lise de la Madrleine, qui est une de celles 
(|ui depiMidciit alisolunu'iil de l'abbaye , tant 
pour le spirituel que pour le temporel. 4" 
Celte abbnye jouit du droit de ton-lieu , qui 
est ce qu'on appelle à Paris droit de iirand 
voyer. 5* L'abbé de Siinl-N'aast el ses reli- 
picux ont droit d'occuper toutes les hautes 
slalles du côlé pauchc rie la cathédrale, lors- 
qu'ils y vont pour les processions cl les as- 
seiiiblées, conforméuienl au concordai passé 
entre les parties en l'année lo08, par lequel 
il esl dit qu" les religieux de l'abbaye de 
Sainl->"dast marcheront a\cc les cliaiioiiies, 
en telle sorte (|n'un chanoine aura la droite 
el un religieux la gauche, cl cela dans les 
processions générales. 

(k'Ke abliaye était anciennement d'une 
congrégation qui comprenait généralement 
tons les niunastcres de l'ordre de Saint-Be- 
noîl, qui se trouvaient dans les provinces de 
Flandre , Sens et Reims, exempts et non 
exempts, qui faisaient pour lnrs leurs assem- 
blées, sans préjudice au droit des évèques, 
comme il est facile de le voir dans li- \i cha- 
pitre du concile de Latran sous Innocent MI, 
cnp. In fin(/itlifcle Siatn vwnarhorum, où on 
lit ces paroles : Siilvo jure diœcesnnornm pon- 
tificum. Mais les guerres qui sont arrivées 
entre les rois de France, les comtes de Flan- 
dre cl les ducs de Bourgogne, divisèrent tel- 
lement ce grand corps, où chaque abbaye, 
étant devenue Indépendante , tomba dans le 
relâchement : ce qui dura jusqu'à la conclu- 
sion du concile de Trente , que ces monas- 
tères, étant obligés à se remettre en congré- 
gaiioiis, reprirent en même tfin(is les obsiT- 
vanres regu iéres, mais parliculièremcnl ce- 
lui d'Arras, où la discipline nion;islique com- 
mença à revivre par la piélc cl la vigilance 
de dom Sarrasin, qui fut chargé du soin de 
remédier aux abus qui s'élairni glissés dans 
les monastères de celte nouvelle congréga- 
tion, où il est regardé comme le reslaura- 
teur de l'observance ré;;uliére et comme un 
sujet qui lui a fail plus d'honneur par son 
grand génie, sa piéie solide, son zèle pour 
la religion catholiciue , les emplois dont il a 
éié honore, les ch.irgrs el dignités auxquelles 
il a été élevé par sou gi au'i o:érile. 

Il naquit à Arras le -10 juillcl lo.'iO. Ses pa- 
rents , qui étaient rcciiinniandaldcs d.ins la 
bourgeoisie do celle > il le, lui Tirent a|)prcndre 
Il langue latine, l'ayant mis pour cet eiïet 
entre les mains d'un bon maître qui, con- 
naissanl bs pranles dispnsiiions <le son éco- 
lier, le présenta à l'ablie de Sainl-\ aast, qui 
éiflil pour lors Jér(^me Uurfant. L'esprit et les 
manières solides de Sarrasin lui allirèrent 
l'cklimc de cet abbi-, qui lui donna l'habit <lc 



son ordre à I âge de dix-sept ans. Apiès son 
année de probation, pendant laquelle il ga- 
gna le cœur cl l'estime de toute la commu- 
nauté, dans laquelle il fut reçu avec tout 
l'applaudissement possible, il fut envoyé a 
l'Université de Paris pour y étudier la rbéto- 
rinue. Il y fil de si grands progrès, qu'en 
l'absence de ses maîtres il donnait les leçons 
aux écoliers. Ensuite il fut rappelé à son mo- 
nastère, où il fil ses vcrux, et peu de temps 
après il y reçut les ordres mineurs cl les or- 
dres sacrés de sous-diaconat et de diaconat; 
après quoi il fut envoyé à Luuvain pour y 
étudier en théologie. Il y fut ordonné prêtre 
el il se fil recevoir bachelier dans cette Uni- 
versité à la sollicit;ition de ses maitres cl 
avec la permission de Hoger de Momoranci , 
qui avait succédé à Jérôme Huiïaul à l'ab- 
baye de Saint-Vaast. 

À peine eut-il fini ses études que ce même 
abbé, connaissant son mérite, le (il son cha- 
pel.iin, lui donna le soin d'une partie des af- 
faires de son monastère, el le fil enfin dans 
la suite grand prévôt de son abbaye, dignité 
vacante par la mort de dom Jacques Taffe. 
Cet emploi, qui semble si oppose à la piété et 
à l'observance régulière par robligatiou 
presijue continuelle où il met celui qui en 
est pourvu de songer aux procès cl de s'ap- 
pliquer à la conservation des droits, des pri- 
vilèges et immunités du monastère, ne l'ein- 
pécha point de pratiquer ces deux vertus qui 
sonl le f indemcnl de la vie religieuse. Aussi 
cela parut si extraorilioaire aux Pères qui 
élnienl dans celle première assemblée qui so 
tint au sujet de l'établissement de la congré- 
gation, que, dans le dessein qu'ils avaient de 
réformer en même temps les nueurs et de ré- 
tablir la discipline régulière, ils le deman- 
dèrent à son abbé pour remplir la charge de 
grand prieur, dont il fut revêtu parce même 
alihe qui, ne pouvant assez lui témoigner 
r<slime qu'il faisait de son niéril-, le lit, 
quelque temps après , son vicaire général 
dans le spirituel, avec pouvoir de disposer 
des bénélices. 

I.ii supériorité de son génie lui rend lit 
toutes choses si f.iciles, que, plus on lui 
donnait d'emplois, plus il donnait de preuves 
de son étendue par la manière dont il s'en 
aci|uitt.iit. Cela parut principalement dans In 
soulèvement de la ville d'Arras, qui était du 
nombre de celles qui par la faction des héré- 
tiques qui avaient à leur léle le prince d'O- 
range, s'était révoltée contre son sou\erain, 
et dans biquellc la religion catholi(|ue était 
en si grand danger par le nombre des liéré- 
liques, qui surpassait de beaucoup celui des 
catholiques , que l'évêquc de cette mêmH 
ville fut obligé d'abandonner ses ouailles et 
d'en sorlir avec tout ce <iu'il y avait d'hon- 
nêtes gens, afin d'éviti r la persécution, lais- 
sanl ainsi le soin de son troupeiu à dom 
Sarrasin, qui, se trouvant en même temps 
ch.ii gé de tout le goiivernement de son mo.- 
nastère par la mort de Thomas Pareusi, qui 
en elail ,»libé, remplit parfaitement les de- 
voirs d'un supérieur vigilant et d'un zélé 
[laslcur, animant par sou e\eni|>le ses reli- 



2:i7 



EXE 



gicux à l'observance régulière, et exliorlant 
les peuples par ses fréquentes prédicalioiis 
à (léleiiilrc la vérital)lc foi de Jésus-Christ au 
prix de leur sang et à être fernies dans la fi- 
délllé à leur roi ; ce qui lui réussit hcureuse- 
iiienl. Mais ce ne fut pas sans peine et sans 
lieaucoup d(! souffrances : c.ir les liéréli<]u(S 
et leurs adliérenls, enragés de ce qu'il soule- 
nait les intérêts de ])ieu et de la religion 
avec tant de zèlo, lejelèrotil dans une obs- 
cure prison, où il soutTrii la faim et la soif 
pend.inl quinze jours, n'attend;int que le 
nioriienl d'uiie mort ignominieuse selon le 
inonde, mais précieuse au\ yeux de Dieu, 
qui, en ayant déterminé autrement, suscita 
des gens de probité qui les déiouriièrent de 
leur mauvais dessein, diint ils ne se désistèrent 
qu'à condition qu'on leur donnerait l'argen- 
terie du monastère pour l'envoyer au prince 
d'Orange. 

Dans le temps que ce grand homme était 
dans la persécution, les IClats généraux d'Ar- 
tois, qui gouverna eut pour le roi, voulant 
récompenser son niérite elles traviiux qu'il 
avait endurés pour le soutien de la foi catho- 
lique et le service de son roi, le nommèrent 
à l'abbaye de Saint-Vaasl , dont il obtint la 
conQrmalion de Pliilippell. Il serait dllficile 
d'exprimer les grands talents et les vertus 
héroïques qu'il lit paraître dans sa nouvelle 
dignité : son zèle pour le bien de son monas- 
tère tant pour l'observance régulière que 
pour la défense de ses privilèges; son ap- 
plication et ses travaux pour la paix, qu'il 
procura enfin aux Pays-Bas au grand con- 
tentement de tous les bons catholiques; sa 
charité envers les pauvres, auxquels il servit 
de père dans une laminu qui fut pies;iue gé- 
nérale dans t.)uie l'Europe en 15ii7, ayant fait 
ouvrir pour cet efl'et les gieniers de son ab- 
baye; son amour pour les gens savants, aux- 
quels il faisait tous les biens qui étaient en 
son pouvoir, fondant plusieurs collèges où 
les éluiiiants pauvres étaient reçus, donnant 
des pensions aux couvents des religieux 
mendiants afiii qu'ils pussent plus comcno- 
dément avancer leurs religieux dans les 
s.ieiices, et faisant de grandes aumônes aux 
écoliers pauvres à proportion des disposi- 
tions qu'ils avaient pour les sciences; sa 
pieté envers le |irochain en faisant cons- 
truire un jiôpitiil pour les pauvres et en fai- 
sant liàlir un couvent aux capucins nouvel- 
lement arrivés d'Italie dan^ la ville d'Arras; 
cnlin sonadressedans les négociations les plus 
épineuses, desquelles il sortait toujours avec 
honneur à l'avantage de ceux dont il prenait 
les intérêts et avec la satisfaction des parties 
intéressées, qui ne pouvaient assez louer ses 
belles qualités et son bel esprit, tant dans 
le manieriient des alTaires que dans les con- 
versations particulières, qui lui firent aussi 
mériter l'estime de Philippe II, roi d'Espa- 
gne, qui pour récompenser son mérite le dé- 
clara conseiller d'Etat avec tous les honneurs 
ci prérogatives appartenant à celle charge, 
el quelque temps après lui donna l'archevê- 
ché de Cambrai, vacant par le décès de M. 
de Burlemoni, qui luourul le 15 février 1590, 



EXE 25J 

et dont il obtint les bulles et prit possession 
le 1'* septembre de la même année. 

Lorsqu'il se vit revêtu de cille nouvelle 
dignité, il crut qu'il était de son devoir de 
travailler à ramener au bercail de Jésus- 
Christ les âmes ijui s'en étaient écartées. 
C'est pourquoi il s'appliqua à l'extirpation de 
l'hérésie et à l'augmentation de la religionca- 
tholique. Sa vigilance el son zèle ne lui per- 
niettaieiit pas de prendre aucun repos, récon- 
ciliant lui-même à l'Eglise les hérétiques, ré 
parant les églises ruinées par les guerres, et 
s'appliquant continuellement au soulage- 
ment (lu public; ce qu'il continua jusqu'à la 
mort : car, sentant diminuer ses forces el 
prévoyant que sa fin approchaii, il ne laissa 
pas pour l(! bien du prochain, denlrepren- 
dre contre l'avis des médecins le voyag- de 
Bruxelles, où, élanl arrivé il mourut le 
troisième jour de mars de l'année 1598, 
après avoir reçu lous les sacrements de l'E- 
glise. 

Le bon ordre el la tranquillité que ce 
grand h imme avait établie dans son monas- 
tère ne dura que pendant la vie de son suc- 
cesseur, qui fut dom Philippe de Caverel, 
qui, pendant Irenle-six ans qu'il fut abbé 
de Saint-Vaast, fut presque toujours prési- 
dent de la congrégation et y mainlint l'ob- 
servance régulière; mais depuis sa uiori, 
qui arriva le premier décembre 1036, elle 
éprouva toutes sortes de disgrâces par la 
gueire qui commença en 1633, enire la 
France et rE<pagne. L'abbaye de Saint- 
Vaasl fut celle qui en souffrit le plus, puis- 
qu'elle resli jusqu'en lO't^l sans gouverne- 
ment ni spirituel ni leiniiorel. Car les Fran- 
çais s'élant emparés d'Arras, tout l'Artois 
se trouva tellement divisé entre la France et 
l'Espagne elsiruinépar les deuxarmées, que 
les religieux de ce monastère ne pouvaient 
rcievoirle revenu de leurs biens, el furent 
réduits a n'avoir pas même de pain pour se 
nourrir. 

Louis Xlll, voulant se servir de son droit, 
donna celle abbaye en lOil à dom Maximi- 
lien de Bourgogne, qui nomma dom Jean de 
Nizar pour gouverner ce monastère quant 
au spirituel. Mais ce fut une autre source 
de désordres : car, Claude Haccart ayant 
été élu pour supérieur de la congrégation 
par les autres monastères qui étaient en- 
core sous la domination d'Espagne, el ayant 
été nommé ensuite à cette abb.iye par l'Iii- 
li|)pe IV, roi d'Espagne, l'an 1051, aucun de 
ces deux abbés n'ayant pu obtenir ses bulles 
du pape, cela causa un schisme si grand, 
que le monastère de Sainl-Vaast étant di- 
visé, les revcmus partagés, et les moines 
désunis el dispersés, tout fut renversé tant 
pour le spirituel que pour le temporel jus- 
qu'en l'aimée 1000, que la paix fut conclue 
en!re les deux couronnes, par laquelle paix 
la nomination appartenant au roi, et dom 
Maximilien de Bourgogne étant mort , ce 
prince la donna au cardinal Jules Mazarin, 
qui, elanl mort avant que d'en recevoir les 
bulles , eut pour successeur le cardinal 
René d'Est, qui ne se fit jamais connaître à 



••» 



DICTIONNMnE DES ORDRES RKLICIF.UX. 
Pour le chœur 



celle abbaye que par le soin qu'il cul d'en 
recevoir les revenus. Il eul pour successeur 
le cardin.ll Emmanucl-Théoilose de llouillon 
de la Tour d'Auvergne, qui eu oblinl les 
bulles de Cléuienl X au mois de février 
1G7.Î. Ce cardinal élanl morl à Home le 2 
mars 1713. le cardinal de Uohan fui pourvu 
de celle abbaye. 

Il y a dans ce monastère qualre supé- 
rieurs pour le spirituel, qui sonl le gran I 
prieur, le sous-prieur, le liers-prieur el le 
«|uarl-prieur. Le grand prieur, qui passe 
pour le premier officier de la maison, n'est 
point sujet à la clôture du dortoir, ayant un 
quartier a part, d'où il peut veiller à la con- 
duite des olliciers. el en mémo temps au bon 
ordre du monastère. H se fait par scrutin, et 
il esl perpétuel ; il esl aussi oflicial de l'abbe 
dans kl p.iroisse de la Madeleine, el d'au- 
tres qui ea dépendent, el il a un chapelain 
religieux. 

Le premier oITicier pour le temporel est 
le grand prévôt, qui est chef de la justice, 
el préside au siège de la cour abbatiale pour 
le civil, el est gardien des titres et autres pa- 
piers de r»")baye. Gel emploi esl aussi an- 
cien que l'abbaye. Le çrand bailli, avec les 
barons el hommes de hef, servent pour le 
criminel. 

Le grènetier reçoit les grains, el a soin 
du bo:s et du charbon ; il est aussi chape- 
lain de l'abbé. 

Le cellérier a soin de la cuisine conven- 
tuelle el du rcfecloire. 

Le receveur général lient la caisse el re- 
çoit la finance de l'abbaye des mains des fer- 
miers el des autres receveurs particuliers ; 
sou bureau s'appelle communément le buf- 
fet. 

Le trésorier a »oin de la cire, du linge, 
des ornements de l'église el de la sonnerie. 

Le rentier est juge du ton-lieu, et reçoit 
les rentes foncières de la ville et de la ban- 
lieue. 

L'hôtelier avait autrefois la direelion de 
l'hôpital; mais depuis l'érection d • l'hôpital 
général d'.Vrras, el même peut-être avant 
ce temps-là, ce n'est plus qu'un ofGce sans 
exercice. 

Le théologal fait sa leçon certains jours de 
la semaine. 

Le viiiier a soin de la cave au vin el de 
celle de la bière. 

Le réfectorier a l'inspection sur la bou- 
langerie, el fait cuire le pain. 

Le cutnmis aux ouvrages esl chargé de la 
fabrique, tant au dedans qu'au dehors du 
monastère. 

Le bibliothécaire a la clef de la biblio- 
thèque, qui est très -vaste el très -nom- 
breuse. 

L'aumônier distribue aux pauvres les au- 
mônes accouiuiiiées, el entre autres tout ce 
(jui vient du réfectoire comiiiiin. 

Le sacristain a soin des reli<|ues el de l'ar- 
genterie de l'église. 

Le Diallre de l'ordre est direc!eur des no- 
vices, cl il y en a un autre l'our les jeunes 
profès. 



2C0 
sous- 



il y a chantre et 

à l'inGrmerie, et a 
receveurs forains. 



chantre. 

Le sous-prieur préside 
sous lui des infirmiers. 

il y a deux ou trois 
qui reçoivent les renies à la campagne. 

Il y a dans le monastère des professeurs 
de la théologie morale , el des langues 
orientale , grecque , hébraïque , syria- 
que, etc. 

Outre le sacristain, il y a deux prêtres 
séculiers, qu'on appelle sénéchaux ou tar- 
des d'église, qui éveillent les religieux 
pour aller à matines, préparent les autels el 
les ornements, et servent de massiers les 
jours solennels, auxquels jours, les prêtres 
habitues des paroisses de la Madeleine, de 
Sainte-Croix, de la Chapelle-au-Jardin, el 
de la Itasècle, et tous les officiers de justice 
sonl obligés d'assister à l'office. 

11 y a qualre principales prévôtés forai- 
nes, qui dépendent de cette abbaye; la plus 
considérable esl celle de Haspres, cnire Cam- 
brai el Valencieunes, où il y a ordinaire- 
ment dix. ou douze religieux, dont il y en a 
un qui esl prieur, el un autre trésorier. Le 
prévôl est membre des Etais de Hainaul. La 
seconde est celle de Herclau près la Uassée, 
où il y a ordinairement trois religieux sous 
le prévôt. La troisième, de Uorres près de 
llélhune, qui esl semblable à la seconde. La 
quatrième, de Bœurières, de laulre côte de 
ISelhune, qui esl aussi de même. 11 y en a 
encore d'aulres moins considérables que ces 
quatre premières. La première esl celle de 
Sainl-Michel près d'Arras, où il n'y a ordi- 
nairement qu'un religieux. Cet endroit sert 
pour les religieux convalescents. La prévôté 
d'Angicourt dans le diocèse de Beauvais, 
près de Chantilly , celle de Sailli sur la Lis, 
dans le pays de Lalloëne, qui e»t entièrement 
du domaine de l'abbaye, avec quatre gros 
bourgs ou villages ; el enfin celle du Maisnie- 
les-Artoises, entre Bapaume et Péronne. Les 
prévois de ce^ deux dernières sonl ordinai- 
rement seuls, et ne sonl là que pour veiller 
aux intérêts de l'abbaye Uans les terres 
quelle y possède. 

Le grand collège de Saint-Vaast à Douai, 
fonde par D. Philippe de Caverel, dont nous 
avons parlé ci -dessus, contient trois grands 
quartiers, savoir : celui des bénédielins an- 
glais, qui sont goHvernés |)ar un prieur, et 
qui font l'office dans l'église, comme on fait 
à Arras dans le monastère; celui de la par- 
lie conventuello des religieux de Saiiil- 
\ aasl, où il y a un président el un vice-pré- 
sident pour veiller >ur les religieux, tant 
enseignants qu'étudiants ; et enlin le quai - 
lier des pensionnaires séculiers, qui sont 
sous la conduite d'un principal ou régeiH, 
d'un siius-regeiit et d'un préfet. Dans le 
même quartier sonl la grande salle des dis- 
putes, el les classes de théologie, de philoso- 
phie el de rhétorique. L'abbaye a aussi un 
collège à Paris nomme le collège d'Airuf, 
proche Saint-Victor. 

Ces emplois, olfices, prévôté, el principa- 
lilcs, sont des aduiinistraliuns régulières, 



3G1 



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2i;2 



l>«res cl simples, coinplables cl révocables, 
à la voloulc des supérieurs réguliers, et cela 
de tout lemps, n'ayant jamais pas^é pour 
des vrais litres de bénéfices, comme il pa- 
rait par plusieurs arrêts du parlement. 

Cette abbaye a toujours été , comme les 
autres de Flandre , régulière et déclive, 
comme il parait par les tilres de sa fonda- 
lion cl par une inTmité de bulles des papes, 
aussi bien que par la lellre de nomination de 
Louis XIII en 1641. L'abbé est comie de 
Lalloëve, porte milre et crosse , et, outre la 
seigneurie qu'il a dans la ville et banlieue 
d'Arras, il est haut justicier dans toutes les 
terres dépendantes de son abbaye , qui sont 
de fandalion et amortissement royal. 

Les principaux exercices de celle abbaye 
consistent à se lever à onze heures du soir 
pour aller à matines. On leur porlc pour cet 
cITet de la lumière dans leurs chambres , 
d'où ils ne sortent qu'après en avoir reçu 
ordre du supérieur, qui leur ouvre la porte 
du dortoir , dont il garde la clef. Ils disent 
tous les jours l'office de la Vierge avant que 
de dire le grand office, et souvent ils disent 
aussi l'office des morts; ce qui étant fini ils 
retournent à leurs chambres en disant le 
psaume De profundis. Ils se lèvent à six 
heures et demie pour chanter une messe de 
la Vierge aux jours qu'on doit selon les ru- 
briques en chanter deux , uu bien du saint 
sacrement ou des morts. Ils chantent prime 
à sept heures, puis l'office de la Vierge, en- 
suite Is martyrologe , lequel étant fini, ils 
vont au chapitre reconnaître leurs fautes el 
retournent au chœur pour dire tierce, sexie 
et noue, cl l'office de la Vierge. Quand on 
ne doit pas dire deus grandes messes , ils 
disent prime à huit heures et demie. Après 
prime, ils vont à leurs chambres, où ils de- 
meurent jusqu'à dix heures, que l'on dit 
tierce, après quoi on chante la grand'mes- 
se , qui est suivie de sexle et de noue, ex- 
cepté depuis l'Exallation de la sainte Croix 
jusqu'à Pâques , et tous les jours de jeûne 
d'Eglise; mais aux autres temps, none ne se 
dit qu'après les grâces, que l'on dit après le 
diner, qui suit immédiatement l'oflîce. Après 
le diner ils prennent une heure de récréa- 
tion , et ils se retirent ensuite à leurs cham- 
bres jusqu'à trois heures , que l'on chante 
vêpres. Avant le souper, on fait une demi- 
heure d'oraison mentale, el après le souper, 
qui se fa>l à sept heures el demie, ou après 
la collation pour les jours de jeûne, qui se 
f.iit à six heures , on chante les compiles, 
qui sont suivies d'une action de grâce qui 
se fait devant le grand autel pour tous les 
bienfaits qu'on a reçus de Dieu , el pour 
lors chacun se relire à sa chambre en si- 
lence. 

Personne ne peut se dispenser des offices 
divins ; ceux même qui ont des offices ou 
des bénéfices claustraux sont obligés de se 
trouver à vêpres, à matines et aux messes 
i|ue l'on chante. Il ne leur est pas permis de 
manger en particulier, el ils doivent servir à 
table les uns après les autres sans aucune 

(1) Vo'j., à la fin du vol., n°'' 56 el 57. 



distinction. Ils observent l'avent de l'Eglise, 
pendant lequel on ne mange point de vian- 
de, non plus que tous les mercredis de l'an- 
née , non pas même à la table de l'abbé. Ils 
jeûnent en tous temps le vendredi, excepié 
pendant le temps p.iscal , aussi bien que lu 
mercredi, depuis la fête de l'Exaltation de la 
sainte Croix jusqu'au carême. Ils sont obli- 
gés de rendre compte une fois l'an de tous 
les meubles qu'ils possèdent, et toutes cl 
quautes fois que le supérieur le requiert. Il 
leur est défendu d'avoir rien hors du cou- 
vent. Ils doivent se servir de chemises de 
serge , et ils ne doivent rien avoir d'affecté 
ni d'immodeste dans leurs liabits, qui con- 
sistent, dans la maison et au chœur, en une 
grande coule noire, et en un fort grand capucc 
ou froc qui leur tombe presque jusqu'aux 
talons; une aumusse noiie qu'ils portent eu 
forme d'étolc, el un bonnet e ai ré à trois cor- 
nes, avec un petit rabal ou collet large de 
trois doigts , el qui est fendu par derrière, 
comme on le voit dans la seconde figure. 
Afin qu'on puisse voir la forme de l'habit , 
nous donnons deux estampes du même ha- 
billement : l'une le représente par devant el 
l'autre par derrière (1). Hors du monastère 
ils sont habillés comme les prêtres séculiers, 
à l'exception d'un scapuluire large d'un bon 
demi-pied, qu'ils portent par-dessus leur ha- 
bit. Les habillements des autres monastères 
de celle congrégation , aussi bien que les 
pratiques, sont peu différents. Les religieux 
des monastères de Saint-Berlin , de Sainl- 
Pierre-les-tiands eld'Ename ontdesaumus- 
ses de dr.ip el onl des bonnets à quatre cor- 
nes, et ceux de Lobbes et de Saint-Amand 
n'ont (joint d'aumusses. dite congrégation a 
élé confirmée par Grégoire XUl en 1575, et 
Innocent XI accorda à l'abbaye de Sainl- 
Vaast, par une bulle de 11376, la jouissance 
de l'ius les privilèges dont jouit le Moiil- 
Cassin. Celte abbaye porte pour armes uu 
château d'or à fond de gueuks, avec ces pa- 
roles : Caalrum nobiliacuin , ce qui lui lui 
donne par son fondateur. 

Il se lorma aussi en France l'an 1380 une 
congrégation de Bénédictins sous le nom 
d'Exempts , el cela en conséquence des dé- 
crets du concile de Trenie el de l'ordonnance 
de lilois, sous Henri III. Les principaux mo- 
nastères qui formèrent d'abord celle con- 
grégation lurent les abbayes de Marmoulier, 
de Vendôme, de Khédon, Sainl-Benoîl-sur- 
Loire, le Bourg-Dieu et quelques autres. Ces 
monastères dressèrent des statuts, le k sep- 
tembre 1581, qui furent confirmés au mois 
de lévrier 1588 par le pape Sixte V, et au 
mois de décembre 1590 par le pape Grégoire 
XIV. Plusieurs autres abbayes firent union 
dans la suite avec ces premières et observè- 
rent les mêmes slatuti, entre autres celle do 
Saint - Maur-sur-Loire y fut unie dans )« 
chapitre général qui se tint à Marmoulier 
l'an 16-23, el Claude de Saiiit-OITange, qui eu 
ét.iil abbe, y lut élu général de la congréga- 
tion. 

L'abbaye de Saint-Denis n'avait pas eu- 



i(,5 niCTIONNAinF. DES 

corc ob6i sur ee poiiil au ronrilc ni à l'or- 
iloiinance de Hlois ; les relisiii'us H"' y dc- 
iiicuraicnl ne pouvant se résouiire à piilrer 
daiij une des coniire^alions di-jà el.iblics, el 
-i se souini'llre à leur chof, se di-termint"'rc-iit 
eiilin, après hcaurotip df delilifraiions, a 
donner loniineniemenl à une nouville con- 
f;réf:aliiin, afin do pou\oir s'excnipler de la 
visile des év(*i|ues d'une inaniiTe qui fût 
honorable à celte fameuse abliave ; ils for- 
luèreiil celle de Sainl-Diiiis, dont nous avons 
parle à l'article Dkn\s (Saint-), et l'abbaye 
dont elle prit le nom fut reconnue pour clief 
de toute la con^regalion. I.e ])ape l'aul V 
[approuva el permit aus monastères immé- 
di.'itcnu-nl soumis au sainl-siége (ie s'unir à 
elle; mais la rérorme de la congré{;alion ilc 
Saint-Maur ayant elé introduite dans cette 
cèltUtre abbaye en lO.'J.J, les m lisons qui 
formaient la coiigré{;alioii de S;iinl-Ucnis 
ayant perdu leur clu'f en clioisirenl un au- 
tre, qui fut l'alibaye de Saint-Ouen de Kouen, 
el prirent le nom des Exempts, qu'ils étaient 
bien aises de faire revivre, el qu'ils clioisi- 
renl prcférablemenl à celui du Saint-Denis et 
à celui de l'abb.iyi' de Saint-Ouen , quoi- 
qu'elle fut leur chef. Ils y lireiil leurs diètes 
cl chapitres généraux , il dans celui qui se 
célébra en 1043, où se trouvèrent les prieurs 
cl députés de (ha(|ue monastère, el où pré- 
sida doin Claude de It^uidri de Picncourt, 
abbé de la Croix de Sainl-Leufroi , général 
de celle congrégation , on revit les statuts, 
r,ui y furent augmeiilés de nouveau, cl im- 
primés ensuite a Kouen en IGi^i. 

I,a réforme de la congrei^alion de Sainl- 
Waur faisant de jour en jnur de nouveaux 
progrès, et ayant été introduite dans les ab- 
bayes de Saini-Ouen de Kouen, de Corbie et 
en quelques autres (jui dépendaieiil de la 
congrégation des Kxempls, celle-ci diminua 
de jour en jour au lieu d'augiiientiT, et de- 
vint peu de chose, principalemeiil après la 
Diort du général dom Kaudri, La plupart des 
monastères reconnurent Ifs évêi|ues pour 
^upéricurs cl se soumirent à leur visite. 
1) autres qui ctaicnl imiuédialemcnt soumis 



OKDRF.S RELlCIF.rX. 



204 



au sainl-siéiie lâchèrent à secouer le joug de 
toute snpériorilé, el un petit nombre resta 
toii|ours uni el élut un chef ou supérieur 
géncr;il, des defiiiiileurs, des visiieurs, <iui 
linreiit des assemblées triennales et conser- 
vèrent le litre de congrégation des Exempts 
en France sous l'obéissance d'un général, 
qui , en 1707, était le K. I*. dom Jean-Kap- 
tistc du Verdicr , religieux du Sauveur de 
Ktajc. 

L abbaye de Cerisi dans le diocèse de 
Bayi ux , ipii avait toujours été soumise au 
saint-siège , ne voulant poinl reconnaître 
pour supérieur l'évé.jue, qui y voulait faire 
la visile, s'unit à la congrégation des Kéné- 
diclins lilxcmpis, mais elle n'en est que plus 
indépendante : car elle n'a jamais vu depuis 
ce leuips-l i de supérieur général , qui se 
contente d'y envoyer tous les trois ans une 
commission en blanc pour y faire la visite, 
et les religieux la remplissent du nom de tel 
visiteur que bon leur semble. Le prieur de 
celle abbaye reçoit aussi lus lettres d'indic- 
lion pour assister aux chapitres gcnéraus : 
mais il s'en excuse toujours, cl l'on se con- 
tente de meilre la lettre d'indiclion dans les 
archives. 11 y a de l'apparence que la même 
chose se prati(iue dans d'autres maisons de 
cette coiigrégalion , où le général n'a pas 
grande autorité sur ses religieux , qui i.e 
sont pour la plupart que des religieux sortis 
des ordres réfoimésqui ont secoué le joug 
de l'obéissance pour vivre avec plus de li- 
berté, si on excepte néanmoins le prieuré de 
Peireci en Bourgogne , qui est membre do 
celle congrégation, et où on a introduit une 
étroite observance, dont nous parlerons dans 
la suite. 

Le l'elletier. Histoire et descriptiim des 
ordres rcliijieux. Lettre écrite de Cerisi en 
1707, par le K. 1'. de Metz, ancien prieur de 
cette abb.iye. Dom .Michel Fclibien, Ilist. de 
l'abbaye de Sainl-Denys, et Mcuioires coin- 
munit/iic-i par te grand prévôt de l'abbaye de 
Stiint-] aust. 

EXEMPTS. Voyez Molck. 



F 



F.XILLE (SoEuns de la). Voyez Cuises 

(SoF.l RS). 

l'AISEUKS DE PONTS, Voyez Pontikks. 
FAJE KEN FKATI'LLl. Voyez Jean de 
Dieu (OnnuE dk Saint-). 

FEK DOK Ll DES ECUVEKS DU FEU 

D'AKtiE.NT (OllUllE DES CIIEVALIEIIS l>l ) , ( »l 

l'rance. 

Jean, duc de liouriion, lils de Louis II , iii- 
ttilulriir des ordr( s du Chardon el de l'Ecu 
d'or, dont nous avons parié aux articles qui 
portent ces noms , institua d;ins l'église de 
.Notre-Dame di- Paris, l'an L'*I4, l'ordre? des 
chevaliers du Fer d'or el des écuyers du Fer 
d'argent, 1 1 lit savoir qu'il l'éiablissail, tant 
pour éviter l'oisiveté cl se signaler par des 
faits d'armea, que pour aciiuerir la gloire cl 



les bonnes grâces d'une très-belle dame qu'il 
servait. Seize uentilshommes seulement, par- 
lie chevaliers cl partie écuyers, y devaient 
être reçus. Ces chevaliers aussi bien que 
le duc de Bourbon , ((ui en était le chef , 
él;iienl obligés de porter tous les dimanches 
à 1.1 jambe gauclic un fer de prisonnier 
pendaiil à une cliainc ; et y manquant, i s 
devaient donner quatre sols parisis aux 
pauvres. Le fer des i hevaliers était d'or i t 
celui des eeuyers d'argent. Les premiers 
chevaliers (jui leçurent cet ordre furent les 
sieurs Barbazan, du Cliàli'l, Caucourt, de 
la lluze, tlamaclies , Sainl-Kemy, de Mous- 
siire>, Bataille, d'.Asniorcs, La Fayette el 
l'oulargues. Les premiers écuyers lurent les 
bicurs Cannulct, Cochcl el du PuiiL 



9IC3 



FKR 



FEU 



200 



Ils faisniont sormcnt de s'cntr'aimor 
Comme frères, de se procurer du liicn , de 
ne point souffrir que l'on parlai mal d'eux, 
et de défendre leur honneur à quelque pris 
que ce fû(. Leurs armes surtout étant dé- 
diées au service des dainrs qui imporcralenl 
leurs secours, ils étaient résolus de se battre 
ensemble dans deux ans pour l'amour d'elles 
soit à pied, ou à outrance, armés de haches, 
de lances, d'épécs, de daguis cl même de 
bâtons, le tout au choix drs adversaires; ce 
terme de deux ans n'étant pris pour le com- 
bat qu'à condition qu'ils ne pourraient pas 
plus tôt trouver dix - sept chevaliers ou 
écuyers sans reproche qui voulussent en 
venir aux mains et s'éprouver contre eux; 
qui" s'ils y étaient outrés (c'est le terme de 
la fondât on ) , ils demeureraient <nlre les 
mains des victorieux et deviendraient leurs 
prisonniers, ou bien donneraient pour ran- 
çon un fer avec sa chaîne semblable à celui 
de leur ordro, les clievaliers un fer d'or, et 
les écujers un fer d'argent ; ou que, s'ils se 
rachetaient par quelque présent, les écuyers 
leur donneraient un bracelet daigent et 
les chevaliers un bracelet d'or ; que s'ils y 
étaient assommés, ou bien que par maladie 
DU autrement ils vinssent à mourir, en ce 
cas leurs fers aussi bien que les chaînes 
seraient envoyés à la chapelle de l'ordre 
et \à attachés devant l'imiige <le la sainte 
Vierge ;qu'alors les confrères pour l'âme de 
chaque défunt feraient dire un service et dix- 
sipl messes chacun, où ils assisteraient en 
haliil de deuil ; et qu'enfin quiconque tom- 
berait dans quelque faute serait chassé de 
la compagnie. Quoique le duc de Bourbon 
fût l'instituteur de l'ordre , il ne se réserva 
pas néanmoins la nomination des chevaliers; 
une place vacante devait être remplie par 
l'avis de la meilleure partie ou de tous les 
chevaliers ensemble. 11 ne conserva d'autre 
supériorité ni d'autre droit que celui de con- 
tribuer plus largement qu'eux aux dépenses 
qui se devaient faire à frais communs, de 
leur fournir les lettres du roi dont ils avaient 
besoin, et de leur faire savoir le jour qu'il 
partirait, quand il faudrait aller en Angle- 
terre. Mais il ordonna qu'aucun des cheva- 
liers sans son congé ne pourrait entrepren- 
dre de voyage ni faire autre chose qui pût 
l'empêcher (le se trouver au rendez - vous 
au temps du combat. 

Il paraît que cet ordre, à proprement par- 
ler, n'était qu'un combat à outrance de dix- 
sept contre dix-sept, où les duellistes sa- 
crifiaient leur vie et leur honneur pour des 
femmes et peut-être pour des concubines ; 
et iiéanmo'ns il fut fondé dans l'église de 
Notre-Dame de Paris, en une chapelle ap- 
pelée Notre-Dame de Grâce, au nom de la 
sainte Trinité el de saint Michel. Ils s'obli- 
gèrent de plus de faire peindre dans cette 
chapelle une image de Notre-Dame avec les 
armes de leurs maisons, et y mettre un 1er 
d'or semblable à celui qu'ils portaient, mais 
f.iil en chandelier, afin d'y placer un cierge 
allumé qui brûlât continuellement jusqu'au 
jour du combat. Ils s'obligèrent encore de 

DICTIONNAIKE DES OrDRES RELIGIEUX. H. 



faire dire à neuf heures tous les dimniiches 
une messe h.nute de la sainte Vierge, et une 
basse à pareille heure les autres jours, et 
pour cela, de fournir de calices, chasubles 
el autres ornements nécessaires ; et que si 
c'é'ait le bon plaisir de Dieu qu'au combat 
général ils battissent leurs adversaires, cha- 
cun d'eux en par iculier, non-seulement y 
fonderait sa messe et un cierge à pi rpcluilé, 
mais encore s'y ferait représenter avec sa 
colle d'armes et les autres armes qu'il avait 
en combattant , el même y donnerait les 
bracelets des vaincus que Dieu leur aurait 
donnés ce jour-là, ou autres de pareille va- 
leur. Cet ordre dura peu, et même les cheva- 
liers ne se battirent point au jour fixé. A la 
vérité le duc de Bourbon passa en Angleterre 
au temps porté, ou à peu près, par les let- 
tres de la fondation , mais en (jualilé de pri- 
sonnier de guerre, el n m pas de chevalier 
du Fer d'or, et il y mourut api es di.x-neul 
ans de prison. 

Mémoires communiqués par M. de Clai- 
rambaut. 

FERÉOL (Saint-). Voyez Césaiiie (Saint-). 

FEllTÉ (La,. Voyez Gîteaux, § 2. 

FEUILLANTS, et eti Italie les RÉFORMÉS DE 
SAINT-BERNARD ( Religieux iiéioumks 
DE l'ordre de CiTEAUX appelés en France). 

Des r.ligieux réformés de l'ordre de CHenux, 
appeler! e.i France Feuillants, et en Italie 
les Réformés de Saint-Rernard , avec la 
vie de doin Jean de la Barrière, leur ré^ 
formateur et instituteur. 

De loules les réformes de l'ordre de Gî- 
teaux , il n'y en a point de plus eonsidéralile 
que celle de Notre-Dame de Fcuillans, jiuis- 
qu'elle a formé un ordre distinct et séparé , 
qui est une branche de celui de Cîieaux , et 
qui est présentement divisé en deux congré- 
gations, gouvernées chacune par un général 
particulier. Dom Ji an de la Barrière en a été 
l'instituteur. Il était d'une famille illuslre 
du vicomte de Turenne en Querci. Son père, 
s'appelait Barthélémy de la Barrière , el sa 
mère Léonarde de Amadon , fille de M. de 
Amadou , conseiller au grand conseil. Il 
naquit à Saint-Geré, petite ville de celti; 
province, le 23 avril loii. 11 fut élevé avec 
grand soin , et reçut de ses parents non- 
seulement l'éducation qui était convenable 
à sa condition, mais encore les premières 
teintures d'une piété plus qu'ordinaire. Il 
commença ses éludes à Bordeaux et à Tou- 
louse, et les acheva à Paris, où il eut pour 
maître le savaut Arnaud d'Ossat, qui de- 
puis a été évêque de Rennes et de Bayeux , 
et ensuite cardinal. 

A l'âge de dix-huit ans, Gharles de Grus- 
sol , ûis du comte de Grussol, grand pano- 
tier «le France , ayant embrassé l'hérésie , 
lui résigna l'abbaye de Feuillans en 1362 , 
el il en prit possession en 1565. Il la tint 
onze ans en commende, sans prendre d'au- 
tres soins pour les fruits qu'il en recevait , 
que de dire son bréviaire, et d'en procurer 
les avantages temporels. Mais, en 1573, 

9 



5 7 DlCTIONNAmF. DES OnDURS RELIGIEUX. 2fi.S 

,n)ir^s plusieurs combnls inti'ri.uir* , il fut lôrpnt l'anrionnc fcrvonr des rc1i?irnx ilo 
si ïi\cmoni Imiolié do Dion, (lu'il almii- Cilonu\ , uns niûme la stiipass'i^ronl : c;ir 
iloniia oui oroinoni lo mnudo pour entrer telle é'ail Iriir miniôro de \ic. 
Jaiis Tordre dos rovcmis diiqiiol il jouis- Dnin Jean do la Harrit^re, outre ruafio des 
i.îil. Il en oblint à cet effet les iicrmissions liaires, dos disriplinos ri des autres niorlili- 
uccessaires, el , ap;t^s l'année do probation calions ordinaire-, a^ail encore (t.ilili col- 
dans le nninasl^rc d'Aiino, du luêtne or- les-ci. Les religieux allaient nu-|'iods sans 
drc , au dioct^so ilo Toulouse, où il >'i'lait sandales, avaient toujours 'a léio nue, dor- 
retiro à cet cfTot , il fil sa profession solon- niaient tout votiis sur «les planches, et prc- 
nellc avec beaucoup ib- piclé el de ferveur, naient leur réfc< t on <à pcnoux sur le plan- 
II alla riisuilo ri^sider à son abbaye , où cher. 11 y en avait même qni, pour se nior- 
sa première occupalon fut de réformer les lificr davanta!;e, ne buvaient que dans des 
abus qui s'y élaionl plisses par le relâ- crànos do n cris, aci-nmnii^dos en forme de 
(hcinent de la discipline ré;;uli( ro ; mais lasses. Ils ne se sorva ont que do vais;ellc de 
il y trouva tanl d'oppositions de la part terre. Ils élaiml si Icrvenls, ((u'ils ne vou- 
dos rolisioiix cl do quelques personnes laionl manger ni œufs, ni poisson, ni b'^iirro, 
socnlii'Tos qui entraient d.ins leurs inté- ni liuile, ni même du sel, se contentant pour 
réis , qu il résolut de quitter son abbaye loulc nonrriure do potase fait avec d s lier- 
pour se ri tirer dans une soli'ud.- , afin bos cuites seulement à l'eau, et arec du pain 
d'y vivre seul el séparé dos hommes, à d'oigo pétri avec le son : encore était-il si 
l'exemple des anciens anachorôli s. Comme noir, que les botes refusaient d'en m inger. 
il ilail sage el prudonl , il ne voulut pas Leur nombre augmentant, 'cur fer» our de- 
se croire lui-même, ni entreprendre une vint plus grande: c'est pourquoi afin de se 
vio SI difficilo cl exposée à tant di- dangers mortifier davani.'go el d'assujettir avec plus 
sans prendre conseil : c'est pourquoi il en do facilité la chair à l'esprit, ils retrandii^- 
écrivil à M. d'Ossal , son am ien maître, rent l'usage du vin. Dom Join de la lîarri.^- 
qui, étant à li suite de M. de Foix , ar- rc iniroduisit aussi dans son abbaye un clianl 
rhevèquo de Toiilousc, eu qa ilité de se- (ont particulier appelé do son nom léchant 
crctairc dans l'ambassade dont ce prélat dtM.de /VuiV/nns- ; mais ayant appiis qiic 
fut honoré à la cour de Rome , lui fil une plusieurs personnes le pr()fanai(nl, | rimi- 
réponse ircs-judicieuse , que l'on trouve paiement les gens de métier, qui lo clian- 
d.ins SCS leitres d'Ktiil , par laquelle louant taicnl en leurs boutiques pour s'en divoriir, 
son zùle , il lui conseille de ne pas cher- il le (juilla deux ans apiès pour reprendre 
cher la solitude dans les bois et les ca- relui de Citoaux. 11 employa aussi sos reli- 
vcrnes de la lorro , où il ne pourrait ni gieux à divers motiei s, non-seulcnienl pour 
secourir le proi bain, ni accomplir les coin- g.ign;T leur vie du travail de leurs mains 
riiandomcnls de l'Kglisc, ni s'acquitter des (p.irce que leur nombre augmcnlanl tous 
devoirs du saoordo( e , où il avait été pro- les jours, il n'avait pas grami rev^^nu ])our 
niu , mais qu'il pouvait être solilaire au les cnlrclcnir), mais encore pour éviter l'oi- 
milicu de ses fiéresen gardant le silence siveié, qui est la mèie de tous les vices et la 
et observant exa<temont sa règle. Il reçut ruine des .'imes religieuses. Los uns cardaient 
cet avis comme venant de la part de Dieu , de la laine, les autres la filaient, cl d'ai.tres 
cl i s'arrêta à sa première résolution , qui étaient occupés à faire du d^ap. 
était de réformer soi mon stère. Telle élail la vie de dom Jean de la Car- 
Ce grand dessoin fut d'abord combattu riôro et de ses disciples dans les commonce- 
par des ol si clos qui paraissaient invinci- mcnts de ccHc réforme : ce qui leur attira 
blos : il fui abandonné de tons ses roli- braucimp do traverses, principalomont de la 
j;ieux ; il y en eut même qui attentèrent part dos religieux de Citoaux, qui chcrcbc- 
à sa vie. Il d' meura pondant ()uatro ans rent Ions les moyens qu'ils [inront l'our eni- 
sans trouver d'imitateurs do l'auslérifé qu'il pécher son progrès, la rcgaidanl comme 
prali(iuait , qui était si grande, que peu- une singularité incommode, et ijui condani- 
danl tout ce temps-là il ne vécut que de nait le relâchement dans lc(iuel presque tous 
fleurs de genêt el d'herbes sauvages, ou les monastères de l'ordre éiaioiil tomoés. 
de qudques fruils, sans pain ni vin. Cotte C'est pourquoi dom Jean de la Harrièrc, vou- 
vie parut si extraordinane , qu'il fut dé- lant prévenir les empêchements qU' l'on 
féré au chapitre général de Cîloaux comme pouvait apporter à la continuation de sa ré- 
nn inno>atcur qui, pif son nouveau genre forme, eut recours au pape Sixte V, qui ap- 
(le vie qu'il voulait faire embrasser aux ]irouva leur manière de vie l'an laStî, défon- 
aulros , troublait le repos cl la Iranqnil- dant aux religieux de Cîteaux de les troubler 
lilé de son ablayo. Il reçut celle mortili- dans leur observance, oidoiinant néanmoins 
cation avec tant de [latien e, el répondit que les Feuillants seraient soumis à bur \ i- 
à ces accusations avec tanl d'humilité, ijuc site el correction dans les choses seulement 
plusieurs religieux, concevant une haute (;ui ne seraient pas contraires à l'étroite ob- 
idéc de ses vertus, \inronl se soumeliro à sorvance qu'ils avaient embrassée, et que, 
sa condiiiie. Lo nombre en était si grand s'il arrivait de la dilfioullé au sujet de ces 
en \'.)~~, <iuc l'on peut dire qu'il somhiait mêmes observances, pour sa^oir si elles 
qu'il avait atiré la bénédiction du ciel sur étaient contraires à la ri gle de Sainl Honoil, 
son nouvel Institut ; ses religieux élaionl ],■ connaissance en apparliendiail aux sou- 
ci iîélés , que non seulomcnt ils rcnouvc- vcrains pontifes. L'année suivaitc l!ib7, le 



21.9 



Fr.u 



FEU 



271 



inoinp pnpe npprouvn de nnnvcnu rpito ré- 
forme, qui n'était pas encore «((iIIr (ie l'ab- 
bayi' (le Feuillaiis, dans la(|ii('lif il y avait 
pour lors, selon le lémoigiiage île ce pontife, 
cent quarante rcli;;ieux pr ifès et plusieurs 
nov ces, comme il le déclare dans sa huile. Il 
leur donna aussi periuission de liàlir des 
monastères de celle réfurnie, tant pour des 
religieux que poar des religieuses. Il (il 
même rester à Home deux religieux qui y 
ataieiitélé envoyés par dom Jean de la B.ir- 
rière pour obtenir ces huiles, et il ordonna 
à ce réformateur d'y en envoyer un plus 
grand nombre, parce qu'il voulait leur don- 
ner un éiablissemeiit. il accepta cet ordre 
de Sa Sainteté avec beaucoup de jiiie, et i! y 
CM envoya un nombre sulOsanl pour faire 
communauté. On les logea d'abord dans une 
petite maison de l'ordre appelée San-Vito, 
et le pape leur doiina quelque temps après 
celle de Sainte-Prudcntienne, à laquelle ils 
ont joint depuis un beau monastère. 

Le roi Ilenii lil en voulut aussi avoir à 
Paris. Il pria le saint abbé de lui en envoyer 
soixante, auxquels il Ht bâiir un magnifique 
couveni dans la rue Saint-Honoré. Dom Jean 
de la Barrière les accompagna lui-même. Ils 
cntrpritcnt te long voyage nu-pieds sans 
sandales, nonobstant la faiblesse où les jeû- 
nes et les veilles les avaient réduits, ils fai- 
saient tous leurs exercices par le chemin, 
comme s'ils eussent été dans leurs monastè- 
rrs, sans que cinquante cuirassiers, qui h s 
accompagnaient de la part du roi, les dé- 
tournassent de leur attention cl de leur dé- 
votion. Ce monarque, qui était au couvent 
des IJons-Homaies dans le bois de Vincen- 
nes, les envoya recevoir à Cbarenlon, où ils 
arrivèrent le 11 juillet 1588. Il alla lui-même 
à leur rencontre pour leur témoigner sa 
bienveillance. Ils se prosternèrent luus en 
terre, et le roi, liur ayant (ail donner la bé- 
Dédiclion par le cardinal de Bourbon, qui 
l'accompagnait , b s releva et les conduisit 
en ce couveni, où il les logea e! les enirelini 
jusqu'à ce que leur couvent de la rue Saint- 
Honoré étant achevé, ils en prirent posses- 
sion le 8 septembre de la même année. 

Pendant les troubles dont le royaume fut 
agité dans ce temps-là, dom Jean de la Bar- 
rière demeura toujours Odèle au roi, malgré 
les complots de la Ligue ; el s'étanl trouve à 
Bordeaux dans le temps de la mort funeste 
de ee prince, il iui ût de magnifiques funé- 
railles, dans lesquelles il prononça son orai- 
son funèbre. Ses religieux ne l'imitôient pas 
d.ins sa fidélité envers leur souvei'ain : plu- 
sieurs se laissèrent en traîner par la fureur de la 
Ligue, oùilsenlrèrent(l). Undes plusséditieux 
fui dom Bernard de Monlgaillard, appelé le 
Pt lit Feuillant, qui, après l'entrée triom- 
phanle d'Henri IV dans la ville de Paris, qui 
s'éiail volontairement soumise à son obéis- 
sance , ne cioyanl pas que les excès dans 
lesquels il était tombé pussent lui être par- 
donnes, sortit de celte ville avec la garnison 



espagnole, el se retira imi Fl.mdre ■inpiès di> 
l'achiduc Albert, qui lui donni r,i!ibay<; 
d'Orval,dans la province de Luxcinbourg, 
(lù, pour réparer ses fautes, il éiablit la ré- 
farme qui subsiste encore el iiui approche 
de (elle de la Trappe cl de Seplfonds , dont 
nous parlerons dans leur li u. 

Pendant que les relgieux Feiiillanis 
élaienl ainsi malheureusement engagés dans 
cette Ligu^, ils devinrent les persécuteurs de 
leur sailli instituteur, qui cundamnait leurs 
f.iusses démarches par sa lidélilé el son at- 
tachement à son prince; ils ne le rcg,:rd?~ 
rcnl plus que comme un homme qui avait 
des si-ntimenls contraires aux intérêts de l.t 
religion, et ils obiinrent du pape Sixlc V U 
convocation d'une congrégation générale en 
Italie. Dom Jean de !a Barrière, infoiniédcs 
inleations de Sa Sainteté, se rendit à pied à 
Turin, el après y avoir tenu une assemblée 
composée seulement des supérieurs des 
maisons d'Italie, il alla à Home, tandis qu'on 
(enait en France contre lui un chapitre gé- 
néral à Cîleaux. Le P. Alexandre de Francis, 
dominicain el depuis évêque de Forli, pré- 
sidant à ce premier chapitre général des 
Fciiillanls en Italie, qui ne se tint que l'an 
la02, sous le pontificat de Clément VllI, in- 
terrogea l'abbé de Feuillans sur les crimes 
do:>t il était accusé, auquel quoique innuceil 
il ne répondit qu'en disant qu'il était un 
grand pécheur, ce qui étant regardé comme 
un aveu de ces mêmes crimes, il fui suspendu 
de l'adminislralion de son abbaye avec dé- 
fense de dire la messe, et ordre de se présen- 
ter une fois le mois au tribunal de l'imiuisi- 
lion. 

Ce fut dans ce chapitre (juc do:!i Jean 
Gualléron, Français, né à Chàions en Cham- 
pagne, lut élu pour premier vicaire général 
de la cungrégaiion. Les religieux y quittè- 
rent leurs noms de famille pour prendre 
ceux de quelques saints. Ainsi , dom Jean 
Cuaitéron ajouta à sou nom de baptême ce- 
lui de Sa nt-Jérôme , el dom Jean de la Bar- 
rière celui de Saint-Benoît. Un des premiers 
soins du vicaire général fut de faire exempter 
sa congrégation de la juridiction des supé- 
rieurs de Cîleaux. C'est ce qu'il obtint la 
même année du pape Clément VllI , qui la 
soumit iiMmédialemenl au saint-siège, et qui 
accorda à ces religieux la permission da 
dresser des constitutions particulières. Six 
religieux furent noma es pour y iravailler, 
qui furent dom Jean de Saint-Jérôme, d(mi 
Pierre de Saint-Bernard , dom Philbert de 
Sainle-Prudentienne , dom Pantaléon de 
Saint-Placide , dom Jean de Saint-M.iur cl 
dom Alexandre de Saint-Michel ; le pape, de 
son coté, nomma aussi le P. Alexandre de 
Francis, dont nous avons parlé, qui lui dans 
la suite évêque de Forli, el Cônie d'Ossone, 
religieux barnabile, qui fui aussi évêque de 
Torione. 

Ces constitutions ayant été dressées, elles 
furent présentées au th;ipilre gcncial, qui se 



(I) Ils le firent par auacliemeiit à la foicaihuliiiue, ne voulant passe déclarer pour le prince huguenot. 
EniT. 



Î71 



niCTIONNAIRE HES ORDRES UF.LIGirrx. 



572 



tint l'an l.'iO."), où, a\anl rt«'' rcrups, le pn])e 
les ai'prou\a, ft clii's fiirpnl iinpriiiiéos à 
Ui)nic la mémo année. Ces consliiulions mo- 
iliTiTcni leur (jranilo rij;neiir. le souverain 
poiilifc l'ayant ainsi ordonné à rausc (|iic 
«luatorze rciiuioux étaient morts d'ins l'ab- 
It.ije de Fcuillans en une semaine, il leur 
fut permis de se cou^rir la tête, de porter 
des sandales ike liois, de mander des œufs, du 
poisson, de lliuile, du licurre et du sel. et 
lie boire du vin ; il y a seulement corlains 
jours marques auxquels il ne leur est pas 
permis do mander des œufs et ilu poisson, 
car ils doivent s'en abstenir les mercredis et 
lc> vendredi-^, à moins qu«' dans ces jours-là 
il ii'arri>c une fèlc de première rlasse , et 
pour lors l'abstinence des oMifs et du poisson 
est r«misc à un autre jour. Les jours de 
jeûne d'Kglise, et pendant .l'Avcnt elle ca- 
rême , ils ne doivent mander ni œufs , ni 
beurre, ni laitage. Le beurre csl .seulement 
permis où l'huile ci'est pas commune; mais 
ils ne le doivent manger que d.ins les sauces. 
Outre les jeunes prescrits par l'Eglise, ils 
jrûnent encore tous les mercredis et les ven- 
dredis, cl tous les jours, d. puis la l'été de 
I Exaltation de la sainte croix ju-qu'à Pâ- 
(|ues. Ils se lèvent à d> ux heures après mi- 
nuit pour dire nialiiips , suivant l'us;igc 
prescrit dans les congrégaions reformées 
qui suivent la régie de Saini-Henoîl. Ils dor- 
ment sur (les paillasses , et il est permis à 
ceux qui le \eulenl de prendre leur repos 
sur des pl.inclies. €eu\ qui. [lareillemcnl, 
veulent s'absienir de vin le peuvent, à moins 
que le supérieur ne le défende express6aici>l. 
Les piètres et les clercs doivent tour à toi;r 
servir à la cuisine, cl ils ne se servent que 
de vaisselle de terre. Ces ol)servances sont 
enrore en pratique dans cet ordre, exce. té 
qu'ils se sonl chaussés depuis peu, en vertu 
d'un bref qu'ils ont obtenu du pape Clc- 
nienl XI. 

(Juelque temps après la tenue de ce cha- 
pitre génér.il, ils obtinrent un autre établis- 
sement dans Home, aux Thermes de Dioclé- 
tien. où ia comtesse de Santafiure, Catherine 
Sforce, leur lit bâùr un beau mona^lère et 
une église, sous le titre de Saint-Bernard, 
qui fut tiiiic l'an lotlS. La même année, ils 
tinr( ni un autre chapitre , où le I'. dom 
(iuillaumc de Saint-Claude ctunt élu général, 
on demanda le rétablissement de demi Jean 
de la Uarrière, ce que l'évéquc de Forli ayant 
empêché par ses intrigues , le cardinal de 
Joyeuse eut envie d'enlever ce saint abbe et 
de remmener à l'aris ; mais il s'y opposa et 
n'y voulut jamais consentir. Catherine de 
Nobilis , duchesse de Sforce , s'adressa au 
cardinal Itellarmin, qui parla au p ipc en fa- 
veur de l'innocence opprimée par la ca- 
I innic. Clément \ III chargea ce cardinal de 
revoir le procès. Il le revit , interrogea les 
religieux séparément, s'entretint plusieurs 
fois avec Jean de l,i Itarrière sans lui parler 
du pi ocès , fit rapport do tout au (lapc , cl 
l'abjura que cet abbé était un saint (|ii'on 
tenait dan» l'oppression. Le pa|>e, détrompé, 
rei'ruclia a l'cvèquc de l'urli l'injustice de 



sa senli'nce , et lui défendit do par.itlre ja- 
mais devant lui. L'évéque , fr;ippé de cette 
disgrâce , alla faire satisfai lion à l'abbé, cl 
mourut trois jours après , accablé de honte 
et de douleur. Le pape , après que le procès 
eut été revu en sa présence et en celle de 
plusieurs cardinaux , ordonna au cardinal 
Itellarmin d aller prononcer la sentence d'ab- 
solution, avec ordre de retenir dom Jean de 
la liarrièrc à Rome ; mais ayant reçu son 
absolution, il mourut dans son monasière île 
Saint-Rernard , à Rome , le 25 avril KiOO, 
entre les bras du cardinal d'Ossal, étant dans 
la cini|uanle-sixièiiic année de son âge. La 
comtesse de Santaliore, fondatrice de ce mo- 
nastère, voulut que ses obsèiiues fussent des 
plus magn fiques que l'on eùl vues depuis 
ïunglemps à Rome. Son coîur, ayant été cn- 
f.Tmé dans une boite en argent, fut envoyé 
à l'abbaye de 1-euillans; el l'an lG2li, comme 
on transportait ses ossements dans un sé- 
pulcre de marbre, au milieu de la même 
église de Sainl-liernard, on en donna la tête 
et les pieds à M. Sponde, évèque de Pamicrs, 
pour les porter aussi a Fouillans, où la lêic 
est seulement restée, les pieds ayant été 
porté.s à l'aris dans le premier des deux mo- 
uaslères de son ordre qui sont en celte ville. 
Après la mort de dom Jean de la Rarrière, 
le pape Clément ^'lll, qui était en droit, par 
cette vacance en cour de Rome, de donner 
l'abbaye do Feuillans , la conféra à Jean 
liall.ide , qui , deux ans après, l'an 1G02 , la 
remit à cette congrégation dans un chapitre 
général. Le roi Henri 1\ céda pour toujours 
son droit de nomination à cette abbaye, et 
consentit qu'un abbé triennal fût élu par les 
i:h,ipitres généraux, ce qui lut confirmé par 
le pape, ei depuis ce temps-là cette abbaye 
est devenue chef d'ordre. Le premier abbé 
régulier triennal fut le R. dom Jean de Sainl- 
.Maur, qui élait général de la congrégation, 
cl depuis ce lomps-là les généraux en France 
ont toujours pris le titre d'abbé de Feuil- 
lans, et se servent pendant le triennal d'or- 
nements pontificaux. 

Cet ordre avait fait du progrès du vivant 
de son fondateur : cir, nuire l'abbaye de 
Feuillans, qui en était le chef, il avait cn- 
co.e un célèbre monastère à l'aris, deux à 
Rome, un à Rordcaux et quelques-uns en 
l'iémont. Mais après sa mort il fit de plus 
grands progrès; car les religieux Feuill.ints 
tirent des éiablissements à Lyon, à Saint- 
Ouillein Normandie, à Soissons, à Rouen, 
un second à l'aris, au l'iessis- Piquet, à Fon- 
taines, lieu do la naissance de saint Bernard, 
cl en plusieurs autres lieux de France, où 
ils curent aussi les abbayes de Sainl-Memin 
de .Mici près d Orléans, qui appartenait aux 
Rénodictins, et celle du Val au diocèse de 
IJeauvais, qri elail do l'ordre de Cîteaux. 
Celle dernière fut donnée à celle loagiéga- 
lion, ou |duti»l au inonaslère de Sainl-Rer- 
nard de Pans, par Henri III. Il ne la possé- 
da que deux ans, après lesquels elle retour- 
na en comuiciide. Mais Louis XIII et Marie 
de Mediii-, sa iiicic , la ren.lirenl à ce 
munuslcre, qui en prit possession lan IGIG, 



273 



FED 



FEU 



271 



el depuis ce temps-là le titre abbatial a été 
supprimé. Il se fit aussi des établissements 
considérables en Italie, de sorto que le pape 
Urbain VIII, voyant le sçrand nombre de mo- 
iiasières qu'ils avaient tant m Fr.ince qu'en 
lialie, et appréhendant que l'observance ré- 
pulière ne souffrît quelque atteinte par la 
loii^ue absence des supérieurs, qui étaient 
oliligés (le se trouver aux rhapitres géné- 
raux qui se lenaient qucbiuefois en France, 
quelquefois en Italie, divisa, l'an 1G30, les 
Français et les Italiens en deux congrépia- 
lions diflériMiles, celle de France sous le litre 
de Notre-Dame de Feuillans, et celle d'Italie 
sous celui des réformés de S lint-Hernard. 
Ces deux congrégations sont gouvernées 
chacune par un génér.il de leur nation. Ainsi 
les lieux maisons de Konie, qui avaient été 
fondées par les Français, restèrent aux Ita- 
liens , cl le pape accorda sèulemcjit aux 
Français un ho-pice dans la mênie ville pour 
leur procureur général, au(|uel les Italiens 
sont obligés de ilonncr tous les ans cinq 
cents livres. Cet hospice a une petile cha- 
pelle dédiée à sainte Marie Mère de Dieu, qui 
n'est ouvcric que lorsi|u'on y dit la niesse. 
(lette séparation des Français d'avec les Ita- 
liens n'a pas empêché que les Français ne 
soient restés à F'iorence, où ils avaient été 
établis dès l'an 1016 par le grand-duc Côme 
Il et Catherine de Lorraine, son épouse, qui 
leur firent bâtir un couvent, dont les fonde- 
ments furent jetés le trente septembre de la 
même année, et dont celle princesse posa la 
première pierre. 

Le premier général do la congrégation 
de France fui le V. dom Charles de Saint- 
Paul, qui fut ensuite évêque d'Avranches; et 
celui de la congrégation d'Italie fui le P. 
dom Philippe de Saint-Jean-Baptiste. Les 
Français dans leur chapitre général de l'an 
l()3'i- tirent quelques ch ingemems dans leurs 
constitutions qui furent imprimées à Paris la 
même année, et les Italiens en firent aussi 
quelques-uns dans les leurs, dans leur cha- 
pitre général de l'an 1067, et firent impri- 
mer ces constitutions à Kome l'année sui- 
vante. Les uns et les autres sont habillés de 
même, excepté que les Italiens ont des habits 
d'une serge fort fine, cl beaucoup plus amples 
que ceux de France, mais principalement le 
capuce, qui est beaucoup plus large et plus 
profond, et que la permission de se chausser 
leur a élé accordée des l'an 1070. Leur liabil- 
lemenl consiste en une robe ou coule blanche 
sans scapulain», avec un grand capuce de la 
môme couleur, se terminant en rond par- 
devant jusqu'à la ceinture, el en pointe par 
derrière jusqu'au gras des janibes. Leur robe 
est ceinte d'une ceinture f.iile de la même 
étoffe que l'habit (1) : ils n'ont puint d'habil- 
lement particulier pour le chœur. Ils peuvent 
porter des chapeaux quand ils sortent pour 
aller en campagne. Les convers sont habil- 
lés comme les prêtres, à l'exception que leur 
ceinture doit être de corde. Ils ont aussi des 
doiiués ou oblats qui n'ont point de capuce , 



mais ui> chapeau. Leur robe ne vient que 
jusqu'à mi-jambe, et (|uand ils sortent, ils 
portent un manteau (2) : les uns et les autres 
se servent pour le travail d'un scapulaire de 
toile. Les oblats ne sont pas religieux , ils 
promettent seulement de garder la chasteté, 
la pauvreté et l'obéissance tanl qu'ils demeu- 
reront dans la congrégation. 

Cet ordre a donné à l'Eglise des cardinaux 
et plusieurs autres prélats; les cardinaux, 
sont le P. Bona, qui fut fait cardinal par lo 
pape Clément IX ; el le P. Gabrieli, par le 
pape Innocent XI. Le P. Charles de Saint- 
Paul fut évôciue d'Avranches, comnie nous 
avons dil. Il a donné au public la Géogra- 
phie sacrée, qui fail connaître les diocèses 
des patriarches, des métropolitains et des 
évéïiues de l'ancienne Eglise. Cet ouvrage 
fut imprimé pour la première fois en lOVl , 
à Paris ; mais cette édition étant devenue 
rare, un en a fait une nouvelle en Hollande 
l'an 170'i-. Le P. dom Côme Roger, qui avait 
été aussi général de la congrégation de 
France, ell'un des plus célèbres prédicateurs 
de son leiiips, fut fait évê(pie de Lombez l'an 
1071, et est mort l'an 1711, âgé de quatre- 
vingt-quinze ans. La congrégation d'Ilalie a 
donné aussi à l'Eglise d'auires prélats. Clé- 
ment VIII commit les religieux Feuillants des 
monastères de Sainte-Prudenlienne el de 
Saint-Bern.Til à Borne, pour jeter en moule 
les Afjntts Dei, lorsque le p.ipe en doit faire 
la bénédiction; et ce privilège leur a été con- 
firmé par Léon XI et Paul V, qui ont lail 
défense à toute autre personne de s'ingérer 
dans cet ouvrage. Nous ne parlons point des 
personnes illustres par leur piété et des écri- 
vains célèbre s de celle réforme, parce qu'ils 
sont en trop grand nombre; les ouvrages du 
caidinal lîona, l'un des plus célèbres écri- 
vains de la congrégation d'Italie, sont assez 
connus. Le P. Joseph Morolio de la même 
congrégation a donné l'histoire de celle ré- 
forme, sous le titre lieCistertii reflurescentis, 
seti congrer/Alionum Cislcrtio-Monaslicariim 
B. M. Fuliensis in Gallia, et reformntorwn 
S. Birnardi in llulia CItronologica Historia, 
Il a aussi donné le Théàlre chronologique 
de l'ordre des Chartreux, imprimé en 1681. 
Il promettait celui de la congrégalion des 
Clercs Uéguliers de la Mère de Dieu, el celui 
de l'ordre de Saint-Jérôme en Espagne; mais 
ils n'ont pas encore été imprimés. Il y a 
aussi [ilusieurs autres ouvrages de ce mémo 
auteur. 

Chrysoslome Henriquez, Menolog.CisterC. 
et ejufd. fascicul. sanclor. ord. Cistert. Dom 
Pierre de Saint-Komuald, Hist. Chronotog. 
Joseph. .Morotius, Cislertii re/lorescentis seu. 
Cong.B- M ■ Fuliensis Cltronolog.Uistor.vom~ 
pend, privileg. et constilut. ejusd. Congru], 
La conduite de dom Jean de la Barrière, pre~ 
tnier abbé il instituteur des FeuilLarUs. 

FEUILLANTES, dites incorrectement Feuil- 
lantines. 
Les religieuses Fcuillanles ont aussi eu 



{l) Vol/.,» la fin du vol., n" 58 et [)9. 



(2) Yoy., ibid., n" CO. 



«TS 



niC.TIONNAlliE OI'S OUDRI.S HKl.liilKliX. 



97(i 



jinur in^l liilcurdom J.an de l.i R.irrii^rt'. La 
V4'rlii (le l'o sa ut ablié coiiiaifnçnnt à è'.ve 
couimc, plusieurs persoiinos le voulun iit 
a\uir pour In ;;uide et le dircclour de le r 
ronsciciice.DiH' pieuse da ne.doiil la demeure 
n'elail eluigiice de l'aliba^e ilc Feiiilluns 
nue de quatre lieues, fut des pr niières à 
rimlr ricr une liaison spirituelle avic lui. 
i;ilc s'appelait Anne de l'olastrou de la llil- 
lièro, el était feimne de Jean de ("ir.mdmimt , 
seigneur de Sauvciis. Klle denvurail nrili- 
naireinent au château de Sauveiis. près de la 
I élite ville de Muret; et li)-.itc> les fois (|ue 
l'abbé de Feuilians allait prêcher à Tou- 
louse, la piété de «cite dame l'cngage.iil à 
I asser par sa maison pour s'y entretenir 
avec elle des choses de Dieu, l'animer à la 
vertu, augmenter en elle le mépris des van - 
lés ilu monde, et l'amour de celui qni seul 
pi ut faire le bonheiir de l'iiomme en cette vie 
el m l'autre. 

D'autres dames qui, malgré les altachc- 
Diciils qu'ell s avaient au monde, se plai- 
saient à entendre parler de spiritualité , 
poussées par un secret mouvement de la 
grâce de Dieu, s'y trouvaient aussi pour 
avoir le pl.ii^ir d'entendre les discours spi- 
rituels de Jean de la Biriière. Mais Dieu, qui, 
p.ir un effet de sa bonté et de sa miséricorde, 
avait choisi ce» âmes mondaines pour en 
faire de saintes pén lenles, donna tant de 
forc" aux paroles de ci't instituteur, qu'ou- 
Maiit leurs cœurs à la grâce, elles changè- 
rent l'estime qu'elles avaient eue jusqu'alors 
pour le monde en un si grand mépris, ()ue 
leur devenant odieux, elles i»rircnt la réso- 
lution de le quitter, et pensèrent au\ nmycns 
de se consacrer entièrement à Jésus-Christ. 
.Mais ne pouvant encore exécuter ce pieux 
dessein, et profitant de la facilité que leur 
di.nnait madame de Sauvcns, elles se con- 
tentèrent pour lors de rendre leurs entre- 
tiens spirituels plus fré(|ucnts, et com- 
mencèrent à imiter la solitude el les aus- 
térités des Feuillants autant qu'il leur dtait 
possible. Madame de Sauvens animait et 
Eoulcnait de si bea^i\ commencements par 
ses pieuses exhortations et par les services 
spirituels et corporels qu'elle rendait à celte 
sainte trou(>e. lille prévoyait fort bien i|Uc 
tous CCS services ne serviraient qu'à la pri- 
ver plus IM de leur compagnie, puisqu'i Iles 
ne faisnieiil que solliciter leur entrée en reli- 
gion, où elle ne pou\ait les suivre à cause 
de son engagement d.ins le marwrge. Miis sa 
charité pour ces nouvelles épouses de .lésns- 
riuist l'emporl^nt sur le plaisir dont elle 
jouissait dans leur sainte compagnie, elli^ ne 
fégligea rien pour mettre la dernière n)ain à 
Ce pieux ouvr.'gi", résilue pour lois de lais- 
ser cette sainte troupe sous la conduite de 
.Marguerite de l'olastrou sa scpur, qui, se 
trouvant veuve du seigneur de Margestand, 
était en liberté de se consacrer en religion ; 
Cl- qu'elle fil en effet, accompagnée d'une de 
ses filles, (|ui lui était très-chère à cause de 
SCS grandes vertus. 

Cette illustre vecive entreprit d'obtenir de 
Uoui Jean de la Harrièru du Tivrc sous sa di- 



rection cl «l;ins 1rs nii^mes ohspfvanros que 
l'abbaye ite Feuilians. Klle lui fil connaître 
son sentiment et celui de ses compagnes. 
l"ne telle iiroposition étonna autant le s.iinl 
;ibl)é qu'elle le réjouit. .Après en avoir rendu 
grâces à Dieu, Il loua leur zèle; mais afin do 
leur faire voir riiii|iortaMce de ce qu'elles 
deiiiandaienl, il leur fii une desi ription de 
toutes les ausiériies qu'on pialiinait à Feuil- 
ians. Ce tienrede vie, qui aurait clé cap.ihle 
de rebuter des cœurs moins animés de l'es- 
prit de Dieu, ne servit «ju'â eiicour iger ces 
amaates de la croix de Jésus-Christ et à leur 
faire demander avec plus d'instance ce qu'el- 
les soubailaieiit avec tant d'anleiir. Doni 
Jean de la Ilarrière voulut cepind;inl les 
éprouver, rnignanl que le temps ne ralen- 
lit leur Zv'Ie. Il les laissa dans cette ^oloIlté 
pendant deux ou trois ans, les visitant quel- 
quefois, les animant par ses dise urs, et les 
exhortant à ne point aband nner leur en - 
Ireprise; el comine ses prédications lui atti- 
raient un grand nombre de personnes i|ul 
se mettaient sous sa direction, entre le-- 
quelles il y eu ;ivait qni voulaient embrasser 
l'état religieux, il eut le mojen d'auf;inenier 
le nombre de celles qui voulaient embrasser 
la vie des Feuillants. 

Ayant envoyé à Uome doux de ses reli- 
gieux pour y faire a;i| rouvcr sa réforme, et 
ie pape Sixte V, comme nous avons dit dans 
Farlicle précédent, ayant lait rester dans 
celte ville ces religieux, et donné orilre à 
l'abbé de Feuilians d'y en envoyer un plus 
grand nombre, ils furent logés dans une pe- 
tite maison de l'ordre de Cîieaux appelée 
San-Vilo. Durant le séjour qu'ils y firent, ils 
remarquèrent que sept ou huit filles vêtues 
de blanc et portant sur la tète un voile de 
même couleur, à la manière des religieuses 
de Cilcaux, venaient tous les jours prier 
dans l'église de ce monastère. Celte nou- 
veauté les surprit, el s'en étant informés, on 
leur dit que ces bonnes filles avaient la vo- 
lonté d'être religieuses, mais que, faute d'ar- 
gent pour entrer en religion, elles vivaient 
ensemble snus la protection de saint Ber- 
nard. 

Dom Jacques de la Rochcmoiison, l'un de 
CCS religieux, voulut aider ces bonnes filles 
dans leurs saints désirs, et, tout étr.inger 
(]u'il était, sans biens, sans appui el pri-squc 
sans aucune connaissance à Uome, dans le 
temps même qu'il ne devait songer qu'à l'é- 
lahlissemenl de sa congrégation, il entreprit 
lie leur procurer une maison. Il était d'une 
famille noble d'Auvergne, el il avait f;iit 
firofession dans l'abbaye de l.i Chaise-Dieu. 
Sa naissance, son mérite et sa granile capa- 
cité le firent connaîlre ;iu roi ("barles IX, 
qui voulut qu'il exerçât la charge de vicaire 
général au spiiitiiel el au temporel det'.har- 
les de N'alois, son fils naturel, grand prieur 
de France el alibé de la Chaise-Dieu. D.im 
Jacques s'acquitta de cet emjjloi avec hon- 
neur; mais enfin ayant eu occasion d'aller 
à l'abb.iye de Feuilians, il fut si l.uehé do 
la vie ausière des saints religieux i)ui y de- 
meuraient ïuus la cunduile de duiu Jian do 



277 



FEU 



FEU 



878 



In Barrière, qu'il le pria de le recevoir au 
nombre i)c ses disciples. Le saint abbé le 
reçut avec joie, et, après qu'il eut f.iit pro- 
fession de cette reforme, il alla prêcher quel- 
quefois à Sauvens. II eut lieu par ce moyeu 
de counaîlre la ferveur de ces dames qui s'y 
d S|)0saient pour embrasser aussi la réforme 
dis Fcuillaiils. Ayant été ensuite envoyé à 
Uome, il entreprit de secourir les saintes 
filles dont nous venons de parler, qui s'as- 
seiiiblaienl djins l'église de San-Vilo pour y 
f.iire leurs prières. Et il s'en présenta peu de 
temps après une occa-^ion favorable; car le 
cardinal ll'.islicio, proticleur de l'ordre de 
Cîle;iux, faisant rebâtir l'cglise de Sainte- 
Susaniie, ([ui élail son litre, sans autre des- 
sein (pie de satisfaire à robli;j;alion que sa 
piété lui avait inspirée; dom Jacques, qui 
visit lit souvent ce prélat, comme protecteur 
de l'ordre, lui persuada de joindre à cette 
ég'isc un monastère de saintes vierges, et lui 
pa la de ces filles qui vivaient en commu- 
naulé sous la proleclion de saint Bernard, el 
qui faute d'argent ne pouvaient être reli- 
gieuses. Le cardinal, ravi de trouver une si 
l)el!(> occasion de signaler sa piété envers 
Dieu el sa cliarilé envers le prochain, écoula 
avec plaisir la pioposilion que lui fit dom 
Jac(iues, et (it bâtir un mon stère où il ml 
ces saintes filles, auxquelles il donna pour 
supérieure une religieuse tirée du monastère 
de Siinle-Cériic, et les mil sous la direction 
des Feuillanl-i, qui leur firent embrasser 
l'étroite observance de Cileaux. Ainsi on 
peu! dire que les religieuses de Sainlc-Su- 
s.nne de Home, qui subsistent encore au- 
jourd'hui, ont été les premières Feuillaules, 
quoiqu'elles n'en aient pas porté le nom, cet 
honneur étant réservé pour les autres qui 
élaienl à Sauvens. iJom Jean de la Barrière 
les avait touJL>urs eulrelenu'es dans leur des- 
sein, jusqu'à ce qu'enfin, ayant reçu, l'an 
1586, la première bulle du pape Sixte V qui 
érigeait la nouvelle congrégalion des Feuil- 
lants et leur peniietlait de bâtir des monas- 
tères de l'un el de l'autre sexe, il travailla 
pour établir celui des Feuillanlcs; et, après 
avoir qlilenu les permissions nécessaires et 
réglé touies choses pour les mettre à Mon- 
lesquiou de Yolvestre, diocèse de Kieux, il 
en laissa l'exécution à un de ses religieux, 
ayant été obligé, par ordre du roi Henri 111, 
d'aller à Paris. 

Tout étant disposé et en état de recevoir 
cette Hou\elle colonie, elles se rendirent à 
Feuillans au nombre de quinze, d'où elles 
partirent le 23 mai lo88 sous la conduite de 
dom François Rabaudi, leur supérieur, pour 
aller premièrement à Hieux, afin d'y rece- 
voir ta bénédiction de l'évéque Jean du 
Bourg, et ensuite à Montesquiou, où ce pré- 
lat se transporta pour leur donner le voile 
de religion, dont la cérémonie se fit le 19 
juin de la même année; et l'année suivante 
elles firent leurs vœux solennels. Dom Jean 
de la Barrière ayant destiné pour leur supé- 
rieure Marguerite de Polastron de la Hil- 
lière, âgée de 58 ans, veuve d'Anne d'Yzal- 
quicr de Glcrmont de DieupanlaJe, seii^ncur 



de Margeslanil, celte danic ne voulut pas 
recevoir l'habi! la première par humilité, 
voulant que ce fût sa fille Jacqueline de 
Dieupanlale, à cause de sa virginité : elle 
accepta néanmoins la supériorité. 

La ferveur de ces saintes religieuses devint 
l'ailmiralinn de tout le royaume. Comme il 
y avait alors peu de monastères de filles où 
l'observance régulière fût gardée exacte- 
ment, on respectait d'autant p'us le monas- 
tère de Montesquiou , qu'on y voyait des 
pratiques de vertu cl de mortification qui 
paraissaient presque ininitables. F.u effet, 
ce genre de vie pratiqué par les Feuillants 
et les Feuillanlcs se trouva si au-dessus des 
fones humaines, que Clément VIII ayant 
a|)pris, comme nous l'avons dit dans l'arti- 
cle précédent, que quatorze religieux étaient 
morts dans une seiuaine, ordonna, au cha- 
pitre général de 'an 1395, de modérer ces 
grandes austérités : ce qui fut fait de la m;i- 
iiière dont nous l'avons rapporté au même 
endroit. 

Le nombre des religieuses Feuillanlcs 
augmentant de jour en jour, leur maison se 
trouva liop petite; el.la ville deMi)nIesquiou 
n'étant pas assez consi<lérable pour rcnfei'- 
mer une si nombreuse communauté, on ré- 
solut de transférer ces religieuses à Tou- 
louse. Le cardinal de Joyeuse, archevêque 
do celle ville, ayant obtenu une bulle du 
pape pour la suppression d'une maison reli- 
gieuse où le dérèglement s'était g issé, vou- 
lut donner celle maison aux Feuillaules; 
mais ces saintes filles, ne voul.uit nuire à 
personne ni s'étab'ir sur les ruines d'aucune 
autre communauté, refusèrent les oITres de 
ce prélat, el trouvèrent moyen de s'établir 
dans un autre lieu, dont elles prirent pos- 
session le 12 mai 1599, après avoir quitté 
a\ec beaucoup de peine Montesquiou, dunl 
les habitants, fâchés de perdre de si saintes 
filles, prirent les armes pour s'opposer à 
leur sortie. 

Etant arrivées à Toulouse, on commença 
les bâtiments d'un monastère et d'une égli>e 
par les libéralités de plusieurs dames qui s'y 
retirèrent, et principalement par celles d'An- 
toinette d'Orléans, fjllc de Marie de Bourbon 
et d'Eléonore d'Orléans, duc de Longueville, 
qui, se trouvant veuve de Charles de Gondi, 
marquis de Belle-Ile, et n'ayant pu être ad- 
mise au nombre des religieuses de l'Ave- 
Maria à Paris, qui ne recevaient point de 
veuves, alla à Toulouse, où elle fat reçue 
par les Feuillaules, dont elle prit l'habit l'an 
1599, n'étant âgée que de vingt-six ans. 
Quoiqu'elle fût obli;,'ée, sept ans après, de 
jrasser dans l'ordre de Fonlevrault par ordre 
du pape, pour y être coadjulrice de l'abhesse 
Eléonore, sa tante, elle ne quitta pas pour 
Cela le souvenir de sa première profession, 
car elle fonda un monastère à Poitiers l'an 
1017, où, avec quelques religieuses de l'ordre 
de Fonlevrault qui la voulurent suivre, elle 
reprit l'habit des Feuillanlcs ; et étant morte 
quelque temps après, elle voulut que sou 
corps fût porté au monastère de Toulouse. 

La rclraile de celle priuccsse dans le mo- 



270 DICTI'.IN.NAIUK Dl.S OlîItlil.S KKLIGII.UX. ?S(» 

iinsUVc des Fcuill.inlcs de Foulnu^e y atlira ;:iierile de Sninle-Marie. File s'appelait dan» 
INI grand iiiiiiilne de personnes de distiiic- le monde Mar<;iierjlc de ('l.itisse de Marclinn- 
lion : de sorte que, i';in 1002, qu^ilorze ans m ni, el él.iil fille de Henri de Clausse de 
après leur fondation, elles se trouvèrent cin- MarchaumonI, seii;neur de Kleury, conseiller 
((liante professes, el il y avait eu plus de d'Ktal, et de Denise de Neuville de Viileroi. 
deux cents novices qui en él.iient sorties, Kllc épousa en premières nores Henri, sei- 
ne pouvant supporter lis grandes nu^térité< jincur de Foui, jjouverneur du Vexin; mais 
de cet ordre. La réputation de ces religieuses ce seigneur étant M,ort six mois après leur 
s'augmenlant de jour en jour, plusieurs per- mariage, elle épousa en serondes noces Sa- 
sonnes voulurent fonder d'autres monastères lomon de lîélliune, seipneur de Uosny, gou- 
du iiième ordre pour communiquer aux au- verneur de Mantes et de Meulan, qui, après 
lies provinces les exemples d'une vertu si deux ans el demi de mariage, la laissa en- 
sainte, et donner aux âmes pieuses des mai- core vemc pour la seconde fois à l'âge de 
sons de retraite où elles pussent se consa- vingl-deux ans. 

erer à jèsus-Christ et renoncer aux vaniiès Une si grande jeunesse accompagnée d'une 

du siècle. Mais les Feuillants, qui étaient les parfaite beauté, soutenue (lar sa noblesse cl 

directeurs de ces religieuses el leurs supé- par ses grandes rirhesses. lui attira les cœurs 

rieurs, s'oppo-èrent à cette pi ojiagation, et de plusieurs seigneurs de la cour, qui, se 

dans le chapitre général de l'an 1592, il fui faisant gloire d'entrer dans son alliance, la 

ordonné qu'on ne se cliarg<rail plus de la recherchèrent en mariage; mais ce fut inu- 

ilircclion d'aucunes ri ligieuses, à l'excepliDU lilemenl, car, écoutant les inspirations; du 

du seul monastère des Feuillanles de Ton- ciel et désabusée des vanités du siècle et des 

iuiise : ainsi, eu verlu de ce règlement, on grandeurs i!e la terre, elle forma le dessein 

quitta les religieuses de Sainlr-Ï^usanue de de se faire religieuse Feuillanle et de ne plus 

Home. Il y a de l'apiareiice que dans ce aimer que .lé^us-Christ, auquel seul elle vou- 

leinps-Ià on présenta plusieurs établisse- lait sacrifier son cœur , el, pour accouinm r 

meirs pour des Feui lantes, puisque dans le le monde à l'oulilier. elle se retira peu à peu 

chapiire général de l'an l'.y.é il fui de nou- de la cour, n'y paraissant que dans le> occa- 

veau coiul I (|u'on s'en tiendrait au règle- sions de nécesiité, négligeant celles qui u'e- 

riienl du chaiiitre précédent, el qu'on n'ac- taionl que de bienséance. Elle passa quatre 

ceplrrait pas les ncuvcaux établissemenls ans dans celle espèce de retraite, s'adonnanl 

que Ion offrait. On refisa encore en 1508 à la pratique des vertus, et éloignant d'elle 

une foiidalion que M. Sub'.et des Noyers, lout ce qui pouvait s'opposer à ses desseins; 

maitre des compies à l'aris, voulait faire en elle fil connaître celui (lu'ellc avait d'entrer 

faveur de deux de ses filles, qu'il conduisit en religion, afin d'écarter ceux qui poiir- 

lui-mé:iie depuis à Toulouse au monastère raient avoir quelque espérance sur l.i pos- 

des Fcuillantcs, où elles [irin ni l'habit el session de son cu-ur. 

tirent profession. linlre ceux qui la recherchaienl en ma- 
l-an 1C02, le comlc de Sainl-Pol, é'anl à riage , el qui se mirent en étal d'em; ècher 
Home, demanda aux [lères Feuillants assem- qu'elle ne se donnât à Jésus-f.hrist , il n'y 
blés en leur chapitre général, au nom de en cul point qui lit paraitie plus d'.irdeur 
trois princesses ses sœurs, la permission de que le marécb.il de Marillae. Son aulonlé 
fonder à l'aris deux maisons de Feuillanles : jointe aux mesures qu'il prenait lui fiisant 
ce qu'elles voulaient faire en considération craindre qu'il n'empéchâi, ou tout au moins 
de madame .\ntoiiielle d'Orléans, leur sœur, qu'il ne relardât consiilerablement l'exéiu- 
religieusc à Toulouse; mais ils s'en excusé- lion de ses bons dess iiis, elle jugea qu'il 
rcni sur l.s règlements faits dans les cba- fall^il encore dissimuler qu' Ique temps , 
pitres prccédeiils, el n'accordèrent point pour éviter ses oppositions cl les siiruionler 
celle permission. Le cardinal de Sourdis, ar- par adresse , ce qui lui réussit parfailemeiil. 
cliocqiie de lîordeaux, recul un semblable lui elTel , lorsqu'elle vit qu'on la croyait bien 
refus en ICO't; mais enfin, Mieu, dont les des- éloignée de ses premiers sentiments de re- 
seins sonl bi.n dilTérenls de ceux des hom- trailo, feignant l'oliligatinn d'accomplir un 
mes, voulant faire connailre la sainteté de vo'U h Notre-Dame du Puy en Auvergne, 
ses nouvelles épouses el multiplier ces sanc- elle (larlit pour Toulouse avec M. do Uou- 
luaires où on chantait jour et nuit des eau- ranccs , son cousin germain, qu'elle avait 
tiques de louanges à la gloire de son nom, enga^^é h l'accompagner dans ce voyage. 
p. niiil que la reine Anne d'Autriche, épouse File y arriva le 7 aoûl 11)02, et se retira aux 
lie Louis Xlil. voulut avoir des Feuillanles Feuillanles, où, h l'exemple de madame 
a l'aris. Le respect qu'on devait à celle prin- Anloiiieile d'Orléans, qui s'y élail consacrée 
cesse fil cesser loules les opjiosilions qui "u Seigneur un an auparavant, elle reçut 
s'élaieiit trouvées jusiiu'alor- de la pari des l'haliit le 15 .septembre de la môme année 

UWi, élant pour lors dans la vingt-sixième 
;iiuiée de son âge. Elle fut accompagnéo 
jusqu'au pied des autels par M. di; Coii- 

..,iu.,. .,...„, „:... ....... ,..., - tances, qui , éiant encore resté six mois à 

loiirg Saint-Jaiqiies. Les ileu^ lilles île I ouiouse pour voir si elle ne cliangerc^il point 

M. Desni.yers fureiil du ujinlire de ces six de résolution, suivit enlin son exemple, el, 

tel (iieuses. méprisant tous les avantages qu'il pouvait 

I-.llus curent pour supcii.uic dune iMai- liélciidre dans lomonde,se relira dans l'eli- 



hupèrieurs, qui lin ni partir de Toulouse sx 
religieuses, le .'{0 judlel l()2-2, pour aller à 
l'aris prendre possession d'une iiouveUe di'- 
iiieuri! (|ii'oii leur a»ait pre[)aiée au f.iu 



^281 FIE 

baye de Feuillans, où il reçut lliabil cl y 
persévéra jusqu'à sa mort aussi bien que 
mlidame de Uosuy, qui inourul à Paris, où 
elle était venue pour être supérieure de la 
ixiuvelle maison qu'on y avait établie, 
tomme nous l'avons dil ci-dessus. 

Los religieuses Fcuillantcs ont les mêmes 
observances que les religieux de cet ordre, 
cl elles ont lonjotirs été sous leur juridic- 
tion , ce qui leur fut accordé par le pipe 
Clément Ylll par sa bulle du 10 octobre ItOG. 
Ce iioiitife les exeinpla de la juridiction de 
l'abbé de Cîteaux et des autres Pères de l'or- 
dre, elles soumit immédiatement à celle des 
Feuillants. Ouant à leur babillement il est 
aussi semblable à celui des reli;^ieux (1). 

Mémoires communiqués par le K. P. tlom 
Moucby , religieux de cet ordre. 

FKUILLANIINES. Voyez Feuii.lantes. 

FIDÉLITÉ (OnuREDiî Là). FoJ/^z Dragon 

RENVERSÉ. 

HLLES DE LA SAINTE-VIERGE. Voyez 

PliBIFICATlON. 

FILLES-DIEU (diveres). Voyez Cuanoi- 

NESSES IIOSPITALIÈIIES, FoNTKVR AULT. 

FiNlAN (Saint-). Voyez Irlande. 

FLi;ur.Y,ouDESAiNT-nENorr-suii-LOiKî<:, 

DE SAlNT-lENIGNE-Dlî-DIJON, et de LA 

CHAlSE-DlEU ( AnCILNNES CONGKhGâXlOISS 

DE ). 

Si l'on regarde les abbayes de Marmou- 
liiT, de Saint-Bénigne de Dijon, de Saint- 
Denis et de la Chaise-Dieu en France; du 
monlCassin, de Cave et de Cluze, en lla- 
lie; de Fulde, d'Hirsauge, de Bursfeld en 
Allemagne, et plusieurs autres, comme au- 
tant de chefs d'ordre par rapport aux mo- 
naslcrcs qui en dépendaient et qui l'or- 
inaicnt avec leur cliei' comme une espèce de 
congrég.ition , à [jIus f irte raison on a dû 
regarder l'abbaye de Fleury ou de S int-Be- 
noît-sur-Loire comme un chef d'ordre ; non- 
seulement par rapport aux monastères qui 
loi étaient soumis, mais encore à cause de 
la prééminence qui lui a été accordée par 
les souverains pontifes au-dessus de tous 
les autres monastères ; Léon Vil l'ayant ap- 
pelé le pn niier et le chef de tous les monas- 
tères : Cafiut ac primas omnium cœnobiorum; 
el Alexandre 11 ayant donné la qualité de 
premier des abbés de France à l'abbé de ce 
monastère, qui a en effet l'avantage de pos- 
séder les sacrées reliques de saint Benoît, 
patriarche des moines d'Occident. 

L'on ne peut pas marquer positivement 
dans quelle année cette célèbre alibaye fut 
bâtie ; il est néanmoins certain que ce fut au 
commencement du règne du jeune Clovis, 
lils de Dagobcrt, qui donna par échange le 
village de Fleury-sur-Loire pour la terre 
d'Atligny à Léodebold, évéque d'Orléans, 
qui fil bâtir à Fleury deux églises et un mo- 
nastère doni il donna le gouvernement à 
lligoniar, qui en fut premier abbé. La prc- 
rnière et la principale de ces é^^lises fut dé- 
diée à sainl Pierre, ce qui lit que ce monas- 



FLE 



282 



1ère en prit le nom; et la seconde fut consr- 
crée sous le titre de la Sainte-Vierge; mais 
le corps de saint Benoît ayant été transports 
du mont Cassin dans cette dernière , elle ile- 
vint dans la suite la principale église, et pni 
le nom de Saint-Benoît. Nous avons ci-de- 
vant parlé de celle translation, qui s ■ fil 
l'an 053 par l'abbé IMommol, qui succéda à 
Rigomar ; et depuis ce temps-là, la France 
a toujours [ ossé -'é ces saintes reliques. 

L'oliservance régulière fut longtemps en 
vigufur dans ce monastère. On y enseignait 
les sciences divines et humaines ; on y for- 
mail les enfants à tous les exercices de la 
piété la plus exacte ; et celte maison, qui 
portait bien loin la lionsie odeur de Jésus- 
Christ, était en grande vénération dans tou- 
tes les provinces voisines; mais la fureur 
des Normands, qui désolaient toutes les cô- 
tes de la Loire, obligea les religieux d'en 
sortir pour échapper à leur cruauté, et d'em- 
]iorler avec ( ux le corps de saint Beiio t, 
qui était l'objet le plus sensible de leur 
piété el dont hi présence animaii un chacun 
à la pratiqiie de tant de vertus qu'il avait 
])raliiiuées pendant sa vie. Ces barbares y 
vinrent l'an bOS, el, le trouvant abandonné, 
i's ne se contenlèrent pas d'emporter ce 
qu'ils [lurent, ils niirenl encore le feu aux 
bâtiments; presque tout fut renversé; lé- 
glise fut réduiie en cendres ; et les flammes 
ayant seulement épargné une partie du dor- 
toir, les religieux y retournèrent, le firent 
servir d'oratoire, el y mirent les reliques du 
sainl en attendant que l'on eût rebâti una 
autre é;;lise. 

Lbs Normands étant retournés à Fleury 
l'an 878, les religieux, qui eurent avis do 
leur marche, s'cnfuireni à Matrini dins le 
Gâlinais, où ils crurent être en siirelé, ayant 
emporié avec eux inul ce qu'ils avaient de 
plus précieux, dont ils chargèrent quantité 
de chariots. tZcs barbares n'ayant trouvé à 
Fleury que les qu.itre murailles, suivirent 
les religieux à la piste des chariots, dans lu 
dessein de les massacrer et d'emporter tout 
ce qu'ils avaient sauvé de leur monaslère. 
Mais l'abbé Hugues, qui avait été chercher 
quelques secours en Bourgogne, étant sur- 
venu comme ces barbares se disposaient 
pour attaquer les religieux, les charge.i si 
brusquement avec Girbord, comte d'Auxerre, 
qui s'était joint à lui avec ses troupes, que 
les Normands furent tous taillés en pièces. 
A peine en rcsta-t-il un pour porter aux 
autres la nouvelle de leur déf.iite, el l'abbé 
Hugues avoua qu'il avait vu dans le combat 
saint Benoit, qui d'une main tenait les rem s 
de son chival, el de l'aulre son bâton pasto- 
ral, dont il aval lue un grand nombre d'en- 
nemis. Diederic, moine d'Hersfetd en Alle- 
magne , qui avait demeuré longtemps à 
Fleury, nndant comiile à Richard, abbé 
d'Amcrbach, de ce qui avait donné lieu do 
célébrer, le 4 décembre, la fête de l'Illalion 
ou du retour de saint Benoîl, dil que ce fui 
le retour solennel de ces reliques qui furent 



(1) Vuy., à la lin du vol., n'Gl. 



2'.5 niC.TIONNAIftE DF.S (lUI)UES IIEI.ICIKIX. ?};♦ 

îiip.irljcs il Fliui y, .Tprès avoir él6 quelque Iciiips. I,e coiiiH' Elisinnl, .ly.int pris avec 
i«Mii|>s dans l'i'^lis.' di; Syiiit-Ai;;i)an à Or- ui deux autres iciniles cl deux év*^(Hics, ;u- 
Icans, pour les iiicllie à i-ouvcrl de la fureur cinnpaL-na s.iinl Odoii à Flcury ; mais les 
drs Normands, dont il rapp;irlo une sem- rclijjieux à leur arrivée s'armèriTil romiiif 
bl.ihic di'laiie proche d'Anircrs par le cornie s'ils eussent tu encore à c<inibalire les Nor- 
(iisUdfe, avoue de celle ahhaye, a(uès (luc rnauds ou des païen». Ils se barricadèreni el 
C' s liarliarcs l'eureul eiicoie pillée cl lue moiiléreul sur les lulls, d'où ils jelèienl une 
soixaii e religieux; mais il y a lieu d'eu j,Télr de pierres sur ceux qui voulu: enl ap- 
douler. proilipr-, d'aulres, armés d'cpées el île liou- 
I.cs mêmes Normands eurent plus de rcs- cliers, d( f. ndaieiit les avenues de I alihaxc 
pccl p ur ic lieu dans la suiie; car, sous eu proleslaiil qu'ils mourraienl pliilol que 
r.ililié Lamlicrl, l'au 90 J , Uajnand, qui de recevoir un abbé d'un aulre m naslère. 
<()niniandail une IloUe de ces iieupb's, qui Trois jours se passèrenl ainsi, lorsque sainl 
élaicni eniiirc inlidèles panuiuranl tous les Odcii, inS] iré de Diru el contre K' conseil 
rivages de ia Loire, où il nu'llail liul à feu des évêquis el des seig' eurs donl il élail 
el à sang, éiant arrivé à Flcury, lrou\a accompagné, qui lui persuadaient de ne pas 
le niona>tère abandonné de tous les rcli- s'exposer à la fureur de ces mutins, monta 
gicux, qui s'étaient retirés, après avilir en- sur son âne cl alla droit au monastère, ou, 
core emporte avec eux le corps de s.iint He- par une espèce de miracle, ceux qui s'op- 
noll. Comme ce général dormait dans le pusiicnl le plus à son entrée vinrent au- 
ilortoir des frèies, l'on prélend que saint devant de lui, el, plus doux i|ue des agneaux, 
IJeiinîi s'apparut à lui, el que l'ayant frappé le nçnreiU avec beaucoup de soumission, 
de son talon, il le reprit sévè:emenl de ce Ma s li)rs(]iie l'on proposa de retrancher 
qu'il inquiétait SCS reliiiiiux, et lui dit qu'en l'usage de la viande el de bannir la pro- 
|iunition de ses cruautés il mourrait bien- priélé, les nairmurcs recommencèrent. 11 y 
u\[ ; ce qui arriva en elTel peu de temps eut de nuivelles di-pules beaucoup phis for- 
aprcs. Uaiiiaud éant évc Hé, fit au plus tôt les et plus aniuiées. Il n'y eut que la con- 
soitir ses sold.ils du uuxiaslère; et Uollon, slamc du s.iint abbé qui put mettre à la rai- 
duc des Normands, ayant su ce qui était ar- son ces désobéissants ; el Dieu par un niira- 
ii»é à son général, non-seulement épargna défit connaître combien l'abslinencc de la 
ce monastère lorsque peu de Icmiis après 11 viande lui élail agréable; car un jour de 
aMa faire une incursion en lJourgo;,'ne, mais Saint-Benoît iiue le poisson niani|ua, les r.-- 
encore, en considération de saint Benoit, il ligieiix en liduvèicut abomlammenl dans un 
empêcha que ses gens ne fissent aucun tort niarais voisin, où il n'y avait jamais eu que 
au pays d'alcniour. des grenouilles. lùifin ils reprirent les ob- 
II était impossible, au milieu de tant de scrvances régi Mères, qui furent observées 
desordres que les religieux pratiquassent dans ce mouaslère avec tant d'exactitude, 
le- observances régulières. Ils lombèrcnl in- que l'on y vint de plusieurs endroits, ci 
sensiblemenl dans le nlàchcmenl, qui d.ins même d'.^nglcîcrrc, chcrclier des relig eux 
la suite s'augmenta de telle sorte, que l'an pour les enseigner à d'autres rnona>lères, 
03 ) on ne trouvait plus à Flcury aucun conimc à S.iintPierre de Chartres, à Saint- 
vcslige de ces prali<)ues de religion si sain- N incent de Faon, à Saumur, à Sainl-l'ierre 
les el si sages qu'on venait autrefois admi- dépens, à Saint-Fpvredc l'oul , cl à quel- 
rer dans ce monastère. Les religieux, que la ques autres, tant en France qu'en Angle- 
crainte des Normands avait obliges de fuir et terre. Mais, quoique celle abbaye eut été ré- 
d'aller de côté et d'autre, élaienl à la vérité formée par un abbé de Cluny, elle ne lui fui 
reloiirnés à Fleury ; mais quoiqu'ils l'os- p ,s pourtant soumise, non plus que plusieurs 
sent unis de corps, ils élaienl bien divisés autres qui furent aussi réformées par des 
d'esprit el n'avaient rien de commun que le religieux de C uuy. Le comte Klisiard , 
vice. Chacun élail propriétaire, ou ne savait voyant la discipline régulière bien établie à 
plus ce que c'était que l'ai slinence de la Fleurv, se mil lui-même sous la conduite do 
viande ; on ne connaissait plus le silence ; sa ni Odon l'an !)'tl, i l pril l'habit monasti- 
iU voul, lient tous commamler, personne ne que dans ce monastère, auqui 1 il donna une 
voulait obéir, el on se mettait peu en peine terre cousiilcrablc qu'il atait dans le Câ- 
de la règle de Sainl-lîenoit. linais. 

Tel était l'éial déplorable de celle maison. Il parait, par K-s anciennes coutumes qui 

liirsque le comte l'^lisiard, animé du zèle de élaienl en pralii|ue dans cette! abbaye, que 

la maison de Dieu, obtint cette abbaye du le P. .lean Dubois nous a données dans sa 

roi l'iodiilplie ou Itannl, dans 1 iulention de bibliolliéque di; Fleury, que l'un y faisait 

la réformer el d'y rétiblir la disci|iline ré- beaucoup d'aumrtnc-. l.e jeudi saint on 

giiliére, ne pouvant [ilus so;ilTnr que des cliaiilail une grand'messe à l'autel do 

moine-, 'lui ne portaient pas seulement riia- S.iinte-Croix, à laquelle (levai, ni assister 

hit de l'ordre de Saiiit-Ilenoit vécussent plus cent pauvres, à chacun desquels on donnait 

lun^'lemps dans le iléreglemenl. Mais, ne une hostie non consacrée, et après la messe 

pouvant pas de lui-même corriger ces abus, on les fais.iil manger. Ils dcvaienî avoir 

il en commit le soin à saint Odon, abbé de deux pitances, l'une de fèves, l'autre do 

('.iiiiy, qui élail pour lors au monastère millet. Après le dîner des religieux, l'abbé 

d'Aiirillac en Auv(Tv;ne, que le bienheureux l.ivail les pieds cl les mains a dimze pau- 

(jérjrU avait lail b.itir il n'y avait pas long- vres, cl leur donnait du pain, du vin, deux 



2fi5 



FLE 



FLR 



2SG 



harengs, pl douze deniers ; et le niétne jour 
ou ilomiail encore du p.iin c( du vin à lnus 
ceu's. qui se pic ctilaieul. Ou fais;iit aussi 
uu" auuiôiie fjéi'érale le jour de la Pcnlc- 
c(Mc ; on doniiail encore à manger à cent 
pauvres, qui devaient avoir du pain, du vin 
et (le la viande; et, le jour de lu Coniiné- 
moraison dos Moris, on faisait aussi une au- 
mône générale de blé. La manière d'élire 
l'abbé est prescrite dans ces anciennes cou- 
tumes, où il est marqué que l'abbé élanl 
élu, pouvait se faire bénir par tel évoque 
que bon lui semblait, exrepté par l'évêque 
d'Orléans et par l'archevêque de Sens. Il y a 
de l'apparence qu'ils ne se faisaient pas bé- 
nir par révéque d'Orléans, à cause des dif- 
féiends qu'ils avaient souvent avec ce pié- 
lal, qui prétendait avoir juridiction sur ce 
monablère ; ni par l'archevêque de Sens, à 
cause «ju'il était le métropolitain. L'on 
trouve aussi après ces anciennes couîumes 
de Fit ury une taxe faite par l'ahbé Mucaire 
sur tous les prieurés et les prévoies de la 
dépendance de celle abbaye, pour avoir des 
livres pour la bibliolbèque; et il paraît qiie 
celle abbaye avait pour lors trente prieurés 
et prévoies, du nombre desquels élaient les 
prieurés de la Riole, du Saux en Limagne, 
de Perrcry en Bourgogne, de Sancorre, de 
Vailly-sur-Gien, de Saint-Brisson, de Saint- 
Aignan, d'Etampes, d'Anecourt, de la Chèze 
en Sologne, de Lauris, et de la Cour de Ma- 
rigny. Mais il y a rneuren la date de cette 
taxe, que le P. DiiLiois marque être des ca- 
lendes de mars 13'i-6, la dixième année de 
Louis, nii de France et duc d'Aquitaine; 
puisque Philippe de Valois régnait pouriors. 
il y avait aussi sans doute des abbayes qui 
dépendaient <ie F'ieury, pui.sque le moine Ai- 
moin, dans la Vie de saint Abbon, abbé de ce 
monastère, (|ui fut tué l'an 1004, dit que la 
douleur qu'on eut de sa mort augmenta par 
l'arrivc e d'un grand nombre d'abbés, qui ve- 
naient pour la tête de saint Benoit, qui se 
célébrait au mois de décembre, dont il y en 
avait qui avaient été mandés pour pourvoir 
au bon ordre de la congrégation, et d'autres 
qui étaient venus pour consulter saint Ab- 
bon, entre lesquels était saint Odilon, abbé 
deCluny; et que le chagrin que ces abbés 
(îrent paraître de ne plus trouver saint Ah- 
boii, renouvela la douleur de ces religieux 
d'être privés d'un tel pasteur. 

Les calvinistes, dans le seizième siècle, 
n'euT' nt pas pour celte abbaye les mêmes 
égards qu'avaient eus les Normands, quoi- 
qu'infidèles et païens. Le cardinal Odet de 
(iiiâlillon, qui en était abbé commendataire, 
y envoya après son apostasie, arrivée l'an 
1562, son intendant avec des soldats, pour en 
emporter les vases sacrés et tout ce qui était 
dans le trésor. Juubert, qui en était prieur, 
obtint seulement de l'intendant les reliques 
de saiul Benoit; mais la châsse d'or qui les 
enfermait fui brisée et emportée, aussi bien 
qu'un reliquaire d'argent où était un ossc- 
iiient de la cuisse de saint Sébastien, que le 
cbantro de cull' abbaye s.iuva hcureuisemeiil 
dus iiiaijis sacrilèges de ces, hcrctiques Les 



satellites de ce cardinal apislat avaient 
laissé les autres rc'iques, qni étaient dans 
des châsses de bdis doré; mai- la même année 
le prince de Condé, étant à Orléans, envoya 
derechef des soldats à Fbury pour enlever 
ce que les gens du cardinal avaient épargné. 
Les reliques furent profanées et foulées aux 
pieils, tous les ornemenis de l'église furent 
pillés, et les calvinistes firent le prêche cl la 
cène dans l'église. Le corps de saint Benoît 
fut néanmoins à couvert de leurs insuit 'S, 
aussi bien que la relique de saint Sébastien; 
mais la plus considérable perte que souffrit 
ce monastère (où l'on enseignait autrefois 
les sciences) fut celle des manuscrits, qui 
furent brûlés, déchirés ou dispersés, dont le 
nombre était très-grand : ce qui n'est pas 
difficile à concevoir , puisque ses écoles 
étaient en si grande recommandation, (lu'il 
s'y o-t trouvé ius(iu'à cinq mille écoliers, 1 1 
r,ue chacun d'eux donnait par reconnais- 
sance deux volumes à la bibliothèque. 

A l'abhaye de Fleury ou de Saint- Benoîl- 
sur-Loire, nous joindrons celle de Saint- 
liéaignede Dijon, et de la flbaise-Dieu. L'on 
ne peut guère refuser le tilrede chef d'ordre 
à celle de Saint-Bénigne, puisque outre les 
jirieurés qui en déiiendaient, saint Guillau- 
me, l'un de ses alibés, présidait sur plus de 
quarante abbayes qu'il réforma. Saint-Bé- 
nigne de Dijon fut fondé au commencement 
du sixième siècle par Grégoire, évêque de 
Langrcs, qui, ayant trouvé les reli(iues de 
ce saint martyr, en fit la translation, et bâtit 
autour de son tombeau une église et un mo- 
nastère, qu'il dota de son propre bien et ds 
quelques terres de son évêclié. Contran, roi 
de Bourgogne, en augmenta consi lérablement 
les revenus. Ce prince, ayant fondé l'abbiye 
de Saint-Marcel près de Cliâlons, voulut que 
celle abbaye et celle de Saint-Bénigne fussent 
associées à celle de Saint-Maurice d'Agaune, 
dont il voulut qu'elles gardassent les cou- 
tumes, tant à l'égard de la psalmodie conti- 
nuelle qu'à l'égard des autres observances. 

Les moines de Saint-Bénigne tombèrent 
dans la suite comme les autres dans le relâ- 
chement. A peine dès le neuvième siècle y 
restait-il encore quelques traces des obser- 
vances régulières qu'on y avait autrefois ad- 
mirées. Ils avaient même honte de porter le 
nom de moines, et se faisaient ap;)eler clercs, 
par un espril de vanité. Herlogaud, (jui en 
était abbé, y rétablit pourtant avec beaucoup 
de peine la discipline régulière l'an 819, et 
fit réparer l'église ; mais sous le règne do 
Charles le Chauve, roi de France, ce mo- 
nastère se trouvait encore eu si mauvais 
ordre, que le grand nombre de religieux qui 
y était autrefois était presque réduit à dix, 
qui vivaient dans uu étrange dérèglement. 
Lsaac, évêque de Langres, le répara une se- 
conde fois, et y fit venir des religieux plus 
rén-uliers el plus exemplaires, auxquels il 
permit d'élire un abbé, conformément à la 
règle de Saint-Benoît. Le relâchement s'y 
étmt glissé encore dans la suite, Bruno, 
évêque de l.angres, n'oublia rien pour faire 
rctourn r les religieux dans leur premier 



287 l»ICTIONN.\mr, DES OUDRES UELICIEUX. 288 

iHal; mais ses elTorls ayanl élé inutiles, il Hrioud.-, dont il fut clore et onsuile chanol- 






s-,-..lre^sa à saint M;.veui: nl.L.'- de CIuhv. .im. ..e ; m.M.s voulant renoncer eniuVemenl 
iMant en re tenij.s-là le r.->lanrateur .le la n.ond.- il se mil en clirmin p„„r aller ,.„ 
>ie monasliMue, lui ac.orda douze religie.iY mon.-.ster.Mie Lluny . dans le dessein d y prrn- 
,1'un.' (:-.tiinrnie niélé iM.ur re.nellre la n^^-n- dre I l.iibil ; mais sçs ami< et ses domrMiquçs 
larilé et le Imn ordro dans elle maison. Us ayant appris son départ, coururent après Im 
iirrivèr.-ni ;i Saini-lteiii^Mie le -i.'i novembre et le r.inienèrenl : ce qui lui donna tant de 
de l'an 'IK'J iimiurl comme on célébrait la cliajjrin, q .'il en tomba malade, .\yant re- 
file de I I I ranslaiion de ce s.iiiit martyr, ils couvre la saule, il .illa à Home, et à son re- 
iissisliVcnl a»ec une piété édKianle à l'ollire tour, voulant exécuter le dessein qu'il avait 
jc maiiius. Les .inciens reli^'ieux aimèrent toujours cons('r\é de -e retirer, s'élanl asso- 
mieux .ihaudoiiner le monastère <iue de se lié deux jeunes KeiHilsIioinmes , ils allèrent 
s, uimrtlre aux observances régulières; ceux dans une solitude, et sarrèièrcnl .luprès 
de Cluiiy s'y lireiil admirer jiar la sainicléde d'une église à demi-ruince. Ils oblinrenl ce 
ieiir vie; Cl celle abbaye, quiavail été désho- li'U de deux clianoims du l'uy en Vélay , 
iiorée par la corruption des mœurs de ceux aux.juels il appartenait, le delrichèrenl et 
nui V demeuraient, devint une école de vertu y b.ilireiit de petiles cabanes. Hubert eiicou- 
p.ir'la sa-e conduilc de ceux qui y claieut rageait ses deux disciples, et, tandis qu'ils 
iiouTellement venus. Irawiillaient de Icuis mains pour avoir do 
Saint .Ma>eul y nomma pour abbé saint qi'oi subsister, il s'ai pliquail à la leclure et 
(inillanme, ("ijamais celte abbaye ne fut [)lus à l> prière pour avoir de qui^i les inslrnire, 
noris^anle que sous son {.'ouvernemenl. Sa Us avaient néanmoins les heures marquées, 
repulalion se répandit de tous côtés. Henri, lanl de j )ur que de nuil, pour faire leurs 
roi de liour'îi'pne, lui donna la ronduile de prières en commun dans un oratoire. Les 
l'abbaye de'SaiiU-Vincent de \ergi, où il ré- babilants îles eiiv irons, s'opposant à leur des- 
lablit en peu de lenips la vie ré|»iilière. au-si sein, les incommodaient beaucoup et les 
bien qu'a Itèze, à Itéomai, à Saint-.Micbel de chargeaie'it même d'injures ei de menaces : 
Tonnerre, à .Molome et dans plusieurs au- >"ais la palience et la charilé de Robert et 
Ires monuslères qui le demandéreni pour de ses compagnons adoucirent lelleinenl ces 
supérieur; comme ceux de Fecaitip, de Saint- esprits farouches, qu'il y en eut iilusieurs 
tJerm.in-des-l'rés à Paris, de Sainl-.Wnoul qui >e joignirent à eux. Leur nombre s'ang- 
de Metz, de Sainl-I'iivic de l'oul, de (iorze, menlani, l'observance régulière se pratiquait 
du Monl-Saiiil-.Michel. de .luMiié-e.deSainl- avec plus de ler»eiir : en soite que ce lieu 
t)uen, de liernav, et plusieurs autres, qu'il acquit en peu de temps beaucoup de répuia- 
reforma pareillement, se trouvant en ii.éinc ''O". etqu il i'allnly bàlir un m.inastère. Les 
temps supérieur de plus de quarante mo- fondements en furent jetés l'an 10'i();illut 
iiaslères, entre lesquels fut aussi celui de promptement aibe\6 par les libéralités de 
l'ructuaro en Piémont, qui avait été bâti par plusieurs personnes qui y contribuèrent. L'an 
ses pi,r. nts sur leur terre, ce saint étant K'J-, le bienheureux Itobert le lit ériger en 
oiimiiairede ce pays. Il est même surpre- abliaje, et il en fut le premier abbé. Cette ab- 
iiant qu'il ait eu un si grand nombre de dis- baye devint en peu de temps si rccomman- 



'à trois 
cin- 



II cl 111 IJU II un lu Ull 31 ^lUIllI iH-»IIIUIt VH_ UIJ -"■.'- • ^-- l — ^ .....(,.. .. ...^.r... 

ii,.les pour envoyer en tant de monastères, dable, qu'il eut sous sa conduite jusqu'à 

voulant «lU'il y en eût toujours dans celui eents religieux; et il répara environ ^... 

de Dijon plus de (jualrc-vingis. Celle abbaye «luanle églises abandonnées depuis long- 

eul encore besoin de rérurme dans la suite ; temps. Ce monastère, qu'on nommait dès lors 

mais à présent que les licnédiclins de la la Chaise-Dieu, en latin Tava Z>fi, c'est-à-dire 

congrégation de Siint-Maur la possèdent la maison de Dieu, devint dans la suite chef 

depuis l'an 1651, l'on y voit revivre le véri- d'ordre et une congrégation de plusieurs 

table esprit de saint ISenoit, aussi bien que monastères qui en dépendaient, d'où sorli- 

' — ' ' ,-..':. ,-_■ -Af A... renl plusieurs personnages illustres. Robert 

mouriil l'an lUli", et il est honoré comme 



dans les autres maisons qu'ils ont rélormées, 

du nombre desquelles sont celles de Fleury, 

de Saint-Renoît-sur-Loire, dont nous avons 

i-devant [larlé, et la Cliaisc-Uieu, dont nous 



■ ■•lyuiiii liiti A\/vji,ui II i;ai iiv'iiiiii; ,v»niiiit 

saint. liiilre les prieurés qui dépendaient de 
te monastère, il y eu avait quehiues-uns en 



allons rap()ortcr l'origine. lispagne, donl celui de Saint-Jean de Rurgos, 

Celte abbaye, qui a été encore regardée qui lut érige en abbaye, est encore à présent 

comme chef d'ordre, eut pour fondateur le un des plus considérables de la congrégation 

bienheureux Robert, chanoine de Saint- Ju- de \'alladoli:l, à laquelle il a élé uni, comme 
liendc linoude, 



ilui ciuii lu iin:iiiv;uuill v;iuil aiiiii n; un.ii"'vu ■.•v,...v»i. • ■ htuil *_i\^ ivii— ivu.x ,»» iti vjii*»..-^ 

reux Gcraul, comte d'Aurillac. Sa mère. Dieu; il avait toujours conservé beaucoup 

éiaiit grosse de lui, ri se trouvant pressée d'alTection pour cette maison, où il avait fait 

des douleurs de renfantiiiient, le mit au profession, et il voulut même y être enterré, 

inonde dans une solitude, comme par un II fui inhumé au milieu du choeur de l'église, 

présage que celui qu'elle venait de mettre au dans un supei be mausolée ; mais les lieiéli- 

iiiomle dey, lit un jour ai.iier la soliluile. Il quus, environ l'an I5<i.t, étant emrés dans 

lut élève dans l'cg ise de S.nul-Julicii de cette église, où ils coinmirent beaucoup d'un- 



9S9 



FOI 



FOI 



2')0 



piélés, la ruinArent enlièremcnt cl pillèrent 
il' nionasièie, où los Béiié iir lins Uéforinés 
de la coiif^régation de Saint-Maur fureiil in- 
tioiluits l'an JGW. 

Voyez Joanii. à Bosco, Bihliolh. Flnria- 
cen. BuKeiiu, llisl. de l'Ordre de Saint-fle- 
nnit. Joan. Mabillon, Annal, liénéd. et Act. 
SS. Fleury, llist. ecdés. loin, XII; et Yepez, 
Chronique rjénérate de V ordre de Sain t-Benoil . 

FLOUE (CoxGRÉGATiov de). Voyez Ber- 
NABD (Congrégation nu Saint-). 

FOI DK JKSUS-CHBIST,i)E LA PAIX, !T 
DE L4 FOI, EN France (Ciievalikrs de la). 

Nous joindrons ensemble les chevaliers de 
la Foi de Jésus-Christ en France et en Italie , 
dont on ne connaît point l'origine. Il y a 
bien de l'apparence néanmoins que les uns 
el Icj autres ont pris naissance? dans !e temps 
des croisades que l'on entreprit contre les 
Albigeois. Ceu\ de France nous auraient été 
inconnus si nous n'avioiis trouvé dans le 
neuvième volume des manusciils de M. Du- 
cbêne le père, qui sont à la bibliiUhùque du 
roi, des letlrcs du P. Savary , grand maître 
de l'ordre di- la Foi de Jésus-Christ, en date 
du 5 février 1220, par les(|uelles il s'engage 
avec Ii's chevaliers de cet ordre de défendre 
la personne et les terres d'Amauri de .Monl- 
l'ort, comte de Narbonne et de Toulouse, con- 
tre ses ennemis; de faire la guerre aux hé- 
ri'tiques et à ceux qui se révollcraient contre 
rKglise romaine; et au cas que quelques per- 
sonnes, soit calholiques ou autres, fissent la 
guerre à ce conile , de lui donner retraite 
dans leurs châteaux el sur leurs terres; de 
ne favoriser en aucune maiii'rc ses ennemis, 
et de ne recevoir aucune leriC (jui pourrait 
relever de ce prince sans sa permission, ex- 
cepté les aumônes que l'Eglise leur pourrait 
accoider. Voici la leneur de ces lettres. 

F. P. Savaricus humilis et pauper mngister 
militiœ ordinis Fidei Jesu Chrisli tinivcrsis 
hominibus ad quns prœsentes litlerœ pervene- 
rint, scdutem in Domino. Noverit universilas 
vesira quod concilio el assensu fralrum no- 
slrorum, nos et omnes fraires noslri concessi- 
nius domino Amalrico Oei providunlia duci 
Naibonœ, comiti Tolosœ el Leycesiriœ, Mon- 
tisfortis domino, el omnibus heredibus suis , 
succursum el adjuvamen noslrum ad defenien- 
dum et observandum corpus suum et terram 
suam pro posse nosti o, bona fide, et ad gui- 
rendum el deslruendum rebelles; el si forte 
aliquœ génies, sive sint Christianœ vel aliœ, 
contra dominum comilem yuerram aul bel- 
lum promoverint, nos ipsum in negoliis suis, 
in castris,et villisnosirisfirmilerreciperemus, 
et contra ipsum juvamen vel auxilium, aut 
consilium alicui personœ nullo modo prœsta- 
remus el de cœlero suam terram vel feoda sua 
non possumus sumere ahsque sui licentia, 
exceptis lielemosinis rationabilibus quns san- 
cta Ecclesia concedere el donare poleril. 
Qund ut firmum sit et stabile, sigilli noslri 
munimine lias lilleras corroboramus anno 
M. ce. XX. incarnaliijnis Uomini, nonis Fe- 
bruarii. M. Ducbéne, qui a transcrit lui- 
iiiôfiie ces lettres sur lorit^inal, dit qu'elles 



sont scellées d'un sr-eau de cire jaune où esl 
représenté un homme à cheval, lenaul à 
la main un écussoa dans lequel il y a une 
croix. 

Il se peut faire que cet ordre fut uni q:irl 
ques années ajirès à un autre ordre sous !c 
nom de la Paix, qui fui institué l'an 1229 par 
Améneus, archevêque d'Auch , l'évèque de 
Goniinge, les autres prélats et seigneurs 
de (iascogne, pour réprimer les violences des 
brig:;nils nommés roît/fers, les entreprises de; 
Albigeois, el ceux qui retenaient les biens 
ecclésiasiiqu's. Cet ordre fut aussi nommé 
l'ordre delà Fui et de la P(nx,el fui confirmé 
par le pipe Grégoire IX l'an 1230. Il subsista 
jusqu'en l'an 1261, (jue tiuillaume de Marra, 
qui en éiait grand maître, et un autre reli- 
gieux de cet ordre, lo voyant réduit à un pe- 
tit nombre, et qu'il n'y avait pas d'apparence 
de le reformer , passèrent à l'ordri; de Cî- 
teaux , firent les vœux dans l'abbaye de 
Fc uillaus , et en vertu du pouvoir que le 
grand maître avait reçu des autres cheva- 
liers, ils consentirent qun la terre de Ko(|ue- 
Koquelle , qui appartenait à l'ordre de la 
Paix , fût unie à l'abbaye de Feuillans. 

FOI Di': JESUS-CHllIS T. et de la CROIX 
DE SAINT PII-BRE MARTYR (Chevaliers 

de La). 

Nous apprenons par le livre qui a pour ti- 
tre : Scudo inespugnabile de Cavaglieri di sanla 
fedc, délia Croce di san Pielro Martyre, com- 
posé par le P. Jean-Marie Cannepano de l'or- 
dre de Saint-Dominique, el imprimé à Milan 
l'an 1579, qu'il y a eu dans les diocises de 
Milan, d'Ivrc' et de Verceil, des personnes 
qui prenaient la qualité de chevaliers de la 
Foi et de la Croix de saint Pierre martyr. 
Mais ce n'était apparemment qu une asso- 
ciation de personnes dévoles de l'un et de 
l'autre sexe, qui en recevant une croix fai- 
saient vœu de porter celle croix en l'hon- 
neur de Notre-Seigneur Jé>us-Christ pour 
l'exaltation de la foi catholique et la destru- 
ction des hérétiques, qui s'engageaient d'ex- 
poser leur vie et leurs biens pour la défense 
de la même foi, lorsqu'ils en étaient requis, 
et d'obéir à l'inquisiteur et à ses vicaires en 
tout ce qui concernait l'inquisition, tomme 
il esl marqué dans la formule de ce vœu 
qu'ils prononçaient en ces termes : Ego fa- 
cio votum Vej, B. Mariœ, et B. Petro mar~ 
tyri, accipicndi el porlandi crucem ad hono- 
remJesa (Jhrisli Domini noslri, fidei calholicw 
exaltationem , et liœreticorum eorumque fau- 
lorum exterminium in tota diacesi Mediola- 
nensi; el promitto exponere subslaniiam meo'H 
temporalem et vilam propriam pro fidei dcfen- 
sione, cum opus fuerit, el fuero requisilus; et 
quod ero obediens H. P.inquisilori et sueces- 
soribus vel vicariix suis in omnibus quœ per- 
tinent ad officium inquisitionis. Ceux d'Ivrée 
et de Verceil promeltaienl la même chose 
pour ces diocèses. 

Le P. Cannepano rapporte les statuts de 
ces prétendus chevaliers avec les indulgences 
et les privilèges qu'il dit leur avoir été ac- 
cordés iiar les souverains pontifes. Mais, 



ÎOI 



DiCTlONNAinE DF.S ORDUF.S P.RLIf.IELX. 



t)(i.) 



coiiinir parmi les bulles qu'il ciio il y on a 
qucliH;os-uncs qui oui clé .locordécs on f.i- 
\iMir (lo roux qui se croisaient pour les guer- 
res dos Allii^'cois, ol qui ne f Mil iiulliiniMil 
inonlion de ces chevaliers, il y .1 bien de Tap- 
parence que dans ce l»iiips-là c \'C préloii- 
iluc chevalerie clai'. inconnue. C'est ce qui 
m'a obligé d'écrire à .Milan pour en avoir 
une connaissance plus parliiulièrc ; et la rc- 
I oiise que j'en ai reçue l'an Itl-i esl qu'il y 
a dans le .>!ilanais une comp geieile f;enlils- 
homnics qui sont uflicicrsde riiiqui>ili()n, cl 
qui faisaient aulnfois le >(L'U que iiiuis avons 
r.ipporlé ; mais présenlcni nt ils no font plus 
qu'un scrnieiil de servir l'inquisiti n.cl de l'a- 
ve: tir de ce qu'ils sauront lui éire projiuliiia- 
b!e.()n n'a poml de cunn^iissance ((u'ils aient 
jamais porte de croi\ sur leurs habits, l'ré- 
seiitemciil lorsqu'ils :irrélcnt ou conduisent 
un prisonnier par otdre de rinquisiliiin, ils 
en poitent une ccarlclée de noir ei de blanc, 
et selon le dessin que l'on m'en a envoyé, 
elle esl à huit pointes comme celle des che- 
valiers de Malle, et non p.is lleurdcliséc, 
Comme est ordinairement la croix de l'in- 
quisilion. Ainsi ces prétendus chevaliers dont 
il est parlé dans le lure du P. Caunopano, 
que l'on me marque avoir été défendu p;'.r 
l'inquisilion , qu liqu'écril en sa fa\eur . ne 
sont que des ofliciers de ci tic même inquisi- 
tion, semblables à ceux que l'on iiummc en 
Kspagnc/'ajdi/ieci, parmi lesqui'ls il se trouve 
des seigneurs des plus qualilics du rO}aume, 
qui se (ont honneur d'être du nombre de ces 
officiers, et dont la fonction est aussi J'ar- 
réier Is prisonniers par ordre de l'inqui- 
sition. 

FOLKîNI CoNGRÉtiATiON i>e). Vuijez Unsu- 

LINES. 

FONTAINE-JAILUSS.^N'rE (Chanoines de 

LA CONGRÉGATION DE La). 

Voici encore une congrégation de chanoi- 
nes qui a pris son origine des clcr.s de la 
\'ie commuiif, institués par tiérard Grool. 
^ous avons dit que ces clercs avaient des 
maisons à Munsier, à Cologne et à Wesel. 
Ces trois maisons s'unirent ensemble, et, 
voulant vivre à la manicie des chanoines, 
ils foi nièrent une congrégation qui fut ap- 
prouvée l'an i îilJ'J par le piipe liugène IV, cl 
à laquelle ce poiilili- dinna le nom de con- 
};ri galion des chanoim^s de la Foiilaine-Jail- 
lissanle. Ce fut à I i prière d'un saint prêtre 
nomme Henri de lliiys, qui avait non-seule- 
ment fondé Cil i'rlï la maison des cleics de 
la \ ie comiiiune dans la ville de Munsier, 
in.'iis était encore entré parmi eux. Après sa 
iiiiirt, qui arriva peu de liin[is après l'crec- 
t on de celte congrégation , ces chanoines 
assciiililércnl leur premier i hapilro général 
à Munsier, dans lequel ils drcsséri-nl les 
consiitutions pour l'observance régulière en 
vertu du pouvoir que le pape Eugène leur 
en avait dunné par sa bulle. 

Tous les ans ils ilevaieiil tenir ce chapitre 
Kèiièr il dans la maison de .Munsier le dunaii- 
rlie Juhilalr. Les prévols ou recteuis des 
uiaisuiik de .Munster, de (Pologne et de We- 



sel, devaient s'y trouver .nver quatre chanoi- 
nes députe^ parleurs communautés, les pré- 
vôts ou recteurs des autres maisons unies à 
ces lroi<, chacun seulement avec un cha- 
noine ; les recteurs des aulrcs maisons qui 
n'é aient pis de la cong'ègation si ces rec- 
teurs on avaient été tirés , et les confesseurs 
des reliizieuses qui étaient aussi membres 
de la iné ne congrégation. 

Ils rcicv ienl trois sories de personnes : 
desfrèr. s perpétuels, des chanoines et des 
donicsliques. ('eux ((ui devaient être frères 
perpétuids claienl reçus de celte manière. 
Le supérieur les taisait venir en ch;ipitie, et, 
après les avoir instruis des observants de 
la congrégation cl des raisons qui pourraient 
les obligera élre chassés, il leur disait qu'ils 
ne devaient plus rien avoir en propre, cl 
qu'ainsi ils devai' ni fiiire cession par-dcvani 
notaire ou donation cnlrc-vifs à la ni lison, 
de tous II s biens qu'ils possédaieni, soil par 
hérilage, soit de leur iravail, ou parquel- 
qu'autre voie que ce fût; cl que qii.iiul ils 
sortiraient de leur bon gré, ou (ju'il y aurait 
d. 'S raisons de lesrtnvoyer, ils ne |iourraienl 
rien répéter de ce ((u'ils auraient donné; 
mais qui s seraient obligés d'iiitrer dans 
une religion approivée par l'Iîglise, et c'est 
ce qu'ils promenaient en ces termes : Eijo 
fratir N. promillo jidelitatem dumui iiostiœ 
N. cl iiuxilianle Deo, castum, c^ncordem, et 
coiinminnn vilain serundum slatula capitiili 
generiilis, deinccps obscnabj; et, si conlige- 
ril quacunqite occasione me de hac dntno re~ 
cedere (vt fr-ii-ulum prœilicln erpil'i, p cfice 
recedam nihil repetendo, et ex tune oblignium 
me faciii ad intraiidam relirjionem upproba'i.nx 
ubi regulariter vivilur, sic me Dcus luljuvel 
cl liœc sancln EraïKjclia. Ceux qui claienl re- 
çus pour chaiiDines promcttaienl fidélité au 
chapitre général d'obéir à toutes sis ordon- 
nances l.int qu'ils seraient meni'.ircs de la 
congrcgaiiop , et d'en garJer le secrel aussi 
bien que du chapitre local. Voici la formule 
de leur promesse. Ego [rater A', canonicus 
ccclesiœ N. promillo bona fide, locojurdincnii 
cl viyorc ejus, fidclitalrm gencrnli copitulo, 
rjusquc ordinntiunU/us, cl slnlutis faciis cl fn 
ciendis obedientiam t/uandiu cjii.i tnembniin 
fuero, cl scci cta rjiisdtin capiluli generalis tl 
parliciilaris celabo ad quemcumiin' flaluiu 
pcrvcncro, kiIvu niliilaminus promissiour pri- 
(lem pcr me facUt in sito robore et VKjore. On 
élisait dans le chapitre général d' u\ chanoi- 
nes pour visiteurs des maisons de la congré- 
g iliiin. 

Voyez Aubcrt le Mire, licgul. et Constitut. 
clericA.r. in communi vivenlium. 

FONTE-AVLLLVNK ou FC^M'-AVELLANK, 
présrulcmrnl tmie à l'ordre dis Camatduli s 

(Co.NGBÉiiATION Di;). 

Morigia cl Maurolie, parlant de la congrc- 
galion lie Fonle-Avellaiie ou F'ont-Avell.me. 
di>eiil que son fonda'eiir fui le bienheureux 

Liiilolplio, linminn fort nijonné ?i la rnnieni- 
plalii)n,inii,avaiit soufrert une gr.imle pcrsT'- 
lulinn (l'un sei^;iu'iir li'Onilirio, se relira dans 
les Ajieiiniiis entre les monts Carrio et Cor- 



S9S 



FON 



FON 



201 



vo, où il mena ure vie solitaim ; et qu';iynnl 
eu m peu de temps dos disciples qui youki- 
reut imiter sa manière de vie, il b;ilil au 
même lieu un monaslcie qui fui dédié ;iu 
Sauveur du monde, sousle li(re de laSainte- 
Croix ; mais qu'après sa mo' t ses disciples 
ét.int lombes dans le relâcliemcnt , s;iinl 
Pierre Damien, qui étail muiiiede l'abliaye 
de Classe de l'ordre des CamaUlules, vint à 
Font-Avellane cinquante ans après la fonda- 
lion de ce monastère ; que non -seulement il 
le réf.irma et y rétablit les observances qui y 
é aient prati lUées du temps du bienheureux 
Liidolphe, mais qu il obligea ces ermites à 
euibrasser la règle deSainl-Uenoîl. 

Mais il paraîtque ces auteurs se sont trom- 
pés en cela aussi bien qu'on beaucoup d'au- 
tres choses; car saint Pierre Damien n'a 
point été religieux de l'abbaye de Classe, 
puisqu'elle n'était point de l'ordre des Ca- 
malilu'es pour lors, et qu'elle ne fut unie à 
cet ordre que l'an 1138, comme nous avons 
dit à l'article Camaldules. Ce fut dans le mo- 
nastère même de Fonl-A'. ellane que s.iiiit 
Pierre Damien prit l'habit monastique, vers 
l'an lOiO, où les religieux de ce monastère, 
qui avait élé fondé il y avait cnviiou qua- 
rante et un ans, étaient encore dans leur 
ferveur, comme nous allons le montrer. C'est 
pourquoi nous pouvons dire avec raison que 
saint Pierre Damien n'a point élé le réfor- 
mateur de cet ordre, mais seulement le pro- 
pagaleur. 

Je ne suis pas surpris que le P. Grandi ail 
fail u;:e dissertation pour prouver que le 
bienheureux Pieire Damien a été Camaldule, 
puisque disputer ce saint à cet ordre, c'est 
lui enlever un de ses p'us be:iiix orncmenls, 
cl lui dérober la gloire du monastère de 
Font-Avellane d'où est sorti Pierre Damien 
avec les autres cardinaux, pus de quarante 
prèl ils et autanl de saints et de bienli -ureiix. 
Mais il fallait que le P. Grandi donnât de 
bonncsr;iisons pour c'ii.vaiiicre ses lerlcurs : 
car de dire que Fonl-Avel aae a été de l'or- 
dre des Camaldules à cause que son fonda- 
teur Luilolphe a été disciple de saint Uo- 
iiiuald , et que l'on pratiquait à Fo:.t-Avel- 
laiie à peu près les mêmes observances qu'à 
Camalduli, celte raison n'esl pas suflîsanlc, 
puisque saint Jean Gualberl élablil aussi à 
\ allombreuse les mêmes observances qu'il 
avait vuesel q.i'il avail pratiquées lui-même 
dans le temps qu'il demeurait à Camaldoli; 
qu'il forma le monastère de Vallombreuse 
sur li; plan de celui de Camaldoli; que les 
cellules y étaient séparées les unes des <iu- 
Ires, sans qu'on puisse dire cependant qu'il 
fût de l'ordre des Camaldules. Il senilile que 
le P. Grandi n'ail différé la mort de saint 
llomuald jusqu'en l'an 1037 que pour donner 
à connaître que ce saint avait instruit lui- 
même saint Jean Gualberl des devoirs de la 
vie érémilique lorsqu'il demeurait à Camal- 
doli ; cependant le P. Grandi ne dit point 
que Vallombreuse ait élé de l'ordre des Ca- 
maldules; mais, comme les religieux de Val- 
lombreuse auraient pu avec justice lui dis- 
(tutcr celte alliance, il a seulement attaqué 



les religieux de l'ordre de Fonl-.\vtllane, 
(]ui ne pi'uv ni plus défendre leur cause, 
ayant été supprimes depuis environ cent 
cinquante ans ; cl il les a incorporés dans 
son ordre dès le commeiicement de leui in- 
stitution, quoique le monastère d.' Font- 
Avellane et quelques autres de sa dépen- 
dance n'aient été unis à l'ordre des Camal- 
dules que l'an ISG'J, comme nous dirons ci- 
après. 

Nous reconnaissons doncl'ordre de Font- 
Avellane comme un ordre distinct et séparé 
de celui des CamaMules. Les rondements en 
furent jetés dans le monastère de Foiil-Avel- 
lanc vers l'an 1 iOi) par le bienheureux Lu- 
dolpbe, qui fut dans la suite évêque d'Eugu- 
bio. Il est situé dans un lieu solitaire de 
1 Ombrie au diocèse de Faeiiza, enire les 
monts Calrio et Corno. Ludolphc y cul d'a- 
bord plusieurs disciples, avec lesquels il vi- 
vait en anachorète. Ils ilemeuraienl dans des 
ct'llules séparées les unes des autres, occu- 
pés coniiouelleinenl à la psalmodie , à l'orai- 
son et à la lecture. Ils vivaient de pain et 
d'eau quatre jours de la semaine. Lo mardi 
et le jeudi ils mangeaient un peu de légu- 
mes qu'ils faisaient cuire eux-mêmes dans 
leurs cellules, où ils avaient aussi des ba- 
lances pour peser leur pain, ne le pren ml 
<iue par mesure les jours de jeûne, ils n'a- 
vaient du vin que pour le sacrifice de la 
messe ou pour les malades. Ils observaient 
trois carêmes, savoir de la Uésuireclion, de 
la Nativité de Notre-Seigneur et de saint 
Jean-Baptiste. Pendant ce dernier, qui du- 
rait depuis l'octave de la Pen'.ecô'e jusqu'à 
la Saiiil-Jean, on leur donnait, le mardi 
après none, une portion de quelques légu- 
mes. Ils mangeaient deux fois le jour le jeudi, 
aussi bien que le mardi après la fêle de 
saint Jean-Baplisle. Depuis le 13 septembre 
jusqu'à Pâques ils jeûnaient tous les jours, 
excepté l'octave de Noël ; lous les dimanches, 
de l'année on leur donnait deux porlionii, 
excepté les diman'hes des carêmes de Pâ- 
ques et de Noël, qu'on ne leur en donnait 
qu'une ; et aux fêles de saint André, de saint 
lienol( et de l'Annonciation de Notre-Dame, 
ils ne jeûnaient pas dans toute la perfection. 
(Us appelaient jeûner parfaitement, lorsqu'ils 
ne prenaient que du pain, de l'eau et du sel.) 
Us marcliaienl toujours nu-pieds, prenaient 
la discipline, faisaient des génuflexions, se 
frappaient la poitrine, demiuraienl les bras 
étendus, chacun selon ses forces et sa dévo- 
tion, et après l'oflice de la nuit ils disaient 
tous le psautier avant le jour. 

Telles étaient les obsersances régulières 
qui se pratiquaient dans ce monastère , lors- 
que saint Pierre Damien y prit l'habit mo- 
nastique. 11 avait entendu parler de la fer- 
veur de ces ermites; el comme il songeait à 
quitter le siècle, il en rencontra deux. S'é- 
tant ouvert à eux, ils le fortiiièrcnl dans 
son dessein; et comme il témoigna vouloir so 
retirer avec eux, ils lui promirent que leur 
abbé le recevrait. Il leur offrit un vase d'ar- 
gent pour porter à leur abbé; mais ils lo 
remercièrent et ne voulurent pas le recevoir, 



o;,:; DICTlONNAini: OES OUDar-SRRLIGIELX. 206 

SUIS pr^'exlo «lu'il le<: omh.iirnsserait dans nppris relie pratique de sainl Dominiqiif;. 

le cli.'Miiii 11 fut fort c.lilie di- Unir dcsinif- J'uii de ses disriplcs, qui fui suriioniiué 

rcs-iomcMil cl se reiidilqiioiqup (cmiis .iprôs riinruirnssé, ;i cause d'une cuir.isse qu'il 

à l-oui- Vv'ell.inc, cù on lui donii;! Thabil poriail C'.>nlinuellciMcnl sur son corps. Ccl 

niiHiislique Sou'supéneur lui donna le soin hoinuie, .ijaul su que sainl l'ierre Daniicn 

do faire .!e< e\liorlaliou'i aux frères, cl sa avait écrit de lui qu'il avait récite un jour 

rrput.ilion venant à se répandre, (".ui, abbé neuf psautiers avec la disciiiline, en fui 

do l'oinposieiMLS de Ferrare, pria l'abbe de lui-niéme eiouné, et voulut en fiire enorc 

Konl-\»ellane (\c le lui envoyer pour ius- l'expérience, lise dépouilla donc un iner- 

Iruirequelquctcnipssacoiiinuiuauléquiéiait crcdi, cl ayant pris des >er^'es à ses deux 

de ceni moines, l'ierre Damien y demeura mains, il ne cessa toute la nuit d'en réciter 

deux ans. cl son aldié, l'ay.iul rajipelé, l'en- en se frapi aiil : en sorte que le lendemain il 

vo\a quelque temps après faire les mêmes avait d;l douze psautiers el plus. Quelquesau- 

fonctioiis au monastère de Saint-Vincenl nées avant sa mirl, il redoulila encore ses 

près de l'ierre-Pei luse. Eulin l'abbe le dé- au>^térilés, et ayant trouvé que les lanières 

Clara son successeur, du coiisenleinenl de ses de cuir étaient jiius rudes (lue les verges, il 

relif;icu\. Ayant pris le gouvernement de s'acouluina à s'en ser\ ir. Il |)orlail toujours 

cette coMgrégalion après la morl de l'abbé, avec lui, quand il sortait, un fouei de lanièr. s 

il l'auguienla de cinq autres monasiércs, pour se donner la discipline, et se conlen- 

qu'il fo'iula, un au diocèse de C/imerino, deux lait même de repasser dans son esprit les 

au diocèse de Faenza, un au diocèse de Hi- paroles des psaumes sans les prononcer, 

mini, et l'autre proche recouse, on il fil afin de se donner un plus grand nombre de 

pratiquer les mêmes observances qu'à Font- coups. Sainl Dominique el saiiil Pierre D.i- 

AvcUane. Nous avons dit qu'ils n'avaient du mienne furent pas ncanmoins les auteurs 

vin que pour le sacrifice de la messe ; mais de ces séries de flagellations volontaires. 

Pierre Uamicn leur permit d'en boire un Gui, abbé de l'omposie, morl en 10V6. el 

peu hors les carêmes de l'àques, de la Nati- saint l'oppon, abbé de Slavolo, mort en 10'i8, 

vile et de sainl Jean-ltaptisle, où il n'était les avaient mises en pratique avant eux;el 

pas permis aux inoim s, ni même aux laï- avant eux Uéginon (1), abhé de Pruin , qui 

ques. de boire du vin ni de manuerdii pois- vivait au commenccmeni du dixième siècle, 

son. Mais il semble qu'il ne leur permit de avait ordonné de se Irapp r jusqu'à faire des 

boire du vin ijue pour avoir plus de force plaies sur son corps pour ac(iuilter lespéni- 

à soutenir les di>cipiiiies rigoureuses aux- lenccs. 

quelles il b s obligea, le plus souvent pour Cette manière de déchirer sou corps ne 
aequitier les péiiilciic s des autres. Car on plut pas à tout le monde, il y en eut qui 
était alors persuadé que pour chaque péché condamnèrent la disci|,line volontaire, coin - 
on était obligé d accomplir la pénilenic inar- me une nouveauté contraire aux canons, 
quee par les canons : en sorte que s'il y avait Pierre Cérébrose cl le cirdinal lilienne, qui 
di\ ans pour l'homicide, celui qui en avait avait élé religieux du mont Cassin, furent 
commis vingt , devait deux cents ans de pé- en cela les plus grands adversaires de l'ierre 
iiilenie; el, comm:; il était impossible de Damien. Le premier ne condamuail pas tout 
r.icquit'.er, on avait trouvé des moyens de à fa.t I usage de la discipline, m.iis il regar- 
la racheter en accoinplissanl. par exemple, dail comme une folie ces longues fiagella- 
ceiit ans de pénitence par vingt psautiers ac- lions; il ne désapprouvait pas non plus que 
compagnes de discipline. Trois mille coups l'on récitât un psaujne en sedonuint la disci- 
ile discipline valaient un an de pénitence, et plinc, mais il regardait comme quelque 
mille coups se donnaient pendant dix psau- chose d'excessif de la prendrQ pendant loul 
nies: par conséquent les cent <inquante psau- un psautier. Pour le cardinal lilienne, il 
mes valaient cinq ans de |i6iiilence. Sainl croyaii qu'il fallait plulcit macérer son corps 
l'ierre Damien leur fa sait souvent faire de par le jeune, el soutenait qu'il n'était pas 
ces pénitences pour les autres, cl même honnête de se dépouiller tout nu en pré- 
(pielquidois pour les péchés qu'ils avaient seiice d'une communauté. Pierre Uaniieii 
commis élanl laïi|ues, ne croyant pas que écrivit contre ceux qui blâmaient ces sortes 
. pour les péchés <|u'ils avaient commis il.ins de llagidlations ; mais enfin convaincu, soit 
le monde, iU en fussent quittes [tour prati- par les objections de ses adversaires, soit 
quir la lommune observance delà règle; par sa propre expérience, qu'il y a\ail de 
mais ([u'ils devaient y ajouter des pénitences l'excès dans ces mortifications, il y apporta 
proportionnées à h urs péchés. Ils étaient ou- un températnenl , et, écrivant aux religieux 
Ire cela obligés par la règle, lorsqu'un reli- de sa congrégation, il leur dit (]ue celle fia- 
gieux était mort, de prendre sept disciplines geilalion, sur laquelle ils insistaient si » ive- 
ile ni lie coups chacune, de jeûner sept jours, ment, pouvait ''trc; utile, lorsqu'on s'en s<'r- 
dediie trente psautiers, et de célébrer trente vail avec modération ; mais qu'en la pous- 
iiiesses : et si un novice mourait sans avoir sanl si loin, elle peut être imliscrète, puis- 
accompli la pénitence, ils devaii'iil |iarlager qu'elle alTaiblit le corps, le reduilen l.ingiieur, 
entre eux ce qui restait pour l'accomplir. elle met souvent hors d'élal de satisfiire 
(>es sortes de disciplines étaient lorl en aux autres exercices de la religion, s en 
u>age dans ce lem|is-là. P. erre Dimien avait irouvani parmi eux qui prenaient la disci- 

(IJ Kcgilio, hb. Il, (.ip. i.i cl seqneiil. 



Î97 



FON 



roN 



ÎS^ 



piine pcnilant un p ailier cnlior, et mi^'me 
[ieiidaiil deux psautiers, jusqu'à s'incommo- 
lier coiisidérablcmenl, c( se rendre efTeriivo- 
inenl malades, et que cela détournail mémo 
ceux qui avaieril envie de venir dans leurs 
ermilJigi'S. C'est pourquoi il ordonne qic 
personne ne sera conlrainl à se donner voi- 
inémo la discipline, mais que (eus qui au- 
ront assez lie ferveur pour se la donner, l.i 
pourront prendre en récilanl seulement qua- 
rante psaumes pour chaque discipline, sans 
qu'ils puissent passer ce nombre, sinon pen- 
dant les dcus carêmes de la Nativité et de la 
Uésurreclion de Notre - Seigneur , auquel 
temps il leur serait permis de prendre la dis- 
cipline pendant soixante psaumes. Nous ne 
retranchons pas, dit-il, par ce moyen ce 
quiestbun, mais seulement ce qui paraît 
excessif. 

L'éclat de sa sainteté et de sa doctrine le 
fit créer cardinal et évêque d'Oslie par le 
pape Etienne IX, en 105'7. On cul à la véiiié 
de la peine à lui f.iire accepter cette dignité, 
et le pape fut obligé d'employer toute son 
iiulorllé pour l'y engager. Il s'y soumit ce- 
pendant p ir une pure obéissante ; mais, 
entraîné toujours par l'amour de la solitude, 
il se retira ()uel(]ucs temps après dans sou 
ermitage de Font-Avellanc; où étant arrivé, 
il alla premièrement au chapitre, où il s'ac- 
<;usa lui-même de ses fautes, et pour les es- 
pi(r il demanda qu'on le frappât de coups de 
fouet. Il se renferma dans une cellule, où il 
affligea cruellement son corps par des jeûnes 
et des llagellations fréquentes, se conicnlant 
d'eau et d'un peu de pain de son pour sa 
nourr.ture. Ses disciples l'ayant prié de cor- 
riger ce qu'il y avait do défectueux dans 
leurs observances, il retrancha les bonnets 
ou chapeaux, dont ils se couvraient la tête, 
comme peu conformes à la simplicité et à la 
modestie religieuse, et leur ordonna de se 
contenter de capuces, qui élaient en usage 
parmi les religieux ; de quitter les éloiïcs qui 
venaient des pays étrangers, et de ne se 
servirque de celles qucporiaienlles paysans. 
Il écrivit encore plusieuis ouvrages dans la 
solitude, d'où il eut ordre de sortir une se- 
conde fois pour terminer des affaires pres- 
santes; et revenant d'un voyage qu'il avait 
fait à Uome, il mourut à Faénza l'an 1072. 

Nous ne savons point si les religieux de 
l'ordre de Font - Avellane se maintinrent 
longtemps dans ia ferveur et l'observance de 
leur institut; mais 11 est certain que dans le 
XVI" siècle ils vivaient avec beaucoup de li- 
cence, qu'ils ne faisaient plus mémo de pro- 
fession religieuse, qu'ils viv.iient plutôt en 
séculiers qu'en religieux et en solitaires. Ils 
avaient quille l'habit mona^tiq^le, qui é ait 
Hel que vous le voyez représenté dans la 
première figure (1), et ne portaient plus 
qu'une espèce de soulanclle blanche, qui ne 
tioscendait qu'aux genoux, avec un manteau 
bleu, un bonnet carré blanc au lieu de cap, 
comme il est représenté dans la seconde li- 
gure (2). Le pape Pic V ayant donné l'ab- 

(I) Voy.,k la fin du vol., n* 62. 

Dictionnaire des Ordiies religieux. II. 



baye de Fonl-A vell.me en commcnde au car» 
dinal Jules de la Uovère, frère du duc d'Ur* 
bin, ce cardinal voulut y rélablii- la discipline 
monastique. Il y Qt venir pour cela l'an 1570 
des moines cnmaldules de la congrégation 
de Saint-Michel de Murano. Dieu toucha 
leurs cœurs, et la plupart des religieux do 
Font-Avellane prirent l'habit de cet ordre, 
et en firent profession entre les mains du 
Père doin Pierre B.ilneoli de Bagnacavalli, 
qui en fut élu abbé régulier; et depuis ce 
temps les religieux camuldules ont toujours 
possédé ce monastère. 

Voyez la Vie de Pierre Damien, écrite par 
Jean, son disciple; ejtisdem Pétri iJamiun. 
Optiscul. 14 et 15, et lib. vi, epist. .33; Joan. 
Mabillon, Acla SS. ord. S. Bened. sœcul. vi ; 
ejtisd. Annal. Benedict. lom. \V ; et Fleury, 
Hist. eccl. lom. XII cl XIII; Morigia, Ilist. 
di tulle le reliqioni, cnp. 58 ; Silvestr. Mau- 
rolic, Mar. Océan, di lutte le Relig., lib. ii, 
pag. 158; Sehoonebeck, Ilist. des Ordr. re- 
lig. ; (îuido Grandis, Dissert. Camaldul., dis- 
seri. 4. 

FONTEVUAULT (Ordru de). 

§ 1". De l'ordre de Fontevrault, avec la 
vie du B. Boberl d'Arbrissel, fondateur de 
cet ordre. 

L'on regarde l'ordre de Fontevrault comme 
une singularité dans l'Fglise, et on est sur» 
pris d'y voir une abbesse commander égale- 
ment à des hommes et à des filles sur les- 
quelsellea toute autorité; mais pour répon- 
dre à ceux qui sont étonnés du procédé de 
leur fondateur, d'avoir ainsi renversé en 
apparence l'ordre de la nalure en rendant 
sujets ceux qui devraient commander, et 
maîtresses cellesqui devraient obéir, il suffit 
(sans vouloir ap|irofondir dans les raisons 
qu'il en a eues) de leur dire que s'ils veulent 
chercher dans l'histoire, i's trouveront de quoi 
faire cesser ou au moins diminuer de beau- 
coup leur élonnrment ; car (sans parler de 
Judith, ( ntre les mains de la(|uelleDieu avait 
mis le salut de son peuple , et d'une puccllc 
d'Orléans, à qui la France est redevable d'ê- 
tre préseniement l'Etal le plus florissant 
qu'il y ait en Europe, et cela par la soumis- 
sion aveugle tant de son prince que de tous 
ses peuples, qui s'abandonnèrent cntièrc- 
mentà sa conduite) ilsy trouveront beaucoup 
d'établissements semblables àcelui deFontc- 
vraull. Car, dans l'ordre de Sainte-Brigillc, 
princesse de Suède, dont nous avons déjà 
parlé, les hommes qui demeurent dans les 
monastères doubles sont sous robé:ssance 
des abbesses de ces mêmes monastères, ex- 
cepté qu'ils sont soumis également, commb 
les religieuses, auxévêques dans les diocè- 
ses desquels ils sont clublis, comme je l'ai 
déjà dit en parlant de cet ordre. Dans l'ab- 
baye de Sainl-Sulpice en lireta^ne, le bien- 
heureux Uaoul y établit un institut sembla lila 
à celui de Fontevrault, imitant en cela plu- 
sieurs autres instituteurs qui longtemps 

(2; Voy., iliid., n" 63. 

10 



O'IO niCTIONNAIRi; DF.S OIUiP.F.S nF.LlGIF.l X. 3M 
.nvani lui nvniftul donné la nicmo jiirilliflion rili- sur Ir? l'r. rps Hoppilalicrs tîe nurRO<:, 
•i des inoii.isl.rcs de fill.'s. Lc9 ri-li-iou\ de pI il y a ou d.- pareils oxcmplos en \n<^\r- 
l'oiilcvraiili, pour jiislincr Ipnr iiislilii!, i.np- Icrro. Ain>i ré'finnomcnl don ccssor a l'.>- 
porlenl les cvempics de p'iisicurs mon: su- gard ai Tordre do Fonlevr;iiilt, qui ne di.K 
^rcs doubles dins lesiuils ils disent que les pis être regardé comme une singularité dans 
I religieux élaieiil soumis aux religienves. cl l'Iv^li^c, cl'c espèce de gouveniemenl ayiiil 
ils cilciil plus pnrlieulièremcnl celui deSmi- é'é d ailleurs approuvée par un grand noai- 
' pegliaiu. Mais je croirais leur faire tort si b:c de souvcrai is poniifos. 
i'éablissais mes preuves de réquilé de leur Cet orlreciil pour fond i leur le bie^ilieu- 
inslilut sur leur aulori é ; puisque ni dans renx Ilobc: t d'Arbrissel. sur la fiu du on- 
Ic niouaslère de Siniprgh un, ni dans les nu- zième siècle. Il niquil de parents pauvres 
très, les religieuses n'ont jamais eu aucii e »ers l'anlO'ioou 10i7, dans un >i;iage di; 
juridiction sur les religieux, excepté celui liretagnc nommé alors Arbrissel, dont il 
de Saint-Sulpice, qu'ils citent avec justice, prit le nom, el qui s'apaelîe à présent Albrc- 
p is(]uc, comme je l'ai déjà dit, l'institiil de sec, an diocèse de Hennés, près delà fiiiicr- 
cetlc abbaveélait semidable à celui de Fonte- cbe. Son père. Damai nque, qui embrassa 
\rault. Le I'. Lubineiu n'a pas mieux ren- dans la -uile l'état ecclésiastique, et sa mère, 
rontré lorsque, dans son Misoiri! de lîre- Orvende, qui étaient gens de bien el crai- 
lagnc. pariant de l'alibayc d.' Loc Mari,-, qui gnanl I) eu, l'é'.e^èrent dans la piélé, jusqu'à 
avait été fondée avant l'ordre de Fontevianll ce qu'étant en âge d étudier, ils lui permi- 
par Alain Cagnaril, i ointe de Coinoiiaille. renl d'aller cherch<'r des maîtres où il vou- 
dont 11 (ille Hudierne fut cbbesse, et i;ui drail, d ns l'cspéianco que Dieu n • l'ahan- 
etai! gou\crnce au ddiors par un abbéet des donueiait point. Fn cffrt, il trouva nioyen 
moines, il dit qu'ils él lient soumis aux ab- de vivre et d'étuiiii-r dans quelques \illes de 
I esses parce qu i s I ur rendaient co note du iîrelagne, sans être à cbargc à ses parents : 
revenu qui apprlenail à I abbaye, à laquelie ce qui lui doana courage de venir à Paris, 
S" faisaiinl les dcna'.ions, cl qu'ainsi c'était i.ù il fil tant de progrès dans les éludes, 
un inslilnl semblable à celui dj Fonievraull. qu'après s'ôirc distingue en pliilo>opliie et 
(]c qui n'est ]ias une eonséquence fort jisic: eu théologie, de pauvre écolier, il fui un 
ci\- par la même raison on pourrait dire ci Kbrc docteur en l'université de cette capi- 
quc les liénédictins de sa con;;régation qui taie de France, on il leeut le bonnet, après 
sont à CluUes sanl soumis à l'abbesso de ce avoir passé par lous les degrés el les cliar- 
monaslcre, parce qu'ils lui rendent com|ile ges de ci lie célèbre aradcm;e. 
des revenus de l'abbaye dont ils ont la di- En ce temps-là. S. Ivestre de la Gnierclie, 
l'i'Ction ; ce qui n'étant pas vrai dans ci u\. qui avait été marié, et clait pour lors chan- 
ri, penl aussi élrc laux d,in> les auSres. celier de (Zonon il, duc de Bretagne, fut 
.\insi cette preuve de la conformité de l'i;is- placé sur le siège épiscopal de Kennes; cl 
lilul de Loc .Maria avec celui de Fonle>rauIt \oulanl se décharger du soin de son évcclié 
cl de Saint-Sulpicc, bien loin d'en couvain- sur un ecclcsiasii.iue de gran 1 mérite, il jela 
cre, n'est pa; n:éme suffisante pour en f ir- les yeux sur U .berl, qu'il fil son grand vi- 
iiier le moindre doute. Ce qui serait le plus caire, lui donnant un pouvoir absolu dans 
capable de la lairc croire, c'est la réunio i sou diOcèse. Il s'en servit pour y rétablir la 
qui fui faite quelques années après de cette discipline ecclésiasliiiue, y bannir les vices, 
abbave de Loc ALiria avec etlle de Saint- laellre la paix où il y avait des dissensiois, 
Siilpiie à I ause de cette même ronformité. retirer les biens ecclcsiasliques d'entre les 
Ce (|ui est de plus particulier dans l'ordre mains des personnes laï \ues, abolir l'infà.ne 
de Fonlevraull, c'est que ses monastères commerce de simonie, qui cliit piibli -, el 
sontcxcmpls de la juridiction des ordinaires, rompre les mariages inrestueii\ qui se Irou- 
el que toute l'autorité réside dans la personne valent entre les lai(]nes, el les concubinages 
derabhessedunionastércdcFonlevraull.com- sc.indaleux de la plupart des prêtres, 
me gcnéraleet chef del'ordre; maissi l'on veut Son évéque l'appuyait dans de si pénibles 
ciaininer ics chus, s sans prcviMilion, il n'y travaux, < l, par son crédit el son autorité, il 
a pas plus d'inconvénient qu'une abbcssc le niellai! à couvert des ailaiiucs des mé- 
ail une égale aulorilé sur les religieuses cl chants; mais ce prélat étant mort quatre ans 
les religieux de son ordre, que d'avoir une après, lloberl, privé de son proli cteur, s>! 
juridiction presque épiscopalr dans plusieurs vil à la meici des ennemis que son zèle lui 
lieux, comme l'abbessc de .Montivilliors en avait suscités : c'e^l jiourquoi, alin d'em- 
Normanclie, qui est dame et paltonne de pécher i' scandale qui pouvait arriver à 
rpiinzc paroisses, qui rcssortisscnt de sa ju- son occasion, il quitta la lîretagne, el vint 
ridiction, qu'elle fait exercer par son grand dans la ville d'Angers, où il cnsrigna quel- 
vicaire cl ollii'ial , qu'elle élililit île son (jue lemjis la thécdogie. .Mais voulant se c 'ii- 
aulorité, il qu'elle révoque quand bon lui sacrer entièrement à Dieu, il [irit la résolii- 
senible, cl doni les curés sont obligés de rc- lion d'aliaiidonner le monde pour se retirer 
cevoir les approbations et les mnndeincnls, dans une solitude. 

aussi bien que les Capucins d'IIarlleur, qui 11 i)uitia doue la ville d'.Vngers, et alla se 

est un lieu île sa dcpentl.ince. L'abbessc de c.ichera\ecun compagnon dans la forél de 

Conversano en Italie a une pan ille jinidic- Craon en .\njou , vers les fionlières du 

lion d.ins II terre de Casicilana. L'abbesse NLiiiie. La vie qu il mena dans celle solilu le 

'c las Uucigas ca li!sj;agne exerce un;' au o- fut tout ;\ fait admirable : il ne vivait que 



301 FON Fi>N 502 

d'heiiios ot li^' r.Tc liOi saiivag.s, cf, pour sainte : co qui fil iiîi'i! se ilémil do sa non- 
quelque nécessilé que ce lïit, il ne mangeait vello abbaye <lo la Hoë outre les mains ifii 
jamais de viautle et ne buvait jamais de \ in. l'évèque d'Anp;rrs , dans le dincùse diKjuel 
il ne portail pas, connue les autres soiilai- elle se (ronvail. Il pourvut à si-s crmitap;i's 
res, une luniqui^ de peaux de cli; vros et de la furèi de Craon, et, ayant pris avec lui 
d'agneaux, tniiis la sienne étiil lissue do quelques-uns de ses disciples, il ronin\cnça 
poil de porc, afin de loiirmcnlcr davanlaje à prèclicr non-sculemoni dans lr>s villes, ukts 
son corps. La icrre nue lui servait de lit, el encore diiis les bouri;s et les villages I' s 
il ri'y prenait nièaie du repos qu,; lorsqu'il plus pelits, un nouveau baptcme de pcni- 
élail arcalilé de souiineil. tenre, qui. en excitant les uns à sacrifier leur 

Une \ie.si exiraoidiuaire fit du bruit dans vie pour la conquèle des lieux arroses du 
le voisinage. Quoiqu'il eût pris soin de se sang de Jéuis-Cliris!, en?agei't les autres, 
cailicr dans celle l'orèt, oa y accourut de qui n'ctaieni pas lapablcs d'un si généreuit 
toutes paris pour voir ce nouveau prodifie, dessein, de tout jibaudonner pour le suivre 
et la pénilence qu'il prêcha, comme un autre el servir Dieu sous sa ccnduilc. Le nombre 
,Ieau-liaptisl", à ceuM qui étaient venus pour de ces derniers fui si grand, que sa cliarilé 
le voir, lit une impression si forlc sur leurs ne lui pcrmeltant pas de les renvoyer, il 
eprils, que la plupart renoncèrent aux dés- leur chercha uu lieu de retraite où ils pus- 
ordres de leur vie passée et se rangèrent sent travailler à leur salut. 
sous sa discipline, de sorte que la forêl l'e Sur les confins do i'Anjou et du Poitou, <à 
Craon l'ut bientôt i-emplic d'anachorètes. Le nue petite lieue de la ville de Camies, célè- 
nombre même eu devint si grand, ((ue Ko- bre par le décès de saint Mailin.il y a de 
bcrt fut obligé de les disperser dans les fo- vastes cimpagnes qui étaient .alors toutes 
rêls voisines, comme celles de Nid-de-Merlc, couvertes d'épines cl de bui sons, cl ([u'un 
de Fougères, de S ivigny, de Com ize et de vallon arrosé d'un pclil ruisseau séparait eu 
Mayenne. Ne pouvant plus veiller seul sur un deux parties. Ce lieu, qui s'appelait Fon'e- 
si grand nombre de solilaircs, il les séjj.ira en i;r«i(/;, lui p.irut propre à sou dessein. Ce 
trois colonies, dont il eu retint luic pour lui, fut l'an 109J que Hobe.t commença à y bâtir 
et donna les deux autres à deux de ses dis- quelques cellules ou cabanes , seuleaienl 
ciples, qu'il reconnut pour les plus paifaiis. pour mettre à couvert ses disciples des i:i- 
L'un fut le bienbcurcux Vital de Mortain, jures du temps. Mais, pour éviter le scandale 
(jui l'ut depuis l'inslituteur de l'ordre de Sa- qui pouv.iil arriver de la confusion des doux 
vigny, qui pritce nom de l'abbaye dcSavigny sexes, il les sépara djiiis des demeures dif- 
en hornjandi', comme nous le dirons ci- férenlcs, ajoutant à celle des femmes une 
après, el l'autre fut le bienheureux Raoul de espèce de clôture, qui n'étail qu'un fossé 
la Futaye, fondateur de l'abbaje de Saint- revêtu de haies. Il lil dresser doux oratoires, 
Bulpice de Hennés en Bretagne. l'un pour les liommes, l'autre poiir les fem- 

Le bienheureux Pierre de l'iitoile, et le mes, où chacun allait à son tour faire ses 
bienheureux Firmal voulurent aussi de- prières. L'occupation des fournies éiait de 
lueurer quoique temps dans la compagnie cbanler conlinuelkmi'nt les louanges de 
de ces saints solitaires, el leur exemple fat Dieu; celle des hommes, après leurs e\er- 
suivi de plusieurs autres personnes, dont les cices spirituels, était de délricher la terre, 
plus célèbres furent les bienheureux Alleau- de travailler de leurs mains à quelques mê- 
me, fondateur de l'abbaye d'iistival d isis le tiers pour les besoins de ces esjiècs docom- 
iMaine, et le bienheureux Bernard d'Ablie- ir.unaulés. G'étal une dus;' admirable du 
ville, fondateur de la congrégation de Ty- voir l'ordre el le règlement qui étaient gar- 
ron, dont nous parlerons dans la suite. Tous dés eijtre un si grand nombre de pcrsOiines. 
les solitaires qui étaient sous la conduite des La cli rilé, l'union, la mo le lie, et la dou- 
bienheureux Koberl, Vital et Raoul, ne vi- ccur s'y observaient inviolablcni nt : i s ne 
valent point d'abord en commun, ils demeu- vivaient que de ce que la loire produisait, 
raient dans des cellules séparées ; mais Ro- ou des aumônes qu'un leur envoyiiil; ce qui 
bert, reconnaissant que plusieurs d'entre lil que le bienheureux Robert leur donna le 
eux -étaient [iorlc> pour la Me cénobitique, nom i\e Pauir.'s île Jéstis-Chrisl. 
fit bâtir, l'an 1094, un monastère dans la L'exemple de ces nouvc lUX solitaires en 
même forêt de Craon, en un lieu appelé la atiira beaucoup d'autres. On voyait des fa- 
Roè', du côté do la (Juierclie, et leur donna la miles eniières venir de;riander à vivre sous 
règle de Saiat-Augustin. Il lut pendant un la conduite de ce saint fondalour; et il ne 
temps leur supérieur, ils n'y vécurentd'abord refusait personne, lorsqu'il reconnais' ait 
que d'aumônes, et ne mangeaient que des dans ceux qui s'adressaient à lui i[u'ils 
racines; mais après lui cette ma s m, qui étaient attirés pari esprit de Dieu. Il y ad- 
p.issait pour la plus pauvre et la pics sain!e mettiiit des gens de tout âge et de toute con- 
du royaume, quilla cet esprit de pauvreté et diiion, sans en exclure les invaidcs, les ma- 
de mortiiication, et se ren lit eatièremeiit lailes, ni môme les léiircux. t^etie al'iluence 
coulornie à celles des Chanoines Réguliers, de tout le monde augme. tint de plus en 
dont elle suivait la régie. plus, l'obligea à faire bà ir plusieurs mona- 

II lui obligé de les quitler pour aller pré- stères reniermés dans une même clôture. Il 

cher la Croisade par ordre du pape Urbain en ordonna irois pour les femmes, l'un pour 

11, afin d'exciter les peuples à prendre les les vierges el pour les veuves, qui lut nommé 

ariiics ijour le recouvrement de la terre le Gran'l-J\!ou:icr, et dédié en I honneur de 



3ii5 DICTIONNAIRE DF.S ORDRCS RRLIGIEUX. W. 

In saillie ViiTtic, où il ronrcrrnn trois conls donna tout poiivi.ir d.ins son diocèse, el ' 
rtliuicu-o-; ; lauli e ilesline pour les lépreu- voynnl les pri>i;rts qu'il faisnil dans les lieiii 
^es el les iiilirincs, au noinlue de eenl *insi, où il fiassail, lanl par ses prédirations «jur; 
(jui lui appelé de .S'aiiW-Z.'/;arf. • el il milles par d'autres œuvre; de pieté auxquelles il 
feuiiiie> péiliercsscs dans le Iroisièine, cl lui s'appliquait sans relâche, il voulut pir re- 
donna le nom de la Madeleine. ïas hommes ( oiinaissaucc employer ses sillieltalions au- 
eurcîil aussi leur habitation séi)ar6c. leur près du pape P.iseal M pour faire approuver 
ayan: lait bâiir un m inastèrc auprès de ce- par ce pontife llnstitul de Fonlevrault. te 
liii des relin euses. qu'il dédia à saint Jean qu'il obtint l'an IIOG. Robert retourna à rc 
l'i vangélisîe. On liâiit ensuite une grande monastère pour porter à ses filles la bulle 
église coinoiune pour les mmalèrcs, la- de ce pape. C^ monaslère, quoique d'une 
<|uelle ne lut arluMcc que l'an 1111). Tels grande étendue, ne se trouvant pas siifiisant 
forent les roniiinnei'mLMils de la célèbre ab- pour y recevoir toutes les personnes qui se 
baye de Fonlevrault, dont les fondements iirésentaient pour prendre l'habit de l'ordie, 
furent jetés peu de temps après la célébra- le saint fondateur songea à faire de nouveaux 
tion du coiiC le de l'oilieri qui se tint établisscm nl>;. Ooelipics personnes |>ieu^es 
lan IICO. lui ay.inl donné la fiirét des Loges el quel- 
Jusqu'alors le saint fondateur n'avait ques liérit. g ■« da;:s le diocèse d'Angers, il y 
prescrii à sa congrégation aucune formo de lit hâlir un petit couv:'nt, auquel il dunna l- 
vie qui lui fût parliculièrc ; mais comme la nom de celle forél ; el comme le revenu qui 
( harilé le pressait de sortir du désert pour av;iit été donné pour c(^l éiablissemeul ne 
i.ller préi lier, il voulut, avant (juc de partir. sulfi<.,il pys pour entretenir les lilics qu'il y 
déclarer l'esp: il de son Institut, qu'il avait renlVrm.i, il ordonna que le monastère de 
ii.is sous la pro'.ecli in pariiculière de la Fonteviault doniierail tous les ans quc!(|iic 
sainte Verge el de saint Jean l'èvangéFste, aumône à celle petite maison. Elanl aile 
\oulanl que la rei omnianila'ion que Jésus- préther dans la Touraine. on lui procura un 
Clui^t nuiuranl (il de 1 un à l'autre fût le autre monastère dans un l.cu appelé t'hau- 
ii.odèle de Li relation qu'il élablissait entre fournoia, el prés nteiiuMit Cli :nstc)iois , 1 1 
les bomiius et les femmes de sa eongiéga- on lui en offrit un autre à Uelay dans la 
tion, il que le respect <iue les hommes (rc- mènie province. Fiant n tourne dans le l'oi- 
présentanl saint Jean) purleraieiit à la supé- lo;i, Pierre, évéque de Poitiers, lui donna 
rieure gêné: aie des femmes (qui lepiéscntait un lieudésirt noinmé la Puy, où il bâtit un 
la sainte N'icrgi ) fût accomp.gné d'une sou- monastère, qui devint si ronsidérable par les 
iiii.-si ai réelle à son autorité, la dé.larant doualions qu'on y lit, (ju'il se trouva en e al 
leur supérieure, lanl pour le spirituel que d'y loger plus de cent religieuses. Cetiiî 
pour le iemporil. La piemièrc à (jui il confia m.iison ne l'ut pas sitôt comincucce, que lo 
la conduite de ce nouveau peuple choisi fut bruit s'en élinl réi)and;i au\ e.iviroas, l'on 
Ucr'anilc de Ch;.mpagiie, proche p.ircnlc du convia le saint d'en venir établir deux au res 
Lomte d'.^njou, vcove du seigneur de Monso- dans le même diocèse, l'uue dans la forél 
rcaii. Il lui donna pour assisiantc el coadju- de liiron!e, qui s'ajipelie aujouid" hui l'/in- 
tricc Péliouille lie ciao:>, (eu\cdu baron de cloître, cl qui fui londee par le vicomle do 
Chemillé. Il con'.iuua ensuite ses missions ChàlelUraui, l'auln' dans une soltude écar- 
evangéliqucs, y ay.nl associé ses anciens lée qu'on nomme G li su-, à deux lieues do 
dsciples. Vital de .Mortain, llaoul de la Fu- Loudun. Ajaiit quitté le Poitou, il passa dans 
i.iye, tl lîernaid dAbbcville, qu'il avait le IJerri, ou il reçut le m mas ère d'Orsaii, 
l,.i>sés dans l'ermitage de la foi et de Craon ; que lui procura l'arch vOq le de Ho irges. Il 
et après que les uns et les autres tur. ni ga- en fonda encore deux autres dans l'evécho 
gué Lc.ucoup d'ùmcs à Dieu el rassemblé de Poitiers, l'un d.ins les Lindes de la (Jar- 
plusieurs disciples, ils les menèrent dans ce nache, dont ce monastère a pris le nom de 
même désert de Cranu. Comme ils avaient la Lande, et l'autre dans la lorét de l uç >n ; 
èg.ilcmenl employé leurs soins |)our leur con- el l'évèque d'OrkMus Jean II l'aj.in! fan ve- 
veisiun, "Is les p.irlagèrcnt ensemble. U ibeil nir dans son diocèse, lui procura le mo- 
d'.Vrbiissel , qui était reconnu comiiie le nastère de la .Madeleine d'tjileans, qui fut 
nidilrc cl le chef de tous, cl.oisil isne partie bâti dans une solitude agréable sur la riviè.e 
.:e cet c sai.^le troupe (ju'il einuicna à Fou- de Loire. 

tevr.;uli. Haoul île la Fut.iye en (irit une .Mais, pendant que Dieu répandait si abon- 

aulre, qu'il conduisit en a loi et de Nid-iic- dammcat ses béneilictions sur ses travaux. 

Merle ; le reste suivit \ Il I dans la foiéi de il penint qu'il fût humilié par des calomnies 

Sa\ igny . Quaiil à llcrnarJ, l'ordre qu'il rc.;ul atroces que ses ennemis in\ enlôrenl, el auv- 

de l'eveque de Poitiers dailer au secours (les quelles .Marbodius , evéi|iic de Ueiines, el 

religieux de Saini-Cjpricn, pour une allaire ijcolïroi, abbe de N eiidùme, ajouiùreiit loi 

qu'i. s avaient a»ec ceusL (!c Claiiy, lui lit rc- trop aise nunt. Le premier lui écrivit une 

lariler r>.talilisseiiicut de sa congrégation do leliie pleine d'aigiear el de reproches, dau» 

i'yron. la'juelie il lui di>ail ()u'il avait quitté lonlr - 

Uoberl, après avoir fait quel.\ue séjour des lihanoiiHS Réguliers pour courir apr-. 

d .ut le mona:>tère de Fon evrault, alla dans des le>i mes, lui rc, rocbanl toinmc une mai- 

le i'oiluu pour y ronllnuer ses missions. ijuc de rinconliuence de ceux de sa suite, les 

l'ierre, evéque de Poil ers, qui cuunaissa l accouclienii iit> de quebiuei lemines, les cns 

kuu lué.ile, te fiçu' co.! me un .ij)' Ire : il lui des enf mis uoaveau-ncj, et le repreiianlde 



505 FUN 

re qu'il donnait l'iiabil rcli;;ioii\ à tons ceux 
qui le demandaient, sans les cproiiver, ne se 
souciant pas qu'ils lussent bien couverlis, 
pourvu que le nombre de ses disciples 
augmentât ; et qu'après qu'ils avaient donne 
leur nom, il n'en avait point de soin, el les 
laissait agir comme ils voulaient. Geoffroi de 
Vendôme lui écrivit que l'on disait de lui une 
rliose dans le monde qui ne lui faisiiil pas 
honneur, e» dont il devait proinptcinenl se 
corriger si elle était vraie : savoir, qu'il avait 
une si grande familiariié avec, les l'cmiiies, 
qu'il leur permettait de demeurer avec lui, 
((u'il avait avec ellrs des entretiens secrets, 
el qu'il n'avait pas mèii:e de honte de cou- 
cher avec elles, sous prétex'e de se niorti- 
lier en souffrant les aiguillons de la chair : 
ce qui était un nouveau genre de martyre 
inouï, très-dangereux el de mauvais exem- 
ple. A la vérité ces iellres sont regardées p r 
quelques-uns comme des ouvrages supposés. 
Le P. Maiiifermc, religieux de son ordre, 
dans le Douclier de l'ordre de Fontcvrault, 
les rejelle toutes les deux. Un d ■ ses con- 
frères, dans une dissertation qu'il fit impri- 
mer à Anvers en 1701, reconnail pour véii- 
t ible celle de Geoffroi ; mais BoUaiidiis la re- 
jelle. Le P. Sirmond l'admet, aussi bien que 
le 1'. Alexandre, qui rejelle celle de Marbo- 
dius. Mais, quand elles seraient vérilable- 
ment de Marbodius et de Geoffroi, cela ne 
délruil pas la sainteté du bienheureux lîo- 
beit d'Arbrissel; elles font seulement con- 
naître que Marbodius et Geoffroi ont cru 
trop aisément les ennemis de ce saint fon- 
dateur; Geoffroi reconnut dans la siiite la 
f.iussolé de celte calomnie, et devint ami de 
iSoberl el de l'abbaye de Fonlevraull. Il y ûl 
de grandes fondations, el, afin de n'y cire 
pas à chaige dans les fréquentes visites qu'il 
y faisait, il y fil (à ce que l'on dit) bâtir une 
maison pour lui, que l'on a depuis appelée 
l'Hôtel de Vendôme. 

Après tous les établissements que ce ser- 
viteur de Dieu avait faits, il crut qu'il était 
néci ssairo d'en demander la conDrmaiion au 
saint-siège, et de faire exempter labbaye de 
Fonlevraull de la juridiction de l'évêque : 
le qu'il obtint par une bulle de l'an 1113 
adressée aux religieuses de Fonlevraull, 
qu'il avait portées à en faire la demande au 
pape. Continuant ses missions apostoliciues 
dans le Limousin, il y fit deux nouveaux 
établissements, l'un nommé Boubou, l'autre 
le Prieuré de la Gusconicre. Ayant passé du 
Limousin dans le Périgord, il fonda le cju- 
venl de Cadouin, qu'il céda dans la suite au 
bienheureux Giraud de Sales. Enfin le der- 
nier établissement qu'il fit, el l'un des plus 
célèbres de son ordre, fut celui de Haute- 
Uruyère, à huit lieues de Paris, au diocèse 
de Chartres, qui lui fut donné par Berlrade 
de Monlfort, femme de Fouhiues le Uechin, 
comie d'Anjou. Le roi l'hilippe I" ayant 
scandaleusement épousé celle femme, du vi- 
vant même de son mari, elle fui enfin con- 
vertie par les exhortations de Robert, et, se 
croyant obligée à réparer le scandale qu'elle 
0) Yotf., à la lia du vul., ii" Oi. 



KON 



5(i() 



avait donné, elle se retira dans ce temple 
qu'elle avait présenté au Sciyneur, où ayant 
non-seulement pris l'habit de Fonlevraull, 
mais encore toutes les auslcrilés de cet or- 
dre, qui pour lois était dans toute sa fer- 
veur, elle édifia aiilanl l'Kglise par sa vie 
pénitente el mortifiée, qu'elle l'avait scanda- 
liséi' par sa vie molle el déréglée. Sou pre- 
mier soin fut de pourvoir ce nouveau mo- 
nastère de tout ce (lui était nécessaire pour 
l'enlrelieii des religieuses, afin que la pau- 
vreié, (jui est la ruine ordinaire de la régu- 
larité, ne les empêchât [las d'offrir à leur 
céleste époux des sacrifices de louange, ni 
de méditer ses grandeurs pendant tout le 
temps de leur vie : c'est pourquoi, craignant 
que le revenu (|ui en dépendait ne fût p.is 
suffisant pour l'enlretien des religieuses, elle 
ajouta à ce don ce (jne le roi lui avait ass - 
gué dans l.i Tourainc pour paitie de son 
douaire; ce qu'elle fit agréer par ce prince, 
(]ui y donna son consenlemcnl. 

Robert, après avoir fait tous ces établis- 
sements, prévojaut (ju'il n'avait [)lus encore 
beaucoup de temps à vivre, voulut achever 
le dessein que Dieu lui ;.vait inspiré pour 
son institut. Il fit étabi r pour chef et supé- 
rieure de son ordre Péli ouille de Craon Gho- 
millé, qui est reconnue pour la première 
abhesse de Fonlevraull, el dressa les slalu s 
de cet ordre, qu'il mil sous la règle de Sainl- 
Benoîl. Il ordonn.i l'abstinence continuelle 
de la viande, n'en permetlaul pas môme 
rus:ige au\ malades. Les religieuses, entre 
autres choses, devaient garder le silence en 
tout temps, aller toutes ensemble à l'égliso 
et en revenir de même. Leurs voiles devaient 
toujours cire abaissés el cacher entièrement 
leur visage. Elles ne devaient être velues 
que de tuniques faites des plus viles étoffes 
du pays, de la couleur naturelle de la laine, 
sans être tondues (1). Les surplis blancs 
leur étaient défendus aus-i bien que les 
gants. Une rrligicuse ne pouvait sortir hors 
du cloîlre pour quelque ouvrage que ce fût 
sans la permission de l'abbesse. (juaud les 
prieures allaient dehors, elles ne devaient 
mener avec elles aucune religieuse, et elles 
devaient être accompagnées pour le moins 
d'un rel gieux et d'un séculier ; nulle autre 
que l'abbesse ou !a prieure ne pouvaii parler 
d.ins le chemin, jusqu'à ce que l'on fût ar- 
rivé dans l'hôtellerie. Le dortoir élaii tou- 
jours gardé le jour par une converse, et la 
nuit par deux ou quatre. Les malades ne 
pouvaient recevoir le viatique ni l'cxlrême- 
onclion que dans l'église; cl, quand on les 
portait en terre, elles devaient être couvert; s 
d'un cilice. 

Quant aux religieux, ils devaient dire en 
commun l'office canoni^il, vivre en commun 
sans avoir rien en propre. Ils ne poriaieut 
ni uianteaux , ni cliemiscltes noires ; ils 
avaient une ceinture de cuir, à laquelle 
élaii attaché un ciiuieau de la valeur de deux 
deniers, et une gaine de la valeur d'un 
denier [i). Ce que l'on desservail de leur 
table devait être rendu aux religieuses, pour 

(-2) Voij., ibid., 11° tJJ. 



Ï07 



nicTioNNAinE DES oiinnES religieux. 



308 



l'irc riisuilc (lislribuc aux pnuvrrs. Toii< les 
;liinaiiclies cl fi'lcs ils <lcvaioiil aller à l'Iia- 
liit (c'csl ain*i qu'on nnniinc le iiKHiaslèie 
«les religieux) pour y cnlemiri' la messe cl 
assister au chapitre , d'où ils ne sorlaifiil 
i|u'avec la pirniissoii ilii prieur. Ils ne i!e- 
\aipiil point rcievoir d'églises paroissiales, 
ni leu'Sdimes, ni ilonner leurs hicns à ferme 
à des séculiers ; il ne leur é ait pis permis 
de recevoir des femmes dans leur monastère 
pour y IraTailler ; il leur élail défendu do 
faire des serments, desuhir l'examen du feu, 
de servir de cautions et d'elle fermiers. Les 
provisions de vin, l<' pitisson, l'arj^enl cl 1rs 
autres élu ses nécessaires à la vie élaient 
entre Us mains de la cellerière, cl distribuées 
par l'avis et l'ordre de l'abbcsse ou de la 
(.rienre. Les religieux ne piiu\aieul aussi 
lecexoir personne à la religion, ce droit ap- 
)iarlenai;t à l'abbesse. 

Le bienheureux fondateur fut le premier 
à se sounu'tire à l'abbesse, et, pour donner 
l'exemple à ses re'igi u\, il vceul sous sou 
o'iieissance jus.;u'à sa mort, qui arriva le 
2:3 février de lan 11 !7. Il était [icur lors 
dans son monastère d'(Jrsan, d'oîi son corps 
fui porte à Fonlevraul!, avec une poirpe 
exlraordiiiaire, par Léuer , arcbevèiiue de 
Bourges, qui i'.t son oraison funèbre, et qui 
l'ut aceompagiié dans le convoi par l'arehc- 
véquc lie Tours, l\vcque d'Angers, le comte 
d'Anjou il plusieurs ^eigiicurs de considé- 
ra ion ; sou cœur fut seulement laissé à ses 
li.les d'Ursan. 

§ 2. Du progrès de l'o'die de Foiilcvrault 
nprcf lu mui'l du birnl,eurcux Robert, el de 
la n' forme de cet ordre. 

Le bienheureux Robert d'Arl rissel avait 
vu de Son vivant pl'S de trois luillo reli- 
f;icuses dans le seul monastère île Fonle- 
vraull; mais après sa nort ce nombre aug- 
ineiita ; car, au rapport de l'abbé Sucer, 
dans une de ses lettres au pape Eugène III, 
au sujet de l'évèque de l'oitiers qui inquié- 
tait ce monastère, il y avait à Funlevrault 
quatre à cinq mille religieuses. Quoiq e ce 
t;rand nombre diminuât dans la suie, il ne 
laissa pas d'élre encore considérable l'an 
1-iVS, que le pape Innocent IX ayant imposé 
nu subside de dix livres louiuuis sur celle 
maison, aussi bien que sur les béncfices 
(I Anjou et de Poitou, pour l'entnlien d'un 
e\é'iue de 'l'ibériade, ce mou stère s'en ex- 
, cusa sur ce iju'il a>ail sept cents iiersonncj 
à nourrir. Ce nombre se Irouva encore ilimi- 
r.ué en li'.)7 ; car, sur lis plaintes que le 
pape lionilace \ MI avait reeaes qu'on avait 
di>si|:é les revenus de l'oiitevrault, le pon- 
tife ayant donné commission .'i (lilles, cveque 
de Nevi Ts , de régler le nombre des reli- 
gieuses de ce monastère, ce pré al en ayant 
trouvé trois cent soixante, les réduisit à 
trois cents, sans parler du nombre des reli- 
gieux tant prêtre» que conver-. Mais celle 
• TiU'niiancc de l'évèque de Nevers ne fut 
pas a|>paren)iiicnt evéculée, (luisque l'an 
IwOO ce monastère ayant encore élé laxé 
; ou; k mcmc iul siile , l'abbLiSe alléf^ua 



pour cause de son fifus qu'il y avaii dans 
son 11 onastère cinq cents religieuses. Ce 
n'ctaii pas sen'ement dans le inonastèr.- ilc 
Foiiievraull qu'il y avait un si grand nom- 
bre de religieuses de cet ordri', car, à Ries- 
sac dans le diocèse de Limoges, on y eu a 
vu ju-qu'à neu! cents. 

Cet ordre acquit une si grande réput.ilion, 
que des monavtères entiers de ililTèrents 
ordres embrassaient celui de Foiitevraiill , 
comme le [iriruié de Bragerac, pour lors 
du diocèse de Toulouse, à présent appel ■ d.; 
Sainl-.\ignan il du diocèse de iMuniaiiban, 
qui était de la cnngrégalion du bienlieureiix 
Ciiraud de Sales, dont le prieur elles rel gieux 
se soumirent l'an 1122, avec tous leurs 
bien";, à l'ob; issance de l'abbesse PétroniLo 
de Chemillé. On demanda de res religieuses 
en Fspagne, fù on en mit dans trois nui- 
sons. La première so nommait S.sinte-Mario 
de la \'éga au diocèse d'Oviédo, la seconde 
Noire-Dame de la Véga de la Cérana, au 
diocè'-e de Léon, et la troisième le Parameu 
au diocèse de Saragosse, et sous le gouver- 
neraeut d'Auileburge, troisième al. lies e de 
Fontivraull. Henri II, roi d'Angleterre, lit 
venir en son royaume des religieuses d.' cet 
ordre, l'an 1177, pour rétablir la discipline 
régulière dans l'abbaye d'.Xmbresbéri, qu'il 
leur donna après eu avoir ôtc les re igieuses 
qui y élaient. Eiies eurent encore deux mai- 
sons dans le même royaume, l'une à Ktoiiue, 
et l'autre à Wes'uod. Cet ordre fil aussi un 
grand progrès eu France; car, outre les 
maisons fondées du vivi'.nt du saint fonda- 
teur, il y en eut encore quatre eu Norman- 
die, l'une au diocèse d'Evreux. et les trois 
autres dans celui de Rouen ; deux en Picar- 
die, le Charme el Slaureaucourt ; trois dans 
la lirie et le pays de N'alois, le Long-Pré, 
Fontaine el Colinanee ; Foicy, au diocèse de 
'J'royes , cl Longui au, au diocèse de Reims ; 
Cousanie, dans le pays du Maine; lielloiucrl 
el les Epines, au diocèse de Chartres; Sau- 
vement, dans celui de Besancon ; Cubes et 
Fotitainc:), dans le Périgord ; \'anassel el 
T'ons-Clioles, dans le Limousin; el \ air- 
ville, dans le Reauvuisis. Enfin il y in eut 
un grand nombre dans la îiretagiie, l'Anj lu, 
le lierii , l'Auvergne, la Casco.;ne, le Lan- 
guciloc. la Guyenne el quelques autres pro- 
vinces. La maison des Filles-Dieu à Paris , 
fondée par le roi saint Louis, cl sutfisauinnni 
dotée pour rentrelien de deux cents fi. les, 
élaiil extrènieiueiil iléehue, el !e nonib e dis 
res tilles réduit à deux ou trois seulement, 
Charles \ 111, l'an l'iS'l, la donna à l'ordre 
de loe.tevrault, qui en prit possession sous 
le gouvernement de l'abbesse Anne d'Or- 
léans, sœur du roi Louis \ll. Les ordres do 
Cluny, de Saint François el un grand nom- 
bre de maisons de chanoines léguliers. firent 
aussi société avec l'ordi e de Foute\ rault pour 
la pai licijiation des prières. 

LU grand n, nibre de souverains pontifes 
ont accorde des juivilégcs à cet ordre, et oui 
témoigné l'estiuie qu'ils en f.isaienl. (^1- 
lixte 11, après a> oir consacré la grasule église 
ilu mouabtùre de 1 oiitevraull, tonlirma de- 



009 



voy 



r diof ccl ordre et (oulcs !os don.'ilions qui 
y avaiciU éié f.iilcs par iiiie htill»' de l'an 
1119. On voit par cfUe bulle combien elles 
' avaient déjà été aiigincniécs depuis le pape 
l'ascalil. L'an 1143, Eugène 111 alTraiicliit 
les religieuses et les relifsieux de cet ordre 
des épreuves de l'eau bouillante et de l'eau 
Iroidè, du fer chaud et des autres (iui ét.iiont 
alors en usage, ordonriant qu'ils ne seraient 
plus obligés à justifier leurs prétenlions que 
par la voie des témoins. Honore III les 
exempta de lu juiidiclion des ordinaires , 
i'an 1^24. Clément VI, l'an 1344, constitua 
les archevêques de Tours et les abbés de 
Marmoulier et de Saint-Cyprien de l'oilicrs, 
pour juges cl conservateurs des biens et des 
droits de Fonlevrault. Sixte IV, l'un 1483 , 
donna pouvoir à Anne d'Orléans , vingt- 
sept ènie abbesse, cl à celles qui lui suceé- 
deraienl, de dispenser ses religieux de l'of- 
fice canonial et des jeûnes de riîglise, avec 
le conseil du médecin et du confesseur. 

Quoique le bienheureux Robert eût mis 
son ordre sous la règle de Saint-Binoît, les 
religieux se qualifièrent néanmoins dans la 
suite clianoincs léguliers, cl prirent la règlj 
do Saint-Augustin; mais ils îureul derechef 
soumis à la règle de S lint-lîenoit par les sta- 
tuts de la réforme ([ui lut faite en 1474 par 
le zèle de Marie de lirctagne, vingt-sixième 
abbesse. Comme cet ordre était tombé dans 
un grand relâi henicnt, celle pieuse abbesse 
s'adiessi, l'an 145), au pape Pie II, le priant 
de reii édicr aux abus (jui s'y claicnt glissés. 
Ce poulife députa Guillaunitï t^hariier, cvè- 
que de Paris, et les abbés de Cormerie et 
d'Airvau, a\cc le doyen de Notre-Dame de 
l'ai is , pour réfoniier cet ordre , avec un 
plein pouvoir de dresser des consliliit;ons 
selon qu'ils jugeraient être plus à propos. 
Ces commissa.res visitèrent la maison de 
Fonlevrault et celles de sa dcpendanee, el y 
firent quelques ordonnances, ils supprimé- 
rent même quelques prieurés (jui étaient 
trop ruinés , où il n'y avait aucune espé- 
rance d'y pouvoir rét;iblir la discipline ré- 
gulière, el ils en appliquèrent les revenus à 
la mcnse du grand mona-4èrc , à condition 
qu'après la mort des religieuses qui y de- 
meuraienl, on y enverrait tiuelqucs religieux 
pour y célébrer l'oftice divin , iesiiuels reli- 
gieux seraient révocables à la volonté de 
l'abbesse de Fonlevrault. Mais, comme dans 
la plupart des mais mis les lieux et les per- 
sonnes n'éiaienl pas pour lors disposés à 
reccNoir une entière el parfuile réforme, ils 
ne purent remettre l'ordre dans son pre- 
mier espril, el ils usèrent de grandes mo.lé- 
ralions. Ils permirent même aux religieuses 
de sortir de leur clôture avec la seule per- 
mission de la prieure, attendu la pauvreté 
, où étaient réduits la plupart des monaslèies, 
donl les religieuses ne subsistaieal qu'au- 
tant qu'elles se procuraient quelque soula- 
gement par leurs sorties. 

Quelques religieuses ne furent pas conlen- 
tes de celle réforme, et, voulant vivre dans 
une observance plus exacte, elles engagè- 
rent Marie de Drelagne à se retirer au aso- 



nr.sière de la Madeleim 



510 



.^.. _-. près (Î'0rlé;iti3 , 

dans l'c péranre d'y pouvoir plus ; isément 
commencer une rciorme plus p.irfaite. Celle 
sainie religieu e, qui ne lesj'iiait que le zèle 
de la ii;aison de i)i(u, accepta celle proposi- 
tion. Elle se relira dans ce monastère, et y 
prit loues les mesures nécessaires pour y 
établir une réforme fi"ve el stable. Elle c >m- 
mença pour cet effet par faire faire un re- 
cueil de divers statuts, tirés en [larlie de re 
que les visiteurs apos!oli:iues avaient fait, 
et en partie des constitutions du bienheu- 
reux Robert , comme aussi des règles de 
Saint-Augu-iiu et de Saint-Benoît, et pria 
des reliyieux des ordres de Sainl-François, 
des Chartreux el des Célostins de les nieitre 
en ordre, ce qui fut exécuté en fort peu de 
temps; mais avant toutes choses elle fit re- 
bâtir de nouveau le monastère de la Made- 
leine, et le sépara en deux habitations sépa- 
rées , l'une pour les filles, l'autre pour les 
hommes. Elle y fil ensuite observer les nou- 
veaux staluls , et elle s'adressa au pape 
Sixte I\', l'an 14'74, pour en «obtenir la coo- 
firmaiion. Sa Sainteté dépula les archevê- 
ques de Lyon, de îiourgcs cl de Tours, avec 
les abbés de Cormerie cl de Saint-Laumcr, 
pour les examiner, avec pouvoir d'y chan- 
ger ce qu'ils jugeraient à propos. L'archevê- 
que de Lyon subdélégna Jean Perlhelot , 
chanoine et diantre de Sainl- Martin (!•>• 
Tours. Ces commissaires , après y avoir fait 
quelques chaiigeinents, les publièrent, cl Us 
furent acceptés le 23 juillet 1475 par les re- 
ligieuses et les religieux du monastère de 
la Madeleine d'Orléans, qui fut le seul pour 
lors qui reçut la réforme. Mais peu de temps 
ajirès, ceux de la Chaise-Dieu el de Fontaine 
imitèrent celui de la Madeleine, et ces trois 
maisons furent les seules qui furent réfor- 
mées du vivant de Marie de Bretagne, qui 
mourut l'an 1477 , sous le gouvernemenl 
d'Anne d'Orléans , qui lui avait succédé à 
l'abbaye de Fonlevrault, lorsqu'elle la quitta 
pour se retirer au monastère de la Made- 
leine. Il y en eut encore quatre qui se sou- 
mirent à la réforme , qui furent celles de 
l'Encloître en Gironde, de Foicy en Cham- 
pagne, des Filles-Dieu de Paris, el de Var- 
ville en Beauvoisis. Ce fut pour lors que l'ar- 
chevêque de Bourges et quelques autres des 
commissaires qui avaient été députés par le 
pape Sixte IV pour examiner les statuts de 
la rélurme , avec pouvoir d'y retrancher ou 
d'y ajouter, comme ils le jugeraient à |)ro- 
pos, lis rendirent communs pour tous l"s 
couvents réfurméi, par un acte du mois de 
janvier 1479. 

Renée de Bourbin ayant succédé à ,\nno 
d'Orléans l'an 141(1 , un de ses principaux 
soins fol de travailler à faire recevoir la ré- 
forme dans tout l'ordre, ce qu'elle fit avec 
un si grand succès qu'elle introduisit la ré- 
forme dans viiîgl-liuit maisons. Elle com- 
menta par le monastère de Fonlevrault, (jui 
était le chef de l'ordre; mais elle y trouva de 
si grands obstacles de la part des religieux 
el lies religieuses qui ne voulaient point de 
réforme , qu'elle fut obligée de recourir à 



3» DICTIO.NNAIUE DES OIU)RES ItELIGlEUX 

l'autorité de Louis XII, ((ui la favorisa dans 



'<i^ 



son |noux dessein ; cl l'an loOi elle y lit venir 
jiar ordre de ce prince quarante-deux reli- 
gieuses réformées qu'elle lira dis nionasUV 
res de la Mad.leine d'Orléans, de la Chaise- 
Pieu, de Fontaine, de Foicy, de riùicloître 
en (lironde, de Varvilie et des Filles-Dieu de 
P.iris, tous couvents réformés par Marie de 
lirelaune et Anne d'Orléans, et elle envoya 
les relifïieuses qui avaient été les plus op- 
posées à la réforme en d'autres monastères. 

Comme scion les nouveaux statuts il fal- 
lait faire vœu de clôture, elle fui la première 
à eu donner l'exemple, <e qu'elle fil l'an lo05 
entre les mains de Louis de Bourbon, évé- 
que d'Avranclies, son frère naturel, in pré- 
sence de la reine de France Anne, duchesse 
(le Hrelasjne; de Jeanne d'Orléans, duchesse 
do Valois ; de Charlotte de Hourhon , com- 
tesse de Nevers, sa sœur, et de plusieurs au- 
tres princes et princesses. Deux jours après, 
les relifîieuses anciennes qui étaient rcsiées 
à Foutevrault firent le même vœu de clô- 
ture, cl le décret de la rélormc fut univer- 
sellement re(,u dans ce monastère, l'an liiOT, 
par toutes les religieuses, au nombre de 
(|uatrc-vinRt-deux professes et de dix novi- 
ces, cl par plusieurs religieux. 

Mais ce ne fut p;is sans peine (lu'elle 
réussit dans l'établissement de celle réforme 
générale, car elle eut à surmonter des tra- 
verses que lui suscitèrent les religieux ((ui 
.ivaienl déjà reçu la réforme, qui pour leur 
intérêt paniculier ne souhaitaient point celle 
réforme générale : car il éiait dit par les sta- 
tuts de II réforme dressés par les commis- 
saires de Sixte l\', que l'abbesse de Foute- 
vrault ne jouirai! point de >a juridiction en 
tout l'ordre , (jue lorsque la réforme aurait 
élé introiluite dans le monastère de Foute- 
vrault; c'est pourquoi les religieux réformés, 
voyant (juc quand la réforme serait reçue à 
l'onlevraull, le pouvoir qui leur avait éle ac- 
cordé par prousioii de visiter les couvents 
réformés cesserait, Iraversèrent l'abbesse 
dans le dessein de la réforme générale, el 
n'y consentirent qu'à condiiion qu'elle leur 
continuerait la même autorité, la menaçant 
de la faire déclarer tiiennalc si elle ne leur 
accordait leur demande. Ce fut pour le bien 
de la paix cl pour réussir pins aisément dans 
son entreprise que celte princesse fil un con- 
cordat avec eux , l'an liiO'i, par lequel elle 
leur accorda que les religieuses cl les reli- 
gieux des couvents réformés viviaii ni selon 
liMir manière accoutumée , sans (ju'ellc eût 
aucune puiss.inee sur eux , à raison de la 
ri forme (ju'elle venait d'établir à Fonle- 
vrault, nonulislant ce (|ui était ronlenti dans 
SIS statuts au sujet de la juridiction, dont 
elle se démellail en leur faveur, el que quant 
à la personne do l'.ibhesse, pour savoir par 
<|ui, en quel tem|)s et de iiuelle minière elle 
serait visilee , quelle serait son aulnrité el 
celle des vi5iteur>, el si celbs qui lui succé- 
«leraionl seraient | erpetuelles ou pour un 
li-nipg , on s'cu rapporterait à des arbitres 
qui seraient nommés de pari el d'autre. 
Cette princesse ttanl lombcj ma'ade en 



150G, on exigea d'elle dans rexircmilc de s.i 
maladie une procuration pour terminer ces 
différends; cl, p.ir un concordat qui fut 
passé en vertu de celle proruration, elle 
devint soumise à ses inrericurs, en ce qu'elle 
devait être visitée par ses religieux , qui 
avaient même le pouvoir de la su'^pen Ire et 
de la déposer. Mais étant revenue en sanlé, 
elle révoqua celte procuraiion, el poursuivit 
avec zèle la réforme. Elle obtint une bulle 
de Léon X,qoi l'approuvait et la confirinail 
dans son pouvoir, el des lettres patentes du 
roi, qui l'autorisait dans son pieux dessein. 

Les religieux réformés voulant se préva- 
loir du concordai (]ui avait élé signé en verlu 
de cette procuraiion qu'elle avait révoi|oèe, 
voulurent le faire homologuer au p.irlemeiii 
de Paris. Mais les anciens religieux s'y op- 
posèrent, comme étant coniraire aux coutu- 
mes el à l'esprit de l'ordre. L'abbesse et le 
procureur général se joignireiil à eus ; le 
procès fui peniiant à la cour depuis l'.ni I.'IOS 
jusiju'en l'an l.'ilS , que le roi évoqua l'af- 
faire au grand conseil, qui rendit le 18 mars 
1520 un arrêt qui cassa le concordat, el or- 
donna que l'abbesse scr.ilt |)erpètuel'e cl ne 
ser.iil visitée que d'aulorilé apostolique, par 
un religieux d'un autre ordre réformé : ce 
()ui fui confirmé par le pape Clément \'ll, 
l'an 1523. 

Kléonore de Bourbon, qui avait été nom- 
mée abbcsse de Foiitevraull en 1573, après 
avoir gouverné cet ordre avec beaucouji de 
conduite cl de prudence pendant près de 
Ircnle ans, se voyant dans un âge fort avan- 
cé, demanda une co djnlrice au roi Henri IV, 
son neveu , pour souti nir avec elle le f.ir- 
deau du gouvernemenl de l'ordre el l'aider û 
en déraciner quelques abus qui s'y étaient 
glissés par le m.ilheur des guerres civiles. 
Elle jeta pour cela les yeux sur la Mère An- 
loinettc d'Orléans, sa nièce, qui s'ciait re- 
tirée au couvent des Feuillantes de Toulouse, 
où elle avait pris l'habii, comme mius avons 
dit ailleurs. (a-IIc princesse lui fut accordée 
pour coadjutrice, cl les bulles en furent ex- 
pédiées à Home l'an KîO'i.. La Mère Antoi- 
nette d'Orléans necimsentit à aller à Foute- 
vrault qu'à condition (lu'elle n'y demeure- 
rait qu'un an. cl qu'elle ne quiltcrail point 
l'habit de Feuill.inte , en sorte qu il fallut 
obtenir un second bref du pape Paul V pour 
l'obliger à prendre l'habit de Foutevrault el 
1.1 charge de coadjutrice. Llle obéit, sans 
perdre pourtant l'espérance de revoir son 
couvenl de loulou e. FI e commença l'cxei- 
cice de sa charge par bannir de Foutevrault 
la propriété de tout ce que posséJaienl les 
religieuses, et les obligea , par son cxenulo 
et |)ar le pouvoir qui lui avait élé donné par, 
l'abbesse , à vivre dans une obser»;iiice| 
exacte de leur règle. Flic procura la même 
chose dans les autres maisons ; mais, après 
1.1 mort de r.ibliesse, sa taule, elle se démit 
de s.i coadjolorerie, et olilint du roi la per- 
iiiïssii.n p;)iir pioièdir à l'elcclioii d'une 
autre abbcsse. 

Il y cul encore de grandes conleslationi 
dans l'ordre , sous le gouvi i iicmunl de 



SJ3 FON 

leanne-Baplislc de lîourbon , nu sujol de 
quelques maisons que les religieux prclen- 
Jiront avoir pour y demeurer seuls el y re- 
cevoir les novices. I>ès l'an 1G21 ils sollkilè- 
renl i'abbesse Louise de Bourbon Lavedan 
lie fil ire revoir la rè^le. Celle princesse de- 
manda pour ce sujel des commissaires au 
pape tirégoire W , qui nomma pour celle 
révision quelques prélats par sa bulle de l'an 
1621; mais on inséra dans la règle qui fut 
dressée de nouveau lant de choses qui ten- 
daient à la ruine 1 1 à la (îestruclion de l'ur- 
dre, qu'elle no fut leçue ni par les religieu- 
ses , ni par les religieux. Ce qui fil iiue la 
chose resla indécise jusqu'après la mort de 
ce pontife, que, ceux-ci [ ersislant toujours 
dans leur même demande, I'abbesse Louise de 
Bourlion Lavedan, et Jeaiine-Baptisie i\' 
Bourbon, sa coaiijulrice, lassées de leur im- 
porlunité, supplièrenl le pape Urbain Vlll, 
qui avait succédé à (itégoiro XV en 1G23, de 
vouloir permettre que )is religieux de l'or- 
dre s'établissent dans les liois nionaslères 
de l'Kncloîire en Ciironde , de la Pu}e et 
d'Orsan, et que les religieuses de ce-i trois 
monaslères fussent transl'éiées en d'aures 
prieurés de l'ordre. Le molif qu'elles su[)po- 
sèrenl jiour (iblenii- plus facilement leur dé- 
ni iiide lui (juc les relij;ieux, étant obligés par 
leur profession de servir les religieuses pour 
la direction de leurs consciences, dans la 
naissance de l'ordre les monastères étaient 
doubles, l'un |iour les tilles, l'autre pour 1 s 
religieux , mais que le revenu des maisons 
étant diminué, elles n'étaient plus en état 
d'enirelenir un si grand nombre de religieux, 
quelques-unes même n'en pouvant entrete- 
nir qu'un ou deux au plus; qu'il n'y avait 
i| l'un seul ciiuvenl de religieux, qui était à 
Fonlevrault, où ils vécus eut en coaimun, 
et que ce monastère ne pouvait pas non plus 
entretenir le nombre de religi.'ux qu'il fau- 
drait |iour plus de cinquante moiiaslèies de 
filles dont l'ordre é'ait composé : ce ([ui fai- 
sait qu'on était obligé d'avoir recours à des 
religieux île dilïérenls ordres pour suppléer 
au délaul de ceux de Fonlevrault; qu'ainsi, 
pour remédier à cet inconvénient el pour 
soulager leurs monastères, elles sup[)liaient 
Sa Sainteté de vouloir bien permettre qu'el- 
les abandonnassent aux religieux trois mai- 
sons de celles tjui étaient occupées par des 
filles, pour en faire des séminaires d'où l'on 
tireraildes personnes capables pour être in- 
vojées dans les couvents de l'ordre; el, alin 
de rendre la demande plus aisée à obtenir, 
on supposa que I'abbesse ne perdrait rien 
de sa juridiction, et que ce serait toujours à 
elle d'admettre au noviciat les postulants et 
de recevoir les novices à la piofession , du 
consentement néanmoins du chapitre du 
couvent où ils seraient admis. Le pape ac- 
corda l'an 1C36 ce (iu'on lui avait dcman é. 
Mais, comme ce dessein n'avait qu'une fausse 
apparenced'utililé [lour l'ordre, et que dans 
le fond il lui était préjudiciable , soil que 
I'abbesse ne crût pas ijuo le pape acrerdàl 
celte demande, soil qu'elle se repentît après 
de l'avoir faite, ce projet ne lu' [las exéculé. 



FON 



3f4 



cl on n'eut aucun é;;ard à la bulle d Ur- 
bain VIlL 

Louise de Bourbon Lavedan étant morte, 
(t Jeanne-Baptiste de Bourbon ayant pris lu 
gimvernement de l'ordre, lis religieux re- 
nouvelèrent leurs prétentions l'an 1630. 
Après bien des poursuites, le roi Louis X!l! 
vtulut prendre connaissance de celte affaire. 
Sa Majesté nomma des commissaires. On 
écri\il de part et d'anlre, cl les religieux fi- 
rent imprimer un Factnm injurit us contre 
l'ordre, sous le litre de Fartum pour les rr- 
l fjieux de Fontevrault louchant les diffé- 
rends dudil oriire, qui est encore conservé 
dans quelques biblioihè(]ues do Paris; et en- 
fin, sur le r apptirt des commissaires, le roi, 
l>ar un arrêt du 8 octobre IGil, ordonna que 
la rèçle de l'ordre de Fontevraull confirmée 
parle | a|)e Sixie IV, ensemble l'arrêldu grand 
conseil de lo20 el la bulle de Clément VU 
confirniali^c de «et arrêt, seraient gardés et 
observés dans tout l'ordre par les religieu- 
ses et religieux selon leur l'orme el loueur, 
sans que, sous prétexte dos bulles des an- 
nées 1621 el 1636, il |.ût éire apporté aucun 
ciiangeiiieiit à l'observance de cette règle et 
ans prali(|ues cl usages de l'ordre, ni que 
les couvents de l'Encloître en Gironde, Cr- 
san et la Puye, ou autres, pussent être cha::- 
gés en d'aulics usages que ceux de leur 
fondation. Sa Majes'é m liiilint I'abbesse, 
les prieures el les leligieuses dansions leurs 
|)riviléges, et I'abbesse en parliciilicr dans 
toute sa juridiclioii el auiorité sur tout l'or- 
dre, lant au spiiiluel iju'au temporel, sans 
iine les c.nfesseurs el religieux se pussent 
ingérer dans l'administration du temporel, 
([u'en tant qu'ils y seraient employés par la 
itame abbcsse dans son abbaye et dans tout 
l'ordre, ou par les prieures dans leurs mo- 
naslères; et Sa Majesté ordonna de plus que 
le libelle i:npri!né sous le litre de Factuni 
serait lacéré par le greffi r de la commis- 
.«■ion; (;i!e les pai'oles injurieuses el scanda- 
leuses contenues dans les mémoires qui 
avaient été donnes seraient bilTées en pré- 
sence des protureurs des religieux, qui se- 
raient tenus d'en demander pardon à l'ab- 
b; sse, et en sa prés nce à toutes les prieures 
el religieuses de l'ordre, en piésence dis 
(omiiiissaires ou trois d'entre eus , et ce à 
la grande grille du couvent des Filles-Dieu 
de i'aris, où I'abbesse était pour lors : ce qui 
fut exécuié. Ainsi la paix e! la tranquillité 
furent rétabli: s dans l'ordre, el I'abbesse fil 
imprimer les statuts (|ui avaient été dressés 
par les commissaires députés par le pape 
Sixte IV pnur la réforme de cet ordre, les- 
quels slaluts y sont encore en pratique, (jeux 
qui concernent les religieuses eonlieniieiil 
soixante-quatorze chapitres, et ceux des re- 
ligieux seize. 

Ceux des religieuses concernant l'office 
divin renvoient, jiour le nnmbie des psaumes 
qu'elles doivent dire à mai i nés el aux heures 
canoi.iales, selon l'occunenee des fêtes, et, 
pour la manière de le célébrer, au bref de 
l'ordre; mais ils ordonnent (]ue pendant l'a - 
vcul el le eurcme elles diront lievanl matines 



niCiiuNNAïuE Di:s orinnKS Ri:LiGitux. 



ÎI5 

iiuinze psnuines, cl après matines Ic-s jcpl 
tsiiiimos péHiltnIiaux avec les lilancs dos 
saints, cl do plus en caroiuc, après chaque 
liriiro canoiiialo, un psaumo, étant pros or- 
iicos ronlrc lorre. Dans 'os nulr. s ternis, 
oxcopté le temps pa-eal. ions les vendredis 
ri les jiiuis de jeûnes ordonnés par .'l'^glis'-, 
. Ilrs eironl (ininze psaumes, à moins qu'il 
n'.irrivo ces jours-là une lé e de neuf leeons 
ou quelque oelave. Tous les jours rolliie 
ili-s morts C colui de la Vierge, c\eoplé les 
foies douli'es majeures, el q;ielqnes anlrrs 
jours qui leur sont marques, et une fois la 
s niainc vêpres et laudes de l'ofliee de Tous 
les Saints. 

Ivlles se lèveront à n.innil pour dire mati- 
nes, feront l'oraison iiienl. le, pardironl le 
siloiice aux heures et dans les lieux mar- 
<lués.Tous les vendredis, ei! tout tomps, après 
matines, s'il n'est pas fête douhie, et loulcs 
les vigiles des grands douhle=, si ce n'est un 
<!inianehe ou une fcte douille, comme aus-i 
les lundi-i et mercredis pendant l'avcnt et le 
earéme, et tous les jours depuis le dimanche 
dos Hameaux jusqu'à rù<iues, elles rece- 
vront la diseipline de la main de la prieure, 
(lui la recevra aus^i des mains d'une autre 
sœur. 

Tous les luuilis et nicrcroiiis, elles s'als- 
lieedront de manger de It viande, si ce 
n'est dans les maladies, ou par raison d'une 
(irandc vieillesse ou jeuncsïo. li les s'en abs- 
liendront ausM depuis la iiepliiagésioie jus- 
qu'à la (Juinquagésime, (t depuis l'Ascen- 
^ion juscjuà la l'enlccôto. r.ussi liien ([ue 
pendant l'avenl. Mais depuis la Quinquage- 
sinie jusqu'à lài]ues, elles s'alislienilr((iil Ue 
loules choses pioven;;nt de l.i chair. Tant 
aux jours do jeûm s qu'à ceux qui ne le sont 
pas, on leur donnera deux so les tlo viae.des 
luilis, et quelqus fru.ts et légumes pour 
troisième portion. Une li»re tie pain leur 
sullira I oiif chaque jour, dont elles en ré- 
serveront le tiers pour leur souper, r'il n'esl 
pas jeune, et une cliopinc de vin, étant à !a 
iiherlé de la prieure d'augmenier ou dimi- 
nuer, selon (lu'elle le juijera à [iropos. Outre 
1rs jCÛnes prescrits i ar riii^iise, elles jeû- 
I Cl ont encore tous les vcndieilis depuis Pâ- 
ques jusqu'à la Nativilé de la sainte \ ierge, 
el depuis celle fêle jusqu'au promier novoui- 
lire tous les mercredis et vendredis; depuis 
le premier novembre jusiju'à Pâques, les 
luiolis et mercredis, et tous les jours pen- 
dant l'avenl. 

(Juanl à leur hnhillement, on leur permet 
deux robes hlanclies avce tinc coule n ire, 
un surplis sur leur habit Idanc avec une 
ceinture de laine noire ou de lil 1). Selon le 
temps et les lieux eiles penveni quiller la 
coule. (Jn leur (lermol aus>i des clieioises de 
(lianvrc ou de lin, dont elles ne doivent se 
servir qu'avec la permission de l.i prieure, 
nais ordinaiicnn ni elles soC' iil de lilancliel 
ou d'éiamine. Llles coucheront »étiies avec 
leurs robes blanches cl leurs surplis dans 
des draps de serge. 

(I) Vvu., àlj fin du vol.,»'" CG clC7. 



51ti 



Tous les lundi , mercredis cl veiulrodis, 
elles s'as>eml)'eront au chapitre, tant pour 
y dire leurs conlpes <ine pour les nécessités 
du monaslère. I.e ( ha] ilre du vendredi est 
principalement élibli pour les coolpes en 
p irlii ul er, les reliuieusos disant leurs conl- 
pes en général los lundis et mercredis. Le 
premier lundi de carême on lient un chapi- 
tre pareil à C'ux des vendre lis, cl chaque 
oflicièrr, en disant sa coulpe, lenunce à son 
office outre les mains de la prieure, qui peut 
l'en liéi liarger et le donner à iiiip aulro. 

Quant à la manière de faire los visites 
dans l'ot ordre, l'arrêt du grand conseil de 
l'an i'.'rlO, dont nous avons parlé, el le bref 
de Clément \'I1 do l'.irr Wii'i, ordonnèrenl 
que le monnslèie de Fonlevrault, les ab- 
liosses (qui seraient perpétuelles el non pas 
Irieiin lies), les religieuses cl les religieux 
qui denieuroiit seulement dans l'onelos de ce 
monaslère, seroni » i^ités d'aulorilé aposto- 
lique une fois l'an par un religieux d'un au- 
tre ordre, qui sera clu pour trois ans seulo- 
mcnl, laquelle élection se fera le mardi de la 
Pen!ec:ilo, par chaîne mon.istère, qui ajirès 
l'oleclion dépuiera un r( ligieux pour la por- 
ter à Fonlevrault, où l'abbesse, le sainedi de 
l'octave du Sainl-Sacremcnt, sera obligée de 
la puhl er à la grande grille du couvent, en 
préscce de tous les députés de ces mêmes 
monastères, en choisissant pour visihur ce- 
lui (iui aura [ilus de \o'.%; qu'en ca-- d'éga- 
lité de voix, il lui sera permis de nommer 
relui des deux ((u'elle voudra; que pour la 
visite des autres couvents de l'ordre, elle 
sera obligée de commellro un ou deux visi- 
teurs du même ordre, qui seront aussi liien- 
iiaux, et qu'elle ce stiluera !^es grands vi- 
caires aux choses spirituelles. Telles sont 
les principales observances de ces religieu- 
ses, (|ui, après l'annéede probalion. proiuin- 
cciu leurs vœux selon celle formule : Je N. 
promets stabili(é salis clôture, conversion de 
mes miriir.i, diaslelé, pauvreté et ofidissancc, 
selon les ftiituts de la réformation de l'ordre 
de foiitevraull, ordonnés en ce lieu par le 
décret du pape Sixie I V, suivant la règle de 
Saint-!lrnni[, en riioiniciir du Sauveur, de sa 
mère (t de saint Jean l'évanfiélisle, en votre 
présence, Mi're prieure de ce monaslère. Les 
religieuses du cliœur prononcent leur» vœux 
en lalin cl les S(iHir.> converses en français. 
(Juanl aux religieux de col ordre, ils ne 
])Cin enl recevoir personne et lui donner I ha- 
bit, (c droit a|,; ar cnanl à l'abbesse seule 
cl, à son refus, à la (irieure el aux sœurs; 
ma s à la prolession les rel gieux y diuineet 
leur eonsenioment. I.e conf<'Sseur leur donne 
l'habit d.ins la grande église, en présence des 
religieuses, ot après l'année de probalion ils 
pronouceiit leurs V(enx en c siennes : Je A'., 
de telle conditinn, clc, du diocèse de, etc., 
proposant servir aux servaules de Jésus- 
(.'iirist, jusfju'à la vu,rt, arec in réréreme de 
soumi.'sion due, prumcis slabil té, conversion 
de mes moeurs, chasteté pure, pauvreté nue et 
obéissance s Ivn les statuts di /a réformulivn 



517 FON ™" 5. S 

de l'orihc de Fo'Ui'vrault ordunnés au pié- oniros rclifçirux , où il a ct6 si i:\r.r: :\ re- 

seiit monastère par le décrd du pape Sixte I V, iiréscnler les habiilemenls religieux tels que 

en l'honneur de Notre- Sauveur, de sa très- Scliooiichock les avait donnés en 1G88, a 

di(jne Hière et de saint Jean l'évangélistr, en néaiiinoins abandonné cet auteur à l'égaid 

voire présence, Mère prieure de ce mom.stère. des religieux de Fontevrault, pour suivre le 

Le vœu des l'rèies ccuners e>l s<iublai.le, P. lîemicr, Céleslin, qui leur donne un sca- 

sinon que ceux-ci le ])ioiioni'enl en français pul.iire par-dessus le capuchon ; mais en crt 

cl les clercs en latin. Leur pauvre'.é consiste endioit le i'. Boiianni aurait mieux fait de 

eu ce qu'ils ne peuvent accepter, eu liur suivre Schoonebeck, qui a représenlé l'ha- 

[)roprc nom ni en commun, aucun le{^s, ou billenie; l de ces religieux tel nu'il doit être, 

donation, ou autre chose quelconque; (ont ce (lu'il n'a pas fait à l'égard de celui des re- 

ce qui leur pourrait être donné ou qu'ils ligieuses, que le P. B naiini a néanmoins 

pourraient gagner par leur indnsirie et Ira- fait copier sur les figures qu'en avait dow- 

viiil appartenant aux religieuses, qui leur nées Seiiooiicbeck. Nous ferons remarquer 

doivent fournir t^us leuis besoins, ils ne à ce sujet que le P. Uonanni, parlant de 

peuvent pas même distribuer aux pauvies la fondation de cet ordre , l'attribue vers 

ce qui reste de leur tatde, ils le do. vent ren- l'an 1110 à un nommé Evrault, qui, à ce 

dre aux reiigieu.'-es, qui en font cUes-mènies qu'il dit, était un f,imeu\ chef de voleurs qui 

la distribution. Ils doivent réciter rolfice fut converti par Robert Biésius, natif de Pa- 

can^nial à voix basse dans leur cbape.le. Ils ris, et moine bénédictin, que quelques-uns 



soiit exemptés des quinze psaumes, dis vê- nomment ArbrisscUe et d'autres Arbrucell 
près et landes de Tous les Saints, des psau- C'est ainsi que le P. Bonauni parlait en 170G, 
mes qu'on dit étarit prosternés, aussi bien lorsqu'il donna la première partie de son 
que des suilrages et commémoraisons , à Catalogue, qui traite seulement des reli- 
raison de leurs occupations puur le service gieux. Mais il a parlé d'une autre manière 
des religieuses. Ils doivent néanmoins diiC dans la seconde partie, qui parut en 1707, 
en c.a'ême tous les j^iurs les sept psaumes et qni contient les religieuses; car il dit 
avec les petites litanies, excepté les diman- que l'ordre de Fontevrault fut fondé vers 
elles et les lèt'. s de douze leçons, et tous les l'an 1088 par un nommé ilobert, clief de va- 
jours auïsi l'ofîJce de la Vierge et celui des leurs, qui fut converti par un célèbre reli- 
fllorts, excepte les jours spéciués dans le gieux bénéiidin nommé Arbrisselle. Je ne 
bref de l'ordre. Le silence leur est reconi- sais qui peut avoir fait tomber le P. Bonanni 
mandé au cloître, au dortoir et au réiec- dans cette erreur, puisque Baronius, du 
toire, et depuis le coiiimencenienl de com- Saussay et Gono:i, qu'il cite, ont parlé au- 
plies jusqu'à latin déprime, dans toute la tremeiU du fondateur de cet ordre, qu'ils re- 
inaison. Ils reçoivent la Ji>cipline des mains connaissent pour Uoberl d'Arbrissel. 
du confeseur aux jours qu'on la donne aux Riichaël Cosnier, FoiHis-Ebrakli Eocord. 
sœurs. Ils sont obligés aux mômes jeûnes et et Vit. B. lloberii; la Chronique du Fonte- 
aux mômes abstinences que les religieuses ; vraull, par Baudri, évoque de Uol, et André, 
mars lorsqu'ils sont envoyés par la pieure moine de cet ordre ; Pavillon, Vie du U. Ito- 
bors du monastère, ils peuvent manger de la iert d'Arbrissel; Bollandus, 23 Februarii, 
viande aux jours défeiufus par la règle et Act. SS; Honoré NiqucI, Jésuite, Jlisl. de 
même souper, s'il n'est pas jeûne d'Eglise, l'ordre de Fon'cvraiiH; Factum pour les re- 
Leur liabiileraont (1) consiste en une (unique Hgieu.z de FunCvrauU touchant les différends 
ou robe noire, unechaiie; et par-dessus un de cet ordre; Joann. a Manw-Firma, C///- 
chaperon ou grand capuce auquel sont atla- peus nascentis ordinis Fontis-Ebraldi; Dis- 
cliées deux pièces de dr.ip, l'une par-devant, sertation sur la lettre de Geoffrot de Vtn- 
l'autre par- derrière : ces pièces de drap, dôme, par un anonyme de l'ordre de Fonic- 
qu'ils nomment des robcris, sont de la Ion- vrault ; Baillet, \' ies des Saints, 23 /"eï-ne ; 
gueur et de la largeur d'un palme , avec des et les Constitutions de cet ordre imprimées 
ceintures de laine pour serrer leur robe, à Paris en 1643. 
(Juand ils servent la messe, en tout temps , „ , ,,, 
ils portent des surplis; depuis Pâques jus- FOUS, au duchk de Clkves (( hrvalieus oe 
qu'au preiuier novembre, aux jours des di- lordue desJ. 
inanehes et des fêtes, ils ont aussi des sur- Comme on a donné à plusieurs ordres de- 
plis pendant la grand'messe, cl depuis le chevalerie le nom de s;iciété , l'on peut rc- 
premier novembre jusqu'à Pâques leurs ciia» tarder comme un ordre de chevalerie la so- 
pes. Les frères convers sont habillés de gris ciété qni fut instituée à Clèves sous le nom 
avec un chaperon et des roberts , coninie do société des Fons : re qui n'est pas une 
vous le voyez a la première ligure, à l'es- chose fort e\traordinaire, puis(iu'il y a phi- 
ceptiou que la lê;ière ne paraît pas comme sieurs académies de gens de lettres en Italie 
au chaperon des prêtres, parce ((u'elle e-t qui oet piis des noms aussi bizarres, y en 
cousue à leurs habits, sur lesquels il y a à ayant une à Péroise sous le nom d'insensés, 
la poitrine ces lettres, M. et I. L'on a con- mu' à Pisc sous le nom d'iîxtiavaganis, et 
serve dans let ordre l'ancien usage de dire „uu à Pésaro sous celui d'Hétéroclites. L'oi- 
lénèbies à minuit. dre ou la société des Fous à Clèves fut insli- 
Le P. Bonanni, dans sou Catalogue des uié l'an 1380, le jour de Suinl-Uui.ubcrl, [.«ar 

(1) Vq'j., ? la fin du vol., u" 03 et 69. 



5l.-« 



DICTIONNAIRE DES OHORES ÏIF.LICIEIJX. 



3^0 



AJulpIic, cotn'.e de Clèvcs, cinjoiiiiemcMit 
avec Iroiilc-cinq si'i|;neiirs, qui ilcviiienl por- 
ter sur leurs ninnleaux un fou d'argenl eu 
liroderie , v(?lu d'un [lelil jiislaucorps et d'un 
capuclion tissu de pièces jnunes et rouj;i s, 
avec des soiiuetles d'or, des (h.iusses jaunes 
ol des souliers noirs, lenanl en sa main une 
peiile loupe pleine de Iriiils (1). Ils s'asseni- 
blaienl le premier diinarielie après la fêle de 
saint .Michel il devaient se trouver tous à 
l'assemblée, à moins qu'ils ne fussent ma- 
lades ou à plus de si\ journées de Clcves, 
comme il est plus ampleincnl porte par les 
lettres de cet elablissemeni . dont l'original 
se trouve dans les archives de Clèves, au 
rapport de Schooncbeck, et qui commence 
ainsi : Nous tous qui aïons opposé noire 
sceau il ces prési nies, savoir fuisims ù ions 
ceux qu'il uppariieudra el rccuyiimissons qu'a- 
près une tnùre délibération , et pour l'ajj'cc- 
tion particulière que chacun de nous a },our 
les autres et qu'il continuel a d'avoir à l'ave- 
nir, nous avons établi entre nous u«p société, 
laque'le nous somma convinis de nummer la 
Société des Fous, dans la ferme et manière qui 
suit, savoir : que chacun de nntrc société por- 
tera un fou brodé S'.ir son habit, selon qu'il 
lui plaira ; que s'il y a quelqu'un qui ne porte 
pus tous les jours le fou , les antres confrères 
qui s'en apercevront lui feront payer l'amende 
de trois grandes livres tournois, lesquelles se- 
rtint données aux pauvres pour l'umour de 
Dieu. Les confrères feront une asscmhlée gé- 
nérale el tiendront leur cour une fuis l'an, et 
»e>onl obUijés de s'y trouver tous ; ce qui se 
fera à Clèves tous les ans, le dimanche après la 
l'été de saint Michel. Ils ne jiourrunt sortir de 
la ville ni se séparer et quitter le lieu où ils 
seront assrmb'és, que chacun n'ait satisfait 
pour les frais et payé sa part de la dépense. 
il n'y aura aucun de nous qui puisse se dis- 
penser de s'y trouver, à moins qu'il n'y envoie 
un bon certificat des affaires importantes qui 
l'empêchent, ou d'une maladie, s ins en excep- 
ter ceux qui se trouveront être en voyage dans 
le temps qu'on les ira avenir et citer au lieu 
de leur domicile ordinaire; que s'il an ire 
que quelipies-uns des confrères aiei't différend 
ensemble, la société fira tous ses efforts pour 
les réconcilier depuis le malin du vendredi au 
lever du soleil, avant que la cour tienne, jus- 
qu'au coucher du soleil du vendredi auquel 
la cour aura tenu. Outre cela , tous les ans, 
les confrères étant à la cour feront élection de 
l'un d'entre eux pour roi el de ceux qui lui 
serviront de conseil , lequel roi el son conseil 
disposeront, ordonneront île toutes les affaires 
de la Société, et porticulièrcmenl de ce q li re- 
gardera l'assemblée de l'année suivante, et les 
affaires qui y seront mises sur le tapis ou qui 
concerneront les frais et la dépense, de qu i 
ils rendront compte exact et fidèle, lesquels 
frais seront payés par éijales portions par 
cliaqiie chevalier pour lui et pour son valel;ifi 
comte payera un tiers ;j/ii> qu'un baron. Le 
mardi, les confrères, étant et t'hôlel de leur as- 
ttmblée à Clèves, iront dés le malin à l'église 

(1) Voy., il la lin du vol., ii" 70. 



(/(' .\otre-l>ame , afin d'y faire leurs prières 
pour ceu r de la société qui seront décédas , et 
rltacin ira èi l'offrande, cic. Donné et fait l'un 
l.'tSO de notre salut, le jour de saini liumhert. 
('es 1 lires sont scellées de Irenle-six sceaux, 
tous en cire verle, exci'plé celui du comte de 
Clèves , qui est en cire roup;e. Les armes do 
ces scifTiieurs son! aussi au haut de la pre- 
mière paf;e, et Shoonebcck les a fait graver 
dans son Histoire des Ordres mili'aires. Il 
ajoute (jue l'on ne peut lire le resic de ce qui 
e--! contenu dans ces lettres ; mais il y a de 
l'apiiarence que ce n'est qu'une Iraduclion 
qu'il nous a donnée de l'orifiinal, puisque lo 
style ne se ressent point de l'antiquité. 

Scliooiicbcck , Histoire des Ordres mili- 
taires, tom. II. pag. 223. 

FHANCE (CiiAisoiMïS nÉGir.tEiis ue i.a con- 
GiiiîGiTiojr de). Voyez Génovkfains. 

IKANt^l"; CoNiiniir. ATioN du tikrs oiiniiic 
DE Saint-Kb^nçois dit de). Voy. I'énitiiNck. 

FUANCI-: ET DE MAUMOUTIER (anciennes 
(;o\GnK:GATioNs hénédictinks de). 

Comme il s'est trouvé des critiques (jui ont 
comballii la vérité du martyre de saint l'ia- 
cide en Sicile, il s'en est trouvé aussi , sur la 
lin du dernier siècle , ()ui ont combattu la 
vérité de la mission de saint Maur en France. 
M. IJaiilet , dans son recueil de vies des 
saints, dit, au snji't de celle mission de saint 
ISIaur , qu'il ne veut point entrer en dispulf 
sur cette matière , et fait assez connaîiri! 
d.ins la suite du discours que snn sentiment 
n'<st pas que ce saint soit venu en F'rance. 
Cet ce qui a donné lieu à la savante disser- 
tation que n. Thierry Ituinarl, bénédictin de 
la con^rétçation de Sainl-M>iur, a donnée au 
public l'an 1702, où il prouve par des argu- 
ni nts très-forls (dont M. Haillet n'a pas néan- 
moins été convaincu), que saint Maur, fon- 
dateur de l'abbaye de (ilanleuil en Anjou, 
est le disciple de saint Reniîl, et qu'il fut en- 
voyé en l''raiice par ce saint patriarche des 
moines d'Ociideul. 

(;'est donc ce disciple de saint lienoit qui- 
nous reconnaissons pour le fondateur de 
l'abbaye de Clanleuil. Il était parti du !\Ionl- 
Cassiu avec trois religieux que saint Benoit 
lui avait donnés, el il avait été accompagné 
par Flodegard , archidiacre de s.iinl Inno- 
cciil, évèque du Mans, et par llarderad, son 
intendant, qui avaient été les demander à ce 
saint latriarchc de li part de ce prélat, qui 
voulait les établir dans sou diocèse. Mais 
étant ,irii\és à Orléans et y ayant app-is la 
niorl de saint Innoc "ni. l't que celui (|ni avait 
usuri é son sié^e n'était pas disposé à les re- 
cevoir, ils allèrent en .\njou , sur les assu- 
r.iiices (((le leur donna llardi'iad qu'ils pour- 
raient s'y établir par le crédit d'un seigneur 
nommé llore, (]ui était en f.neur auprès de 
l'héoileliert, roi d'.Vuslrasie, à qui celle pro- 
vince obéi^sail en paitie. Fn effet Flore eut 
tant de vénérition pours.iini Maur, i|ue non 
cimleni d'avoir fondé pour lui un monaslèie 
à Clanfiuil sur la rivière de l.oire , dans 



321 



FRA 



(iioci''Sc d'Angers , il lui oiïiil encore son fil-i 
lierlulfc , âgé de iiuit ans, pour être élrvé 
sous sa discipline ; el n'élant pas rncore sa- 
tisfait d'avoir fait bâtir ce monaslcre et d y 
avoii- donné son fiis, il s'y donna lui-même, 
après avoir demandé la i»crmission au roi de 
se retirer de la conr : ce (]u"il obtint de re 
prince, qui, s'y étant trouvé le jour qu'il de- 
vait -prendre lliabit pour honorer la cé'-é- 
monie de sa présence, lui coupa lui-méino 
les cheveux , donna au monastère une terre 
considérab'e , et confirma les donations (|: e 
Flore y avait faites. 

Huit ans après l'arrivée de suint Maiir en 
France, l'abbaye de Gianfeuil fut dédiée par 
Futrope, évoque diocésain , aecomp.igné de 
plusieurs autres évêques de la province. On 
y avait bail quatre églises, dont la première 
fut consacrée en l'honneur de saint Pierre ; 
la seconde, en l'honneur de saint Martin; la 
troisième, qui était la plus petite, perla le 
nom de saint Séverin , apôtre des Bavarois , 
et la quatrième, qui était en f<)rine de tour 
carrée, à l'enlrée du monastère, eut pour 
titre Saint-Michi'l-Archaiige. Les religieux, 
qui y étaient pour lors au nombre de qua- 
rante, se multiplièrent beaucoup dans la 
suite, de sorte que, vingt-six ans après la 
construction de ce monastère, il y en avait 
cent quarante ; lequel nombre fut fixé par 
saint Maur, parce que le revenu de l'abhaye 
n'en pouvait pas nourrir davantage. Suint 
Maur, ayant gouverné ce monastère pendant 
plusieurs années, el sentant ses forces dimi- 
nuer, résolut de ne plus sortir du monastère 
el de se reposer, pour le gouvernement de sa 
communauté, sur le prieur et sur les autres 
officiers de sa maison. H se démit ensuite de 
la charge d'abbé , el ayant l'ail élire en sa 
place rtei tulfe, fils de Flore, fondateur de ce 
monastère , il se renferma dans une collu'e 
proche l'église de Saint-Martin , avec deu\ 
religieux qui voulurent bien demeurer avec 
lui et le soulager dans sa vieillesse. Ce fut 
dans ce lieu qu'il eut une révélation que Uieu 
(levait bientôt retirer du monde la plupuit 
de ses disciples. En effet , il en mourut , en 
cinq mois, cent seize; en sorie que la com- 
munauté fut réduite à vingt-quatre person- 
nes. Ce saint abbé ne survécut pas long- 
temps à cette perte, étant mort le la jan- 
vier j8'i.. 

Ce que Bucelin et quelques autres auteurs 
oui avancé, que saint Maur avait bâti jus- 
qu'à cent soixante monastères eu France, el 
réformé encore un plus grand nombre, est 
sans aucnn fondement : il n'y a pas non plus 
d'apparence que le monastère de Glanf^uuil 
ait été le chef d'une congrégation à laquelle 
plusieurs écrivains onl donné le nom de 
Congrégation de France. Il est bien plus 
croyable que pendant que saint Maur vivait, 
ce monastère dépendait de celui du Mont- 
Cassin, puisqu'il lui a été encore soumis 
dans la suite, jusqu'en l'an 755, que le roi 
l'epin ayant donné ce monastère de Glan- 
leuil avec tous les biens (jni en dépendaient, 
a Caidulphe, originaire de Kavenne, homme 
Irès-cruel, il le ruina eiitièreu;ent, et pcrsé- 



FIIA 5:-2 

cula cruellcmcnl les re'igieux, qui y étaient 
au nombre de cent (inarunle, comme il avait 
été fixe par saint Muiii-. La |)lnpnrl ne pou- 
vant siippnrlpr les mauvais traitements de 
ce tyran, qui leur refusait jusqu'aux choses 
nécessaires pour la vie, abandonnèrent le 
monastère. 11 y en cul seulement qnutnrziï 
qui y restèrent pour chanter l'oflice ilivin; 
mais ù la fin, étant ab illus de faim et de mi- 
sère, et ne pouvant observer la règle, ils 
prirent l'habit de chanoines. 

Gaidulphc se servit de cette occasion pour 
les chasser du monastère, cl mit en leur 
place cinq chapelains. Il ruina intièrement 
les lieux réguliers, commençant par l'église, 
qu'il renversa de fond en comble, afin que 
les religieux n'y pussent pas revenir. Il brûla 
ou jeta dans la rivière de Loire les titres et 
les actes de donations qui avaient élé fuites 
à cette abbaye, à la réserve de quelques-uns 
qu'il mil en dépôt dans Saint-Aubin d'An- 
gers, où il furent aussi perdus pendant les 
ravages des Normands. Mais il ne jouit pas 
longtemps du fruit de ses crimes, car ayant 
appelé ses amis pour se réjouir avec lui de 
l'esiinetion de l'ordre monastique dans Glan- 
leuil, il mourut au milieu du festin. Après 
sa mort, tous les biens de cette abbaye furent 
en proic à tous les seigneurs de la province : 
le comte d'Anjou et plusieurs autres person- 
nes s'emparèrent des terres et des revenus 
de l'abbaye, qui demeura déserte ( t inhabi- 
tée jusque sous le règne de l'empereur Louis 
le Débonnuire, quoique dès l'an 781 elle eût 
été restituée au Alont-Cassin, comme étant 
de sa dépendance, par le pape Adrien I" el 
par l'empereur Churlemagne. 

L'empereur avuit donné celle abbaye au 
comté lîorignon, qui, touché de l'état pitoya- 
ble où elle elail réduite, en fit relever les 
bâtiments, fit venir des religieux de Marmou- 
tier pour ré:ablir les observances régulières 
dans ce monastère, qu'il soumit quelques 
années après à celui de Saint-Pierre-des - 
Fossés, appelé depuis Suint-Maur, et en 
obtint la coiilirnialion de l'empereur. Mais 
Pépin I", roi d'Aquitaine, ayant donné ce 
nninastère de Gianfeuil à Ebroïn, qui fui 
ensuite évOque de Poili rs, du vivant même 
du comte Uorignon , qui était proche parent 
de ce prélat, y laissa les moines de Suinl- 
Pierre-des-Fossés tant que le comte vécut; 
tnais, après sa mort, leur ayant demandé 
par quel titre Gianfeuil leur avait été soumis, 
et n'ayant pu représenter les lettres de l'em- 
pereur Louis le Débonnaire, qui avaient élé 
enlevées ou brûlées malicieusemiMit, Ebroïn 
les fil sortir de ce monastère. Ils y rentrè- 
rent néanmoins quelque temps après, el il 
leur était encore soumis, lorsque l'an 8G8 
l'on porta chez eux le corps de sainl Maur, 
que l'on avait retiré de Gianfeuil pour le 
sauver de la rage des Normund-, ce qui lui 
a fait donner dans la suite le nom de ce saint. 
Mais, sous le {lontificat d'Urbain II, les moines 
du Mont-Cassin ayant encore réclamé Gian- 
feuil, il leur fut restitué, et ils l'ont possédé 
pendant près de deux siècles. A. la vérité, si 
Gianfeuil n'a pas élé chef d'une congrégu- 



-ni, niCTlONNUUF, DF.S OUDRES UELICIEL'X. "2* 

lion, él.iiil le i^rpiuipr niDn.isuVc île l'ordre prnmie dévolion que Ion portail en France 

lie Sainl-licnoit en France, il doit èlre re- à saint Martin, son fomlaieur, qu'à cause de 

uardé coaime une soiir.e lécinle qui rn a sainl Dcnoil , pour 1. quel on ii'av.ni pas 

1 rodnii une infinilé d'autres, parrappoilà moins de vi-ncralion . et dont la lè^lcélail 

!a rè"lc de Sainl-lienoit, qu'il leur a coin- praliiiuéc avec Leaucoiip d'exactitude dms 

înuniquce, dont saint Maur avait reçu l'an- c>' niona-tère. Les rois île Fraiicc le priicnt 

tocraphe, écrit de la main d-c.' sainl fonda- même sous leur protection. Mais |i(U de 

leur, on'partanl du Mont-Cassin, avec un leinps après, Us Normands en ii:lcrroin[,ireiil 

poids cl un vase pour iiiieuv o'servcr ce la régularité : car, y étant ^enus l'aiiSoî, 

.luVlle prescrit de la quantité du pain cl du ils passèrent au lil de l'epée ccul seize rel;- 

^in dans le repas. gieu\. n'y en ayant eu que vin;il-qualr e q: i 

l.f inona-tèie de Marinoiitier, qui fol l'un s.iLi\èrenl leur vii- en se cachant dans des 

de ceux qui reçurent cet c r.'gl', doit cUe caverne s. Leur aljl)é, Héberne, sciait au-si 

re"arilc comuiC le diof de la plus ancienne relire dans un lieu secret; mais ces harha- 

con-Mé^alion de l'ordre de Sainl-lîen;iîl en rcs l'y ayant découvcrl et s'ctani saisis de 

France avant (U pli^s de deux C'Uls prie.:- lui, ils lui lireut soiilîrir de cruels touruienls 

rcs de sa dé|icndance. Celle célèbre abbase pour l'obi per à déclaicr l'endroit où eiail le 

eut pour fondateur le grand sainl Marlin, trésor de l'éjjlise cl les grottes où s'éiaient 

archevêque de Tours. Il exerça d'ab rd la réfugiés les religieux ; mais ce l'ut inulile- 

profesviuu religieuse à Milan, il'où ayant clé meni, il ne voulut rien avouer. Les ennemis 

( hassé par les ariens, il passa dans l'ile s'étanl retirés, les chanoines de Sainl-Mar- 

d'Albengue, qui est proche la c<ile de Gènes, lin et les bourgeois de Tours allèreni conso- 

où il mena pendant quelque temps une vie 1er ces rtl:gicu\, qu'ils reconduisirent avec 

solitaire. 11 quifa ensuite celle letraite, sur leur abbo d..ns leur église, et auxquels ils 

Favis qu'il eut que saint Hilaire, qui avait procurèrent toutes sortes de secours. Six 

élé banni par les hérétiques, rt tournait in muis iiprès, comme ou cul avis que les Nor- 

i-on diocèse; et, l'ayant sui^ i en France, il mands relunrnaienl vers la ville de Tours, 

tiàlil le monaslère de Ligiigé proche Poitiers, et qu'iis avaient dessein de l'assiéger, doa/e 

où après avoi" demeure environ quinze ans, chanoines de l'église de Saint-Mariin, pour 

il en lut tiré pour remplir le siège do Tours, soustraire son corps à la fureur de ces bar- 

Ftant devenu é\éque, il ne cessa pas pour hares, prirent ces saintes rtlinues, cl èlaiil 

cela de vivre en religieux; cl, pour prati- accompagnés de l'abbé Héberne cl des vingl- 

<iuer toujours exacli nient h s exercices ino- quatre religieux de .Marmouticr, ils leslrans- 

nasliques, il fonda un monaslère proche sa portèrent à Corme ri , à Orléans, à Saint- 

vi.le epi^copale, dont la communauté fut en lienoîl surLoire, et enfin à Auxerrc, où elles 

peu de temps de quatre-vingts religieux, ont été pendant trenio et un ans : cl, comme 

ijui menaient avic lui une vie austère et si ce saint eût voulu procurer de 1 honneur 

pénilenle. Personne n'avail rien en propre, à ceux qui avaient en soin de ses s.inles 

tout était en commun ; il n'était pas periiis reliques, lous les religieux de Marmouticr 

de rien vendre, ni de rien acheter, quoique fiireut e evés à l'èpiscopat ou lureiil élus 

ce lui la coutume des moines de ce Icmps-là. abbés dans des mona^lères l'e Bourgogne; 

L'unique art que l'on y exerçait était de et l'iibbé Héberne, qui ne (inilta point le 

iiaiiscrire des livres; encore n'y avait-il que cerps de saint Martin, eut la joie, vers l'an 

les jeunes qui y fussent employés, cl les E8~, de le reporter à Tours, où, après la 

anciens ne s'occupaient que de la prière. Il mort de l'archevêque Adalaud, il fut mis à 

était rare qu l'on sortit de sa cellule, à .>-a place, et gouverna le diocèse peiidaul 

moins que ce r.c lût pour se rendre au lieu v:iigl-sei t ans. 

de la |iriére. Ils ne laisiienl qu'un repas |)ar iMarmoulier fut comme dcsi ri cl aban- 

jour; l'u-age du vin n'ilat perms qu'aux donné peudant tout ce temps-là, et pendant 

malades, quoique le lien où le monaslèie presque luul le dixième siècle il n'y eut que 

était silué lut un giand vignoble. La plupart <|uelt|U(S chanoines légulier-i (]ui y firent 

n'claienl babilié^ que d'clolles de poil de l'oriice div in, cl des laïques en furent abbés, 

«hameau, et c'était un crime parmi eux d'à- Hugues de France, dit lelirand,(ils duroillo- 

voir un babil ijui lesscnlit un jeu la mol- berl 111, posséda celle abbaye, aussi bien 

lesse, quoiqu'il y eût ilai.s celte couimun.uic que son (ils Hugues Capet ; mais ayant éle 

un grand nombre de personnes (Je quaiiic. doiuiee à sainl .Mayeul qui était aussi abbO 

lelleéiail la d.sciplinu qui s'observaii dans de Cluny, il la r. ndit aux moines bénédie- 

cc niona-lère, qui lut appelé Marim ulier, lins, ce qui paraît être arrivé sur la Un du 

après l.i mort de saint Martin, comme ijui règne du roi Lothairc. On y mit d'abord 

'lirait, le (/»•««(/ Hionris/(';c, pour le distinguer tiei/e religieux d'une Irès-sainle vie, aux- 

dis autres que ce saint avait fait bâtir, priii- ([uels on donna pour ahbe Guilibert ou NVili- 

cipalcment lorsque l'on en eulêle>6 un sur berl. Alais, quoique saint .Mayeul eût élé le 

Mjn lombcau, qui a porté son nom depuis, restaurateur de celle abbaye, elle ne fui pas 

Il qui est présentement un chapitre Ce pour cela soumise à Cluny, non plus que 

cliaiioines séculiers. beaucoup d'autres qui furent reroriuées par 

Lorsque ce monaslère de .Marmoulier eut les religieux de celle congregaiioii ; car le 

dans la suite reçu la rèj;le de Sainl-lienoit, pape (irégoirc V ayant conlirme, à la prière 

plusieurs seigneurs l'eni leliirenl par les do- de l'cmptreur Olhôn III, les moiuislères (|tii 

nations qu'ils y lircul, lanl ù cause de la dépendaient de Cluny, il n'col iminl fait meii- 



525 



FIÎA 



FilA 



320 



(lon t)i; Marmouticr dans les IcHies qui en 
lurent expédiées. 

L'exacte discipline que l'on cbscrv.iil 
daiis ce nionaslère lui nllira l'estime de plu- 
sicurs personnes qui y (irenl de^ donations 
(Oiisidérables ; le nombre des reliiiiciix aug- 
liicnla , ils retirèrciil plusieurs tiion.isières 
dfs mains des séculiers qui s'en élaienl em- 
parés ; I t sous le gouvernement de l'abbé Al- 
beit, qui fut élu l'an 103i-, il était devenu 
très-illuslre par le grand noiibre do monas- 
tères qui lui étaient soumis; cl il le l'ut en- 
core bien davantage dans la suie, puisque 
sailli Odiliiu , abbé de Cluny , étant mort à 
Suuvig.iy dans le Bourbonnais, les religienv 
de ce monaslèie écrivirent à Al'ncrl, alibé de 
Rlarmoulicr , pour lui en donner avis, et lui 
donnèrent le tiire d'abbé des abbés. 

L'eslime que l'on avait pour les rcligieut 
de Mariiioulier s'augmenta de telle sor.e, 
([lie vers l'an lOG'i il n'y avait aucune pro- 
vince qui Eie voulût en avoir : c'est pourquoi 
quelque pari que l'on allai, l'on trouvait des 
m inaslères de la dôpcnda.ice de ccl'c ab- 
baye; el même il y en eut jusqu'en Angle- 
terre. Entre les exercices de piélc de ces re- 
ligieux on loue surtout celle qu'ils faisaient 
paraître à l'égard de leurs irércs (jui étaient 
à l'agoiiii'. L'' P. Alabillon, dans ses Annales, 
parle avec é'.ogc des jpûni's, des prières, des 
o.acéialio.is cl des pénitences qu'ils prati - 
«juaient pour leur procurer une bonne mort; 
el , pailant à ce sujet de li mort d'un t);in 
frère de ce monastère, il fait remarquer qu'il 
reçut deux jours de suite le siini viatiiiue, 
et communia sous les deux espèces, appa- 
remmenl suivant l'usage ([.i subsistait pour 
lurs dans cette abbaye. 

Deux archevêques de Tours, nommes Ro- 
d(>l[jlie, inquiétèrciil ces religieux s ;r leurs 
privilèges, mais ils furent deiioutés de leurs 
prétentions dans plusieurs conciles proviii- 
ciaux , oii les religieux lurent niuinlenus 
dans leurs privilcges; cl , Oi)mme ces reli- 
gieux étaient toujours molestés sur li; même 
sujet, le pape Urbain 11, dans le concile de 
(ileinionl, après avoir fait la leclurc du pri- 
vilège qui les soumettait ir.iniédialcmenl au 
saint-siège, ordonna qu il sérail observé, el 
confirma le décret du pajje Ciregoiie Vil ()ui 
défendait à tous èvéqucs d'inJiiiuer aucune 
station publique dans l'église de AJarmoulicr, 
afin que les religieux ne fussent point inler- 
lompus dans leurs exercices, ni d'exigi rau- 
cuiie iiliéissance ou soumission des aljbès, 
ni de fulminer aucune excoinmunicalion con- 
tre le monastère ou ces religieux , quelque 
part qu'ils demeurassent, ce qui était seule- 
ment réservé au souverain pontife, sous la 
protection duquel ils élaienî. 

Gliopin dit que les rois de Franco se quali 
fient abbés de ce monastère, et que quand 
ils y font leur entrée, ils jurent sur les saints 
livangiles, comme les autres abbés qu'ils en 
(OUberveront les privilèges el lc-> francbises. 
Les comtes d'Anjou se qiialilia.cnt moines 
e.e ce monastère; et un archevêque de Tours 
ayant voulu excommunier Gokfioi, duc de 
Normandie cl comte d'Anjou, ce prince lui 



rép indit qu'il ne craignait point son excom- 
niuiiicalion, <à cause qu'il était chanoine de 
Saint-Martin el moine de Marmouticr. Des 
deux cents prieurés ([ui , comme nous l'a- 
vons (lit ci-dessus, étaient de li dépendance 
de ce célèbre moîiasière, il y en avait vingt- 
six dans le seul diocèse de Lh utrcs. Le iîîo- 
naslere de .Marmouticr fut un de ceux qui 
composèrent la congrégalinn dos livcmpts, 
dont nous avons pailé à l'article qui porte ce 
nom; mais la réforme y ayant été introduite 
par les religieux bénôiticliiis de la congréga- 
tion de Sainl-Maur, il fut uni, l'an 10.57, à 
celte congrégation, qui a fait rebàlir ce mo- 
nastère avec beaucoup de magnificence. 

Voxjz Joann. JMabill. Annal. Bened. loin. 
1, 11, Ml et IV. Yepez, Chioriii/ue générale 
lie l'ordre de Saint -Benoit, tom. 1. IJulleau, 
IJistuire de l'orJre de Saint-Benoît, tom. 1. 

FRANCISCAINS (Ordre des). 

§ T'. Origine de l'ordre des Frères Mineurs, 
avec la v'e de Sainl-François d'Assiie, pa- 
triarche et fondateur de cet ordre. 

Ajjrès toutes les vicloires que l'Eglise ;ivait 
r(Mnportèes dans lis premiers siècles de son 
établissement sur le paganisme, il sembi lit 
(ju'elle n'avait p!us rien à craindre; mais le 
douzième ( t le treizième siècle lui furent si 
fatals, que si .'èsus-Christ, qui avait promis 
au priuLC des apôtres el à ses successeurs 
que les puissanc s de l'enfer n'juraient ja- 
mais aucun avantage sur c le, ne lui eût en- 
voyé un nouveau secours pour la défendre 
coatrc les attaques de ses ennemis, elle ciîl 
enSin succotnbc à tous les malh.'urs dont elle 
fut afiligèe dans ce lemps-là ; car, outre les 
Vauiluis, les Alliigeois , les Humiliés el un 
grand nombre d'auh\s héréliques, qui la 
combatlaient par leur pernicieuse doctrine, 
les empereurs chréliens n'oub ièrenl rien 
pour contribuer à son affliction, non-seule- 
ment par le schisme qu'ils embrassèrent, 
m IIS encore par la fureur de la guerre qu'ils 
jioi tèrenl en lialic, où l'on vil les temples 
dépouillés de leurs plus beaux ornements, 
les cardinaux, les piéials de l'Eglise soulTrir 
dans des prisons les derniers outrages, el la 
iriaioiiie régner impunément, au scandale de 
la religion el au mépris de la pauvreté de Jé- 
sus-Christ. 

Ce fut au milieu de ces misères et de ces 
calamités que Dieu, louché de l'af.liction de 
son Eglise, suscita riiumbli,' saint François, 
pour opposer par son moyen la vérité de l'E- 
vangile à l'erreur, la pauvreté au désir des 
richesses, el l'humilité à l'ambiiion , qui 
avait été la source de tous ces desordres. 11 
na(]uit à Assise , ville d'Ombrie , l'an 118:2. 
Son père , qui était un riche marchand de 
celte ville, se nommait Pierre liernardon, el 
sa mère Pique, femme d'une grande piété, et 
Irès-recoinniamlabie par ses vertus, qui, se 
trouvant au terme de sa grossesse, souiïrit 
d'estrêmcs douleurs; et plusieurs jours s'e - 
coulèrent sans aucune apparence qu'elle put 
accoucher heureusement : ce qui faisait ap- 
préhender qu'elle n'en mouriit , cl qu'en 



5Î7 mCTiONNAinE DES OUnUES RElJf.lEl'X. 328 

mour.inl clic u'Alàl I.i vie à IcufaiU qiiVIIc dans l'un dosqucls Frnnrois fui folt prison- 

ik-vail molli c au iiioiuio; mais no an:;.' .'.i ni.T m :r rrn\ rie Pcrouso. Co;le caplivilé dura 

f.irnie i\v pèicria s'olanl |)iésenlé à la |.o; lo un an ol n'ola jamais rien a la liberlé de s-ii 

lie sa maison , sous prélcxlo de demaiidiT « spril. Les soldais do son | arli qui avaicul 

raumono. qu'on lui donna en rcconimamlai-.t éU' pris avo; lui ii ■ soufl'raienl qu'avec rlia- 

:i ses prières la délivrance de la inèr.- el de ;. rin les peines de leur prison ; mais François 

rcnfanl, il leur conseilla de ia por cr dans les eneoirageail par sc> discours cl par les 

une élalilc, les assurant iiu'elle se Irouverail excm|.les de sa palience. 

bionliil si)ùla-ee. Son conseil fui suivi, el 11 n'.ul pas pliilôl recouvré ^a liberlé, 

l'enfanl vint a^ lude lieureascaienl sur le qu'il loinba malade , dune manière si vio- 

foin et parmi I s bêles : ce que l'on a re;;ardé liMile, qu'il se disposa à mourir, croyant sa 

roiniiie la prem ère cii coll^l,lllee des conlor- mal :die inorlelle. Ces pieniièrcs afiliclions 

miles qi:e sainl Fraiiçois a eues avec JésUs- c ininiencèreiil à disposer son cipiir à écouler 

Chrisl dans son luim'ani è. 11 riçul au liap- la voix du Seigmur, à mellre à prolil les 

témo le nom de Jean; mais la langue fran- inspirations du ciel et à connaîlre l'inutilité 

caisc, que son père, qui lialiqnait eu France, el l'abus de ses vanics passées : rependant 

I li Ol J'ppreiidrc , lui devint si l'amilière , l'iieure de son enli>rc cou'.ersioii n'ét.iil pas 

qu'on l'appela. t ordinairement /i,' Français, encore venue ; car , quoiq.iC l'on reiiLiniuâl 

il ce nom lui csl toujours demeuré. Son père qiiehiue clian;;emenl dans sa conduite, l'in^ 

lui fit aussi apprendre l<i lan;;ue latine; et clinalion qu'il avait pour la vanile n'étail pas 

liuaiid il le vit eu état de s'expliquer en celle enlièremenl eleinte dans son creur; miis la 

.iiij;uc, il le relira des écoles pour le mcîlre miséricorde qu'il avait toujours eue pour les 

dans la inareliamlisc. Le pèie e". le (ils avaient pauvres acheva ce que rallliclion avail coiii- 

d.s inc'inalions bien différentes ; cel.ii-'à iiiencé ; car , ajanl fait faire un habit fort 

6. ait avare, et celui-ci libéral et généreux, propre, et le premier jour qu'il le mit s'rii 

rien ne lui coû ant pour satisfaire son i.icii- étant dépouille en fav.'ur d'un pauvre gen- 

natiou, qui le portail aux passc-lemps el lilhomme lo: l mal velu, auquel il le donna 

aux diverli-seuieiits, sans néanmoins que pour l'amour de Dieu, celle aciion de cliarilc 

l'amour des plaisirs l'entrainât à la débauche mit la eonsoininaiiou à rou\ragc de sa co i- 

el lui fit oublier la loi de Dieu. La miséri- version, par les nouvelles grâces quelle lui 

corde semblait être lellcmeit née avec lui, attira, eonlormémeiil à la promesse que Je- 

qu'il ne pouvait voir de malheureux .«ans sus-Ciirisl fait dans son Kvangile à ceux qui 

cire vivement touché lU- leur misère, et il praliqueront es actes de celle héroïque 

Bétail fait une habitude de ne point refuser verta : ce que Dieu lui fil connaître la nuit 

l'aumàne à celui qui la lui demandait pour Kiivr.nte par une vision, dans laquelle il lui 

l'amour de Dieu. 11 ava.t une douceur el une sembl/iil »oir un palais magnilique rempli 

huiinélelé qui gagnaient le cœur de loul e irarmes marquées du signe de la croix, qu'on 

momie. Il était si caressant , si officieux, si l'assura cire pour lui el pour ses soldats, 

poli el si sincère, que ces bel es (lualités lai- (domine il n'était jias eni ore asse/ éclaire! 

saicnl cspérif à ses comiiatrioles ([u'il de- pour pénétrer h' vrai sens de cette vision, il 

viendrait un jour l'ornemenl de leur ville ; s'imagina qu'il ne s'agis>aii (|ue dune guerre 

et l'on vojail dans sa physionomie qu l(|i:e temporelle. C'est pnureiuoi ayant appris que 

chose de si urand et de îi cslraonliiMirc , Ciaulier , comte de lîrieiiue eu Chamiiague , 

qu'il y avait dans Assise un bon liiunme qui, gendre du feu i'oi de Sic! c , T.inci ède, el 

toutes les fois (ju'il le renconlrail il ins les frère de Jean, qui fut roi de Jerusaie.ii iju^ I- 

ruis, éleiidiit sou manlrau par lerie, aiiii iities années après, étant assiste par le pape 

qu'il passât dessus , disant qu'on i;e pouvait Innocent 111 et par Philippe-.\ugusle , roi «le 

déjà laire trop d'iionneur a une personne France, était entré avec un > grosse armé'j 

(;ui était si visildcmenl destinée à de grandes dans la l'ouille, il alla [lour lui olTrir ses 

(hoses. SiTvices ; mais il ne fut pas plutôt airivcà 

Cependant comme il était encore plein de Spolelte, son premier gîte, (ju'il fut rappelé 

l'esprit du monde « t distrait par les occupa- à Assise par une autre \ isioii où l)ieu l'aver- 

lions (lu commcree où son père l'aNail en- lit de ne pas préférer le pauvreau rulif, ni 

gagé, il était foil éloigne de comprendre si- le valet au maître, el de n'en point servir 

l<it ce que Dieu voulait de lui, el il n'avait d'autre que lui. Il coinmeiie i pour lors à 

du guul que pour les chosrs de l.i terre; mais coiiijiiendre ()ue la milice ou il deva l s'en- 

li' temps au(|U(l Dieu a\ ail delcniiine l'ese- gager était loute spirituelle. Il revint doiiC 

cution des gr.inds desseins <;u'il a\aii sur lui chez son pèri>, mais tout autre i|u'il en elail 

canl enfin vcn.i.il penuit i|ue le cours d>; sorti ; car il ne trouva plus de délices que 

ses plaisi s fût inlen om{iu par des auiertu- dans la solitude, se lenaiil rrliré dans sa 

mes cl des alllieiioiis, alin de D- délacher du maison, el ne s'occupaiit (|irà la prière. Il 

monde et de l'aUiiiT à son ^ervicc par d is (leniandail à Dieu avec beaucoup d'instance 

voies autant pi iililabli'S à l'àaie que contrai- qu'il lui lit connaître sa vulonié, el il lui 

res à la nature el aux sens : ce qui coin- semblait que la réponse du <'icl était qu'il 

nxiiça par un dé. nélé qui, étant survenu en- l.illail (]u il méprisai toutes lc< choses <lii 

Ire les liatiilanU d Assise cl d.; l'eiouse, iii- monde, el iju'il Irava liât fortement à se eom- 

gril de telle sorte l'esprit des uns cl des au- battre ri se vaincre soi-même. Un jour (]iie, 

1res, qu'ils priiciil lc> arni.s , et lireiil pin- rempli de ces d 'UX gr.indes ma\imes, il était 

r.ieurs acte» ahostilué les uas sur les autres, à cheval dans la plaine d'.\ssise , il eut à sa 



529 



rnv 



FRA 



330 



reiiconlre un lépreux dont la vue lui (il lior- 
rpur. Il avait déjà détourné les youx de dos- 
sus un objet si hideux et si découlant, lors- 
que, se souvenant qu'il devait travailler à se 
vaincre lul-inême s'il voiil.iit être soldat «le 
Jésus-Clirisl , il descendit de cheval et alla 
einlira'-ser ce lépreux, malgré toute sa répu- 
gnance, et, après lui avoir fait une aumône 
considérable, il remon'a à cheval. Mais il fut 
élonné.un moment après, lorsque, tournant 
la tête pour voir ce que faisait ce pauvre mi- 
sérable, il ne vit plus personne, quoique la 
place fût découverte de lous côtés : ce qui, 
au lieu de l'otTrayer, lui donna une joie inté- 
rieure qui l'encouragea à marchr^r «ians la 
voie de la perfection où il éiait entré, el 
dans laquelle il commençait à jouir des con- 
solations des âmes qui cherchent vèrilable- 
inent Difu. 

L'amour qu'il conçut pour la pauvrelc et 
les humiliations lui faisait porter envie à 
l'état des pauvres et des plus misérables. H 
le lit paraître peu de temps après, dans un 
voyage de dévotion (ju'il fil à Uome. Car 
après avoir visité le tombeau des saints apô- 
lies, ayant vu sortir do l'église une grande 
qu.inliléde pauvres qui atlendaient les effets 
de la miséricorde des passants, il leur distri- 
bua tout l'argent qu'il avait, se dépouilla de 
son habit pour le donner à celui qui parais- 
sait le plus nu, prit ses haillon ', dont il se 
couvrit, et passa le reste de la journée au 
milieu de ces pauvres, avec beaucoup de sa- 
tisfaction de se voir revêtu d'un méchant 
habillement plein d'ordure et de vermine, 
qu'il avait pris en échange de celui qu'il avait 
donné à ce misérable. 

Peu de temps après son retour à Assise, so 
trouvant dans l'église de Saint-Oamien, et 
priant avec beaucoup de ferveur de\ant l'i- 
mage du Oucilix, il en sortit une voix, qui 
lui dit : Va, François, répare ma tnnison, qui 
tombe en l'uine. Notre saint ne comprenant 
pas que celle voix céîeste lui ordonnait qu'il 
s'appliquât à i'édilication tl au salut des 
âmis, qui sont la demeure de Uieu et les 
temples de son Saint-I{sprit , et croyant que 
c'était celte église de Suint-Datiiien (qui vé- 
ritablement tombait en ruine) que Dieu vou- 
lait qu'il réparât, il retourna chez son pOre, 
prit des étoiles, qu'il alla vendre à l'^oligny 
avec le cheval qui les avait portées, et eu 
porta l'argent au prêlre qui servait cette 
église, le priant qu'il lui fit la charité de le 
loger clu'z lui. Le prêlre, (jui d'ailleurs 
él, lit fort pauvre , voulut bien le recevoir, 
mais non pas sou argent, craignant de se 
faire des alîaires avec son père. Ce refus ne 
découragea pis François, qui jela sa bourse 
sur une fenêtre, el passa <|uelques jouis avec 
ce bon prêlre dans la prière, les veilles el 
les auslerilés. Son père, n'en ayant point de 
nouvelles, s'informa da ce qu'il étail devenu, 
cl ayant su qu'il était à Sainl-Damien, il y 
vint tout en co ère, accompagné de gens pour 
prendre son lils, comme s'il eûtélé question 
de poursuivre un voleur. Dieu, qui prenait 
la protection de François, le cacha aux yeux 
de ce pè.c furieux, qui, n'ayanl point trouvé 

DicTiojfNAirtii: i)i;s OnuBiis riciigilux. 11. 



ce qu'il cherchait, s'en retourna à Assise, et 
François so retira dans une caverne, où il 
demeura pendant quarante jours dans lp3 
jeûnes et les larmes, exerçant sur son corps 
les auslerilés les plus rigoureuses. Mais , 
honteux de sa fuite, qu'il regardait commît 
une lâcheté, il sortit de sa retraite déterminé 
à supporter pour l'amour de Dieu loul ce 
qu'on voudr;iit lui faire souffrir. Il parut 
dans les rues d'Assise, dans un équipage si 
différent de son premier état, qu'on le re- 
garda comme un fou. On lui jela (!c la bouc 
et di s pierres, et les cnfanis le poursuivaient 
avec de grandes huées. Son père accourut 
au bruit de ces clameurs , qui retentissaient 
par louie la ville, et, voyant quiî son fils 
était le jouet de loule la populace , il le fit 
mener chez lui, où, après l'avoir chargé de 
coups, il l'enferma dans une espèce de c xhot 
où il lui fit souffrir loiiles sortes d'outrages 
et de mauvais traitements. Mais, étant obligé 
d'aller à la campagne, il en laissa la garde à 
saremme,qiii,élinl persuadée des grands des- 
seins que Dieu avait sur son fils, lui donna 
la liberté. 

François se retira aussilôl là l'église de 
Sainl-Damien. Son père à son retour l'y al!a 
encore trouver ; mais noire saint ne s'enfuit 
pas comme la première l'ois, il se prisrnia 
hardiment devant lui , et protesta qu'il élait 
prêlà souffrir loulcs sortes de supplices plu- 
tôt que de changer de résolution. L'.issu- 
rince du Dis donna de réloimcment au père, 
qui, voyant ses remontrances inutiles , se 
contenta de reprendre son argent (|ui élait 
encore sur la fenêlre où François l'avait jeté. 
Mais, sachant que ce jeune homme était na- 
turellement porté à faire des aumônes, cl 
qu'il avait dessein de réparer l'église de 
Sainl-Damien , craignant qu'il ne ruinât sa 
Timi.le par ces dépenses, il lui proposa ou 
d'ac'iuiescer à ses xolontés ou de renoncer à 
sa succession. François ne dé ibéra point à 
choisir le dernier. Le père, indigné de ce 
[iroeédé, qui lui semblait trop iiijurieux, l'o- 
bligea de lui rendre loul ce qui lui restait 
d'argent ; et, pour lui ôter toute espérance 
de retour dans la possession de ses biens ei 
de ses héritages, il voulut que ce renonce- 
ment fût général et accompagné de forma- 
lités solennelles. Il le mena pour cosujctà 
l'évéque d'Assise , qui voulut bien rccevoir 
Icur concordai. François ne fut [las /ilulôt 
en présence du prélat, ([u'il se dépouilla (ic 
lous ses babils jusqu'à la clicmise, et les re- 
mit entre les oaius lie son père, en lui di- 
sant que jusque-là il l'avail appelé son père, 
mais (jue dorénavant rien ne l'empêciieiait 
de rapporter celle qualité à Dieu seul, en quj 
élait tout son trésor et son espérance. On 
découvrit pour lors qu'il partait sur sa chair 
nue un rude cilice, ce qui commença à dé- 
couvrir que Dieu seul et l'amour de la j)éni- 
lence élaienl le véritable el le seul motif d'un 
si granii détachement dos biens de la forlune. 
L'évéque, touché d'admiration, embrassant 
François, le couvrit du manteau qu'il avait 
sur ses épaules, cl lui fil donner l'habit d'iTii 
paysan qai se Iroinaii là. François le rcçsll 

11 



35» .. DiCTlOXNAlUF, DESORDRES RKLIGIEDX. 353 

comme l.i première nuniôiic qui lui était fitiic sVinnt rcvi'-iu d'un li.il'ii pnrcil à celui (li- 
en l'élnl tif menilMiit. où il voiil lil il< niftiri-r saint François, s'associa à lui le Kîniai \H)0; 
le reste do srs jours ; il y lit une ;:raiide croix cl c'est à ce temps-!.i (juc l'on rapporte l'o- 
nvcc une pierre, et le disposa inèiiic eu celle rij^iiie de l'ordre des Jlineurs. Le niêuie jour, 
forme, s'en revêtant avec satisfaction. l'icrre de Calaue, chanoine d'Assise, anime 
11 av;iil pour lops vin;;t-cirii| ans, et, se d un zèle de la gloire de Dieu et d'un aidi ni 
Toyant degat^e du tous les biens qui l'avaienl >!ésirdc la pénilenc, imita liernard de (Juin- 
relenu dans le Sicile, il prit le . Iii-inlu delà tavalle. Cilles d'Assise, qui elait un saint 
soliluile. alin de s'y appliquer uuiciuoinent à homme el craipnanl Dieu, u'élail point dans 
raci|uisil on des lertns (jui sont lis verila- letle ville lorsque lîernaid de (Juin avallc el 
hies ricliesM's et consolations de l'âme. Mais, l'icrre de Calaue renoncèrent ainsi pènereu- 
ilans liHcmps qu'il u'élail occupé que de la sèment au monde ; mais à sou n leur, sepl 
joie que lui inspirait l'espérance qu'il avail Jours après, ayant ap|>ris ce ijui s'était passe 
(l'y trouver son hien-aiiné, dont il chanlait ru son absence, il en fut si vivement touché, 
les louanges en français, il ti inha ciilic les qu'il voulut aus>i les suivre. Saiiii François, 
mains de quelques voleurs, qui, ne lui ayant les ayant instruits , ne voulut pas les laisser 
rienliou\é el n'ayant pu tirer d'autre rai- oisifs. 11 envoya liernard de (Juiiitavallc el 
sonde lui, sinon qu'il étail le héraut du Pierre de Calane dans l'Fmiiie pour ins- 
praiiil Roi. le battirent cruellement el le je- Iruire les peuples de l'import nce du salut 
tèrent dans une fosse pleine de neige ; d'où et de la nécessité de la pénitence, et pour lui 
étant sorti et "ouaiil Dieu de ce qu'il le trou- il alla avec (lilles d'Assise dans la Al.irclie 
vail digne de souffrir quelque cliose pour d'.Vncônc, où, manquant île toutes choses, 
son amour, il alla à lùiguldo, où un de ses ils s'estimaient heureux d'avoir trouvé lo 
anciens amis l'ayant lecouiiu lui donna un trésor évangélique. Onclijues-uns les rece- 
hatjil d'crniiie fort court, dont il se servit valent néanmoins avec beauioup de cliariié, 
l'espace de deux ans avec une ceinture c'e mais il y en avail d'autres qui se moquaient 
t'uii : ce qui a Tiil croire aux ermites de de la nouveauté de leur habillement, et les 
Sainl-.\ugjstiu qu'il avail d'abord suivi leur regardaient cnmmc des fous, ce iju'ils souf- 
instilul (ee que nous avons réfuté dans un fraient avec beaucoup de joie. Clillos d'As- 
auiro eiiilroil). Le désir (ju'il avail de réparer sise témoigna même son thagriii à saint 
l'cglise de Sainl-Damien le rappela à Assise François de ce qu'il y en avail quelques-uns 
pour satisfaire à cet ord